Share  


L'HISTOIRE VUE AU TRAVERS DU
PRISME DÉFORMANT DE
THIERRY LENTZ


Libres propos par John Tarttelin
M.A. FINS (Legion of Merit)

 

 

« N'importe quel historien attaché à son métier ou à sa passion, s'il regarde les arguments des uns et des autres, puis se documente sérieusement ne peut croire un mot de tout ce qui a été écrit sur l'empoisonnement et la substitution de Napoléon. » (Thierry Lentz).

Il existe aujourd'hui un véritable complot liant Thierry Lentz et « sa bande » pour museler l'opposition et maintenir dans l’ombre tout avis et toute opinion qui ne sont pas en accord avec les siennes.

Tel un nouveau Moïse tenant serrées ses Tables de la Loi, Lentz descend de ses hauteurs olympiennes et proclame : « L'histoire c'est moi ! »

Dans une interview accordée à Irène Delage en avril 2009, le nouveau Messie défend sa philosophie avec une maestria bien rodée.

En introduction à l’interview, on peut lire :

« Napoléon a été empoisonné ! Malgré les travaux des historiens, la rumeur tente toujours de passer de l'autre côté de la frontière, celui de la vérité. »

À la question : « Pourquoi revenir une fois encore sur les « mystères de Sainte-Hélène ? », notre homme répond :

« C'est un peu l'actualité qui a fait loi, avec le décès de Ben Weider, quelques émissions de télévision et de radio, des bruits sur des demandes qui parviennent à diverses autorités pour obtenir l'ouverture du tombeau de Napoléon, et j'en passe… Après avoir écouté ces émissions, nous avons décidé avec Jacques Macé de repartir au feu, cette fois avec un livre qui devrait toucher un plus large public. »

Une simple question : de quelle compétence – réelle – des historiens peuvent-ils se prévaloir pour juger et trancher de manière péremptoire dans un domaine aussi éminemment complexe que celui de la toxicologie ?

En utilisant l’astuce classique de « la culpabilité par association », Lentz tente de faire un amalgame entre le travail accompli par Ben Weider au cours de sa vie pour démontrer la réalité de l'empoisonnement de l'Empereur et une absurde histoire de substitution de son corps après son inhumation.

Exactement comme si les deux affaires n’en faisaient qu’une.

Lentz observe au travers d’un prisme déformant et refuse d'admettre ce qu'il n'a pas découvert lui-même. Au sens littéral de l’expression, il refuse de voir ce qu'il ne veut pas connaître.

Puis, dans le cours de la même interview, au détour d’une phrase qui pourrait sortir tout droit de la bouche du grand dirigeant nord-coréen, il précise :

« Nous nous sommes dit aussi qu'il fallait tenter autant que possible d'être définitifs… pour ne plus avoir à revenir sur ces sujets… »

Qu’il s’agisse de la liberté d’enquête historique ou de la liberté d'expression, il semble que Lentz, s’il en avait la possibilité, ferait un autodafé de ces livres qu'il n’agrée point.

Et il poursuit :

« Ce qu'il y a de plus important et de dérangeant dans l'empoisonnement et de la substitution, c'est que leur médiatisation a fini par faire croire qu'elles reposaient sur des éléments sérieux et incontestables. Par ricochet, ces “vérités” fausses font passer les historiens qui n'y croient pas pour des “ringards” ou les membres d'on ne sait quelle conspiration du silence. »

Le très regretté Ben Weider n'est plus là pour se défendre et dénoncer un tel travestissement de son œuvre. Aussi, vais-je le faire pour lui.

À ce stade, je pourrais ajouter que j'ai écrit en 1995 un article sur l'empoisonnement de Napoléon à Sainte-Hélène, intitulé « Hairsay and Heresy », et cela bien avant que j’aie entendu parler de Thierry Lentz.

Les théories, les histoires, les témoignages se rapportant au décès prématuré de l’Empereur se sont bâtis et renforcés pendant des décennies, et si Lentz pense qu'il peut, à lui seul, et à l’aide de quelques commentaires puérils faits au cours d’une interview, jeter à la poubelle les recherches et les études réalisées par un grand nombre d'historiens et de toxicologues, il va devoir reconsidérer ses plans.

Phénomène hors du commun, Napoléon, le plus grand homme du 19è siècle, fut admiré par des Allemands comme Goethe, Heine et Nietzsche, et des Anglais comme Hazlitt et Byron ; sa mort prématurée fut pleurée même par ses anciens ennemis comme Napier l'historien anglais de la guerre de la Péninsule, et Wilson, l’espion attaché à l'armée du Koutouzov pendant la campagne de Russie de 1812.

En 1821, lorsque des inscriptions apparurent dans les rues de Londres demandant à la population de déplorer la disparition du plus grand génie de ce temps, nombre d’Anglais manifestèrent leur chagrin.

Napoléon, ce concentré d’énergie, capable de travailler vingt heures par jour, jour après jour, et qui se satisfaisait de très peu de sommeil, est mort à l'âge de 51 ans, ce qui est bien jeune, même pour le début du 19 siècle, et a fortiori pour un homme si plein de vie. Et il est mort sur un caillou pelé perdu dans l'Atlantique Sud, après avoir souvent déclaré qu'il était empoisonné par ses geôliers britanniques.

Napoléon, qui était loin d’être stupide, avait évidemment ses propres soupçons. Sans doute le gouverneur de l’île, le sinistre Hudson Lowe, était-il un personnage trouble, mais c’est pourtant par l’un des siens, une fois encore un personnage dans lequel il avait mis sa confiance et qui l’a trahi, que l’Empereur a été empoisonné.

En 1982, Ben Weider et David Hapgood publièrent « L’assassinat de Napoléon ».

Peut-être Lentz a-t-il entendu parler de David Chandler, l'ancien doyen de la bourse d'études napoléonienne dans le monde anglophone ?

Voici ce que Chandler dit du livre:

« Fascinant et extrêmement documenté. L'histoire que les auteurs révèlent et les preuves scientifiques qu'ils fournissent sont plus que suffisantes pour justifier un nouvel examen de l’affaire. Cet ouvrage pourrait bien aboutir à d’importantes modifications dans l'histoire des dernières années de Napoléon. »

Examinons de plus près ce jugement porté par un homme qui en savait plus sur Napoléon que McDonald connaît des hamburgers. Chandler dit que le livre a fait l’objet de « recherches très fouillées », et il parle de « preuve scientifique ».

Lentz dit que le débat sur l’empoisonnement est le résultat d'un « grand cirque médiatique ». Si c'est le cas, sa contribution et celle de sa coterie n’ont guère plus d’importance que l’entrée des clowns sur la piste. Chandler avait plus de sérieux dans son petit doigt que Lentz n’en a dans toute sa personne.

Le 25 juin 2001, Chandler donna une interview au quotidien britannique The Daily Telegraph. Dans son article, le journaliste, Thomas Harding, écrit :

« Un grand spécialiste anglais de Napoléon a apporté son soutien à la théorie selon laquelle l’ex-empereur des Français a été assassiné par ses compatriotes.

« Le Dr David Chandler, considéré comme la plus indiscutable autorité sur Napoléon, estime que les livres d'histoire devraient être réécrits pour inclure un chapitre final consacré à la conspiration qui se cache derrière la mort de Napoléon ».

Avant de mourir, Chandler avait acquis la conviction que Napoléon avait été empoisonné.

Une autre personnalité commente l’ouvrage de Ben Weider. Il s’agit de Michael Baden, docteur en médecine et ancien médecin légiste en chef de la ville de New York. Celui-ci fait observer que « ce récit fascinant montre comment les techniques modernes de la médecine légale peuvent être utilisées pour aider à résoudre des mystères anciens restés sans explication. »

Dans un article se rapportant à cette discussion, Jean-Claude Damamme, le représentant de la Société Napoléonienne Internationale pour la France écrit :

« Récemment, divers articles de presse ont mentionné une étude conjointe suisse, canadienne et américaine qui rejette les théories de “maintenant largement discréditées” (citation) de l’empoisonnement Napoléon à l’arsenic.

À cet égard, il importe de se demander qui discrédite ces théories.

Ne serait-ce pas Lentz ?

Et là, curieusement, le « cirque médiatique » ne se montre pas favorable à la thèse de l’empoisonnement comme Lentz aimerait nous le faire croire, mais il lui est très clairement hostile.

Et Jean-Claude Damamme continue en soulignant :

« Étrangement, à aucun endroit, ne sont mentionnés ni les travaux du Dr. Pascal Kintz, président de l’Association internationale des toxicologues de médecine légale, ni ceux du Pr. Robert Wennig de l’université du grand-duché du Luxembourg, dont les analyses montrent ‑ sans ambiguïté – une concentration massive de mort-aux-rats au cœur des cheveux de l’Empereur. Et, à cette présence, il n’existe qu’une seule explication : le toxique est passé par la voie digestive. »

Malgré la forte dose d’ennui que distille en moi la prose de Thierry, je poursuis.

De son propre livre sur le sujet : « La Mort de Napoléon. Légendes, Mythes et Mystères », Lentz dit :

« C'est parce que nous refusons qu'une aussi utile et noble matière que l'histoire soit prise en otage par les manieurs d'opinion que nous avons rédigé ce livre. Nous ne cachons ni notre mauvaise humeur ni notre surprise de voir les mêmes qui hurlent dans leurs colonnes “Liberté pour l'Histoire !” la manipuler à des fins qui n'échapperont qu'à ceux qui ignorent comment fonctionne la société des médias. »

Lentz pervertit et déforme les études historiques objectives et scientifiques entreprises par Ben Weider et Sten Forshufvud afin de les discréditer aux yeux du public et des médias, et il se permet de donner des leçons ! On ne peut le laisser s’en tirer avec cette exécrable manipulation, alors que c’est lui-même qui « empoisonne » la discipline historique par ses abjectes calomnies.

Mais au juste, cet homme, qui pense-t-il être ?

D'un côté, nous avons Kintz, Wenning, Baden, Weider, Forshufvud, Chandler, Damamme, et de l’autre… Thierry Lentz.

Je me demande lequel d’entre eux choisirait un lecteur – impartial !

Cette fois, l'homme qui voudrait « être définitif… pour ne plus avoir à revenir sur ces sujets… » a eu, selon l’expression bien connue, les yeux plus gros que le ventre. L’Histoire n’est pas écrite sur des Tables de la Loi estampillées « Lues et approuvées par Thierry Lentz ». C’est une discipline instable, inexacte, davantage art que science, avec des flux et des reflux de convictions et de conjectures.

Lentz est allé pleurnicher auprès des représentants des médias, et il a dîné avec eux pour créer un séisme bien à lui, mais sa vision des choses ne vaut pas un sou. C’est une « fausse pièce », et l’on ne doit pas permettre qu’elle devienne la « monnaie historique » de référence, acceptée et reconnue par les vrais historiens et le grand public.

Napoléon a été empoisonné !

Mais quelles preuves ont-ils, hurle Lentz ?

Tout simplement celles que la science leur a apportées.

Un autre commentateur du livre de Ben Weider qui fait autorité dans l’histoire de Napoléon, Steven Ross, professeur à l’école de guerre navale des États-Unis, ajoute :

« Il s’agit d’un livre fascinant et bien écrit, qui constitue une étude solide, et à moins que quiconque ait une preuve médicale du contraire, il est la preuve indubitable que Napoléon a bien été empoisonné. »

On se demande si Lentz a jamais lu l’un de ces livres ou l’un de ces articles qu’il aimerait tant enterrer définitivement. Que voilà un étrange « historien » ! Mais je ne m’étendrai pas plus longtemps sur les singeries du bateleur magistral de l’histoire napoléonienne.

Lorsque Ben Weider publia « L’assassinat de Napoléon » en 1982, il avait presque soixante ans, et, hormis ses innombrables activités, il avait consacré une grande partie de sa vie à étudier le sujet. À la même époque, Lentz, vingt-trois ans, était un parfait inconnu, et fort heureusement, il l’est encore dans la plupart des pays anglo-saxons.

J’ai eu la chance de connaître Ben, mais pendant cinq mois seulement. Je n’ai eu que deux conversations téléphoniques avec lui, et je ne l’ai jamais rencontré.

C’était un homme bon et généreux, notamment avec son temps bien qu’il fût incroyablement occupé par ses affaires, et je ne permettrai pas que sa mémoire soit attaquée et déshonorée par un personnage jaloux de ce qu’il a créé, et qui ne possède ni son intégrité ni son sens de l’honneur.

 


© 2011 John Tarttelin
M.A. FINS (Legion of Merit)

Voir : www.napoleon.org/en/fondation : Thierry Lentz : trois questions sur les "mystères" de Sainte-Hélène (avril 2009). Interview d’Irène Delage, avril 2009.

Site internet de la SNI : www.societenapoleonienne.com, rubrique « Empoisonnement ».

 

RÉAGISSEZ À L'ARTICLE...

 

 

 

Retour à la rubrique

EMPOISONNEMENT DE NAPOLÉON