VOLUME II – CHAPITRE 15
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Esquisse du projet du palais impérial de la Bourse de Paris, plus connu comme Palais Brongniart, du nom de son architecte, Alexandre Théodore Brongniart (1739-1813) qui en dessina les plans. |
La nouvelle de la victoire d’Austerlitz avait rasséréné tout le monde, y compris la Bourse, heureuse de voir revenir l’Empereur portant, dans ses bagages, les cinquante millions pris au provocateur vaincu.
La scène entre Napoléon et les principaux protagonistes de l’affaire fut, aux dires d’un témoin, d’une rare violence, mais cet empereur souvent présenté comme impitoyable n’ordonna aucune poursuite contre les prédateurs : il se contenta de faire rendre gorge à Ouvrard et à ses acolytes, en les obligeant à reverser au Trésor tout ce qu’ils possédaient jusqu’à concurrence de quatre-vingt-sept millions. Quant à Barbé-Marbois, il fut démis de ses fonctions le 27 janvier 1806, et remplacé par Mollien.
Le malheureux ministre avait cru pouvoir se justifier auprès de Napoléon – qui n’avait jamais douté de sa bonne foi – en lui faisant observer qu’il n’était pas un voleur. Voici, dans toute sa verdeur et son bon sens, la réponse de l’Empereur :
« Je le préférerais cent fois ! La friponnerie a des bornes, la bêtise n’en a point. »
Cette mésaventure lui fit prendre aussitôt une mesure immédiate : une réforme de la Banque de France pour qu’elle ne se retrouvât jamais dans la situation où l’avait placée la folle imprudence de Barbé-Marbois. Le 22 avril, il nomma donc un gouverneur – le premier fut Crétet – responsable aux yeux du souverain de la bonne marche de l’établissement.
La mesure fut bonne, puisque, en moins d’une année, le billet de banque retrouva sa faveur auprès des Français, qui ne tardèrent pas à le préférer à l’or. C’est tout dire.
« Changer la face du territoire de mon empire… »
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Ce problème réglé, le chef de guerre s’effaça – provisoirement hélas ! pour lui – devant le chef d’état et l’administrateur. Napoléon voulait « changer la face du territoire de [son] empire », et pour commencer, de la France.
À Paris même – le mot est de l’Empereur – il y a « plus à démolir qu’à bâtir. »
Les petites ruelles sombres et tordues, qui suffisaient lorsque les transports se faisaient à dos de mulet, ne peuvent plus aujourd’hui, écrit Fain, secrétaire de Napoléon, assurer la circulation de « nos larges et longs attelages, de nos grosses diligences et de lourdes charrettes. »
Alors, comme toujours avec Napoléon, les idées fusent :
« Pourquoi, par exemple, ne pas abattre tout ce quartier de la Cité ? C’est une vaste ruine qui n’est plus bonne à loger que les rats de l’ancienne Lutèce… Je voudrais qu’un quinconce comme celui des Champs-Élysées fût planté sur cet emplacement, ce serait la plus belle promenade de Paris. La basilique de Notre-Dame et le vieux palais de Saint-Louis consacré à la justice en feraient le majestueux ornement…
« En général, ces belles terrasses qui forment vos quais de Paris devraient être mieux dégagées ; bordées d’un côté par le cours du fleuve, de l’autre, elles mériteraient de l’être par les plus belles maisons de la ville !… La devanture de vos principales places publiques devrait offrir aussi un aspect régulier qui n’admettrait que des maisons de première valeur. Voyez la place Vendôme ! Voyez la place des Victoires ? Figurez-vous la place qu’on pourrait faire devant Saint-Sulpice ! et calculez, si dans la différence de ce qui existe et de ce qui pourrait être, il n’y a pas de quoi payer grandement tous les frais de ces embellissements ? »
Et le « montage financier », selon l’expression en vigueur aujourd’hui ?
Voyez la modernité de ce que l’Empereur a imaginé :
« Pourquoi la ville n’interviendrait-elle pas pour chaque entreprise de ce genre ? Une première association ne pourrait-elle pas se former entre ceux qui possèdent dans l’état actuel, et la Ville qui, se portant garant de l’opération, assurerait d’abord aux anciens propriétaires le revenu dont ils jouissaient, en se réservant ensuite pour bénéfice le supplément de valeur que la maison viendrait à acquérir ? Chaque opération aurait sa liquidation particulière et ne se confondrait pas avec d’autres. La place ou la façade entreprise étant terminée, la ville vendrait aussitôt sa part de propriété et, rentrant ainsi dans ses avances et ses bénéfices, vendrait sa part de propriété et les porterait sur un autre point. »
Architecte impérial : un métier qui n’est pas de tout repos
La capitale se couvre donc de chantiers.
Les architectes : les Percier, Fontaine, Brongniart (celui de la Bourse, à qui il a donné son nom), et autres Vignon… ne chôment pas. Et d’autant moins que le Maître, même éloigné de Paris, est souvent sur leur dos par dépêches interposées, les harcelant de questions, jamais oiseuses, toujours précises, sur l’avancement des travaux dont ils ont la charge.
Notons au passage qu’être l’un des architectes de Napoléon n’est pas un poste de tout repos.
Jean-Antoine Chaptal – ce grand chimiste, qui, le premier, fabriqua en France l’acide sulfurique et fut aussi conseiller d’État, et ministre de l’Intérieur de 1800 à 1804 – raconte que, très souvent, l’Empereur se décidait brusquement. Les travaux démarraient donc tout aussi brusquement.
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Fils d’un riche propriétaire du sud de la France , Jean-Antoine Chaptal (1756-1832) commença par étudier la médecine, puis la chimie, science qu’il fut le premier en France à appliquer à l’industrie et au commerce. Scientifique renommé, industriel et propriétaire fortuné, il devint en outre l’un des hommes politiques les plus influents de l’époque. Ministre de l’Intérieur entre 1801 et 1804, il joua un rôle de premier plan dans les réformes sociales, la réorganisation de l’administration française et dans tous les grands projets de rénovation entrepris pendant la période du Consulat. Chaptal était suffisamment riche pour pouvoir être indépendant, et en 1804, lorsqu’il se trouva en désaccord avec le gouvernement, il se retira de la vie publique. Mais il ne fut jamais en disgrâce, et Napoléon en fit plus tard un grand-officier de la Légion d’Honneur et un sénateur. (DR) |
Ainsi, un jour, Napoléon fait appeler Fontaine et lui ordonne de conduire le lendemain, à cinq heures du matin, cinq cents hommes à un endroit de la place du Carrousel qu’il lui précise, pour y édifier un arc de triomphe en l’honneur de la Grande Armée.
Fontaine lui fait observer respectueusement qu’il n’existe ni plan ni devis. L’Empereur insiste. Donc…
Le lendemain, à l’heure indiquée, cinq cents hommes se mettent à remuer la terre.
À son lever, Duroc, le grand maréchal du Palais, constate cette agitation et en déduit que seul Daru, l’intendant général de la Grande Armée, a pu, sans l’en aviser, ordonner ce travail. Arrivé en toute hâte, Daru fait montre d’autant de surprise que Duroc.
Ils font quérir Fontaine, qui leur raconte ce qui s’est passé, et, sans s’attarder, demande la permission de revenir dans son cabinet pour dresser un plan de l’ouvrage et en établir le devis.
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La place de la Concorde vue de la rive gauche de la Seine en 1801. En 1812, huit kilomètres de quais avaient été édifiés le long des rives du fleuve. (DR) |
Des quais s’édifient (huit kilomètres de quais seront achevés avant 1812), des rues sont en cours de percement : celles de Rivoli, de Castiglione et de la Paix – elle s’est appelée d’abord rue Napoléon, ce qui n’était tout de même que justice, mais les Bourbons passèrent par là – commençaient à voir le jour ; en juin 1806, les canons russes et autrichiens pris à Austerlitz sont aux mains des fondeurs qui vont les façonner en une colonne qui sera érigée place Vendôme en l’honneur de la Grande Armée ; les travaux d’amélioration du Louvre sont en cours d’achèvement.; la première pierre de l’Arc de Triomphe a été posée le 15 août 1806 ; des ponts (cinq) vont être jetés sur la Seine, etc. etc.
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Ainsi baptisée du nom de la bataille remportée en Italie par le général Bonaparte les 14 et 15 janvier 1797, la rue de Rivoli a été percée en 1801. Tous les bâtiments du côté nord ont été conçus par les architectes Percier et Fontaine. |
Quant à la décision d’élever un temple à la Grande Armée (future actuelle église de la Madeleine), elle n’est encore qu’en gestation dans l’esprit de Napoléon – l’ordre en sera donné le 2 décembre 1806 après que la Prusse aura été défaite
Malheureusement, les guerres incessantes provoquées par les Anglais, Russes, Prussiens et autres Autrichiens, l’empêcheront de mener à leur terme tous les projets grandioses qu’il nourrissait pour Paris – et la France.
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Napoléon décida d’élever sur la place Vendôme un monument en l’honneur de ses soldats qui avaient si bien combattu et triomphé à Austerlitz le 2 décembre 1805. D’abord appelée avec raison «Colonne de la Grande Armée», le monument, qui mesure environ 44 mètres de hauteur fut édifié avec le bronze des 1 250 canons pris aux Russes et aux Autrichiens au cours de la bataille. |
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(À suivre)