Deux médecins oubliés de la noblesse d’Empire, deux destins exceptionnels : Girardot et Taillefer

par Xavier Riaud(*), FINS

 

 

Henri selon Dupont (1999), Hubert Jules selon Lemaire (2003) Taillefer (1779-1866 selon Dupont (1999), 1869 selon Lemaire (2003))

Il entame des études de chirurgie à l’Hôtel-Dieu de Paris. Assoiffé de découvertes, il embarque à bord de l’Immortalité. Les Anglais s’emparent du vaisseau et capturent Taillefer qui parvient à s’évader. De retour dans la capitale, il exerce de nouveau un temps à l’Hôtel-Dieu. La folie des voyages le reprenant, il décide alors de voguer vers d’autres cieux. Il fait le tour du monde (Lemaire, 1992). Chirurgien de la marine, il suit Baudin, dans son expédition vers les terres australes, à bord du Géographe qui quitte le sol français le 19 octobre 1800, pour un voyage d’une durée de 3 ans (Dupont, 1999). De retour en France, il souhaite rester dans la marine. En 1804, il officie en tant que chirurgien de deuxième classe dans le bataillon des marins de la Garde qui se sont battus dans toutes les campagnes napoléoniennes.

La flotte française est détruite à Aboukir (1798) tout d’abord, puis Trafalgar (1805) ensuite. Les marins se retrouvent débarqués à terre. Taillefer sillonne alors l’Europe dans la Grande Armée, depuis l’Espagne jusqu’à la Pologne. Il devient le chirurgien en chef des marins de la Garde en 1809. De plus, il est élevé par Napoléon au rang de chevalier d’Empire en 1810. Il a été le seul médecin de la marine à bénéficier de cet honneur sur toute la durée de l’Empire.

Très apprécié de l’Empereur, ce dernier le fait officier de la Légion d’honneur en 1814, alors qu’il opère sous le feu ennemi à Montmirail (Lemaire, 2003).

Taillefer quitte ses fonctions avec le grade de premier chirurgien en second de la Marine, sous la Restauration. Il s’installe ensuite à Paris où il finit sa carrière comme médecin des indigents. Il meurt à Paris, en 1866 (selon Dupont (1999)) ou en 1869 (selon Lemaire (2003)).

 

François Girardot (1873-1831)

Il naît en 1773, à Semur-en-Auxois. Il est le seul à avoir été fait baron d’Empire sur le champ de bataille. Il est également le seul qui, blessé grièvement, se voit amputé d’une jambe.

A 18 ans, il est déjà médecin de 3 ème classe à l’hôpital militaire de Dijon. Les troubles révolutionnaires le contraignent à émigrer. Il laisse de côté la médecine et s’engage dans l’armée des princes où il est incorporé dans la légion Mirabeau. En 1795, il est promu maréchal des logis dans les hussards de Baschi, puis sous-lieutenant des chasseurs nobles. En 1802, l’armée de Condé dissoute, Girardot s’en revient à Paris, le corps bariolé de cicatrices (1793 : une balle dans l’épaule droite ; 1795 : un coup d’estoc à la poitrine ; 1799 : une balle dans la jambe droite) (Lemaire, 1992). De ses campagnes, il a gardé dans son cœur, l’amitié d’un comte polonais, le comte Krasinsky, qu’il rencontre en 1798 (Witczak, 1996).

En 1803, il intègre l’école de médecine de Paris et il est reçu à l’internat des hôpitaux de Paris cette même année. En 1806, il soutient sa thèse de doctorat. De nouveau, il rejoint l’armée en 1808 où cette fois, il exerce en tant que médecin de 1 ère classe au régiment des chevau-légers lanciers polonais commandé par le comte Krasinsky, son ami. Il demeure à ce poste jusqu’en 1814. Il n’accepte aucun avancement et refuse toute mutation (Lemaire, 2003 ; Witczak, 1996). Son régiment se bat d’abord en Espagne, puis part en Autriche où il reçoit la Légion d’honneur en 1809. Il participe aux affrontements en Russie en 1812, en Allemagne en 1813. Sa conduite est héroïque à Dresde (26 et 27 août).

En 1814, il est encore présent pour défendre le sol de sa mère patrie. Suite à une légère blessure à Monterau, le 18 février, il est promu au rang d’officier de la Légion d’honneur. Le 7 mars, à Craonne, pour secourir un blessé, il saute de cheval et s’occupe de lui sur le champ de bataille. Un boulet explose à proximité et c’est la jambe pendante, en lambeaux, toute sanguinolente, malgré tout encore lucide, qu’il aperçoit un groupe de cavaliers au loin. Reconnaissant l’Empereur, il se redresse sur le champ de bataille et s’écrie « Vive l’Empereur ! » Napoléon n’a rien perdu de la scène et aussitôt, il demande à parler à un aide de camp. Sur son lit d’hôpital, alors qu’un confrère lui coupe la jambe, Girardot est fait baron d’Empire. Le plus inconnu des médecins titulaires d’une baronnie, il est pourtant aussi décoré que les plus célèbres (Lemaire, 2003 ; Witczak, 1996).

Ayant servi dans l’armée de Condé, il n’est pas inquiété sous la Restauration (Lemaire, 2003).

A partir de 1816, il vit en Pologne à Varsovie et Opinogora, auprès de la famille Krasinsky. Là, il soigne aussi Frédéric Chopin, le célèbre compositeur. Il se dévoue aussi sans compter pour les petites gens de Varsovie (Witczak, 1996). Il meurt en 1831, sur sa terre d’adoption, la Pologne.

 

Références bibliographiques  :

Dupont Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.

Lemaire Jean-François, Napoléon et la médecine, François Bourin (éd.), Paris, 1992.

Lemaire Jean-François, La médecine napoléonienne, Nouveau Monde (éd.)/Fondation Napoléon, Paris, 2003.

Witczak W., « François Girardot (1773-1831), chirurg polkiesgo pulku szwolezerow gwardii Napoleona I », in Arch. Hist. Filoz. Med., 1996 ; 59 (4) : 391-404.

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

 

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LA MÉDECINE SOUS L'EMPIRE