RAPHAEL BIENVENU SABATIER (1732-1811),
CHIRURGIEN CONSULTANT DE L'EMPEREUR

Par Xavier Riaud(*), FINS


Raphael Bienvenu Sabatier,
© BIU Santé

 

 

Raphaël Bienvenu Sabatier naît à Paris, le 11 octobre 1732. En 1749, il devient maître ès-arts. La géométrie, la physique et les langues, en particulier l’italien et l’anglais, sont ses matières de prédilection (Teyssou, 2011). Fils de Pierre, chirurgien membre du Collège royal de chirurgie de Saint-Côme, qui décède trop tôt laissant sa famille sans moyen de subsistance, c’est tout naturellement qu’il apprend la médecine à l’hôpital de la Charité où il est un élève tout d’abord de Verdier, membre de l’Académie royale de chirurgie, puis de Jean-Louis Petit qui le remarque pour ses qualités d’assiduité au travail. A 20 ans, il est déjà maître en chirurgie. Il donne des cours d’anatomie à Saint-Côme, puis en 1756, il est professeur et démonstrateur d’anatomie, et d’opérations au collège de chirurgie et au Collège de France (Teyssou, 2011). En 1757, félicité pour ses cours d’anatomie, apprécié pour ses leçons de physiologie sur les animaux, précédé d’une réputation importante, Sauveur François Morand, alors inspecteur général des hôpitaux militaires et chirurgien major de l’hôtel royal des Invalides, décide de se l’attacher comme adjoint. Sabatier épouse la fille (la nièce selon certains auteurs ?) de Morand en 1760. En 1773, à la mort de Morand, naturellement, Raphaël lui succède au rang de chirurgien major des Invalides (Teyssou, 2011). Larrey y sera un de ses étudiants (Dupont, 1999). En 1798, il se remarie. Il a deux filles de cette union. Il avait déjà eu deux enfants de son premier mariage (Androutsos & Kalafoutis, 1998).

En 1773, il est élu membre de l’Académie des sciences où il assiste Antoine Louis, son président. Il prend sa suite en 1792, lorsque ce dernier disparaît. Il y reste jusqu’à sa dissolution suite au décret de la Convention  du 8 août 1793, abolissant toutes les facultés, académies et autres sociétés savantes. Le 22 août 1793, Sabatier en lit le dernier procès-verbal.

En 1792, la Convention lui attribue le grade de médecin-chef de l’armée du nord. Il n’y reste pas longtemps. Au vu de son âge, dépassé par ses responsabilités et dans l’impossibilité physique de parcourir les champs de batailles, préoccupé par son cabinet qu’il délaisse, les séances des sociétés scientifiques où il œuvre au quotidien, il demande à rentrer chez lui rapidement, ce qui lui est accordé, avec le soutien des jeunes confrères militaires qui lui ont témoigné le plus grand respect. Il devient inspecteur du service de santé de l’armée du Rhin et en 1795, il enseigne logiquement la médecine opératoire, à la nouvelle Ecole de santé qui vient d’ouvrir ses portes en 1794. Dupuytren, autre célèbre médecin, lui succède en 1812 (Teyssou, 2011). En 1795, il est membre fondateur de l’Institut, ancienne Académie des sciences (Meylemans, 2010).

Après la Révolution, il obtient le poste très convoité de professeur à la faculté de médecine. En 1804, Corvisart lui confie la fonction de chirurgien consultant de l’Empereur qui finit par lui donner la Légion d’honneur pour services rendus. Sabatier n’est mentionné dans les Almanachs impériaux qu’à partir de 1806. Chirurgien en chef des Invalides, il y est enterré à sa mort qui survient le 18 juillet 1811, à Paris (Dupont, 1999).

Extrêmement cultivé, Sabatier est reconnu pour avoir un esprit ordonné et méthodique. Parfois sceptique devant l’innovation, il travaille sans relâche et se dévoue pour ses malades. Homme paisible, ses cours d’anatomie reçoivent jusqu’à 414 auditeurs par séance (Teyssou, 2011).  

Les éloges se multiplient à sa disparition. Pondéré, mais scientifique averti, juste, mais travailleur studieux, Raphaël fait l’unanimité. Ainsi, Philippe Jean Pelletan (1747-1829), chevalier de l’Empire et autre chirurgien consultant de l’Empereur à partir de 1806, prononce-t-il un discours en son hommage à ses funérailles, le 22 juillet 1811. De même, lors d’une séance publique de la Faculté de médecine de Paris en date du 27 novembre de la même année, Pierre François Percy (1754-1825), baron de l’Empire et chirurgien en chef de la Grande  Armée, fait son éloge (http://fr.wikipedia.org, 2011).

Il est reconnu comme ayant été un précurseur de l’urologie. Il laisse de nombreux ouvrages derrière lui et de nombreuses publications dont des traces sont objectivables dans les recueils de l’Académie des sciences, l’Académie royale de chirurgie et l’Institut, dont : Positiones anatomicae et chirurgicae (sa thèse, 1752), De bronchotomia (1752), Traité complet d’anatomie ou description de toutes les parties du corps humain (1764), De la médecine opératoire ou des opérations de chirurgie qui se pratiquent fréquemment (1796), De la médecine expectative (1796), etc.

 

Références bibliographiques :
Almanachs impériaux, Testu & Cie imprimeurs, Paris, 1805 à 1813.
Androutsos Georges & Kalofoutis Anastassios, « Raphaël Bienvenu Sabatier (1732-1811), célèbre chirurgien et précurseur de l’urologie », in Progrès en Urologie, 1998, 8, 113-120.
BIU Santé, communication personnelle, Paris, 2011.
Dupont Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.
http://fr.wikipedia.org, Raphaël Bienvenu Sabatier, 2011, pp. 1-2.
Meylemans R., « Les grands noms de l’Empire », in Ambulance 1809 de la Garde impériale, http://ambulance1809-gardeimperiale.ibelgique.com, 2010, pp. 1-22.
Teyssou Roger, L’aigle et le caducée, L’Harmattan (éd.), Collection Acteurs de la Science, Paris, 2011.

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

 

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