JEAN JOSEPH SUE FILS (1760-1830),
MÉDECIN, CHEVALIER DE L'EMPIRE ET PÈRE DU CÉLÈBRE ÉCRIVAIN EUGÈNE SUE (1804-1857)

Par Xavier Riaud(*), FINS

 

 

Jean Joseph Sue dit le Jeune (1710-1792) a été un des plus grands anatomistes du XVIIIème siècle. Il est issu d’une famille qui compte pas moins de 14 médecins depuis Louis XIV. Dans ses études anatomiques, il insère pour la première fois en 1748, sa méthode de préparation anatomique dans un Abrégé de l’anatomie du corps de l’homme (1748). Le livre a eu un tel succès que son auteur a publié deux ans plus tard un nouvel ouvrage, Anthropotomie (1750), réédité en 1765. Il y détaille de façon très élaborée les étapes à suivre pour réussir les injections des cadavres. Sue a été également professeur au Collège royal de chirurgie qui a ouvert ses portes en 1768 et à l'École royale de peinture, et de sculpture dont il détient la chaire d’anatomie depuis 1746. Il travaille pendant plus de vingt à La Charité. Il est membre des sociétés de médecine de Bruxelles, de Philadelphie et d’Edimbourg. Il a publié plus de 200 planches d'anatomie et de nombreux traités de chirurgie et d'anatomie (http://fr.wikipedia.org, 2010). Il est membre de l’Académie royale de chirurgie. Il est choisi pour devenir le médecin du roi.

Jean Joseph Sue II (janvier 1760- 21 avril 1830), son fils, est reçu maître en chirurgie en 1781, à Paris. Il ne succède pas à son père à la Charité, mais récupère sa chaire d’anatomie à l’Ecole royale de peinture et de sculpture à partir du 8 mars 1789, où il occupe la fonction de professeur. Un enseignement délivré par lui y perdure jusqu’en 1807. Il officie toujours lorsque cette institution est transformée en Ecole des Beaux-Arts. Il conserve sa fonction jusqu’à sa mort. A côté de cela, il dispose de sa propre clientèle et de son propre cabinet. Il enseigne aussi l’anatomie à l’Athénée et délivre ses soins à une clientèle florissante, dans son propre cabinet. Il reçoit la Légion d’honneur et pose volontiers en uniforme rutilant pour quelques toiles (Lemaire, 1992 & 2003). Il s’insurge contre la guillotine, convaincu de la souffrance du décapité dans chacun des morceaux de son corps une fois la tête séparée de son corps. Son hypothèse réside dans le fait que, dans le corps humain, « il existe deux caractères de sensibilité et qu'il n'existe pas de plus horrible situation que celle d'avoir la perception de son supplice (...). Plus l'action meurtrière a de célérité et de précision, plus ceux qui y sont exposés conservent longtemps la conscience de l'affreux tourment qu'ils éprouvent; la douleur locale, à la vérité est moins longue, mais le jugement du supplice a plus de durée, puisqu'alors l'impression de la douleur avertit, avec la rapidité le centre de la pensée de ce qui se passe ». Il s’oppose ainsi ouvertement à Pierre-Jean Georges Cabanis (1757-1808) en 1791, autre médecin et homme politique de grande envergure, futur comte et sénateur d’Empire, qui s’insurge avec moins de véhémence contre l’usage de ce procédé morbide, moins convaincu, quant à lui, des théories de Sue.

De même, il n’hésite pas à prendre position en tant que citoyen et médecin devant la Convention. Adepte du jeûne, il loue les vertus d’un comportement ascète (Dupont, 1999).

A partir de 1800, il est nommé par Bonaparte, alors consul, médecin en chef de l’hôpital de la Garde. Pendant dix ans, il parvient à y rester et à éviter le front. Malheureusement pour lui, à l’entame de l’année 1812, Napoléon décrète qu’il souhaite un médecin chef qui accompagne sa Garde partout au feu où elle se trouve. Très vite malade, Sue est de retour dans la capitale en juin. Sur le dossier militaire, une note signale qu’il ne sait pas monter à cheval. Son rôle devenait ainsi dérisoire, voire ridicule aux yeux de l’Empereur tout à ses plans, sa berline ne pouvant suivre les troupes sur le champ de bataille. Si l’empereur a anobli Jean Joseph Sue II, le 21 décembre 1808, ce n’est qu’au rang de chevalier, à son grand désarroi (Georgel, 1869). Malgré les interventions répétées de Joséphine de Beauharnais dont il est le médecin, il ne sera jamais baron. Pourtant, jusqu’à la fin de sa vie, il signe toutes ses missives d’un grandiloquent chevalier Sue (Lemaire, 1992 & 2003). Sous l’Empire, il achète le château de Bouqueval en France, pour y établir ses quartiers d’été. C’est d’ailleurs dans le cimetière de cette bourgade qu’il est enterré.

Jean Joseph Sue II s’est marié à trois reprises et a eu en tout cinq enfants. Il a divorcé de sa première femme. Eugène et sa sœur Victorine (1811-?) sont issus de son second mariage, avec Marie Sophie Tison de Reilly ou Derilly, en 1803 (http://leschampdemaldoror.voila.net, sans date).

En 1804 donc, naît à Paris, Marie-Joseph Sue, futur Eugène Sue, auteur des fameux Mystères de Paris (1842-1843) et du non moins célèbre Juif errant (1844-1845), qui a Joséphine de Beauharnais, l’épouse de Bonaparte, comme marraine et Eugène de Beauharnais en tant que parrain.

A la restauration, Jean Joseph devient le chirurgien consultant de Louis XVIII (Dupont, 1999). A partir de 1820, il intègre l’Académie royale de médecine.     

De son côté, le petit Marie-Joseph est très vite envoyé au lycée Bonaparte. Il en sort à la fin de sa seconde, hésite entre plusieurs carrières, entre chez Gudin pour y apprendre la peinture, étudie la médecine sous la direction de son père, et est embarqué par son père, comme chirurgien, sur un vaisseau de l'Etat, le Breslau. A la mort de Jean Joseph, possesseur d'une fortune qui s'élève à près de 40 000 francs de rente, Eugène quitte le service militaire après plusieurs campagnes et la médecine, pour vivre largement à Paris, en fils de famille. Il dilapide tout ce bien et commence alors à écrire. Homme à femmes, il connaît un immense succès. En 1850, il est élu député (Assemblée nationale, sans date).

Ouvrages reconnus:
- Opinion du citoyen Sue… sur le supplice de la guillotine, sans date.
- Recherches physiologiques et expériences sur la vitalité et le galvanisme, 1803.

 

Tombe de Jean Joseph Sue à Bouqueval (95720).

 

 

Références bibliographiques :

Assemblée nationale, « Eugène Marie, Joseph Sue (1804-1857) », in http://www.assemblee-nationale.fr, sans date, p. 1.
Dupont Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.
Georgel Alcide, « Armorial de l’Empire français », in http://www.euraldic.com ou Bibliothèque Nationale de France, Paris, 1869.
http://fr.wikipedia.org, Eugène Sue (1804-1857), 2010, pp. 1-4.
http://fr.wikipedia.org, Jean Joseph Sue (1710-1792), 2010, p. 1.
http://leschampdemaldoror.voila.net, Marie-Joseph dit Eugène Sue. « Un gentilhomme de lettres », sans date, pp. 1-5.
Lemaire Jean-François, Napoléon et la médecine, François Bourin (éd.), Paris, 1992.
Lemaire Jean-François, La médecine napoléonienne, Nouveau Monde/Fondation Napoléon (éd.), Paris, 2003.

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

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