DONNÉES ACTUELLES SUR NAPOLÉON II
(1811-1832) ET SES DENTS

par Xavier Riaud(*), FINS

 

L’Aiglon

Napoléon François Joseph
Charles Bonaparte

Napoléon François Joseph Charles Bonaparte naît le 20 mars 1811. Il est le fils de Napoléon I er (1769-1821) et de l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche (1791-1847). Le jeune prince reçoit dès sa naissance le titre de roi de Rome. La constitution du 2 floréal an XII (18 mai 1804) octroie le titre de Prince Impérial au fils aîné de l’Empereur.

Après la campagne de France et la prise de Paris, Marie-Louise et son fils résident à Rambouillet, puis à Blois. Le 4 avril 1814, Napoléon signe un acte d’abdication préservant les droits de son fils. Le 6 avril 1814, il doit finalement renoncer à ses prérogatives pour lui et sa descendance. Napoléon fait ses adieux à ses troupes le 20 avril 1814 et part pour l’île d’Elbe. De leur côté, l’Aiglon et sa mère gagnent Vienne. Le jeune garçon est aussi prince de Parme, mais il est démis de ses droits sur cette ville, le 10 juin 1817.

Lors des Cent-Jours, le fils de l’Empereur redevient Prince Impérial, mais pas roi de Rome. A la fin des Cent-Jours, l’abdication faite au palais de l’Elysée, le 22 juin 1815, indique : « Ma vie politique est terminée et je proclame mon fils, sous le titre de Napoléon II, empereur des Français. » Mais, le garçon vit à Vienne et est aux mains de l’ennemi. Une commission diligentée par le gouvernement confirme le choix de l’Empereur déchu, mais cette décision est infirmée le 7 juillet 1815. Louis XVIII entre à Paris le lendemain. Napoléon II n’aura occupé les fonctions de son père que quinze jours ( http://fr.wikipedia.org , 2007).

Le 22 juillet 1818, à 7 ans, il devient duc de Reichstadt. En 1830, le peuple français crie « Vive Napoléon II » dans les rues de Paris et il est pressenti pour un trône en Belgique ou en Pologne. Il meurt à Vienne de la tuberculose, le 22 juillet 1832, sans alliance, ni descendance.


Apparition des dents de lait

 

Napoléon rencontre Madame de Montesquiou (1765-1835) qui porte son fils près de l’Orangerie, à Saint-Cloud. Il lui demande si son fils se porte bien. La gouvernante de répondre : « …Parfois, il se montre grognon, pleure. Ses dents sans doute, le tourmentent… » L’Empereur aurait rétorqué : « C’est laid un roi qui pleure. » (Cabanès, 1953)

Au retour d’un voyage en Belgique, l’Impératrice Marie-Louise retrouve son fils « bien fortifié, ayant quatre dents… mais maigre et pâle, ce qui provient de la dentition. »

L’Empereur tout entier à sa campagne de Russie, trouve le temps de demander des nouvelles de la santé de son fils. Ainsi, écrit-il à Mme de Montesquiou : « J’espère que vous m’apprendrez bientôt que ses quatre dernières dents sont faites. »

Revenant de Dresde, Marie-Louise retrouve son fils qui a 16 mois, à Saint-Cloud. « Il a quinze dents, mais ne parle pas. »

En 1813, l’Impératrice écrit : « Mon fils se porte à merveille…Il a toutes ses dents depuis trois mois. » (Cabanès, 1953)

 

Les lettres de Marie-Louise

 

Marie-Louise a vécu au côté de l’Empereur pendant 4 années, de 1810 à 1814. De 1813 à 1814, l’Autrichienne écrit une série de lettres à Napoléon où elle fait notamment état des problèmes de santé bucco-dentaire de son fils (De Maar, 1981). Après avoir été retrouvée, cette correspondance a été publiée par le baron Carl-Fredrik Palmstierna en 1955. Ce dernier en a fidèlement retranscrit le contenu dans le français de l’époque. Ce sont ces morceaux de vie que j’ai souhaité reproduire ci-après.

 

Chronologie

 

8 février 1814  : « Il se porte assez bien, il a eu une rage de dents ce matin, elle l’a bien fait souffrir pendant plus de trois quarts d’heure. Il a déjà deux dents gâtées, cela me désole. » (Palmstierna, 1955)

25 février 1814  : « Il a eu ce soir une rage des dents assez forte qui l’a bien fait souffrir, mais il n’y a pas de remède à cela, cela vient d’une dent gâtée. Dubois parle de l’arracher mais il n’y aura jamais moyen de le déterminer à cette opération, car quand on lui parle seulement de mettre du coton dans la dent, il pousse des cris affreux. » (Palmstierna, 1955)

L’enfant demeurant en France à cet instant, il s’agit vraisemblablement de Dubois-Foucou (1747-1830), le dentiste personnel de Napoléon, et non d’Antoine Dubois (1756-1837), chirurgien, qui a accouché Marie-Louise en 1811, comme le laisse entendre Palmstierna (1955, p. 305).

27 février 1814  : « Il va très bien ce soir, il a dormi jusqu’à 6 heures ce matin, il étoit encore bien grognon, je l’ai attribué à son mal aux dents qui le prend bien souvent… » (Palmstierna, 1955)

28 février 1814  : « Il se porte à merveille, il a encore un peu de malaise hier soir, mais cela n’a été l’affaire que d’une demi heure. » (Palmstierna, 1955)

Le 29 février 1814, il n’y a plus de problème.

2 mars 1814  : « Ce matin encore ton fils n’étoit pas bien, ses dents le tourmentent beaucoup, il a des rages de dents à chaque instant, je crains que ses dents gâtées ne lui préparent encore de longues souffrances. » (Palmstierna, 1955)

3 mars 1814  : « Ton fils se porte bien, il a bien dormi toute la nuit et il a été fort gai le reste de la journée. Je crois que sa petite indisposition est tout à fait guérie, pourvu que ses vilaines dents le laissent en repos, car elles l’ont bien fait souffrir depuis quelques temps. » (Palmstierna, 1955)

13 mars 1814  : « Ton fils t’embrasse, il a eu des rages de dents dans la journée mais ce soir il se porte bien et il est gai. » (Palmstierna, 1955)

14 mars 1814  : « Ton fils va bien, il t’embrasse, ses rages de dents sont tout à fait passées. »

16 mars 1814  : « Il se porte assez bien, il a toujours un peu mal aux dents. »

18 mars 1814  : « Ton fils t’embrasse, il se porte très bien, quoi qu’il a dit qu’il souffroit des dents, nous avons découvert que très souvent, il se plaignoit sans avoir un mal réel, mais depuis que je lui ai déclaré que la promenade étoit fort contraire aux fluxions et que l’on seroit obligé de le priver de ce plaisir, son mal a disparu d’un coup envolé et il n’en est plus question ce soir. » (Palmstierna, 1955)

20 mars 1814  : « Tu as pensé un peu à ton fils et moi, ce premier t’embrasse, il se porte assez bien, il a encore par moment des rages de dents, mais ce sont des dents gâtées qui le feront encore souffrir bien souvent. » (Palmstierna, 1955)

25 mars 1814  : « Il a parlé plusieurs fois de ses maux de dents, mais comme il s’en plaignoit tout en riant, je n’y avois pas ajouté grande foi, car l’expérience a prouvé que c’étoit probablement un prétexte sinon même un tour d’espiègle. » (Palmstierna, 1955)

3 août 1814  : « Je t’ai mandé que j’ai de bonnes nouvelles de la santé de ton fils, j’en ai encore reçues hier, il ne s’est jamais mieux porté qu’à présent ; excepté les maux de dents qui le tourmentent. » (Palmstierna, 1955)

 

Dernières données

En juillet 1817, la baronne du Montet (1785-1866) écrit du jeune prince qu’il « est ce qu’on peut voir de plus joli ; c’est dommage que ses dents soient noires et déjà affreuses (Du Montet, 1914). » L’Aiglon avait un menton fort qui était une caractéristique propre à la dynastie des Habsbourg (Lamendin, 2000).

 

Le testament de Napoléon

« L’état 6 » du testament de l’Empereur stipule : « Je donne à mon fils le nécessaire d’or, pour les dents resté chez le dentiste » (Rousseau, 1998). D’après Claude Rousseau (1998), il semblerait que le nécessaire dentaire de Biennais (1764-1843), orfèvre parisien, de la Fondation Napoléon puisse correspondre au nécessaire légué à son fils par le Corse.

Nécessaire à dents de Napoléon
(Fondation Napoléon, 2007, © ).

Hypothèse sur la mort du jeune roi de Rome

 

Concernant la mort de l’Aiglon, il existe plusieurs théories. Beaucoup d’historiens affirment qu’il aurait été empoisonné. Certains pensent que le produit létal aurait été administré par son médecin, mais d’autres suggèrent qu’il proviendrait de son chirurgien-dentiste et que ce dernier « avait été payé pour empoisonner lentement le duc, en lui arrangeant ses dents. »

Un grand quotidien parisien publie le 11 août 1910, un récit d’où naît une rumeur effroyable (Cabanès, 1953). C’est le prince Napoléon, le fils du roi Jérôme, qui aurait fait cette confidence à Madame Judith alors sociétaire du Théâtre-Français (Lamendin, 2000).

« … L’accord s’était fait entre la cour de Vienne et la monarchie française, le fils de Napoléon n’était plus d’aucune utilité dans les calculs diplomatiques et l’éveil subit de son âme devenait un danger européen. Metternich décida sa mort. Ce crime, c’est la grande duchesse Stéphanie de Bade, cousine de Napoléon I er, qui me l’a appris. Elle avait une femme de chambre qu’elle aimait beaucoup. Quand celle-ci fut sur le point de se marier, sa maîtresse, pour lui témoigner son affection, lui constitua une grosse dot. L’ex-femme de chambre épousa un dentiste renommé en Autriche du nom de Carabelli (Lamendin, 2000).

Quelques temps après, elle tomba malade. Déjà moribonde, elle fit demander à la grande-duchesse de venir à son chevet pour recueillir une importante confidence. Et quand son ancienne maîtresse fut près d’elle, elle lui dit : « Vous aurez sans doute intérêt à savoir la vérité sur la mort du duc de Reichstadt, puisqu’il était de votre famille. Vous réglerez votre conduite à l’égard de certains personnages sur l’avis que je vais vous donner

C’est mon mari qui a tué le fils de l’Impératrice Marie-Louise ; il m’en a fait l’aveu. Il soignait les dents du jeune duc. Un jour, le prince Metternich l’appela et lui parla sans témoins. Il lui demanda s’il ne pouvait pas, par plusieurs piqûres empoisonnées, faites aux gencives et espacées sur le cours d’une année au moins, tuer lentement le fils de Napoléon I er. La mort paraîtrait ainsi l’effet d’une maladie de langueur. Il lui promettrait de l’enrichir pour le récompenser. Mon mari accepta ce marché abominable et l’exécuta. Telle est la confession que j’avais à vous faire (Lamendin, 2000). »

 


Georg Carabelli von Lunkaszprie
(1787 ou 1788-1842)
(Collections privées – Droits réservés).

Un dentiste du nom de Carabelli

 

Georg Carabelli von Lunkaszprie (1787 ou 1788-1842) est le premier médecin à avoir donné à partir de 1821, à Vienne en Autriche, des cours magistraux sur la dentisterie. Il est dentiste à la cour de l’empereur autrichien Franz (1803-1887) et fondateur d’une clinique de stomatologie à l’université de Vienne. Dans un traité d’anatomie dentaire qu’il publie en 1842, il décrit un tubercule sur la face palatine des premières molaires supérieures. Il en précise la description dans un second travail qui paraît après sa mort, en 1844. Ce relief a conservé le nom de son découvreur.
(http://en.wikipedia.org, 2007).

 

 

Références bibliographiques  :

Cabanès A., Légendes et curiosités de l’Histoire, Albin Michel (éd.), Paris, 1953.

De Maar F. E. R., « Le mal aux dents du Roi de Rome », in Revue de la Société française d’histoire de l’art dentaire, Paris, 1981, http://bium.univ-paris5.fr, pp. 25-26.

Du Montet Alexandrine Prevost de la Boutetière de Saint-Mars, Baronne, Souvenirs de la Baronne Du Montet (1785-1866), Plon (éd.), Paris, 4 ème édition, 1914.

Fondation Napoléon, catalogue "Trésors de la Fondation Napoléon", Paris, 2007.

http://en.wikipedia.org , Georg Carabelli, 2007, p.1.

http://fr.wikipedia.org , Napoléon II, 29/04/2007, pp. 1-6.

Lamendin Henri, « Napoléon II : un dentiste et l’Histoire… », in Le Chirurgien-Dentiste de France, 8-15/06/2000; 988/989 : 104-108.

Palmstierna Carl-Fredrik, Marie-Louise et Napoléon (1813-1814), Stock (éd.), Paris, 1955, pp. 66, 109, 114, 117, 123, 126, 153, 155, 159, 162, 165, 171 et 269.

Rousseau Claude, « L’instrumentation : les « outils à dents » des nécessaires de Biennais. L’énigme du nécessaire dentaire de l’empereur de la Fondation Napoléon », in Actes de la Société Française d’Histoire de l’Art Dentaire, Saint Malo, 1998, http://bium.univ-paris5.fr, pp. 1-7.

 

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(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences
et des Techniques, Lauréat de l’Académie Nationale de Chirurgie Dentaire.

 

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MÉDECINE SOUS L'EMPIRE