Honoraires des médecins napoléoniens

par Xavier Riaud (*), FINS

 

 

L’essentiel de cette étude repose sur les ouvrages remarquables de
Jean-François Lemaire (1992 & 2003).

 

Selon Napoléon, lorsqu’un chevalier de la Légion d’honneur brigue le titre de chevalier de l’Empire, il doit justifier 3 000 F par an de revenus. En effet, ainsi la distinction remise à l’impétrant est méritée et ne se verra pas galvaudée un jour. Un électeur, de même un baron d’Empire, doit recevoir 4 000 F de salaire imposables par an. Pour entrer au Conseil d’Etat, c’est de 6 000 F dont il s’agit (Lemaire, 1992 & 2003).

Pour donner quelques repères, un colonel, un sous-préfet ou encore les chambellans au bas de l’échelle perçoivent la modique somme de 6 000 F par an. Un général, un archevêque ou un inspecteur des ponts et chaussées, quant à eux, se voient attribuer une solde de 10 à 12 000 F par an. Sous le règne de Napoléon, un homme riche est un homme qui est rétribué à cette dernière hauteur (Lemaire, 1992 & 2003).

 

Corvisart Jean Nicolas , premier médecin de l’Empereur, 50 000 F par an pour son exercice auxquels il faut ajouter 10 000 F de dotation en tant que baron de l’Empire, 30 000 F au service de Napoléon, 3 000 F en tant que professeur de Faculté (Lemaire, 1992 & 2003).

Boyer , premier chirurgien de l’Empereur, 40 000 F par an pour son exercice auxquels il convient d’ajouter 15 000 F au service de l’Empereur, 3 000 en tant que professeur de Faculté et les 2 000 comme chef de service à La Charité. En 1812, il perçoit une prime de 80 000 F pour la seule opération de Suchet (Lemaire, 1992 & 2003).

DuboisAntoine, médecin consultant de la cour impériale, 3 000 F par an. 100 000 F de prime pour l’accouchement de Marie-Louise dont 15 000 pour sa seule intervention. Devenu baron de l’Empire, il perçoit une rente de 4 000 F par an qui passe vite à 9 000 (Ganière, 1988).

Dubois-Foucou Jean-Joseph , dentiste de l’Empereur, 600 F par an au service de Napoléon (Rousseau (a) & (b), sans date).

Fourcroy Antoine François , rente annuelle de 10 000 F avant sa mort attribuée par l’Empereur (Feltgen, 1994).

 

A Sainte-Hélène, Napoléon affirme que Corvisart prenait un napoléon à ses malades à chaque visite, ce qui fait 20 F par visite, soit approximativement 200 F par jour (De Las Cases, 1999). Pour rappel, un napoléon est une pièce d'or française de 20 francs contenant 5,80644 grammes d'or pur, créée le 28 mars 1803 par le premier consul Bonaparte ( http://fr.wikipedia.org, 2010).

Portal, en 1809, lui demande 12 F par visite. Il reçoit en 1789, la somme de 43 000 F et en 1809, 30 000 F de revenus. Broussais lui demande 5 F par visite, à son apogée, en 1812 (Lemaire, 1992 & 2003). Laënnec, quant à lui, reçoit la somme de 3 000 F comme médecin de l’oncle de Napoléon, le cardinal Fesch et voit ses honoraires en constante progression de 1807 à 1813 puisqu’ils passent de 2 400 F à 11 000 F. Dupuytren se déplace à Bruxelles en 1809, pour opérer d’une lésion bénigne au pied du marquis de la Tour du Pin. Il y demeure deux jours et dort là-bas. Pour son opération chirurgicale, il demande 20 000 F d’émoluments, le paiement de la chaise de poste, 2 000 F pour son assistant et un cadeau pour sa femme (Lemaire, 1992 & 2003).

Ceci pour la capitale.

 

En campagne, les choses sont bien différentes.

Ainsi dans la Somme, en 1809, Renou, officier de santé, perçoit 50 centimes par visite de jour et 1 F de nuit jusqu’à 6 heures du matin. « Pour avoir ôté une dent », il demande 60 centimes, 75 pour une saignée et 12 F pour un accouchement. Un autre, Lemaire dans l’Aisne, la même année, demande le même prix pour une saignée, 35 centimes pour une visite de jour et 6 F pour un accouchement. Pour lui, les extractions dentaires ont un coût plus important : 1 F à 1,50 F. Cette majoration, est-elle liée à la complexité de l’acte ? A cela, il faut comptabiliser une indemnité kilométrique qui serait estimée à 50 centimes par kilomètre, le rayon d’action du médecin s’évaluant en dizaines de kilomètres (Lemaire, 1992 & 2003).

En ville, quand des impayés surviennent, la première attitude de choix est la patience. Attendre le décès du patient pour réclamer les honoraires aux héritiers. Larrey pour des soins chirurgicaux délivrés à l’ambassadeur de Perse ira les réclamer au ministère des Relations extérieures en 1808. Sans succès. Corvisart lui-même a été concerné par ce manquement.

Pour des impayés, les petites sommes sont généralement perdues. Le juge de paix n’est requérable que pour un montant allant jusqu’à 200 F. Au-dessus, c’est le tribunal de première instance qui légifère jusqu’à 1 500 F. Pour des petites sommes, aucun expert n’est sollicité, mais pour des montants élevés, le patient peut contester la légitimité des soins et c’est au praticien d’en prouver la nécessité (Lemaire, 1992 & 2003).

En campagne, les choses sont là encore différentes. Le médecin est un notable et il n’y a pas forcément d’autre médecin à des kilomètres à la ronde. Aussi, les paysans sont-ils très à cheval sur le règlement de ce qu’ils doivent au praticien. Mais, quelquefois, le paiement est en nature : des œufs, des volailles, etc. Cela peut aller jusqu’à des heures de travail au service du médecin : réfection de locaux, entretien de jardin, etc. (Lemaire, 1992 & 2003).

 

Références bibliographiques  :

De Las Cases Emmanuel, Mémorial de Sainte-Hélène, Le Grand Livre du Mois (éd.), 4 tomes, Paris, 1999, réédition de la première version de 1822.

Feltgen, « Antoine François de Fourcroy », in CHU – Hôpitaux de Rouen, séance du 16 mars 1994, www3.chu-rouen.fr, pp. 1-15.

Ganière Paul, « Dubois Antoine (1756-1837), médecin », in Revue du Souvenir napoléonien, décembre 1988 ; 362 : 51-52.

http://fr.wikipedia.org , Napoléon (monnaie), 2010, pp. 1-3.

Lemaire Jean-François, Napoléon et la médecine, François Bourin (éd.), Paris, 1992.

Lemaire Jean-François, La médecine napoléonienne, Nouveau Monde/Fondation Napoléon (éd.), Paris, 2003.

Rousseau Claude (a), « Histoire de l’aménagement opératoire du cabinet dentaire – Le coffret d’instruments de chirurgie dentaire de Napoléon, l’énigme de son testament », in Actes de la Société Française d’Histoire de l’Art Dentaire, http://www.bium.univ-paris5.fr, sans date, pp. 1-5.

Rousseau Claude (b), « Histoire de l’aménagement opératoire du cabinet dentaire – L’énigme posée par l’attribution à Louis XVIII ou à Charles X d’un « nécessaire à dents » de Pierre-François Grangeret », in Actes de la Société Française d’Histoire de l’Art Dentaire, http://www.bium.univ-paris5.fr, sans date, pp. 1-7.

 

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, histoire des sciences et des techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

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LA MÉDECINE SOUS L'EMPIRE