Antoine Dubois (1756-1837),
médecin accoucheur de Marie-Louise
et baron de l’Empire

par Xavier Riaud (*), FINS

 

Antoine Dubois
(Corlieu, 1896, © BIUM)

 

Antoine Dubois naît le 19 juin 1756, à Gramat dans le Lot. Il entame une scolarité au collège des Carmes à Cahors, mais très vite, il part sur Paris où il est inscrit au collège des Quatre-Nations. Son père venant de décéder, il doit travailler pour payer ses études. Ayant un temps souhaité entré dans les ordres, il se ravise et commence des études de médecine et de chirurgie. Il se retrouve dans les services de Sabatier, de Sue, est un temps élève de Desault, mais devient l’élève favori de Peyrilhe. Il réussit à concilier ses études et des cours de mathématiques, et de latin qu’il dispense le soir, qui paient ses études et aident sa famille. En 1790, il acquiert sa maîtrise en chirurgie et soutient sa thèse de doctorat.

Il ouvre un cabinet dans la capitale. A côté de son exercice libéral, il est démonstrateur d’anatomie à la faculté et professeur adjoint à l’Ecole pratique de dissections et d’opérations au collège de chirurgie. En 1791, il prend le poste de Sue atteint par la limite d’âge et devient professeur d’anatomie à l’Ecole royale de chirurgie. Cette année-là, il est aussi élu à l’Académie de chirurgie (Ganière, 1988 ; http://fr.wikipedia.org, 2010).

Lorsque les Révolutionnaires abolissent les écoles de médecine, Dubois voit sa situation financière se dégrader rapidement. Il contacte Danton qui lui permet d’obtenir un poste à l’hôpital militaire de Melun. Dans les temps qui suivent, il intègre le conseil de santé devient chirurgien en chef de l’hôpital militaire de Perpignan où il est confronté, à peine installé, à une épidémie de dysenterie qu’il doit enrayer (Ganière, 1988). Pendant la Terreur, ses titres et son influence lui permettent de sauver de nombreux confrères du couperet. C’est le cas de Bourdois de La Motte, futur premier médecin du Roi de Rome, qu’il sauve en 1793 (Sans auteur, 2010).

En 1795, il revient à Paris. Il est promu professeur adjoint d’anatomie et de physiologie à l’Ecole de santé qui vient d’ouvrir ses portes. En 1796, il succède à Desault et occupe la fonction de professeur de clinique chirurgicale. En 1798, Bonaparte le nomme responsable des sciences médicales au sein de l’équipe scientifique qu’il emmène lors de son expédition en Egypte. Dubois commande alors aux 108 chirurgiens de l’expédition ( http://fr.wikipedia.org, 2010). Le 18 avril, le médecin embarque à Toulon, dans le navire-amiral l’Orient (Ganière, 1988 ; Dupont, 1999). Arrivé à Alexandrie, aidé de Dominique Larrey, il délivre ses bons soins au général Kléber qui a été blessé lors du siège de la ville. Après la prise du Caire, Bonaparte lui fait intégrer la section de physique de l’Institut d’Egypte, le 22 août ( http://fr.wikipedia.org, 2010). Le 8 février 1799, Dubois est rapatrié pour raisons de santé. En effet, il souffre depuis longtemps de calculs vésicaux et son état empire. Arrivé sur le sol de la mère patrie, il retourne à ses occupations d’avant. Toujours professeur à l’Ecole de santé, il investit la fonction de chirurgien de la 33 ème brigade de la Garde nationale. En 1802, il devient le chirurgien en chef de l’hospice des malades au faubourg Saint-Denis, actuel hôpital Fernand Widal. Il est tellement apprécié des Parisiens, que cet endroit prendra le surnom de Maison de santé du docteur Dubois ( http://fr.wikipedia.org, 2010).

En 1804, au sommet de sa gloire, âgé de seulement 48 ans, apprécié du nouvel empereur, il n’est pourtant pas nommé premier chirurgien de Napoléon. En effet, convaincu qu’il n’aurait aucun ascendant sur Dubois, son rival et néanmoins ami, Corvisart lui concède qu’il n’a pas été choisi parce que le « médecin préféré de l’Empereur » souhaitait conserver seul, son pouvoir et ne prendre aucun risque à cet effet (Ganière, 1988). Pourtant, en 1808, Corvisart lui confie la charge de médecin consultant de la cour impériale, avec des honoraires s’élevant à 3 000 francs annuels. En 1810, il devient le chirurgien accoucheur de l’impératrice Marie-Louise. La grossesse se déroule normalement. Par contre, il n’en est pas de même de l’accouchement au point qu’affolé, par sa responsabilité, le médecin envisage un temps de sacrifier l’enfant qui ne se présente pas bien. L’Impératrice a mal et Dubois panique. Constatant cela, Napoléon se fâche et insuffle le calme au chirurgien qui achève avec succès la délivrance de Marie-Louise. Pourtant, devant l’angoisse qu’a représenté l’événement, Dubois n’hésite pas à déclarer que la jeune femme ne pourra plus avoir d’enfant. L’avenir, par la suite, lui a donné tort (Ganière, 1988 ; Dupont, 1999).

La naissance du Roi de Rome est un événement tel que Dubois est comblé d’honneurs : financiers tout d’abord, puisqu’il perçoit des émoluments s’élevant à 100 000 francs assortis des 15 000 francs prévus pour son intervention évidemment, honorifiques ensuite puisqu’il est élevé au rang de chevalier de la Légion d’honneur et est fait baron de l’Empire avec une rente de 4 000 francs qui passe vite à 9 000. Marie-Louise n’est pas en reste puisqu’elle lui offre des bijoux (Ganière, 1988 ; http://fr.wikipedia.org, 2010).

Lorsque Louis XVIII revient aux affaires, Dubois perd sa rente, mais le nouveau roi lui offre une pension de 1 000 francs par an et lui permet de conserver son poste de médecin consultant à la cour. Il reste en fonction également à la Maison de santé. En 1820, lors de la création de l’Académie de médecine, il siège dans la section de chirurgie. Il est promu aussi professeur d’accouchement à l’hospice de la maternité. Lorsque le 13 février 1820, le duc de Berry est blessé à mort lors d’un attentat, il fait partie des médecins qui essaient en vain de le sauver. Cet échec sera reproché ouvertement aux médecins par la famille royale qui les tiendra pour responsables (Ganière, 1988).

En 1822, suite à des manifestations étudiantes, il est démis de ses fonctions et accède à l’honorariat. Le 5 mai 1829, Dubois est rappelé au poste de professeur de clinique chirurgicale de l’hôpital de la Pitié. En 1830, il devient doyen de la Faculté de médecine. Il est unanimement apprécié. Louis-Philippe lui remet d’ailleurs en récompense les insignes d’officier de la Légion d’honneur. En 1831, Dubois se retire de la médecine. En 1833, il a renoncé à tous ses postes (Ganière, 1988 ; http://fr.wikipedia.org, 2010).

Malade, n’ayant jamais véritablement récupéré de ses problèmes de calculs connus en Egypte, il fait une jaunisse en 1836 qui l’épuise. Le 30 mars 1837, il meurt d’une pneumonie contractée au cours de l’hiver (Ganière, 1988 ; Dupont, 1999).

Ses publications ne sont pas légion. Quelques articles principalement dans le Dictionnaire des sciences médicales constituent des témoignages trop rares du médecin gigantesque qu’a été Dubois. De plus, il a amélioré certains instruments médicaux comme le forceps par exemple. En face de l’Ecole de médecine, il a fondé un hôpital qui porte, aujourd’hui encore, son nom. Une rue située en face de l’Ecole de médecine de Paris porte son nom. Enfin, son éloge funèbre a été prononcé à l’Académie de médecine en 1849 ( http://fr.wikipedia.org, 2010).

De même, le fils Corvisart et le fils Larrey, tous deux excellents médecins, seront très proches de Napoléon III. De même, son fils qui occupera quasiment les mêmes fonctions que lui accouchera l’Impératrice Eugénie, le 16 mars 1856 (Ganière, 1988).

 

Références bibliographiques  :

Bibliothèque Interuniversitaire (BIUM), communication personnelle, Paris, 2010.

Corlieu Auguste, Centenaire de la Faculté de Médecine de Paris (1794-1894), Alcan – Baillère – Doin – Masson (éd.), Paris, 1896.

Dupont Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.

Ganière Paul, « Dubois Antoine (1756-1837), médecin », in Revue du Souvenir napoléonien, décembre 1988 ; 362 : 51-52.

http://fr.wikipedia.org , Antoine Dubois, 2010, pp. 1-2.

Sans auteur, « Bourdois de La Motte, Edme Joachim », in Les amis du Souvenir napoléonien, http://lesapn.forumactif.fr, 2010, pp. 1-2.

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

 

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MÉDECINE SOUS L'EMPIRE