Jean François Coste (1741-1819),
premier médecin de la Grande Armée,
premier maire de Versailles et fondateur de l’hôpital du Val-de-Grâce

par Xavier Riaud(*), FINS

Jean François Coste (domaine public)

 

 

Jean François Coste naît à Villes, dans le pays de Gex, le 4 juin 1741. Ayant baigné dans la médecine toute son enfance grâce à son père, il commence ses études de médecine à Lyon où il a déjà eu une brillante scolarité au petit séminaire de la même ville. Il les continue à Paris, dans le service d’Antoine Petit qu’il suit à l’Hôtel-Dieu et à la Salpêtrière. Il rencontre Jean-Jacques Rousseau à Montmorency alors qu’il suit son maître en consultations. En 1763, pour des raisons financières, il soutient sa thèse de doctorat à Valence. Alors qu’il officie près de Ferney, à Gex, il brille par son comportement lors d’une épidémie qu’il parvient à enrayer. Voltaire, qui est présent, est impressionné par le dévouement du jeune médecin et en 1769, le recommande à Choiseul aussitôt qui le nomme médecin en chef de l’hôpital de Versoix dans le but de créer un port français sur le lac Léman, alors que des troupes françaises sont envoyées pour calmer des tensions frontalières. Mais, le ministre étant disgracié, le jeune homme, alors médecin militaire, est muté à Nancy, en 1772. Les soldats qu’ils soignent sont si mal nourris qu’une épidémie de scorbut se déclare amenant Coste à protester avec une si grande virulence qu’il rencontre jusqu’au ministre de la guerre (Lemaire, 1992, 1997 & 2003 ; Dupont, 1999). Il en écrit d’ailleurs deux recueils de réflexions philosophiques. En 1774, il gagne même un prix de l’académie de Nancy grâce à un mémoire proposant des solutions visant à rendre salubre des quartiers de la ville qui ne l’étaient pas, intitulé Essai sur les moyens d'améliorer la salubrité du séjour de Nancy (1773 selon Meylemans, (2010)). En 1775, Coste est promu par le ministre de la guerre en personne, médecin-chef à Calais. Il y perfectionne sa connaissance de l’anglais. En 1776, associé à Willemet, il réalise un mémoire intitulé Essai botanique, chimique et pharmaceutique sur la substitution des substances indigènes aux exotiques qui est récompensé par l’académie de Lyon (Regard, 1992).

En 1780, Coste est nommé médecin en chef de l’expédition aux Amériques du comte de Rochambeau. Plus médecin, hygiéniste et épidémiologiste, il a sous ses ordres deux médecins, huit chirurgiens aide-majors, huit sous-aides-majors et 36 élèves à qui il inculque, aussitôt débarqués, 88 prescriptions qu’il fait imprimer aussitôt arrivé à Newport dans un petit volume écrit en latin destiné aux hôpitaux militaires ou aux infirmeries militaires. Une épidémie de variole se déclenche. Coste l’enraye en pratiquant l’inoculation, opération qu’il enseigne à ses confrères américains. Il est aussi confronté à la dysenterie des troupes et s’illustre par ses diagnostics précis et la pertinence des traitements qu’il recommande. Il officie à l’hôpital de Williamsburg jusqu’en 1782. Etant à proximité du quartier général, il guérit Rochambeau qui se trouve développe les symptômes du typhus. Pendant le siège de Yorktown en 1781, ses hôpitaux sont si performants que Washington lui-même l’en congratule chaleureusement (Lemaire, 1992, 1997 & 2003 ; Dupont, 1999). Au cours du conflit, Coste a accompli un tel travail qu’il devient l’ami de Franklin et que ses préceptes sont adoptés par l’essentiel des universités américaines.

En 1783, Jean François Coste s’en revient en France, avec une pension de 3 000 livres octroyée pour ses bons et loyaux services. Louis XVI lui confie un brevet de médecin de la Marine. Il le nomme médecin consultant des camps et armées du roi en 1784 et inspecteur des hôpitaux de l’ouest en 1788. Il occupe aussi la fonction de médecin en chef du camp d’instruction de Saint-Omer (Regard, 1992).

Alors qu’il est question de supprimer les hôpitaux militaires, le médecin s’insurge et milite ouvertement pour leur maintien et la création d’autres (Lemaire, 1992, 1997 & 2003 ; Dupont, 1999).

En 1790, orateur habile, il est élu premier maire de Versailles. Diplomate avéré et confirmé, il parvient à maintenir un semblant de calme dans cette ville pendant deux années. Il travaille avec Alexandre Berthier, jeune officier de la garde nationale qu’il a rencontré aux Amériques. Il noue une véritable amitié avec le militaire pendant toute leur collaboration, rivalisant d’habileté. Coste traverse la Terreur sans difficulté, redevenu médecin militaire pour l’heure (Lemaire, 1992, 1997 & 2003 ; Dupont, 1999).

Le 31 juillet 1793, la Convention nationale autorise le ministre de la guerre à utiliser l'abbaye royale du Val de Grâce, devenue bien national, comme hôpital militaire, ce qui la sauve très probablement de la destruction. Coste contribue pour une grande part à l’ouverture des portes de l’hôpital du Val-de-Grâce. Il y donne la première leçon. Il ne s’y rendra qu’à trois reprises : en 1793, pour inspecter l’ancien couvent et pour déterminer de son aptitude à devenir un hôpital ; en 1796, pour le fermer et en 1816, pour organiser et présider à sa réouverture (Lemaire, 1999).

En 1796, le Directoire nomme Coste, médecin en chef de l’hôtel des Invalides qui n’est autre qu’un asile de vétérans (Regard, 1992).

Dans les temps qui suivent l’ouverture de cet hôpital, Coste devient aussi membre du Conseil de santé, inspecteur général des hôpitaux militaires et médecin en chef de l’armée des Côtes de l’océan en 1803, grâce à son amitié qui le lie à Berthier (Lemaire, 1992, 1997 & 2003 ; Dupont, 1999).

Sous l’Empire, l’inspection générale comprend 6 membres : 2 médecins (Desgenettes, Coste), 3 chirurgiens (Heurteloup, Larrey et Percy) et 1 pharmacien (Parmentier). Ce comité, dont le principe a été mis en place en 1796, est placé sous la haute autorité des ordonnateurs et des commissaires de guerre. Cette structure constitue la direction du Service de santé et siège au quartier général de l’armée. Son rôle est de veiller à l’organisation des hôpitaux de campagne sur le front et à l’arrière, et de surveiller le bon transit des blessés des premiers vers les seconds (Sandeau (a), 2004).

Sur la recommandation de Berthier également, Napoléon le nomme médecin en chef de la Grande Armée en 1803. Coste est de toutes les campagnes (Austerlitz (1805), Iéna (1806) et Eylau (1807)) et se dépense sans compter pour défendre ses vues. Au camp de Boulogne, il organise et contraint les soldats à la vaccination antivariolique, mais le fait avec une grande prudence, n’hésitant pas à insister avec fermeté sur des mesures d’hygiène à appliquer sur le terrain avec la plus grande rigueur. Ses conseils tombent en désuétude devant la misère des hôpitaux de fortune, des rationnements décrétés par l’administration et l’avancée des combats de plus en plus meurtriers. Coste, à cet effet, multiplie les notes virulentes et les rapports faisant des constats sévères, et objectifs de la situation. En 1805, se rendant à Munich pour rejoindre l’Empereur, sa berline s’étant égarée, il se retrouve par hasard au milieu des troupes autrichiennes. Sans se départir de son calme, il les avertit que les troupes françaises suivent de près. Les Autrichiens, apeurés, lui laissent la ville de Passau entre les mains. Quelques jours plus tard, le général Dupont et ses hommes entrent dans une ville pacifiée par le médecin, à leur grand étonnement. L’épisode est relaté par un opéra-comique composé pour l’occasion en 1806, qui déplaît fortement au médecin qui n’a de cesse, sans succès, de le faire interdire (Lemaire, 1992, 1997 & 2003 ; Dupont, 1999). En 1806, associé à Percy, il publie un manuel d’hygiène militaire (Dupont, 1999). Il demeure à ce poste jusqu’en 1807, alors en Pologne, où, atteint d’ophtalmie et par la limite d’âge, - il a alors 66 ans-, il doit, à son grand désespoir, quitter ses fonctions. En effet, le 6 avril, il laisse sa place à Desgenettes qui est promu par l’Empereur. Mais, sa maladie est diplomatique. En réalité, Coste n’a eu de cesse de dénoncer l’insalubrité du service de santé de la Grande Armée. Ainsi, il émet des rapports qui fustigent si violemment la réalité qu’il se fait démettre de ses fonctions et renvoyer au poste subalterne de médecin chef des Invalides. De plus, alors qu’il se rend à Varsovie, il y retrouve un Empereur fulminant après lui. Percy, associé à d’autres chirurgiens, avaient ourdi un complot contre lui et, manipulant Napoléon, ils attisaient toute sa colère au grand dam du premier médecin de la Grande Armée (Lemaire, 1992, 1997 & 2003 ; Dupont, 1999 ; Sandeau (a) & (b), 2004). Il est renvoyé aux Invalides et y reste jusqu’à la fin de l’Empire. Malgré le soutien et l’intervention de Berthier, puis de Daru, Napoléon refuse catégoriquement de l’élever à la noblesse d’Empire. Il n’hésite pas même, par cruauté, lors de sa visite aux Invalides, le 6 mars 1813, devant un Coste profondément attristé, à élever le colonel Cazaux, un des assistants du Gouverneur militaire, à la baronnie d’Empire. Néanmoins, à ce poste, Coste continue d’affirmer ses croyances et de s’accrocher avec l’administration qui lui reproche de faire usage d’une trop grande quantité de charpie, en particulier de jeter la charpie utilisée pour panser des plaies purulentes, ce qui indigne aussitôt le vieux médecin (Lemaire, 1992, 1997 & 2003 ; Dupont, 1999).

En 1814, déjà officier, Louis XVIII le nomme commandeur de la Légion d’honneur. Il a été aussi fait membre de l’ordre de Saint-Michel. En 1815, le roi le missionne pour restructurer les hôpitaux militaires d’instruction (Regard, 1992).

Il décède le 8 novembre 1819, à Paris, à la suite d’une affection de poitrine qui le fait souffrir pendant six longues journées. Ses obsèques sont célébrées aux Invalides (Lemaire, 1992, 1997 & 2003 ; Dupont, 1999). Son éloge a été prononcé dans les hôpitaux militaires d'instruction de Paris, Lille, Metz et Strasbourg. Un seul d’entre eux devant être publié dans les Mémoires de médecine, chirurgie et pharmacie militaires, la préférence a été donnée à celui que M. Willaume a prononcé le 9 novembre 1820, dans la séance pour la distribution des prix à l'hôpital militaire d'instruction de Metz. Cet éloge a été considéré comme étant le plus complet ( http://fr.wikipedia.org, 2010).

 

 

Quelques publications ( http://fr.wikipedia.org, 2010) :

Lettre à M. Johj sur l'épidémie de Colonges au pays de Gex , Gex, 1763.

Eloge de M. Pierrot, membre de l'académie de chirurgie , Nancy, 1773.

Essai sur les moyens d'améliorer la salubrité du séjour de Nancy , Nancy, 1774.

Du genre de philosophie propre à l'étude et à la pratique de la médecine , Nancy, 1774.

Des avantages de la philosophie relativement aux belles-lettres , Nancy, in-8°.

Œuvres du docteur Mead , traduites de l'anglais et du latin, Bouillon.

Eloge de M. Cupers , Nancy , 1775.

Physiologie des corps organisés , traduite du latin du botaniste Necker, Bouillon.

Quatre lettres à M. Paulet, pour servir de réponse au factum de celui-ci , Cantorbury.

Essai botanique, chimique et pharmaceutique sur la substitution des substances indigènes aux exotiques , Nancy, 1776.

Compendium pharmaceuticum militaribus Gallorum nosocomiis in orbe novo boreali adscriptum , Newport, 1780.

Mémoire sur l'asphyxie , composé sur la demande de la société humaine de Philadelphie, à l'ambassadeur de France, traduit en anglais, Philadelphie, 1780.

De antiqua medica philosophia orbi novo adaptanda , Leyde, 1783.

Du service des hôpitaux militaires ramené aux vrais principes , Paris, 1790.

Vues générales sur les cours d'instruction dans les hôpitaux militaires , Paris, 1796.

Avis sur les moyens de conserver et de rétablir la santé des troupes à l'armée d'Italie , Paris, 1796.

Notice sur les officiers de santé de la Grande Armée morts en Allemagne depuis le I er vendémiaire an 14 jusqu'au 1 er février 1806 , Augsbourg, 1806.

De la santé des troupes , Augsbourg, 1806 (co-écrit avec Percy).

« Hôpital », in Dictionnaire des sciences médicales.

Références bibliographiques  :

Dupont Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.

http://fr.wikipedia.org , Jean François Coste, 2010, pp. 1-4.

Lemaire Jean-François, Napoléon et la médecine, François Bourin (éd.), Paris, 1992.

Lemaire Jean-François, Coste, Premier médecin des armées de Napoléon, Stock (éd.), Paris, 1997.

Lemaire Jean-François, « Les trois visites au Val-de-Grâce de Jean François Coste », in Revue d’Histoire des sciences médicales, 1999 ; 33(1) : 39-44.

Lemaire Jean-François, La médecine napoléonienne, Nouveau Monde/Fondation Napoléon (éd.), Paris, 2003.

Meylemans R., « Les grands noms de l’Empire », in Ambulance 1809 de la Garde impériale, http://ambulance1809-gardeimperiale.ibelgique.com, 2010, pp. 1-22.

Regard M., J. F. Coste, son oeuvre de médecin militaire, un oublié de l'histoire, Th. Doct. Méd., Lyon 1, 1992 n° 262.

Sandeau Jacques (a), « La santé aux armées. L’organisation du service et les hôpitaux. Grandes figures et dures réalités (1 ère partie) », in Revue du Souvenir napoléonien, janvier 2004 ; 450 : 19-27.

Sandeau Jacques (b), « La santé aux armées. L’organisation du service et les hôpitaux. Grandes figures et dures réalités (2 ème partie) », in Revue du Souvenir napoléonien, janvier 2004 ; 450 : 27-37.

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

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LA MÉDECINE SOUS L'EMPIRE