" En raison de sa nationalité étrangère, l'auteur de l'article demande au lecteur de bien vouloir lui pardonner ses imperfections de langue française".

 


LA PREMIÈRE OCCUPATION
DES ÎLES IONIENNES

par Thomas ZACHARIS, FINS
Délégué APN de Grèce
9 rue Davaki
GR – 56121 Thessaloniki
thomaszacharis@hotmail.com



 

Première partie

Avec le traité de Leoben le 18 avril 1797 la République +++ de Venise a perdu la plupart de son territoire et elle s’est vue contrainte à la lagune. Pour la compenser, ils ont pris la Romagna et Marce du Pape et les ont données à elle. Il y avait l’espoir qu’ils la garderaient en vie, si à Verona, à Vicenza et à Padova 1000 Français n’étaient pas massacrés, si les batteries de Lido ne bombardaient pas un bateau français et si à Zakynthos ils n’enflammaient pas le bateau du consul français. Ces atrocités ont outré Bonaparte, qui a déclaré la guerre contre la Venise sans indécision et prorogation. Sans aucun acte guerrier, le Grand Conseil a demandé ce que le Conquérant lui a demandé. Ainsi, les commentaires ironiques du Galant ont été vérifiés concernant la République qui reprochait la marine en oubliant qu’ils étaient entourés de la terre.

Le dernier provveditore général aux îles ioniennes était Carlo Aurelio Widmann, qui est arrivé à Corfou en juillet 1794 mais qui a fait son entrée officielle quatre mois plus tard, en novembre. Puisque Venise ne pouvait plus donner ni un seul zecchino pour les « sept îles », il a été forcé de mettre son argenterie en dépôt. En plus de cela, il a signé des traites de valeur de 256.278 lires, il a été forcé d’organiser des collectes de « miséricorde » (sic) dans la ville et les villages de Corfou, ayant comme rédacteur le comte Antonios Kapodistrias. C’est la première mission « diplomatique » du postérieur Ministre des affaires étrangères Russe et premier gouverneur de la Grèce. Il est caractéristique que les habitants ont répondu avec bonne volonté, ce qui constitue une indication qu’ils étaient contents sous l’administration vénitienne.

A part les difficultés financières, Widmann recevait les nuisances continues du consul français, qui protestait parce qu’à Corfou il y avait d’émigrés français et des bateaux anglais y entraient dans le port. Widmann répondait que Venise avait déclaré neutralité.

Il a été informé sur l’occupation de Venise par des voyageurs et lettres privées. Puisqu’il n’avait ni argent ni poudre pour les canons, il a essayé de persuader le grand consul de voter pour l’union de l’île avec la nouvelle République. Heureusement les Corfiotes ont refusé (autrement ils finiraient par être une province de l’Autriche-Hongrie). Ainsi le 29 juin (après un voyage qui a duré 15 jours) sont arrivés au port de Corfou deux vaisseaux de ligne vénitiens, « Gloire » et « Eole », deux frégates françaises, « la Sensible » avec 36 canons et « Artemisia » avec 28 canons, trois bricks, deux français et un vénitien de 16 canons et quelques galions français ont transporté la division de l’Est, récemment constituée comportant la 3 ème demi-brigade de ligne, le 2 ème et 3 ème bataillon de la 79 ème demi-brigade de ligne, l’artillerie de la 14 ème et 79 ème demi-brigade, la 7 ème batterie, un groupe de combat du 4 ème régiment d’artillerie et un groupe de combat du 6 ème bataillon de pionniers avec une force totale de 3.525 hommes. Les bateaux et l’armée étaient sous le général de corps d’armée Antoine Bonavinta Gentili et le sous-commandant général de division Jean-Jacques Bernardin Colaud de la Salcette. Gentili était choisi par Bonaparte parce qu’il était Corse, à savoir insulaire, et parlait l’italien de Venise.

Gentili a envoyé à Widmann la lettre suivante :

« Les décision du peuple de Venise concernant la nouvelle structure politique doivent vous être connues. Conformément à elles, le gouvernement provisionnel de Venise au général Bonaparte, commandant de l’armée française en Italie, des troupe pour assurer tant la capitale que les îles de l’Est. Pour se conformer à cette demande, le commandant en chef m’a donné l’ordre de venir rapidement à Corfou avec des troupes françaises pour renforcer sa garde et pour assurer les autres îles. Par conséquent, citoyen commandant, je vous prie de donner les ordres nécessaires pour préparer les soldats dans les forteresses pour le casernement des troupes. Le mandataire de la guerre vous informera sur la quantité et qualité qui sont nécessaires à cette fin. Mon aide de camps a d’ailleurs reçu l’ordre de vous informer sur d’autres sujets aussi qu’il vous notifiera, et quand j’aurai le plaisir de vous rencontrer, nous discuterons des sujets concernant la sécurité et l’ordre public. ».

Les Français ont débarqué l’après-midi du 29 juin. Peu de Corfiotes ont accepté de donner une chambre, il était difficile de rassembler même les lits et les couvertures.

Dans son rapport pour le Directorat, Napoléon écrit que le peuple a accueilli les Français avec enthousiasme et que l’évêque a offert à Gentili un exemplaire de l’Odyssée. Mais les choses ne se sont pas passées comme cela. Le matin de 30 juin beaucoup de gens appartenant à toutes les classes sociales, âges et religion se sont rassemblés et sont allés au château du provveditore pour rendre hommage à Gentili. Spyridon Georgios Theotokis, âgé de 75 ans, a fait le compliment en italien et Gentili a répondu en italien. Il a parlé d’une nouvelle constitution, de paix, de concorde, de tolérance et de la protection que la République Française assurerait aux îles. Le soir quelques hommes pauvres et quelques officiers Vénitiens et Maltais ont fait une petite manifestation qui a terrifié les riches commerçant qui ont vite fermé leurs magasins.

Gentili a assigné l’administration de Corfou à un gouvernement provisionnel mixte qui a été nommé « Mairie » qui se composait de 48 membres élus par lui-même. Il a nommé Widmann comme Président.

Les premières réunions de la « Mairie » ont été accompagnées de perturbations. Plus particulièrement, le 9 juillet il a été demandé à l’évêque Grec et à l’évêque Latin et à deux autres cléricaux de cesser d’être membres. Le 10 juillet la foule a demandé la destitution des Juifs. Quand Gentili a été informé sur les perturbations, il a tout de suite précipité, il a arrêté quelques perturbateurs et a demandé aux membres de la Mairie de répéter la réunion.

Le 16 juillet l’implantation d’arbres de la Liberté a été décidée. D’abord, l’hissage du drapeau tricolore a eu lieu sous le coup des canons de la forteresse et de l’amiral de François Paul Brueys d’Agailliers, héros d’Aboukir, qui était aussi arrivé à Corfou par mer avec une escadre de la Flotte Française, à la Forteresse Vieille.

A midi ils sont allés à la grande place devant l’arbre de la Liberté, où l’évêque orthodoxe et catholique ont chanté la bénédiction. Ensuite le Vice-président de la « Mairie » Spyros Theotokis et le médecin Antonios Maroulis ont fait un discours. Après les discours la bande française a joué la Marseillaise et un hymne spécial pour l’occasion, dont les paroles étaient les suivantes :

« torni Corcura bella
al tuo natio splendore,
torni all’antico ardore
della primiera età,
libera al fin tu sei
libera al fin tu puoi
viva i Francesi eroi
viva la libertà  »(*).

Le 17 juin la « Mairie » sous la pression des paysans a décidé de brûler le libro d’oro et les titres de propriété et les médailles de l’aristocratie vénitienne.

Pas mal de Corfiotes ont envoyé un rapport pour demander l’union de l’île directement avec la France.

 

Le traité de Campoformio

et l’organisation administrative des îles

 

Le traité de Campoformio (17/10/1797) a mis la fin à la République Vénitienne qui a été annexée aux Habsbourgs. Au contraire, Napoléon a gardé les Îles Ioniennes. Il a envoyé son beau-fils Eugène de Beauharnais d’annoncer la nouvelle aux Corfiotes.

Après l’accueil officiel qui lui a été réservé Eugène a annoncé l’organisation administrative que Napoléon a déterminée. Les îles ont été directement unies avec la France et étaient divisées en trois départements administratifs, le département de Corfou (Corfou et Paxi), le département d’Ithaque (Ithaque, Céphalonie et Leucade) ayant Argostoli comme capitale et le département de la Mer Egée (Zante et Cythère), ayant Zante comme capitale. Chaque département serait dirigé par un directorat de cinq membres (commissaire gouvernemental, trois officiers de l’administration française et secrétaire général élu). Chaque département était divisé en provinces. A la tête des provinces ayant une population supérieure à 10.000 il y avait un comité de cinq membres, à la tête de celles ayant une population inférieure à 10.000 il y avait un comité de sept membres. A chaque province correspondait un juge de paix désigné par les familles les plus respectueuses. Corfou était le siège d’une division ayant comme commandant un général de corps d’armée et une escadrille de deux frégates, deux bateaux de huit canons et six batelets d’un canon, ayant comme commandant un capitaine, protégerait les îles et assurerait la poste avec « Otranto ».

De plus, le service postal a été créé et l’illumination des villes pendant la nuit a été imposée, ayant comme résultat l’élimination de la criminalité. Le principe de la domination a été aboli, ayant comme résultat la libération du commerce.

La création d’écoles a été étudiée, ainsi que le remembrement de la terre aux petits paysans, mais qui n’a pas été adopté à la fin. La première imprimerie a été installée à Corfou. Le 2 Nivose de l’an VI (22/12/1797) est arrivé le remplaçant de Gentili qui était malade, Louis François Jean Chabot (1757-1837), qui était sous-lieutenant de la cavalerie pendant la Révolution Française et qui est devenu général de division en 1793. Il a été distingué à la milice du Nord, à la milice de Moreau et à la fin à la milice d’Italie pendant le siège de Mantova. Il a apporté avec lui le 1 er bataillon de la 79 ème demi-brigade, trois batteries et une compagnie de pionniers, ainsi que la 6 ème demi-brigade. Il était tellement brave que Bonaparte a demandé si Chabot était tué pendant l’occupation de Corfou par les Russes et les Turcs. Le général Genteli avait d’abord lutté contre les Français sous Pascal Paoli de 1766 à 1777. En 1790 il a été élu député à la Convention et en 1793-94 il a défendu la Corse contre les Anglais.

Les commissaires généraux étaient remarquables. Le premier, Pierre Jacques Bonhomme Comeyros est arrivé à Corfou avec un retard de six mois et ensuite il a donné un emprunt à Ragouza pour couvrir les besoins des îles. Avant d’être nommé à Corfou, il était avocat, jacobin et ministre à la République des Grisons. Puisque son retard l’a rendu suspect auprès le Directoire, il a été remplacé par François Louis Dubois, avocat de Colmar, qui était député du haut Rhin à la Convention. Il est arrivé le 13 octobre quand les Russes et les Turcs ont commencé les opérations pour l’occupation des îles. Il a apporté avec lui le général de division Piveron et le secrétaire-interprète Napollon.

Les normes choisies par Napoléon comme premier administrateur de Corfou, à savoir le fait qu’il a utilisé en mission son beau-fils Eugène pour annoncer leur annexion à la France, alors qu’il n’a pas montré d’intérêt pour Venise, montre que l’Est et la Grèce étaient hantées en lui, depuis alors, quand il voulait être employé comme instructeur de l’artillerie turque et même avant.

La première occupation de vingt mois des Français avait des conséquences très sérieuses aux fermentations de la Nation Grecque pour liberté. A l’arbre de la Liberté seront mentionnés les héros de la Révolution Grecque de 1821. A l’arbre de la Liberté seront également mentionnés les commandants de partisans pendant l’Occupation Allemande qui devait être très sanglante. Les idées de la Révolution Française seraient implantées en Grèce. Mais elles ne porteront pas immédiatement leurs fruits parce que la contre-attaque russe et turque interviendra.

 

 

Deuxième partie

La contre-attaque russe et turque

 

Les projets de Napoléon pour la Grèce auraient peut-être marché si sur la côte continentale d’en face il n’y avait pas une autre personnalité aussi forte que lui, voire plus forte peut-être. Le « lion d’Albanie », Ali Pacha de Janina. Venise avait, à part les îles, des têtes de pont sur la côte d’en face en Epire, à savoir Vouthroto ou « l’œil de Corfou », Parga, la forte Preveza, des têtes de pont dont le chef de la région Ali était désireux aussi.

Mais pour le moment, puisque Ali ne connaissait pas la vraie force des gardes françaises feignait de faire l’ami de la France et laissait les délégués français croire qu’il avait été influencé des idées de la Révolution française.

Mais il y avait un autre danger pour les gardes françaises des îles ; c’était l’attitude de la Russie.

Le Tsar Paul A’ a été bouleversé quand il a appris les nouvelles pour le traité de Capoformio.

Le premier conseiller du Tsar, le prince Alexandre Betchboronco n’a pas caché de Dietrichstein, substitut de l’ambassadeur autrichien Lundwing Cobenzl, créateur du traité de Capoformio, le mécontentement de l’empereur car Vienne ne l’a pas consulté. Le diplomate autrichien a répondu que l’Autriche, qui n’était pas un pas naval, n’était pas intéressée par la régulation des questions allemandes. Ainsi, le 13 décembre Betchboronco a écrit à Semjon Voroncov, l’ambassadeur russe à Londres, que la France a acquis la possibilité de donner des ordres à la Porte Sublime.

Un mois et demi plus tard, Betchboronco a écrit à Voroncov que les Autrichiens au colloque de Rastatt devraient faire des concessions aux Français en Allemagne et demander comme échange les îles ioniennes. La Russie a bien entrevu que les actions de Bonaparte avaient comme objectif l’empire ottoman, contrairement à l’Angleterre qui s’attendait à un débarquement en Irlande et en Amérique du Sud.

Mais elle ne s’attendait pas au prochain coup de Napoléon, qui était l’occupation de l’Egypte. Le 23 juillet le gouvernement français a été informé sur l’occupation de la Malte par les Français. Cette occupation a terrifié le Tsar, car la Russie n’était pas prête à faire la guerre, comme il a confessé à l’ambassadeur anglais.

Et puisqu’il voyait que les Anglais étaient hésitants, il a envoyé le vice-amiral Feodor Ushakov à Constantinople, pour qu’il se réunisse avec la flotte turque contre la flotte française, sans savoir que Nelson avait détruit cette dernière le 1 er août 1798 à Aboukir.

L’escadre russe est arrivée à Bosphore le 4 septembre, alors que le 2 septembre le Sultan a ordonné que le chargé d’affaire français Ruffin soit capturé ; il l’a ensuite déporté à Chios. En même temps le Sultan a donné à la flotte française la permission de circuler au détroit des Dardanelles.

Le 8 septembre une réunion a été tenue à Constantinople avec la participation de l’ambassadeur russe Vassily Tomara, l’amiral Ushakov, l’amiral Sir W. Sidney Smith (de la part de l’Angleterre) et Ahmed Atif, ministre des affaires étrangères et Kadir bey, chef de la flotte turque de la part de la Turquie. Lors de cette réunion a été décidée l’action russe et ottomane commune à la Méditerranée, contrairement à l’effort de Smith pour que la flotte russe et ottomane remplace la flotte britannique sur les côtes de l’Egypte. Pour l’Egypte seules quatre frégates et dix canonnières seraient détachées.

La Turquie a donc finalement trouvé l’occasion de conquérir cette partie de la terre grecque qui lui manquait et en plus l’Europe la couvrirait. Elle a obtenu cela parce qu’elle a eu le soutien de la part russe, de Tomara et de Ushakov, qui ont transgressé les ordres du Tsar qui avait défini les objectifs de la façon suivante : Egypte, Crète, Péloponnèse, golfe vénitien. Tomara avait servi comme agent aux îles ioniennes pendant la période 1790-1792 et s’apercevait que la présence de l’armée française constituait un danger pour les Balkans. De son côté, Ushakov cherchait une occasion pour se distinguer. Ainsi un ancien agent et un marin commenceront pour la Russie une guerre qui durera pendant seize ans et qui aura comme résultat que leur patrie deviendra une grande force.

Le 29 décembre a été signé à Saint-Pétersbourg un traité d’alliance entre la Grande Bretagne et la Russie. Une disposition séparée stipulait que la Malte serait à nouveau donnée au bataillon de la même appellation, dont Paul A’ était devenu le Grand Magister le 7 novembre. Le 10 décembre, date de son intronisation comme Grand Magister, un traité d’alliance a été signé avec le royaume de Deux Siciles.

Le Tsar entrevoyait au bataillon le moyen d’approche du Vatican, afin d’obtenir l’unification de deux églises, sous son autorité, bien entendu. Il voulait aussi tirer des cadres du bataillon le personnel d’administration de son Etat.

Le 3 janvier 1799 un traité d’alliance a été signé entre la Turquie et la Russie, et juste après un accord anglo-ottoman de coopération militaire. L’Autriche va adhérer un peu plus tard, en avril, après l’échec des conversations de Rastatt. Ainsi l’envie turque pour l’annexion des îles ioniennes concentrera toutes les forces qui sont hostiles vers la France à la deuxième alliance.

En attendant, les autorités françaises, pour payer leurs frais, ont été obligées de procéder à des cotisations continues.

Ainsi, des 600.000 francs envoyés par la mairie de Venise pour le paiement des armées vénitiennes, Gentili a gardé le 70,4%. Il a aussi gardé tous les encaissements des impôts et taxes pour l’armée d’occupation, en laissant à la mairie seulement les revenues sanitaires.

La marine française s’est aussi approvisionnée de ressources de Corfou. Le 2 janvier 1798, 26 marchands ont été forcés de donner 150.000 francs au total. Le 25 janvier a été approuvé un emprunt pour 90.000 francs avec les domaines publics comme garantie, que les riches des trois départements devaient payer. Le 24 avril un nouvel emprunt a été imposé à Corfou pour 200.000 francs. Le 8 mai les propriétaires fonciers de Corfou ont donné 30.000 francs et le 9 mai les propriétaires fonciers des deux autres départements ont donné 80.000 francs.

Contre toutes ces sommes, la France a envoyé 394.000 francs et 600.000 lires que Bonhomme Comeyres a apporté avec un emprunt de Raguse. Tout cela avait comme conséquence que les Français perdent la sympathie de la plus grande partie de la population.

L’armada russe et turque est partie de Constantinople le 1 er octobre 1798. Dix-sept bateaux turcs ont été ajoutés aux seize bateaux russes. Contrairement aux bateaux russes, les bateaux turcs, sauf le vaisseau amiral « Saint Paul », étaient nouveaux, construits par des architectes navals français.

Le commandant de l’escadre turque et sous-commandant de la flotte unie sous Ushakov était le Adbul Kadir bey qui préférait avoir une vie aisée à son vaisseau amiral meublé et bien équipé. Ils avaient avec eux la proclamation du patriarche grec Grégorius E’ qui invitait les habitants des îles de poursuivre les Français comme athées ayant comme échange leur gouvernement.

La flotte des alliés est arrivée à Kythira le 7 octobre après une station rapide à Hydra. L’île avait deux forteresses, Kapsali avec quatorze canons et Agios Nikolaos avec huit canons et 68 gardes, 50 Français et 18 indigènes sous le capitaine Michel. Michel a décidé de résister. Pendant quatre jours Ushakov l’invitait à se livrer mais lui, il refusait. Le matin du 12 octobre ils ont commencé l’attaque avec des troupes de débarquement. Après une défense de 10 heures, le capitaine Michel a capitulé sous la condition que les gardes seraient transférés avec leur armature à Ancône. Il s’est engagé de ne plus lutter contre les Russes jusqu’à la fin des hostilités.

Ensuite c’était le tour de Zakynthos, où la flotte russe et turque a fait son apparition le 23 octobre. La garde se composait de quatre cent hommes et cinq batteries sous le commandant Vernier. Le commissaire gouvernemental français Rulhiere était parti à Corfou. Le 25 octobre la garde française s’est livrée, mais seuls 18 officiers ont reçu la permission de partir à Ancône. Les autres ont été livrés aux Turcs. Quelques années plus tard Tocqueville est arrivé à Péloponnèse et a découvert le sort horrible des cadavres de la 6 ème brigade. La garde de Céphalonie sous le commandant Royer s’est livrée le 28 octobre.

Au contraire, la garde de Leucade sous le colonel Mialet, 46 officiers, 466 soldats, 27 canons a résisté à l’avant-garde russe et aux propositions d’Ali Pacha de se livrer contre 30.000.

La garde s’est finalement livrée le 16 novembre. Et elle a également été livrée aux Turcs. Ali Pacha a conquis Vouthroto et a vaincu Salset, sous-commandant de la division de l’Est à Aktio et a conquis Preveza en massacrant ses habitants. Il a envoyé au Sultan 11 sacs avec des têtes salées de Français et en échange il a reçu le titre de Gazi (vainqueur des infidèles) et de Vizir (pacha à trois queues de cheval). Salset a été emprisonné et quand il sera délivré pour rentrer en France, il mourra des privations.

Le commandant de Corfou a été informé sur la destruction d’Aboukir par le « Généreux » (84 canons, capitaine Le Joille, 800 hommes), qui est arrivé à Corfou le 2 septembre, en amenant le bateau anglais « Leader » (74 canons) qui était captivé et qu’il avait forcé de se livrer après une bataille atroce près de la Crète. Ce grand succès du bateau français montre que l’échec de la marine française pendant la période 1792-1815 était dû au manque de direction maritime supérieure appropriée et non pas à la qualité des hommes du bord ou des bateaux. A Corfou il y avait toujours la corvette « Brunne » avec 32 canons, le brick « Expedition » avec 8 canons, la bombarde « Frimmaire » et quatre demi-galères. Le 3 octobre le brick « Rivoli » qui est arrivé à Céphalonie a apporté une lettre de Napoléon qui informait que la Russie et la Turquie avaient déclaré la guerre contre la France.

Napoléon croyait que les îles de Corfou et de Malte donnaient la dominance de la Méditerranée. Chabot a mis à sa disposition la 79 ème brigade (1450 hommes), la 5 ème compagnie du bataillon de tireurs B’ (90 hommes), cinq batteries et demie (210 hommes) et 50 gendarmes de Corfou. Il a aussi formé deux corps auxiliaires d’armée des soldats et employés des bureaux : un marcheur pour couvrir l’artillerie d’accompagnement et un équestre pour les reconnaissances (200 hommes). En plus, les gardes d’Ithaque et de Parga et ceux qui ont été sauvés de Vouthroto, au total 2500 hommes. Avec le nouveau commissaire général Dubois, qui est arrivé le 11 octobre, il a essayé de réorganiser la défense. Le 17 octobre a demandé aux habitants de Corfou 6.000 sacs blé. Il a aussi exigé 72.000 thalers à 30 riches habitants de Corfou. Ceux qui ont refusé de payer, ils les ont emprisonnés dans les cales de « Généreux » et les menaçaient qu’ils les déporteraient en Amérique.

Il a aussi désarmé les villages autour de Corfou (Mantouki, Kastrades, Sanrocco) et a brûlé leurs maisons.

Finalement, le 14 Brummaire (4 novembre), six bateaux hostiles de guerre sont apparus entrer dans le détroit de Corfou. Dubois a immédiatement ordonné la galère « Kyveli » d’aller vite à Ancône et de demander des renforcements.

A 15h00 le capitaine d’un vaisseau de ligne avec un comité a débarqué à l’embarcadère et a demandé de voir Chabot.

Les Russes ont demandé la reddition des forteresses. Le général français a répondu qu’une position forte comme Corfou ne peut pas être livrée sans lutte. Il a ensuite invité les officiers russes à dîner et le soir il les a accompagnés au théâtre pour voir un opéra italien et le ballet « L’entrée des Français au Caire ». Après la pièce théâtrale, les Russes sont rentrés à leurs bateaux. Le lendemain le comité de sauvetage commun a invité avec une proclamation le peuple de Corfou à aider la défense.

Le 20 novembre la concentration de la flotte russe et ottomane était terminée.

Ushakov a débarqué des forces à l’ancienne gare maritime vénitienne que les Français avaient détruit. Il a formé 3 batteries à couvert. Les Français vont détruire l’une de ces batteries à couvert, mais ils vont rater les deux autres, parce que les Russes avaient le soutien des paysans, qui étaient outrés à cause du comportement de Chabot contre eux, avec les réquisitions continues et la saisie des armes, alors qu’ils étaient aussi influencés de la proclamation du patriarche Grégorius E’ qui excommuniait les Français et demandait l’aide des Russes et qu’Ushakov l’avait donné aux prêtres pour qu’ils la lisent aux églises.

A part cela, jusqu’au 28 février il n’y a pas eu de combats. La raison c’était que les Russes et Turcs n’avaient pas de forces suffisantes. Les assiégeants bombardent la ville avec des obus de poids de 25 livres. Enfin, quand ils ont promis à Ali Pacha qu’il garderait Preveza, Vonitsa et Vouthroto, il a accepté d’envoyer 3.000 hommes. Chabot, pour encourager les habitants, il a statué que deux fois par semaine la garde et les habitants pourraient aller au théâtre à titre gratuit. (L’incident avec Stamati Bulgari a dû avoir lieu en ce moment, où commence sa carrière à l’armée française).

Profitant de cette inertie le 5 février les bateaux « Généreux », « Rivoli » et « Fortuné »ont pu échapper.

Ushakov a finalement accusé les Ottomans comme responsables. Il a envoyé son aide de camps au sous-commandant de la flotte turque Fetih bey qui dormait profondément. Fetih bey a dit à l’officier russe que cela faisait longtemps que les marins n’avaient pas été payés et qu’ils étaient nostalgiques pour leurs familles. Il a aussi ajouté que « le fait que les Français étaient partis n’est pas le désastre. On devra lutter contre moins d’hommes. Au lieu donc de les chasser laisse-les partir ».

Cet incident a obligé Ushakov de se précipiter. Il a décidé d’attaquer la petite île Vido le 25 février. Avec une proclamation, il a invité les Corfiots de faire la guerre avec eux comme Orthodoxes, afin d’éloigner les « Français déshonnête et athées ». Mais l’apnée qui a duré trois jours l’a empêché. L’attaque a finalement eu lieu le 1 er mars.

Les Français avaient installé à l’île cinq batteries à couvert avec huit fusils chacun.

Le commandant c’était Piveron avec 450 hommes. L’attaque a commencé à 7 heures du matin par 8 vaisseaux de ligne et 7 frégates. Chabot a immédiatement envoyé une compagnie de grenadiers, une compagnie de pionniers, les gendarmes de Corfou et des hommes du bord de « Leader » et « Brune ». Après un bombardement de 3 heures, une force de débarquement de 2160 hommes est arrivée sur la côte. Après un combat de 3 heures, les Français ont été obligés de se livrer malgré les grandes pertes que la garde française a causées contre les attaquants de la forteresse d’en face à Garitsa, avec François Maurice Dufour comme commandant.

La perte de Vido et les pertes en armée ont obligé Dubois et Chabot de demander l’armistice le 2 mars. Le 3 mars ils ont signé la livraison. Le traité prévoyait que les officiers garderaient leurs épées, alors que les soldats livreraient leurs armes. Toute la garde serait transférée à Toulon. Les malades et blessés resteraient à Corfou jusqu’à leur guérison et ensuite ils iraient à Toulon eux aussi. La garde et les employés français seraient payés d’après les lois françaises jusqu’à ce qu’ils soient débarqués sur le territoire français. Ceux qui s’étaient livrés se sont engagés de ne pas faire la guerre contre les Russes, les Ottomans et leurs alliées pendant 18 mois, alors que les prisonniers auraient le même engagement pendant toute la période de la guerre, sauf si les Français libéraient le même nombre de prisonniers russes et ottomans. Les Russes ont gardé les bateaux qui n’ont pas échappé.

Ainsi la première occupation française des îles ioniennes est terminée. Malgré les odes dédiées à Paul A’, le vrai vainqueur c’était la diplomatie turque, mais provisoirement, puisque Napoléon n’oubliera pas les îles ioniennes où il reviendra comme empereur.

 

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(*) La traduction en français est la suivante :

« Retourne belle Corfou à ta nation splendide, retourne à ton ardeur, à ton premier état, pour que tu sois et que tu puisses être libre. Vive les héros Français, vive la liberté. »

 

 

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