Antoine Portal (1742-1832), médecin,
chevalier d’Empire et fondateur de
l’Académie royale de médecine

Par Xavier Riaud(*), FINS

Antoine Portal (© BIUM)

 

 

Antoine Portal a ce particularisme d’avoir survécu à tous les régimes et d’avoir été couverts d’honneurs par chacun d’eux. Dupont (1999) dit de lui : « Il traverse sans encombre tous les régimes, jurant fidélité à cinq rois, à une république et à un empereur. »

 

Il naît à Gaillac, dans le Tarn, le 5 janvier 1742. Il est issu d’une famille d’apothicaires. Il fait sa scolarité au collège jésuite d’Albi. En 1760, il entame ses études de médecine à Albi, Toulouse, puis Montpellier. L’anatomie recueille ses faveurs. Pourtant, c’est avec dégoût qu’il effectue des dissections et des autopsies. A son entrée à l’Académie des sciences, Voltaire, alors présent, se serait exclamé à son sujet : « C’est donc là ce médecin qui sait si bien découvrir les secrets de la vie en fouillant le sein de la mort (Lemaire, 1992 & 2003). » En 1764, il soutient sa thèse de doctorat. Aussitôt, il enseigne l’anatomie. En 1766, il gagne la capitale. Il est recommandé au premier médecin du roi Senac et à son assistant Lieutaud, par le cardinal de Bernis. Ceux-ci lui permettent de devenir précepteur d’anatomie du Dauphin en 1767 (Gourdol, 2010). Cette fonction lui vaut une reconnaissance de son diplôme par la Faculté de médecine de Paris (Dupont, 1999 ; Ganière, 1966).

En 1768, il publie un Précis de chirurgie pratique et devient professeur de médecine au Collège royal, puis au Collège de France. Il y demeure 64 ans. En 1769, il devient officiellement le médecin personnel du frère du roi. En 1770, il publie une Histoire de l’anatomie et de la chirurgie en 7 volumes. En 1771, c’est au tour d’un Traité de physiologie de voir le jour. En 1774, un Traité de la structure du cœur paraît. Cette même année, il se marie à Gaillac. En 1776, il devient professeur d’anatomie au Jardin du roi, Buffon l’ayant recommandé au détriment de Vicq d’Azyr, autre anatomiste célèbre. Il y officie pendant 55 ans (Dupont, 1999).

A l’Académie des sciences, il est donc fait membre adjoint anatomiste, le 5 juillet 1769, associé anatomiste, le 17 février 1774, pensionnaire anatomiste, le 2 septembre 1784 et enfin, pensionnaire de la classe d’anatomie lors de la réorganisation du 23 avril 1775 (Gourdol, 2010).

Il installe son cabinet rue Saint-André-des-Arts et use de tous les subterfuges publicitaires pour convaincre les gens de venir se faire soigner chez lui. Très vite, la bourgeoisie parisienne le consulte (Necker, Mme de Staël, d’Alembert). Toutefois, il continue de délivrer ses bons soins aux indigents (Dupont, 1999).

Avant la Terreur, il soigne le futur Louis XVIII et Louis XVI également qui le fait écuyer en 1785 (Gourdol, 2010). Pourtant, à la mort du médecin personnel de Louis XVI, il n’est pas retenu pour remplir cette fonction et le vit très mal (Dupont, 1999). Il soigne aussi le cardinal de Rohan pendant son emprisonnement à la Bastille, à partir du 15 août 1785. A cette occasion, la population parisienne le raille dans une petite chansonnette, ayant perçu son côté ambitieux et carriériste à travers ses manoeuvres politiques (Lemaire, 1992 & 2003).

Il n’est pas inquiété pendant la Terreur et reçoit même un brevet de civisme. En effet, pendant celle-ci, il soigne Pétion (Lemaire, 1992) ou Couthon (Lemaire, 2003), et après celle-ci, Barras. En 1793, il obtient la chaire nouvellement créée d’anatomie humaine au Muséum d’histoire naturelle. Il perd sa place à l’Académie des sciences en 1793, puisque celle-ci est dissolue cette année-là, mais la retrouve à l’Institut de France en 1795. En effet, il y est élu membre résidant de la 1 ère classe de l’Institut national des sciences et des arts, section médecine et chirurgie, le 9 décembre 1795 (Gourdol, 2010).

Il poursuit son travail de publication et fait paraître un Cours d’anatomie médicale en 5 volumes, en 1804. Cette année-là, il est promu membre de la Légion d’honneur. A l’aube de l’Empire, il est déjà membre de l’Institut national de Bologne, membre de l’Académie des sciences de Turin, de la Société des sciences de Harlem, des Sociétés de médecine d’Edimbourg, de Padoue, de Gênes, de Bruxelles, d’Anvers, de Paris, de Montpellier, de Toulouse, de Bordeaux, de Tours et de Neufchâtel (Portal, 1804 ; Ganière, 1966).

Sous l’Empire, il soigne les plus hauts dignitaires (la princesse Borghèse, Joseph Bonaparte, Masséna, etc.) et à ce titre, est incontournable. Cependant, il se voit constamment refuser l’accès à la maison impériale. Corvisart ne souhaite pas l’intégrer, estimant que son succès le gêne (Dupont, 1999). Associé à Berthollet et Monge avec lesquels Portal s’est disputé ou ne s’entend pas au sein de l’Institut, Corvisart met au point une coalition qui est un succès et empêche Portal de devenir le premier médecin de Napoléon, de l’aveu même de ce dernier à Sainte-Hélène. Malgré toutes les injonctions, Napoléon n’en démord pas et suit fidèlement les recommandations de Corvisart. Portal ne sera pas premier médecin et encore moins baron. Mais, si Corvisart fait barrage au niveau de la maison impériale, son action ne s’arrête pas là. Il fait également barrage au niveau de la Faculté de médecine de Paris. Animosité ? Rivalités ? Jalousie ? Rancœur ? Nul ne sait. Corvisart semble être « l’empereur de la médecine napoléonienne ». Il recommande, sanctionne, plébiscite, attribue les affectations, tant dans l’entourage de Napoléon qu’au niveau universitaire, et ferme les portes à ceux qui lui déplaisent (Lemaire, 1994). Portal semble, hélas pour lui, profondément déplaire à Corvisart qui se dresse sur sa route de tout son poids et de toute son envergure (Lemaire, 1994).

Toutefois, si l’Empereur n’est pas son patient, il soigne tout ce qu’il y a de plus important dans la capitale. Pour cela, il est élevé malgré tout au rang de chevalier de l’Empire en 1808 (Georgel, 1869). Gourgaud à Sainte-Hélène dit de lui : « C’est le docteur le plus en réputation à l’étranger… » Pourtant, sa pratique clinique et son étude de la symptomatologie sont les mêmes que celles de Corvisart (Lemaire, 1992 & 2003). Il prend le temps d’examiner son patient, de l’écouter et de l’ausculter avant d’émettre un diagnostic le plus souvent considéré comme très sûr. C’est de plus un touche à tout génial, qui développe un intérêt pour la médecine en général et affiche une omnipratique et une omniscience réelles.

En 1818, Louis XVIII le nomme son premier médecin, à la mort de son prédécesseur. Portal est alors âgé de 76 ans. Devant le monarque, Portal milite pour la création d’une Académie royale de médecine. Il obtient gain de cause en 1820, avec la fondation de cette noble institution dont il devient président perpétuel d’honneur dès l’ouverture. Cette Académie se doit de comprendre en son sein l’élite des médecins et des chirurgiens français (Gourdol, 2010). C’est l’œuvre de sa vie. Charles X le conserve à cette fonction. Le roi l’élève à la baronnie en 1824, le fait commandeur de la Légion d’honneur et chevalier de Saint-Michel (Georgel, 1869). Arrivé au pouvoir, Louis-Philippe, quant à lui, souhaite conserver son propre médecin et refuse par conséquent ses services. A la fin de sa vie, Antoine Portal se rend aux séances de l’Académie tous les mardis. Il reçoit de moins en moins, excepté ses amis intimes (Ganière, 1966).

Il décède à Paris, le 23 juillet 1832, de la maladie de la pierre. Il a alors 90 ans. Il est enterré au cimetière du Calvaire à Saint-Pierre de Montmartre (Dupont, 1999, http://www.appl-lachaise.net, 2008).

S’il a été un auteur extrêmement prolifique, il n’a malheureusement pas effectué de découverte majeure ( http://fr.wikipedia.org, 2010). Il laisse derrière lui plus d’une quinzaine d’ouvrages sur tous les sujets possibles de la médecine.

Antoine Portal brillait en société par le cru des anecdotes qu’il se plaisait à narrer. Il racontait notamment comment, sous le Directoire, il faisait commerce avec des personnes qui, clandestinement, lui livraient des cadavres jusqu’à son propre domicile. Là, le médecin effectuait ses autopsies sur son propre lit et, si par hasard, les forces de police venaient à l’interpeller, il se débarrassait du corps par une chausse-trappe dans la ruelle voisine. Portal était considéré par ses élèves et son entourage comme un médecin d’une grande valeur, placé sur une échelle de valeurs au niveau d’un Corvisart, sans aucune équivoque possible (Ganière, 1966). Il était l’ami de Larrey et de Dubois notamment (Dupont, 1999).

 

 

 

Références bibliographiques  :

Bibliothèque Interuniversitaire (BIUM), communication personnelle, Paris, 2010.

Dupont Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.

Ganière Paul, « Baron Antoine Portal, président perpétuel de l’Académie royale de médecine », in Bull. Acad. Natl. Med., 1966 Oct. 18 ; 150(26) : 539-545.

Georgel Alcide, « Armorial de l’Empire français », in http://www.euraldic.com ou Bibliothèque Nationale de France, Paris, 1869.

Gourdol Jean-Yves, « Antoine Portal (1742-1832), médecin, anatomiste français et historien de la médecine  », in http://www.medarus.org , 2010, pp. 1-2.

http://fr.wikipedia.org , Antoine Portal, 2010, pp. 1-3.

http://www.appl-lachaise.net , Portal Antoine, baron de (1742-1832), 2008, p. 1.

Lemaire Jean-François, Napoléon et la médecine, François Bourin (éd.), Paris, 1992.

Lemaire Jean-François, « L’émulatrice faculté de médecine de Paris sous l’Empire », in Revue du Souvenir Napoléonien, mars-avril 1994 ; 394 : 14-35.

Lemaire Jean-François, La médecine napoléonienne, Nouveau Monde/Fondation Napoléon (éd.), Paris, 2003.

Portal Antoine, Cours d’anatomie médicale ou élémens de l’anatomie de l’homme, Imprimerie Baudouin, vol. V, Paris, 1804.

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

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LA MÉDECINE SOUS L'EMPIRE