NAPOLÉON, HÉROS IMPROBABLE DE L’ANGLETERRE

« C’est un homme bien, qui ne mérite
pas ce qui lui arrive. »

(Équipage du HMS Northumberland)

Par John Tarttelin, MA (Histoire)

DÉDIÉ À LA MÉMOIRE DE L'EMPEREUR NAPOLÉON

En ce qui concerne les historiens de la nation qui a engendré Shakespeare, la prudence est toujours de mise. Le premier principe à garder à l’esprit quand on lit un récit anglais en lien avec la France napoléonienne devrait être : « S’agit-il d’un vantard qui se pavane devant moi? »

Ils prennent pour acquis, presque par définition, que la cause anglaise a toujours été juste et vertueuse, et que Napoléon, un Français, non, même pas.., un simple Corse, était un fauteur de guerre invétéré et un crétin en plus, indigne de lacer les chaussures du duc de Wellington. Parce que Wellington l’a vaincu à Waterloo, ce type ne peut être que de la pire espèce. Plusieurs des récits qui suivent proviennent d’historiens et d’observateurs anglais hostiles. Néanmoins, ils en disent souvent plus long qu’ils ne le croient eux-mêmes.

En 1900, Lord Rosebery écrit : « En Angleterre, son nom était synonyme de «générateur de tous les maux». En effet, notre opinion nationale le voyait comme un diable sept fois plus pire que les autres. Mais alors nous ne savions rien du tout à son sujet. » (l’italique est de mon cru)1 En un mot, c’est pourquoi il y a encore de nos jours tant de commentaires acerbes sur Napoléon.

L’annexe du livre de Rosebery intitulé « The Last Phase » est beaucoup plus révélateur et présente des commentaires de personnes qui ont réellement rencontré l’Empereur. Le capitaine Maitland écrit : « Napoléon Buonaparte, quand il est monté à bord du Bellerophon, le 15 juillet 1815... était alors un homme bien bâti, remarquablement fort, d’environ cinq pieds sept pouces... »2

Cinq pieds sept pouces? Mais tout le monde sait que Napoléon était « petit ». En fait, il ne l’était pas, il avait la taille moyenne des hommes de son époque. Son surnom de « petit caporal » était dû au fait que seuls les hommes les plus grands pouvaient faire partie des grenadiers et de la Garde. En outre, les unités de mesure françaises n’étaient pas les mêmes que celles des Anglais, un « pied » français était plus grand.

Maitland continue : « Ses manières étaient extrêmement plaisantes et affables; il prit part à chaque conversation, raconta de nombreuses anecdotes et s’employa chaque jour à favoriser la bonne humeur. Il laissait même ses aides de camp s’exprimer avec une grande familiarité; et je les ai vus à une ou deux occasions le contredire dans les termes les plus directs, bien que généralement ils le traitent avec beaucoup de respect. » 3

Pourtant Rosebery déclare : « Il n’avait pas de freins ou d’aide sous forme de conseils, car ses ministres étaient des moins que rien. » 4 Napoléon a certainement écouté Talleyrand au début, peut-être même trop – car l’affaire du duc d’Enghien fut déclenchée sur l’ordre de ce prêtre défroqué.5 Fouche et Talleyrand ont donné des « conseils » à tout le monde. Non seulement à Napoléon, mais aussi au Tsar, aux Bourbons et aux Anglais. Ils ont continué à comploter et tricher pendant tout le règne de Napoléon.

Le duc d'Enghien


Charles-Maurice de Talleyrand

Joseph Fouché

S’il avait été le méchant dictateur qu’on nous présente souvent, il les aurait fait fusiller tous les deux. À Sainte-Hélène, il allait regretter de ne pas l’avoir fait. Ces deux -là n’étaient pas des moins que rien. Rosebery le concède lui-même: « Pour utiliser un vulgarisme commun, il n’était pas, selon nous, aussi noir qu’il a été dépeint. »6

Maitland fait davantage briller Napoléon quand il dit : « Il possédait à un degré merveilleux la faculté de faire une impression favorable sur ceux avec qui il conversait; ceci me semble être accompli en orientant la conversation sur des sujets qu’il estime que son interlocuteur connaît bien et qui lui permettent lui-même de se montrer sous un jour avantageux. » 7

Rosebery dit : « On peut dire à juste titre, qu’il était indulgent et affectueux envers sa famille, particulièrement les premières années, les meilleures; remplissant ses devoirs envers sa mère, bon pour ses amis de la première heure. » 8

Dans Swords Around a Throne (1988), John Elting a écrit que Napoléon n’avait jamais oublié quelqu’un qui avait été bon envers lui ou l’avait aidé. C’est pourquoi Talleyrand a pu vivre vieux, malgré de nombreuses tricheries et l’Empereur qui pestait contre lui et l’appelait « de la merde dans un bas de soie »9. Napoléon n’a jamais oublié leur amitié d’autrefois. 10

Même Rosebery a dû l’admettre : « Napoléon était assurément un grand homme. En plus de cette indéfinissable étincelle que nous appelons le génie, il représentait une combinaison d’intellect et d’énergie qui n’a jamais été égalée, et certainement jamais surpassée.11 » Et le noble lord continue en citant un de ses pairs, Lord Dudley : « Il a semé le doute sur toute gloire ancienne; il a rendu impossible toute renommée future. » 12 Tout un hommage venant du pays de ses supposés ennemis invétérés.

L’annexe montre aussi la dure réalité de l’emprisonnement de Napoléon sur Sainte-Hélène et le rapide déclin physique qui s’ensuivit. Le 31 juillet 1815, Bunbury le décrit ainsi : « Napoléon semble avoir cinq pieds six pouces… l’aspect général de son expression est grave et presque mélancolique; mais aucune trace de sévérité ou de passion violente n’apparait. J’ai rarement vu homme de carrure plus forte ou mieux fait pour supporter la fatigue. » 13

Le 25 juin 1816, Lady Malcolm disait qu’elle avait été frappée par la bonté de son expression, si contraire à la férocité à laquelle elle s’attendait. Elle ne vit aucune trace de grande capacité; son expression semblait plutôt indiquer la gentillesse 14 … Une observation très intéressante. Sans doute, après avoir tant entendu parler de l’Ogre corse, fut-elle surprise de découvrir que c’était un homme après tout.

Le 1er septembre 1817, Henry peint le triste portrait du déclin de l’ancien empereur : « Les caractéristiques m’ont immédiatement rappelé les estampes de lui que nous avions vues. Dans l’ensemble, son apparence générale était davantage celle d’un moine espagnol ou portugais obèse, que celle d’un héros des temps modernes... Un prestige fasciné, que nous avions chéri toute notre vie, fondit alors comme neige au soleil. Le Grand Napoléon s’était transformé en un individu obèse et peu attrayant; et nous avons cherché en vain ce regard puissant et la force d’expression qu’une imagination délirante nous avait préparés à espérer. »15 (L’italique est de moi)

Nous savons maintenant, grâce aux travaux de Ben Weider et Sten Forshufvud, que Napoléon a été empoisonné à l’arsenic par Montholon. Peut-être le progrès larvé du poison est-il déjà évident ici, car l’obésité est l’un de ses symptômes. 16

John Bowle (1973) 17, qui a dit que Napoléon fut le premier des dictateurs modernes, cite Nelson en 1805 : « Jamais la possibilité d’une monarchie universelle n’a-t-elle été si près d’être réalisée qu’en la personne du Corse. 18» Pour Nelson, le responsable du massacre des Républicains à Naples, il ne pouvait y avoir d’autre monarchie universelle que la monarchie anglaise. 19

Bowle, un autre critique hostile, commente l’affabilité personnelle de Napoléon : « Son charme, quand il le déployait, était apparemment irrésistible; comme lorsqu’il envoûta ses capteurs insulaires anglais sur le HMS Bellerophon, et que l’oligarchie britannique dut prendre soin qu’il ne rencontre et n’hypnotise pas le prince régent. Cette fascination avait brièvement gagné le névrosé Tsar Alexandre... » 20


Le Tsar Alexandre

Elizabeth Longford 21, qui écrivit l’introduction au livre de Bowle déclare : « On ne peut qu’être reconnaissant de Waterloo. »22 Une remarque légèrement insouciante pour le moins. Si les Alliés avaient accepté les termes de la paix offerts par Napoléon à son retour de l’île d’Elbe sous les acclamations enthousiastes de la population de France, il n’y aurait pas eu nécessité de recourir à la guerre. Après cela, la Terreur blanche initiée sous les ordres directs de Lord Liverpool, le Premier ministre anglais, conduisit au meurtre légal de douzaines de soldats français et d’anciens partisans de Napoléon. Il n’y a pas de quoi être fier.23

Non plus que de l’effet que Louis XVIII (débarqué en France par son héros, l’illustre duc de Wellington lui-même) eut sur le pays, sans parler de celui de son abominable frère d'Artois, le futur Charles X. Des centaines de personnes furent tuées en France après Waterloo; et Wellington, qui fut le commandant-en-chef des armées alliées jusqu’en 1818, aurait pu faire beaucoup pour prévenir cela, mais il ne fit rien. 24

La grande dame continue – après avoir rabaissé la France napoléonienne, elle peut se permettre d’être « généreuse » : « Néanmoins, le magnétisme de l’Empereur était si captivant que les Whigs anglais considéraient que l’Europe était chanceuse d’être entre des mains si rapaces et sous des bottes si lourdes. Ils ont pleuré lorsqu’il a abdiqué, lui ont fait parvenir des présents et embelli leurs demeures avec son buste. 25» Longford ne dit mot des citoyens anglais chassés de leur propre pays par les bottes des aristocrates et expédiés en Australie, simplement pour avoir remis en question le règne de leurs maîtres aveugles et égoïstes. 26

Le duc de Wellington

Pendant qu’il fut Premier ministre, Wellington résista aux réformes et fut indifférent au sort de ceux qui étaient écrasés par la dépression économique. En réaction, il y eut une émeute devant sa résidence de Londres, Apsley House, et le peuple fit éclater ses fenêtres. Le public voulait botter Wellington.

Il est écrit sur le site Web de Downing Street : « Il défendit le gouvernement par l’élite et refusa d’étendre la franchise. »27 Wellington méprisa l’homme du peuple toute sa vie.

Dans Nelson and Napoleon, publié en 2005, Christopher Lee plante lui aussi ses crocs dans Napoléon. La jaquette de son livre donne le ton : « la mégalomanie de Napoléon d’envahir l’Angleterre »28. On n’y fait pas mention des nombreuses tentatives d’assassinat financées par Londres, ni de l’aide du Cabinet britannique à d'Artois pour fomenter ses complots. Napoléon était en droit de considérer le Cabinet davantage comme des Brittunculi – ‘misérables petits Britanniques’ tiré d’une phrase romaine – car pendant le Traité d’Amiens, ces conspirations n’ont pas cessé.29

Lee déclare que : « Nelson était un héros parfait : brillant, anti-élite, romantique et – par-dessus tout – victorieux, spécialement dans la mort... »30 En termes de fait historique, Nelson était un homme parfaitement arrogant – même à l’aune de l’Anglais de l’époque. Malgré qu’il ait eu à son bras l’épouse d’un autre homme – Emma Hamilton – il fut furieux quand la bonne société refusa d’accepter le couple. Zélé à l’excès pour s’accaparer de l’argent saisi sur les vaisseaux capturés, Nelson était très cupide – il aurait pu jouer toute la nuit à Las Vegas sans aucun problème.31

Pourtant même Lee doit admettre que : « La guerre a commencé parce que le reste de l’Europe, y compris l’Angleterre, croyait que Bonaparte pouvait exporter la Révolution et le ferait probablement. » Et il parle de « l’arrogance des Anglais du XVIIIe siècle, qui croyaient avant tout en la divine libéralité du protestantisme. Tous ceux qui n’étaient pas Protestants étaient, par simple définition, de second rang. Les idées de Bonaparte sur une société laïque étaient vite réglées dans cette vanité anglaise. » 32

Quant à l’élite de l’Angleterre, voici comment Lee la jugeait : « La classe dirigeante est une petite société de parents issus principalement de l’aristocratie à une époque où les sièges parlementaires étaient achetés et vendus, possession de cette même aristocratie. » (Italique de mon cru) 33 Ici, à n’en pas douter, il a raison.

Il a aussi commenté l’offre de paix de Napoléon à l’Angleterre : « Certains ont vu une offre de paix dans la lettre qu’il a écrite le 2 janvier 1805. Mais était-ce vraiment le cas? » 34 Napoléon avait écrit :

«Si Votre Majesté veut elle-même y songer, elle verra que la guerre est sans but, sans aucun résultat présumable pour elle. Quelle triste perspective de faire battre les peuples seulement pour qu’ils se battent! Le monde est assez grand pour que nos deux nations puissent y vivre. » 35

Ceci n’est-il pas excessivement raisonné? Voici un solide appui à la thèse de Franceschi et Weider, Napoléon défenseur immolé de la paix /The Wars Against Napoleon (2008), selon laquelle peu importe les efforts de Napoléon, les Anglais ne voulaient pas de la paix. C’est leur refus de quitter Malte, comme convenu dans le Traité d’Amiens, qui a conduit à une nouvelle guerre. Pourquoi tant de cynisme à l’égard de l’offre de Napoléon? 37

Le Traité d’Amiens fut bien accueilli par les populations anglaise et française. De nombreux touristes ont traversé le canal dans les deux directions. Frank McLynn nous l’a dit : « L’opinion publique britannique demandait la paix. » 38 Et cela, en dépit de la campagne officielle des médias anglais contre Napoléon. McLynn ajoute : « Napoléon soulève aussi la question de la vile propagande des caricatures dans les journaux anglais, le dépeignant comme un tyran et un ogre. Le Morning Post l’avait décrit comme un être inclassable, moitié Africain, moitié Européen, un mulâtre méditerranéen. Dans les caricatures, il était habituellement dessiné comme un pygmée avec un énorme nez. »39 Ce n’était que la dite élite britannique qui voulait continuer la guerre contre Napoléon et elle a essayé de rallier l’opinion publique à sa cause par de pathétiques diatribes racistes.

Le livre de John Strawson, The Duke and the Emperor (1994), constitue un tour de force en matière de diffamation : Wellington marche sur les eaux, tandis que Napoléon est une créature des abysses.40 Strawson émet l’opinion suivante : « Le fait est, comme Wellington l’aurait dit de l’Empereur, que 'ce type n’était vraiment pas un gentleman'. Wellington l’était très certainement. Ce contraste de caractères était absolu. Napoléon était traître, déloyal, amoral, un tricheur, un menteur et un fier-à-bras – le profil parfait pour les trahisons, les stratagèmes et les prises de guerre. Ses seules limites étaient sa propre volonté de puissance, son égoïsme et son ambition. »

Considérant, après une telle objectivité, que l’écrivain ‘n’est pas tout à fait un historien', nous pouvons comparer le retour de Napoléon de l’île d’Elbe, sous les acclamations enthousiastes de la population, à la situation de Wellington qui se cachait dans sa résidence Apsley House pendant que les vitres volaient en éclat sous les coups d’une foule furieuse.

Strawson continue avec une partialité sans bornes : « Cette différence de race se reflète aussi à un certain point dans les armées que les deux hommes commandaient. La Grande Armée comptait beaucoup de soldats de première classe, mais peu d’entre eux étaient des hommes d’honneur... l’Armée britannique, d’un autre côté, était dirigée en grande partie par des gentilshommes et beaucoup étaient d’excellents soldats. » 42

Est-ce pour cette raison que les Anglais ont abandonné leurs femmes et leurs enfants pendant la retraite de Moore vers La Corogne? 43 Pour Strawson, être un 'gentilhomme' est la pierre de touche de toute chose. Il ne semble pas seulement écrire sur le XIXe siècle, mais vivre à cette époque.

Ensuite, Strawson sape lui-même complètement sa crédibilité. Comment les capteurs anglais ont-ils perçus l’usurpateur corse? « Le capitaine Maitland, sous la protection duquel Napoléon fit voile de Rochefort à l’Angleterre en juillet 1815, a consigné ainsi leur sentiment : « si la population anglaise le connaissait aussi bien que nous, elle ne voudrait pas toucher à un seul cheveu de sa tête. » Ces sentiments trouvèrent écho chez les hommes du Northumberland qui, pendant le voyage vers Sainte-Hélène, ont eu tout le loisir d’étudier leur célèbre passager : « C’est un homme bien, qui ne mérite pas ce qui lui arrive. » 44

Ces hommes ont rencontré Napoléon et lui ont parlé. Le pathos de Strawson au début de son livre est d’autant plus inexcusable. En fait, quand Napoléon arriva à Torbay, et plus tard à Plymouth, le public britannique vint en foules pour tenter de l’apercevoir. Beaucoup l’ont acclamé. McLynn dit qu’il était « la sensation de l’heure… Ses seules cartes étaient l’opinion publique et la compétence juridique de ses partisans anglais... »45 Mais l’establishment corrompu donna la consigne à l’amirauté d’ordonner au Northumberland de faire voile avant que Napoléon ait la chance de mettre pied à terre. Son sort était jeté.46

Entre-temps, Byron chantait sa gloire et fustigeait le Duc : « Wellington est un enfant de la fortune mais cela ne suffira pas à le former... Jamais auparavant la victoire n’aura été gaspillée sur un terrain aussi infertile, que ce gros tas de fumier de la tyrannie... » 47 La vision de Strawson à l’effet que Wellington était un homme supérieur à Napoléon est complètement détruite dans son propre livre; à la toute fin, il déclare : « Pour Napoléon, le grand joueur, le gigantesque parieur, l’aigle qui s’élève vers le ciel, il existe un hommage plus court. C’était un César moderne qui a enfourché le monde comme un Colosse. Quand nous lisons ou écrivons à son sujet aujourd’hui, il continue de le faire. » 48

En Angleterre, à la mort de Napoléon, Sir James Mackintosh fit la remarque suivante : « Quelle sensation cet événement aurait faite il y a neuf ans et quelle sensation il fera dans neuf cents ans! » Et il ajouta : « De tous les grands conquérants, Napoléon est le plus remarquable. » 49

Sir Robert Wilson, autrefois un des plus cinglants ennemis de l’Empereur, prit le deuil quand il vit un placard sur les murs de Londres demandant à tous ceux qui admirent le talent et le courage dans l’adversité d’honorer ‘cette mort prématurée’! » 50

Alors, qui, jusqu’à maintenant, est la mesure de toutes choses? Napoléon. Même ses détracteurs, Bowle, Lee, Longford, Strawson et compagnie, lancent Wellington et Nelson contre lui comme si, tels les Amérindiens du XIXe siècle, ils croyaient que plus leur ennemi est grand, plus leurs propres héros le sont. Napoléon était l’homme du siècle. Il n’était pas seulement un soldat, il était le maître d’un empire, un législateur, un écrivain, un visionnaire, un aventurier et un romantique qui a personnellement institué tout le domaine de l’égyptologie. Nous ne sommes pas près de voir son pareil.

C. John Tarttelin, MA (Hist) FINS

NOMS IMPORTANTS
(En ordre d’apparition dans l’article)

1. NAPOLÉON (1769-1821) Né en Corse, éduqué en France. Général émérite, puis empereur en 1804. Dut affronter l’opposition implacable du gouvernement anglais et des monarques européens qui croyaient en leur droit divin de régner. Forcé d’abdiquer en 1814, il fut exilé à l’île d’Elbe. Son retour en France en 1815 fut très populaire; mais après le rejet de ses ouvertures en faveur de la paix, il connut la défaite à Waterloo, en 1815. Exilé à Sainte-Hélène, il y mourut empoisonné.

2. WELLINGTON (1769-1852) Combattit les Français durant la Guerre péninsulaire (Campagne d’Espagne). Il défit Napoléon à Waterloo avec l’aide des Prussiens sous le commandement de Blucher. Premier ministre de 1828 à 1830. S’opposa au Reform Bill en 1831-1832. Aristocrate qui croyait que le pouvoir appartenait à une élite.

3. CAPITAINE FREDERICK MAITLAND (1777-1839) Commandant du vaisseau anglais HMS Bellerophon – « Billy Ruffian » - sur lequel Napoléon fit voile de Rochefort à l’Angleterre en juillet 1815.

4. TALLEYRAND (1754-1838) Partisan de Napoléon dès la première heure, il devint son ministre des Affaires étrangères, mais le trahit plus tard. Il remit Paris aux Alliés en 1814 ce qui conduisit à l’abdication de Napoléon. Il aida les Alliés au Congrès de Vienne en 1815 contre Napoléon et la France.

5. DUC D’ENGHIEN (1772-1804) Prince de la famille des Bourbons à la solde de l’Angleterre. Soupçonné de complot contre la vie de Napoléon. Talleyrand et Fouche ont plaidé en faveur de son arrestation. Fusillé en 1804 par un peloton d’exécution constitué de subordonnés trop zélés, avant que Napoléon ait la possibilité de lui pardonner – comme il l’avait fait pour de nombreux autres. Depuis ce temps, Napoléon a été blâmé personnellement pour cette débâcle.

6. FOUCHE (1759-1820) Complice de Talleyrand et traître notoire. En tant que chef de police de Napoléon, il avait des agents doubles, voire triples, qui lui obéissaient au doigt et à l’œil. Il a trahi Napoléon après Waterloo en 1815. Maître de la duplicité et de la tromperie, il ne fut fidèle qu’à lui-même.

7. TSAR ALEXANDRE (1777-1825) Dirigeant russe, indécis et mystique, qui était probablement au courant de l’assassinat de son père le tsar Paul – un allié de Napoléon. Il tomba sous le charme de Napoléon à Tilsit en 1807, mais se retourna rapidement contre lui. La guerre de 1812 mena à la désastreuse retraite française de Moscou.

8. LORD LIVERPOOL (1770-1828) Premier ministre anglais de 1812 à 1827. Après Waterloo, il insista sur des représailles contre les anciens partisans de Napoléon – ce qu’on nomma la Terreur blanche. Il en résulta de nombreuses exécutions.

9. LOUIS XVIII (1755-1824) Jeune frère de Louis XVI de France, ce Bourbon de 210 lb retourna à Paris dans le train de chariots à bagages des Alliés – à deux reprises – en 1814 et 1815. Dirigeant sans effet, il fut la preuve que les Bourbons n’avaient rien appris et rien oublié.

10. D’ARTOIS (1757-1836) Un des plus odieux personnages de l’histoire de France. Jeune frère de Louis XVIII, connu sous le nom de ‘Monsieur’, futur Charles X. Son groupe terroriste « Chevaliers de la Foi » a comploté d’innombrables tentatives d’assassinats contre Napoléon. Son homme, Montholon, finira finalement par empoisonner Napoléon à l’arsenic à Sainte-Hélène.

11. NELSON (1758-1805) La grande victoire de Trafalgar en 1805 et sa mort glorieuse ont fait de lui un héros anglais; mais en privé, c’était un homme extrêmement arrogant. Il a aussi ordonné l’exécution de sang-froid des rebelles républicains à Naples en 1799.

12. SIR JOHN MOORE (1761-1809) Général anglais qui combattit pendant la Guerre péninsulaire (Campagne d’Espagne). Il fut chassé d’Espagne par Napoléon et mourut à La Corogne en 1809. Ses hommes s’enfuirent en laissant les femmes et les enfants derrière eux. Les soldats français les rendirent sains et saufs.

13. BYRON (1788-1824) Poète anglais célèbre. Napoléon était son héros. Il méprisait Wellington et a ridiculisé Castleragh, le ministre des Affaires étrangères. Il mourut en combattant pour l’indépendance de la Grèce en 1824.

14. SIR JAMES MACKINTOSH (1765-1832) Historien, philosophe, médecin et auteur, il écrivit Vindiciae Gallica, où il expose ses réflexions sur la Révolution française.

15. SIR ROBERT WILSON (1777-1849) Général anglais qui combattit avec les Russes contre Napoléon en 1812. Pourtant, pendant la Terreur blanche, il s’éleva contre le meurtre des Bonapartistes; Louis XVIII le fit emprisonner pendant trois mois à cause de cela.

NAPOLÉON, HÉROS IMPROBABLE DE L’ANGLETERRE
Bibliographie

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BOWLE, John. Napoleon, 1973

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ELTING John R. Swords around a Throne, 1988

FRANCESCHI, général Michel et Ben WEIDER.
Napoléon, défenseur immolé de la paix, 2008

HAMILTON-WILLIAMS, David. The Fall of Napoleon, 1994

HAPGOODS, David et Ben Weider. The Murder of Napoleon, 1982

LEE, Christopher. Nelson and Napoleon, 2005

MARTINEAU, Gilbert. Napoleon’s Last Journey, 1976

McLYNN, Frank. Napoleon, 1997

Lord ROSEBERY. Napoleon The Last Phase, 1900

STRAWSON, John. The Duke and the Emperor, 1994


NOTE

 

1 Lord ROSEBERY. Napoleon The Last Phase , 1900, p 247

2 Idem, p. 253

3 Idem, p. 253

4 Idem, p. 241

5 Le général Michel Franceschi cite Meneval, le secrétaire de Napoléon, dans L'Affaire du duc d'Enghien, une machination contre Napoléon , à la page 28 : «  Je suis persuadé de ce que Napoléon, suffisamment réconforté par l'humiliation qu'il avait infligée à ses ennemis en déjouant leur complot, aurait incliné à la clémence et épargné la vie du prince.   »

6 Lord Rosebery, op. cit., p. 248

7 Idem, p. 253

8 Idem, p. 249

9 BERNARD, J.F.   Talleyrand : A Biography , 1973, p. 13

10 Lord ROSEBERY, op. cit., p. 249, disait : « Monsieur de Remusat a été témoin en 1806 d'une scène pleine d'émotion, presque hystérique et insurmontable, quand Napoléon serra dans ses bras Talleyrand et Joséphine, déclarant qu'il était dur de se séparer des deux personnes qu'on aime le plus au monde; et par la suite, incapable de se contrôler, il fut pris de convulsions. »

11 Idem, p. 252

12 Idem, p. 252

13 Idem, p 254-255

14 Idem, p. 255

15 Idem, p. 256

16 Voir Ben Weider et David Hapgoods, The Murder of Napoleon, 1982

17 BOWLE, John. Napoleon , 1973

18 Idem, p. 12

19 Voir la critique par Roger Knight du livre de Matthew Nicholls An Admiral with a Star Quality, 2005, sur www.oxonianreview.org/issues/5-1/5-1nicholls.html : « L'exécution précipitée des rebelles napolitains en 1799, et particulièrement la pendaison de l'Italien Caracciolo, jette un long voile sur sa carrière, ‘paralysant' comme l'a dit un contemporain, ‘toute l'énergie et le zèle qui le distinguaient en toute autre situation' »

20 BOWLE, John. Op. cit., p. 17

21 Idem, p. 7

22 Idem, p. 7. Longford critique aussi ici « l'aversion » de Napoléon pour la masse – un trait partagé par Wellington évidemment. Pourtant, Napoléon entrait facilement en contact avec ses soldats, tandis que Wellington était hautain et distant vis-à-vis ses hommes.

23 HAMILTON-WILLIAMS, David. The Fall of Napoleon , 1994, p. 261-262. Il cite une lettre de Lord Liverpool à Louis XVIII : « L'abstention manifestée en ce moment ne peut être considérée autrement que comme une marque de faiblesse, et NON de clémence… quels dangers ne pas redouter de quarante mille officiers inactifs – des hommes désespérés et possédant la majorité des talents et des énergies du pays! Un exemple sévère infligé aux conspirateurs qui ont ramené Buonaparte pourrait seul avoir l'effet de contrer ces dangers. »

24 Hamilton-Williams ajoute à la page 262 : « On verra clairement à la lecture de ces lettres que pour Liverpool seul un torrent de terreur, d'exécutions et d'emprisonnement pouvait mâter les Républicains et les Impérialistes. »

25 STRAWSON, John. The Duke and the Emperor, 1994. À la page 241, il déclare par exemple : « Pendant le procès de Ney, plusieurs appels furent faits au duc de Wellington pour qu'il intervienne. Mais il ne le fit pas. » Et il ajoute à la page 242 : « …pourtant nous savons que s'il était intervenu , Ney n'aurait pas été exécuté. »

26 BOWLE, John. Op. cit., p. 8

27 HAMILTON-WILLIAMS, David. Op. cit., p. 330 : « Pendant les neuf années comprises entre 1816 et 1825, 78 400 hommes et femmes furent transportés. »

www.number10.gov.uk/output/Page153

28 LEE, Christopher. Nelson and Napoleon , 2005

29 HAMILTON-WILLIAMS, David. Op. cit., page 304 : « Le 27 mars, Napoléon conclut la Paix d'Amiens avec l'Angleterre, mais le Cabinet britannique, à l'insu du Parlement, n'a ni demandé aux Bourbons de quitter l'Angleterre, ni mit fin aux activités clandestines de d'Artois à Jersey. »

30 LEE, Christopher. Op. cit., p. 3-4

31 www.historyofwar.org/articles/people_nelson_mid.html Nelson, Horatio, amiral (1759-1805) : 1798-1803 à la page 3 : « Nelson n'avait pas été impressionné lors de ses précédents contacts avec Naples, la décrivant comme ‘un pays de violoneux et de poètes, de putains et de bandits'. »

32 LEE, Christopher. Op. cit., p 21, 40 et 41

33 Idem, p. 113

34 Idem, p. 160

35 Idem, p. 161

36 FRANCESCHI, général Michel et Ben Weider . Napoléon, défenseur immolé de la paix , 2008

37 HAMILTON-WILLIAMS, David. Op. cit., page 287. Il dit ceci : « Il faut se souvenir que dans presque toutes les guerres de cette période, Napoléon n'a été ni l'agresseur ni le premier à déclarer la guerre. »

38 McLYNN, Frank. Napoleon , 1997, p. 235

39 Idem, p. 265

40 STRAWSON, John. Op. cit. Ce livre s'appuie sur de fausses prémisses. On ne peut parler de la comparaison de deux semblables. Napoléon a dirigé un empire et était dans une classe à part.

41 Idem, p 17

42 Idem, p. 18

43 FRANCESCHI, général Michel et Ben Weider . Op. cit., p. 134 :  « le général anglais abandonna à ce valet du démon, Napoléon, un millier de femmes et d'enfants anglais, trouvés le 2 janvier 1809 dans un grand hangar à Astorga. Ils étaient affamés, grelotant de froid et tremblant de frayeur. Les mères se sont jetées aux pieds de l'Empereur pour le supplier d'épargner la vie de leurs enfants. Il prit des arrangements pour rassurer, loger, réchauffer et nourrir ces infortunés avant de les rendre en bonne santé à l'armée anglaise plusieurs jours plus tard. » (traduction libre, il faudrait insérer le texte original)

44 STRAWSON, John. Op. cit., p. 232-233. Il dit aussi à la page 232 « la compagnie à bord du navire HMS Undaunted, qui conduisit l'Empereur à l'île d'Elbe, lui a souhaité ‘longue vie et prospérité' ainsi que ‘meilleure chance la prochaine fois'…

45 McLYNN, Frank. Op. cit., p. 635

46 Idem, p. 636. Après trois jours, Napoléon a été transféré sur le Northumberland, commandé par le l'amiral Cockburn, qui fait voile vers Sainte-Hélène.

47 STRAWSON, John. Op. cit., page 287-288

48 Idem, p. 303-304

49 MARTINEAU, Gilbert. Napoleon's Last Journey , 1976, p. 2

50 Idem, p 3

 

 

 

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