Jean Noël Hallé, médecin, chevalier
d’Empire et grand précurseur
de l’hygiène médicale en France

par Xavier Riaud (*), FINS

Jean Noël Hallé (1754-1822)
(© Académie nationale de médecine)

 

 

Jean Noël Hallé est né à Paris, le 6 janvier 1754. Son père, Noël, est un peintre renommé qui dirige l’Académie de peinture de Rome. C’est dans cette ville précisément, au couvent des Minimes français qu’il fait sa scolarité. C’est au cours des leçons dispensées par son père à l’Ecole des beaux-arts qu’il découvre l’anatomie (Sans auteur, 1823 ; Lemaire, 1992 & 2003). Sur les conseils de son oncle maternel et médecin, Anne-Charles Lorry, dont il hérite plus tard de la bibliothèque, il entame des études de médecine à Paris, en 1776. Il y soutient sa thèse en 1778 (Société des Gens de Lettres et de Savants, 1839). Il intègre la Société royale de médecine à peine diplômé, la même année. Cuvier (1827) affirme qu’il l’intègre avant d’avoir obtenu son doctorat. Faut-il y voir l’intervention de son oncle, éminent praticien, un des fondateurs de la dite société, reçu jusque dans les sphères intimes de Louis XV (Sans auteur, 1823)? Son oncle lui enseigne ses connaissances avec le secret espoir que le jeune homme lui succède (Cuvier, 1827).

Cette adhésion lui vaut la disgrâce de la Faculté de médecine qui est en compétition avec cette institution. Bien qu’il ait obtenu la régence qui lui aurait permis d’enseigner, celle-ci l’empêche de professer (Société des Gens de Lettres et de Savants, 1839). C’est dans la méditation, dans la recherche et dans la retraite qu’il franchit la tempête révolutionnaire. Au service des pauvres, il se dévoue sans compter et avec la plus grande bienveillance. En plus de ses soins éclairés, de ses conseils avisés, il n’a jamais hésité à joindre les actes à la parole, puisque ses dons ont été innombrables. Fervent pratiquant, reconnu et doué d’altruisme, il soigne les indigents gratuitement. Il traverse d’ailleurs la période révolutionnaire affublé du sobriquet de « Médecin des pauvres ». C’est ce qui le sauve. Profitant de son grand renom, il fait tout ce qu’il peut pour sauver Lavoisier, Malesherbes et d’autres, de l’échafaud au moment de la Terreur, allant jusqu’à leur faire profiter de ses soins dans les prisons où ils sont incarcérés. Il va jusqu’à défendre Lavoisier, lors de son procès, devant la Convention nationale, se mettant ainsi lui-même en péril.

En 1794, devant l’excellence de ses travaux, Fourcroy lui attribue la chaire de physique médicale et d’hygiène de l’Ecole de santé de Paris que celui-ci vient d’établir. Jean Noël y met en place un enseignement d’hygiène médicale. Il est le premier en France. Il donne des leçons aussi à la même époque, à l’Ecole normale qui vient d’être ouverte. Alors qu’il avait refusé le poste, les responsables de l’école passent outre et le lui imposent (Sans auteur, 1823).

Le 9 décembre 1795, il est élu membre de l’Institut, dès sa création, dans la section médecin et chirurgie. Il le préside en 1813 ( http://fr.wikipedia.org, 2010). En 1795 toujours, il est nommé membre de la commission des livres élémentaires pour l’instruction médicale (Sans auteur, 1823). Cette même année, il parvient à guérir une paralysie faciale à l’aide de l’électrothérapie (Dupont, 1999).

Précurseur dans la transmission du savoir en hygiène médical, défenseur convaincu de la vaccine, il milite activement pour une médecine préventive. Il publie d’ailleurs en 1800, à l’Institut, un Rapport sur la vaccine qui constitue un état des lieux sur sa mise en fonction, suivi d’un second rapport en 1812 qui établit un constat sur son accomplissement sur le sol français (Sans auteur, 1823). En 1810, il est d’ailleurs appelé en Italie pour l’organiser dans les régions de Lucques et de Toscane (Cuvier, 1827).

 

Il suit Pauline, la sœur de l’Empereur, en Italie, après son mariage en 1802 (Dupont, 1999).

Petite anecdote concernant Pauline : « Pauline Bonaparte (1780-1825), sœur préférée de l’Empereur, aussi princesse Borghèse par son mariage, fait appeler un jour, son dentiste dénommé Borglet afin de se faire arracher une dent. Une fois arrivé, ce dernier accompagne la sœur de Napoléon dans sa chambre où se trouve déjà un homme qu’il prend aussitôt pour son mari. Devant officier, le dentiste éprouve les plus grandes difficultés à faire ouvrir la bouche de la princesse. L’homme dans la pièce s’emporte « en lui disant que ce n’était qu’un instant de douleur pour éviter d’en passer beaucoup d’autres. Elle lui répond que, puisqu’il s’était plaint d’une dent avant-hier, il n’avait qu’à donner l’exemple et qu’alors elle se résignerait. » L’homme, gentleman, s’exécute et, par la suite, a demandé à la jeune femme de tenir son engagement. Enfin décidée, le dentiste peut réaliser l’opération motivant initialement sa venue. Il a été généreusement récompensé par le compagnon.

Le soir, en société, la princesse Borghèse est sévèrement vilipendée pour le nombre de ses amants qu’elle multiplie sans se cacher. Présent dans la salle, le dentiste s’insurge et prend la défense de Pauline en affirmant avoir vu les deux époux le matin et la tendresse qu’ils se manifestent l’un pour l’autre. Plus il la défend, plus les moqueries fusent, allant jusqu’à l’hilarité générale. Le compagnon a vite été identifié comme étant un ancien comédien ambulant, alors que le vrai mari était en Italie depuis fort longtemps (Lamendin, 2002). » Pauline revient vivre en France à partir de 1803.

 

En 1804, Jean Noël devient le médecin ordinaire de Napoléon et de toute la famille impériale qu’il soigne avec son érudition, sa dignité et son indépendance de caractère. Napoléon le fait d’ailleurs chevalier de la Légion d’honneur à l’instauration de cette décoration (Société des Gens de Lettres et de Savants, 1839 ; Georgel, 1869). Il apparaît pour la première fois dans l’Almanach impérial de 1805 (Almanachs impériaux, 1805-1813). Grand ami de Corvisart qui l’estime tout particulièrement, il soutient ses préceptes en affirmant : « La médecine du symptôme doit toujours être subordonnée à la médecine de la maladie (Lemaire, 1992 & 2003). »

En 1805, il prend la suite de Corvisart au Collège de France. C’est d’ailleurs ce même Corvisart, qui y enseigne la médecine pratique, qui l’y désigne dans un premier temps pour l’assister, puis pour lui succéder, étant débordé par sa charge de premier médecin de l’Empereur (Sans auteur, 1823 ; Cuvier, 1827). Il y rencontre notamment Laënnec qu’il a comme élève. Il dit d’ailleurs de celui-ci, avec une grande clairvoyance : « S’il continue à travailler comme il travaille, il deviendra le premier médecin de l’Europe (Lemaire, 1992 & 2003). » C’est l’inventeur du stéthoscope qui reprend la chaire au décès de Hallé, en 1822 (Cuvier, 1827).

En 1806, d’après ses leçons au Collège de France, un ouvrage est publié, intitulé Hygiène, ou l’art de conserver la santé (Quérard, 1830).

Les 15 et 19 avril 1807, le médecin ausculte Pauline Bonaparte, suite à une crise de salpingite aigue et son état le laisse perplexe.

A partir de 1809, il édite les Œuvres complètes de Samuel Tissot, médecin britannique, qu’il connote de façon extrêmement judicieuse et pertinente (Sans auteur, 1823).

En 1812, il participe à l’élaboration du Dictionnaire des sciences médicales une longue série d’articles en rapport avec sa discipline de prédilection, l’hygiène médicale. Il démontre l’influence réciproque du physique sur le moral et du moral sur le physique (Sans auteur, 1823).

En 1818, il contribue à la publication du Codex des médicaments ou pharmacopée française qui paraît à Paris. Durant sa carrière extrêmement prolifique, il s’intéresse notamment à l’étude du cancer du sein et des effets du camphre.

A la Restauration, il est rappelé par le futur Charles X, à son service (Sans auteur, 1823). Alors gravement malade, Jean Noël le guérit. Louis XVIII le nomme aussitôt son premier médecin et le fait chevalier dans l’Ordre royal de Saint-Michel nouvellement créé. Jusqu’à la fin de sa vie, le roi lui a témoigné la plus grande attention et la plus haute estime (Sans auteur, 1823). En 1820, il est élu, dès sa création, à l’Académie royale de médecine (Dupont, 1999). Il en préside d’ailleurs la section de médecine dès son ouverture (Société des Gens de Lettres et de Savants, 1839).

Il est décédé le 11 février 1822, des suites d’une intervention chirurgicale. Atteint de la maladie de la pierre (calculs rénaux), il en meurt. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise, dans la 10 ème division ( http://www.appl-lachaise.net, 2007). Selon Lemaire (2003), il est indubitablement le meilleur médecin ayant exercé au cours de l’épopée napoléonienne.

Le jugement de Napoléon à Sainte-Hélène se révèle aigre quant à lui. Un jour, aux Tuileries, Napoléon lui manifeste un geste d’une étrange familiarité,- il est dit que l’Empereur lui aurait pincé l’oreille ou agité son rasoir sous le nez -, qui choque profondément le médecin, au point que ce dernier décide de ne pas y revenir. L’Empereur lui en a voulu pour cette décision (Lemaire, 1992 & 2003).

Doué d’un instinct médical poussé au paroxysme, la qualité de son examen clinique est recherchée dans toute la capitale. Affable et jovial, ses étudiants le portent très haut dans leur estime. Son enseignement d’une érudition rare est très prisé, d’autant plus qu’il se dévoue jusqu’à obtenir de son auditoire une parfaite compréhension (Lemaire, 1992 & 2003). Habile dessinateur, à cet effet, il n’hésite pas à agrémenter ses démonstrations de nombreux croquis qui viennent illustrer son propos (Société des Gens de Lettres et de Savants, 1839). Homme naturellement bon, ses malades l’adoraient. Lorsque tout était perdu, il savait par sa drôlerie faire oublier au patient ses maux. D’une probité exemplaire, d’une générosité que rien n’est jamais venu démentir, il abandonne ses droits d’auteur pour ses livres, à ses proches collaborateurs et n’accepte aucune rétribution pour ses soins (Cuvier, 1827).

A la fin de sa vie, il était devenu membre correspondant des Académies de Saint-Pétersbourg, de Vienne et de Madrid (Sans auteur, 1823).

 

 

Références bibliographiques  :

Académie nationale de médecine, communication personnelle, Paris, 2010.

Almanachs impériaux, Testu & Cie imprimeurs, Paris, 1805 à 1813.

Cuvier Georges, Recueil des éloges historiques lus dans les séances publiques de l’Institut royal de France, F. G. Levrault (éd.), tome 3, Paris, 1827.

Dupont Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.

Georgel Alcide, « Armorial de l’Empire français », in http://www.euraldic.com ou Bibliothèque Nationale de France, Paris, 1869.

http://fr.wikipedia.org, Jean Noël Hallé, 2010, p. 1.

http://www.appl-lachaise.net , Hallé Jean Noël (1754-1822), 2007, pp. 1-2.

Lamendin Henri, Anecdodontes, Aventis (éd.), Paris, 2002.

Lemaire Jean-François, Napoléon et la médecine, François Bourin (éd.), Paris, 1992.

Lemaire Jean-François, La médecine napoléonienne, Nouveau Monde/Fondation Napoléon (éd.), Paris, 2003.

Quérard J.-M., La France littéraire ou dictionnaire bibliographique, Librairie Firmin Didot frères, Paris, tome 4, 1830.

Sans auteur, Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Jean Noël Hallé, De Bure frères Librairie, Paris, 1823.

Société des Gens de Lettres et de Savants, Biographie universelle ancienne et moderne, L.-G. Michaud (éd.), tome 66, Paris, 1839.

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

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LA MÉDECINE SOUS L'EMPIRE