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JOSEPH AUGUSTE ANTHELME RÉCAMIER
(1774-1852)


Par Xavier Riaud(*), FINS, Médaille d’honneur de l’INS,
Legion of Merit de l’INS

Joseph Auguste Anthelme Récamier, © BIUS (Corlieu, 1896).

Joseph Récamier est né le 6 novembre 1774, à Rochefort-en-Bugey, dans l’Ain. D’une famille de notaires, il reçoit son éducation d’un oncle abbé. Désintéressé de la charge de son père, il entreprend des études de médecine à l’hôpital de Belley. Sollicité par l’armée en 1793, il est chirurgien auxiliaire de 3ème classe dans le service de santé de l’armée des Alpes, puis part en mission à Lyon où il soigne les blessés du soulèvement contre la Convention nationale (http://fr.wikipedia.org, 2012). Il gagne l’hôpital de Bourg-en-Bresse où il rencontre Bichat qui devient un ami intime. Tous deux étudient l’anatomie pendant quelques mois. Réquisitionné, il s’engage comme médecin dans la marine en 1794. Au début de l’été, il gagne Toulon où il tombe malade (Dupont, 1999).

A son examen du service de santé, il est reçu premier. Il est aussitôt affecté sur la corvette La Brune, au grade d’aide-major et est payé enfin. La ville de Toulon étant affaiblie par les multiples sièges qu’elle a subit, c’est un homme fatigué qui embarque et retombe vite malade. Il est débarqué. Sa vie et sa condition sont misérables. Son père lui fait parvenir de l’argent qui assure sa survie (Hacquin, 1988).

Guéri, il embarque à bord du Ça ira, gros vaisseau de 80 canons, en tant que second chirurgien, puis premier aide-major. Désargenté, il tente de poursuivre son apprentissage de la médecine. Muni d’un certain nombre d’ouvrages, il les lit avec assiduité à ses heures perdues. Lors des premiers affrontements avec les Anglais en mars 1795, lors de la bataille de Gênes, il est blessé par un mât qui le heurte à la tête. Après les combats, les blessés affluent. Il est débordé. Les dégâts occasionnés sur ces hommes meurtris sont immenses. Il témoigne : « Le lendemain 24 ventôse (14 mars 1795), à 5 heures 30 du matin, j'étais monté sur le pont. J'aperçus l'escadre anglaise qui s'avançait vers nous avec une rapidité qui me fit penser à gagner  mon poste où je savais que je serais bientôt plus que nécessaire. J'étais à peine descendu que le combat recommença avec une fureur terrible. Il durait depuis fort peu lorsque le chirurgien-major, avec qui je pansais un homme qui venait d'avoir le bras emporté, fut coupé en deux à côté de moi par un boulet de 36 ! Je tombai sur lui, couvert de sang et d'éclats.  On me crut mort. Je n'étais que blessé...  Du sang-froid, m'écriai-je, et je repris mon pansement qu'avait interrompu cet envoyé des Anglais. Un instant après, les blessés descendaient par vingtaines et par trentaines. Oh, comble d'horreur! Presque pas de petites blessures ; ce n'étaient que bras, que jambes emportés. Les petits blessés étaient ceux qui n'avaient que les bras ou jambes cassés simplement, ou quelques larges plaies sans fracture. Deux autres, successivement, furent hachés entre mes bras pendant que je les pansais. Les boulets et les éclats semblaient me respecter. Nos coffres à linge et à médicaments tout fut brisé (Hacquin, 1988). »

C’est Récamier en organisant un service de pompe qui sauve le navire alors qu’il sombre. Pourtant, le bateau est capturé par les Anglais. Récamier accompagne les blessés et les malades au sol, en Corse. A Saint-Florent, près de Bastia, il occupe tout son temps à soigner. En octobre 1795, il est échangé par les Anglais contre le chirurgien-major du Berwick. Il avait été captif pendant sept mois (http://fr.wikipedia.org, 2012).

A peine revenu à Toulon, il gagne son nouveau service, à l’hôpital de la Marine où il est chargé d’un rapport concernant l’épidémie de typhus qu’il adresse au Comité de salubrité de la Marine. Totalement démuni, il cherche à obtenir l’aide de son père qui est ruiné par la dévaluation des assignats (Hacquin, 1988).

C’est là qu’il suit les cours de Dominique Larrey en anatomie et en chirurgie opératoire en 1796. Ce dernier parvient à le libérer de toutes ses obligations militaires. De lui, il obtient le certificat suivant : « Le citoyen Anthelme Récamier, chirurgien de 2e classe de la Marine a suivi mes cours publics d'anatomie et ceux que j'ai faits sur les différentes parties et les opérations, avec un zèle et une assiduité remarquables ; il a disséqué avec art toutes les parties qui composent le corps humain, saisi et manœuvré avec dextérité toutes les opérations; enfin, il m'a donné des preuves certaines, dans les examens que je lui ai fait subir, de connaissances très étendues dans les différentes parties de l'art de guérir, et il montre les plus grandes dispositions pour en acquérir de nouvelles... A Toulon, le 29 germinal An IV (1796) (Hacquin, 1988). »

Il s’en retourne à Lyon, finit ses études à l’Ecole de Santé de la Marine, fait quelques remplacements dans son village natal. Il le quitte en septembre 1797 (Dupont, 1999).

Dans la capitale, il suit l’enseignement, à l’Ecole de Médecine, de Boyer, de Pinel ou encore de Corvisart. Il fait ses études avec celui qui devient un grand ami, Richerand. En 1798, il occupe la fonction de médecin suppléant à l’Hôtel-Dieu, puis le 19 octobre 1806, il remplace Joseph François Bourdier de la Moulière, professeur de pathologie médicale de 1795 à 1818, de clinique médicale de 1818 à 1820, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris. Il devient enfin médecin en chef à partir du 8 décembre 1806 (Dupont, 1999 ; http://fr.wikipedia.org, 2012).  

De l’aveu même de ses détracteurs, il est inégalable au chevet de ses malades. Son intuition clinique est unique et son expérience l’amène inéluctablement au diagnostic. Il découvre ainsi deux signes cliniques importants : le frémissement vibratoire, ou thrill, et le frémissement hydatique encore  dénommé signe de Récamier. Ses cours surprennent par sa capacité à improviser. Il n’est jamais là où l’auditeur l’attend. Il prône le vitalisme de Barthez. Devenu professeur de clinique à la Faculté de Paris en 1821, lorsque Laënnec décède, il prend logiquement sa suite au Collège de France en 1826. Sa candidature est émaillée de polémiques déclenchées par la Cour de France qui soutient ouvertement les autres impétrants à ce poste, alors que Récamier est soutenu par l’Académie royale de médecine et la Faculté de Médecine. Récamier avait décliné au préalable un poste de chirurgien de Louis XVIII et un titre de baron. Récamier est nommé malgré tout. Ses premiers cours, encore sous le coup de l’hostilité de la Cour, sont perturbés par les rumeurs. Récamier en gardera un souvenir amer.

En 1830, suite à la révolution de 1830, des professeurs sont convoqués pour prêter serment et la faculté se réunit pour cela en séance extraordinaire le 30 septembre. Récamier ne se déplace et il refuse de prêter serment. Il est révoqué. Il se consacre dès lors à sa clientèle privée. Lors de l’épidémie de choléra de 1832, il réalise des miracles (http://fr.wikipedia.org, 2012).

Extrêmement rigoureux dans son approche du malade, c’est un chirurgien très adroit. Il contribue dans une mesure très large aux progrès de la gynécologie. Il procède à la codification de la cure des collections pelviennes suppurées par voie vaginale (colpotomie postérieure), il préconise l’ablation des kystes ovariens et il définit le curetage utérin lors d’infections, qu’il pratique lui-même en améliorant son instrumentation. C’est ainsi qu’il perfectionne, voir réinvente, le spéculum en 1801, qui est toujours utilisé aujourd’hui. Il était tombé en désuétude après le Moyen Âge (Hacquin, 1988).

Sous l’Empire, il obtient des résultats remarquables avec cet instrument, mais n’en fait une démonstration qu’une seule fois, devant Dupuytren et Désormeaux en 1818. Il ne publie sa description qu’en 1819, dans le dictionnaire des sciences médicales (Dupont, 1999).

Le 24 juillet 1819, il procède à la première hystérectomie totale par voie vaginale. La patiente sort le 5 septembre et a survécu. Aucune de ses opérées n’est jamais morte d’infection suite à la ligature des paramètres dans leur totalité (Hacquin, 1988).

Il publie son seul ouvrage intitulé Recherche sur le traitement du cancer et de l'histoire générale de cette maladie en 1829 où il définit parfaitement les métastases. En 1846, il quitte ses fonctions à l'Hôtel-Dieu, après 43 ans de service. Jusqu'à sa mort,   Récamier demeure actif. En 1840, il est  fait officier de la Légion  d'honneur. Le 27 juin 1852, à la fin d'une journée, après  une visite à domicile,  après le dîner, en présence  de  son collègue et élève Cruvellhier, il fait  une brutale crise d'oppression (apoplexie ?) et expire. Il est enterré au cimetière de  Montparnasse. Des hommages sont prononcés à l’Académie royale de Médecine, à la Faculté de Médecine et à la Société d’émulation dont Récamier avait été le secrétaire (Dupont, 1999 ; http://fr.wikipedia.org, 2012).

Autoritaire, courageux, parfois téméraire, Récamier n’aime pas les critiques. Il fonde avec Cayol, la Revue médicale où il défend avec hardiesse la thèse du vitalisme. Il utilise la balnéothérapie pour traiter les fièvres. Il emploie la pleurotomie pour soigner l’empyème et il n’hésite pas à inciser les kystes du foie (Hacquin, 1988).

 

 

Marie Alexandre Désormeaux (1778-1830)

Marie Alexandre Désormeaux, © BIUS.


Il naît à Paris, en 1178. Venant d’une famille de médecins généralistes, il commence logiquement des études à l’Ecole de Médecine de la capitale. En 1798, il s’engage dans l’armée et officie durant la campagne d’Italie. En 1804, il devient docteur. Il est sollicité au chevet de Madame Mère dont il devient le praticien attitré. Il succède à Baudelocque, grâce à une thèse sur l’avortement. En 1820, il incorpore l’Académie royale de Médecine nouvellement fondée. En 1830, il décède brutalement à Paris. Il a publié notamment un Précis de doctrine sur l’accouchement par les pieds (Dupont, 1999).

 

Références bibliographiques :
Bibliothèque interuniversitaire de Santé (BIUS), communication personnelle, Paris, 2012.
Corlieu Auguste, Centenaire de la Faculté de Médecine de Paris (1794-1894), Alcan – Baillère – Doin – Masson (éd.), Paris, 1896.
Dupont Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.
Hacquin François, « Joseph Claude Anthelme Récamier de la marine à la gynécologie », in Revue d’histoire des sciences médicales, 1988, pp. 345-349.
http://fr.wikipedia.org, Joseph Récamier, 2012, pp. 1-4.

 

 

(*) Docteur en chirurgie dentaire, Docteur en épistémologie, histoire des sciences et des techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire, membre libre de l’Académie nationale de chirurgie.

 

 

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LA MÉDECINE SOUS L'EMPIRE