VOYAGES NAPOLÉONIENS EN VALLÉE D’ASPE

Par Pierre Migliorini, FINS

 

Nous débutons cette série d’articles consacrés à la présentation de sites napoléoniens, par la visite d’une région peu connue et peu fréquentée, la vallée d’Aspe, vallée située dans les Pyrénées, dans le sud-ouest de la France.

Bien sûr, cette région n’est pas spécialement renommée pour les souvenirs du 1er Empire qu’elle décèle, çà se saurait ! Mais, c’est justement l’occasion de sortir des sentiers battus et de partager quelques connaissances… Peut-être aussi la lecture de cet article donnera t’il envie à certains d’entre vous d’aller visiter cette belle vallée encore sauvage.

À l’entrée de la vallée d’Aspe, nous découvrons une petite ville typique de cette région, Oloron, qui nous donne la première occasion d’évoquer l’Empire. En effet, pour le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz, la Municipalité d'Oloron convia les descendants du Général Pourailly, à l'inauguration d’un monument élevé à sa mémoire, et que l’on peut voir rue Ambroise Bordelongue.

Monument au Général Pourailly, élevé à Oloron, rue Ambroise Bordelongue.
Médaillon de bronze réalisé par le sculpteur Francis Clertan.

À la sortie d’Oloron, direction plein sud, nous entrons dans la vallée d’Aspe. Bientôt, nous atteignons le village de Sarrance, après être passé devant une maison en contrebas, ancienne demeure du général Camou.

Dans le village, la visite de l’Ecomusée de la Vallée d’Aspe consacré à l’histoire des pèlerinages de ce village s’impose ; cerise sur le gâteau, quelques souvenirs du général Camou, ancien soldat du 1er Empire, dont sa légion d’honneur et une icône qu’il sauva lors du siège de Sébastopol, sont présentés.

Ancienne demeure du général Camou à Sarrance, maison qui abrite une pisciculture.


Une douzaine de kilomètres plus loin, nous laissons à droite la route qui mène au cirque de Lescun ; seuls les plus courageux monteront et les marcheurs iront jusqu’au col de Pau où s’est déroulée le 4 septembre 1794 la bataille de Lescun, le « Valmy des Pyrénées ». Le front principal des combats entre les armées révolutionnaires et les Espagnols se tenait à Fontarabie ; les Espagnols décident alors d’attaquer nos arrières, passant par le col de Pau puis Lescun, Oloron et direction vers l’ouest… ils seront arrêtés par le 5ème bataillon des volontaires des Basses-Pyrénées au cours de cette  bataille où une centaine d’hommes galvanisés par des officiers résolus ont arrêté 7000 hommes, faisant 900 tués et 450 prisonniers ! Cette bataille, entre autres, marquera la fin des ambitions espagnoles d’invasion du Sud-ouest et la reconnaissance de la République française par l’Espagne des Bourbons. Nous avons eu l’occasion de trouver récemment des balles, vestiges de ces combats, au pied du col de Pau.

Poursuivant notre chemin sur la RN 134 nous atteignons, sur notre droite le charmant village de Borce. Village typique et traditionnel, qui a gardé un cachet très pyrénéen avec sa ruelle centrale étroite, ses maisons médiévales des XV et XVIème siècles ; fenêtres à meneaux, portes en ogives, linteaux et claveaux sculptés, vous plongeront dans une ambiance moyenâgeuse.


Pour la période qui nous intéresse, nous visiterons l'hôpital Saint-Jacques, où l’on peut voir des graffitis faits par les soldats napoléoniens, quand ils avaient en garde la vallée d'Aspe en 1813 et 1814, lors de l’invasion du sud de la France par les troupes de Wellington.

À propos de la garde des vallées à cette période, le général Pâris essaya alors, par la force, d'imposer aux maires des vallées une participation à la défense des frontières ; il sera désavoué par le maréchal Soult : "M. le Général Pâris… n'avait pas le droit d'ordonner des poursuites envers les Maires des communes qui étaient à ce sujet en retard, ni celui d'envoyer des garnisaires pour les obliger à payer une somme quelconque destinée au payement des ouvriers qui étaient employés à ces travaux. Il devait s'adresser aux autorités du Département, le Préfet et le Sous-préfet, leur représenter l'urgence des ouvrages de défense qui étaient ordonnés et provoquer d'eux des mesures administratives qui pourvussent à la réunion des ouvriers nécessaires à la fourniture des matériaux et à leur payement.

D'après ces motifs, l'ordre donné le 24 dernier par le Général Pâris au sujet des ouvrages de défense qui doivent être exécutés sur divers points de la frontière de la Vallée d'Aspe, Ossau, Barétous et Sainte-Engrâce, sera considéré comme non avenu…" (1).

Poursuivant notre route, nous arrivons au droit du chemin de la mâture situé entre les villages d’Etsaut et d’Urdos : cet impressionnant défilé creusé à même le roc sous  le règne de Louis XV servait à l’exploitation des forêts pour la Marine Royale : les sapins allaient devenir des mâts de bateaux, tandis que les hêtres étaient utilisés pour les avirons et les poutres, tandis que les buis servaient à la confection d'essieux et de poulies. Les futurs mâts étaient ensuite transportés par flottage sur le Gave pour rejoindre Oloron, puis Bayonne. Parmi les entrepreneurs qui ont travaillé sur les chantiers de la mâture, nous citerons un certain Louis Pourrailly ancien constructeur de bateaux à Bayonne, qui s’installe en Vallée d’Aspe, à Athas en 1770. Son troisième fils Bernard Louis n’est autre que le général Pourailly dont on a vu le monument à Oloron.

En contrebas du chemin de la mâture, en bordure de route s’élève le troublant fort du Portalet, construit sur instruction de Louis-Philippe ; sous le régime de Vichy, il sert de prison politique pour des personnalités de la IIIe République de 1941 à 1943 et qui, après l'occupation allemande de la zone libre, seront envoyés en Allemagne. Le fort va alors abriter une garnison allemande. Le maréchal Pétain y est détenu 3 mois, du lendemain de son procès le 15 août 1945 jusqu'à son transfert à la forteresse de l'île d'Yeu le 16 novembre 1945.

Poursuivant notre route, nous avançons vers l’Espagne que nous atteindrons soit par le col, soit par le tunnel du Somport.

En revenant vers Oloron, une variante intéressante peut se faire au pont d’Escot, au dessous de Sarrance, en prenant le col de Marie-Blanque qui nous mène à la vallée d’Ossau ; là, en remontant cette vallée nous arriverons à Laruns, village qui a vu naître le 12 avril 1785 le maréchal des Logis du 10ème Hussards,  Jean Baptiste Guindey. Lors de la bataille de Saalfeld, le 10 octobre 1806, il tua « d’un hardi coup de pointe » de sabre le prince Louis de Prusse, neveu de Grand Frédéric. Après une carrière bien remplie, il sera tué à la bataille de Hanau le 29 octobre 1813. Il était alors lieutenant des grenadiers à cheval de la Garde et officier de la Légion d’honneur.

Buste de J.B. Guindey, à Laruns, œuvre de Mme Coutan-Montorgueil, fondu par A. Bulteau, élevé le 27 septembre 1903.

Ainsi se termine notre périple dans cette région qui, comme on a pu le voir, mérite un détour napoléonien !




 

(1) Lettre de Soult, citée dans la Revue Pyrénées n°163/164, par J. J. Cazaurang, déposée aux Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques.

 

Pierre MIGLIORINI, FINS

 

Général Jacques CAMOU :

Né le 1er mai 1792 à Sarrance, Jacques Camou rejoint en tant que sergent le 1er bataillon des Chasseurs des montagnes le 6 septembre 1808. Il fait ensuite partie de l'armée d'Espagne en 1811, de l'armée d'Italie en 1813, de l'armée des Alpes en 1815, est fait prisonnier de guerre en 1813, et reçoit trois blessures à l'affaire de Saint-Hermangors en Illyrie, vers les sources du Tagliamento.

Sa carrière est momentanément interrompue par suite du licenciement de l'armée en 1815, mais il rentre au service en 1817. Il prend part à la guerre d'Espagne en 1823 et à l'expédition d'Alger en 1830. C'est en Algérie qu'il parvient à franchir les grades les plus difficiles.

Nommé général de brigade le 25 avril 1848, puis général de division le 6 février 1852, il quitte l'Algérie pour prendre le commandement d'une division de l'armée d'Orient. Mis à la tête de la 2ème division d'infanterie de la garde impériale, il est au siège de Sébastopol. Grand cordon de la Légion d'honneur, il meurt le 8 février 1868.

 


Le général Camou, en uniforme de général 2nd Empire, sur lequel on devine, parmi ses nombreuses décorations, la Médaille de Sainte-Hélène, preuve de sa participation aux Guerres de l’Empire.

 

Chasseur des montagnes, corps qui a vu débuter Camou sous l’uniforme.
Gouache de Lionel Labeyrie, peintre de l’Air.

Général Bernard POURAILLY :

Né le 21 juin 1775 à Lées-Attas, en Vallée d’Aspe, où son père, artisan, travaillait sur le chemin de la mâture.

Volontaire en 1792, il s’enrôle au 1er bataillon des Basses-Pyrénées. On le retrouve capitaine aux Grenadiers à pied de la Garde des Consuls en 1801, puis chef de bataillon en 1804. Il est alors officier de la Légion d’honneur.

Colonel du 24ème régiment d’Infanterie légère, il se distingue à Austerlitz.

Il est fait successivement baron en 1808, général de brigade en 1811 puis commandant de la Légion d’honneur en 1813. On le retrouve dans la Campagne du Sud-ouest, sous le maréchal Soult, à Toulouse, à la tête d'une brigade, pour la défense de la ville.

Au Cent-jours, il est chargé de la défense de Saint-Denis, le 20 juin 1815.

Il reçut de nombreuses blessures au combat du Boulou, à Eylau puis à Wagram.

Il décède le 30 juin 1828 à Paris et est enterré au Père-Lachaise.

Son frère, chef de brigade, fut tué à la bataille de Castiglione.




Général Bernard Pourailly.

 

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