Pierre Marie Auguste Broussonet (1761-1807), médecin, botaniste
et Jean Louis Victor Broussonet ( ? – 1846), médecin anobli par Napoléon :
une famille de médecins sous l’Empire

par Xavier Riaud (*), FINS

Pierre Marie Auguste Broussonet (© BIUM)

 

Pierre Marie Auguste Broussonet est né le 28 février 1761, à Montpellier. Dès sa plus tendre enfance, il est attiré par tout ce qui concerne la nature. Son père, professeur de médecine, le destine à de belles études. Pour le détourner de cet intérêt, il inscrit Pierre Marie Auguste dans des collèges spécialisés dans les belles-lettres. De retour à Montpellier, il entame des études de médecine. Il herborise le jour et dissèque la nuit. En 1879, il soutient sa thèse de doctorat qui porte sur la respiration. Cette thèse est le prélude à la plupart des travaux qui le font élire à l’Académie des sciences en 1785. C’est dire son importance et sa qualité.

A 18 ans, il devient professeur de l’université de Montpellier qui a demandé que lui soit confier la survivance de la chaire de son père. Cette même année, il présente aussi un mémoire consacré aux poissons (Cuvier, 1808).

Soutenu par son père et par le célèbre naturaliste Antoine Gouan, Broussonet comprend que le retour à des méthodes rigoureuses et le respect de nomenclatures peuvent lui permettre de briller. En 1779, il obtient son diplôme de médecine grâce à une thèse consacrée à la respiration.

En 1780, il part s’installer en Angleterre, à Londres plus exactement. Il intègre la Royal Society en 1781, grâce à l’intervention de Sir John Banks qui reconnaît la valeur du travail du Français. En 1782, Broussonet publie à Londres, un ouvrage réalisant l’étude de dix poissons rares. Les spécimens lui ont été donnés par Sir Banks qui les avaient lui-même rapportés de sa première expédition avec le célèbre navigateur anglais, James Cook. C’est une première partie qui ne voit jamais sa deuxième partie paraître (Cuvier, 1808 ; Héral, 2009, http://fr.wikipedia.org, 2010).

En août 1782, il regagne la capitale. Avec lui, il emmène le premier pied de Ginkgo biloba sur le sol français. Il descend dans le midi de la France où il poursuit ses collections herboristes, puis revient à Paris, où il rencontre Louis Jean Marie Daubenton (1716-1800), célèbre médecin et naturaliste, qui devient son protecteur. Il le fait nommer son suppléant au collège de France et en 1784, lui demande de travailler avec lui en tant qu’adjoint à l’école vétérinaire d’Alfort. A 24 ans, soit en 1785, grâce au soutien de Daubenton, Broussonet est élu membre de l’Académie des sciences à l’unanimité (Cuvier, 1808 ; Dupont, 1999 ; http://fr.wikipedia.org, 2010). Pendant les six mois qu’ont duré les épreuves, il brille par la qualité des mémoires présentés. Pas moins de sept qui innovent tous par l’aspect philosophique qu’il y développe. Ainsi, dans le dernier, Mémoire sur les dents qui est lu en séance les 16 février et 28 mai 1785, et imprimé en 1789 dans les Mémoires de l’Académie des sciences (volume de 1787), il établit la différence entre les dents des carnassiers et celles des herbivores. Les variétés, les nombres, les positions, rien ne manque à son étude (Cuvier, 1808, Héral, 2009).

Dans le même temps, Pierre Marie Auguste devient le secrétaire perpétuel de la Société d’agriculture de Paris en 1785. C’est l’intendant de Paris, Berthier de Savigny, qui le charge de cette responsabilité. Sous sa tutelle, paraissent ainsi des publications trimestrielles et des prix sont également remis. La société n’hésite pas à organiser des formations dans les cantons pour expliquer aux agriculteurs les avantages de certains procédés. Cette société prend une place incontournable au sein des sociétés savantes de Paris (Cuvier, 1808 ; Héral, 2009). Dévoué, diplomate et chaleureux, Broussonet donne la pleine mesure de son talent à ce poste. Mais, très vite, la surcharge des obligations lui fait pressentir à quel point ses projets personnels sont mis de côté.

En 1789, il est élu au corps électoral de Paris, puis intègre l’Assemblée nationale. Il est missionné pour pourvoir à l’approvisionnement de la population et manque à de nombreuses reprises d’y perdre la vie. Entré dans les Girondins, il est proscrit avec eux, malgré des trésors de diplomatie, malgré tous ses efforts pour concilier entre eux, les groupuscules. En 1793, il se retire à Montpellier pour y cultiver sa terre. Mais, à céder à ses ambitions personnelles, il est vite rattrapé par la tourmente (Cuvier, 1808, Dupont, 1999). Emprisonné à la citadelle de sa ville natale pour son action politique,- il avait en effet été nommé à la convention de Bourges des départements insurgés -, il s’évade (Cuvier, 1808).

Son fils Jean Louis Victor, médecin dans l’armée des Pyrénées, le cache sous un uniforme de médecin subalterne. Un jour qu’il est dans la montagne, sous des airs d’herboriste, il profite d’un instant d’inattention de ses confrères et gagne l’Espagne. C’est misérable qu’il rejoint Madrid, mais, aussitôt connu, son nom lui permet d’être accueilli et recueilli par le monde de la science espagnol. En France, perçu comme un émigré, ses biens sont saisis (Cuvier, 1808 ; Héral, 2009, http://fr.wikipedia.org, 2010). En Espagne, la communauté française exilée le déloge et le mande de partir. Il part pour Lisbonne où il est expulsé, cette fois, par l’inquisition en raison de ses accointances franc-maçonniques. Il traverse la Méditerranée et devient médecin de l’ambassade des Etats-Unis au Maroc. Il y découvre le salut du repos et la possibilité de se consacrer entièrement à l’étude des sciences naturelles. Il envoie régulièrement des mémoires à l’Académie des sciences. Sous le Directoire, il est autorisé à revenir en France. Il refuse un siège à l’Institut de France, car il souhaite privilégier ses retrouvailles avec sa famille. Lorsque le Directoire officialise sa radiation de la liste des émigrés en 1797, il demande à retourner au Maroc au poste de consul, ce qui lui est accordé à Mogador. En 1799, une épidémie de peste l’en fait partir. Il part pour Ténériffe où il vit jusqu’en 1803 et travaille pour le gouvernement français comme commissaire des relations commerciales (Cuvier, 1808 ; Héral, 2009, http://fr.wikipedia.org, 2010).

De retour à Montpellier en 1803, il obtient une chaire de botanique et la responsabilité du jardin botanique de la ville. Responsable de son renouveau, il y rassemble un nombre de plantes incomparable, il ordonne l’ensemble harmonieusement et y incorpore une orangerie. Outre ses leçons qui séduisent un grand nombre d’étudiants, il reprend ses recherches sur le monde animal. En 1805, il est élu membre du corps législatif et la même année, il publie le catalogue du jardin botanique avec le titre Elenchus plantarum horti botanici monspeliensis (Cuvier, 1808 ; Héral, 2009, http://fr.wikipedia.org, 2010). Frappé d’une petite crise d’apoplexie, il guérit et reprend ses fonctions, mais suite à un coup de soleil sévère, il fait un malaise qui l’amène en profonde léthargie six jours durant, jusqu’à sa mort, le 21 juillet 1807 (Cuvier, 1808).

 

Jean Louis Victor, fils de Pierre Marie Auguste, effectue ses études de médecine à Montpellier, sa ville natale. Ensuite, il s’engage dans l’armée et sert dans le service de santé de celle des Pyrénées. En 1796, il devient professeur de clinique interne à la faculté de médecine de Montpellier. Il occupe la deuxième chaire de clinique interne de 1803 à 1846. En 1813, il prend en charge le décanat de la faculté et reste au poste de doyen jusqu’en 1819, où il est révoqué suite à une manifestation estudiantine qui dégénère. Il est aussi médecin en chef de l’hôpital Saint-Eloi (Lemaire, 2003). En 1814, une ordonnance royale l’autorise à changer son nom en Briçonnet. C’est la raison pour laquelle peu de choses sont connues sur lui. Auteur d’au moins quatre livres, il meurt en 1846 (Dupont, 1999).

Malgré son éloignement de la capitale, infatué de lui-même, il demande des honneurs qui lui seront accordés sans avoir brillé au service de Napoléon. « J’ignore la manière dont on parvient aux distinctions, je ne connais que celle de les mériter. » C’est ce qu’il écrit en 1810 au grand chancelier de la Légion d’honneur dans sa lettre où il demande ouvertement la médaille, estimant qu’elle aurait dû lui être remise bien avant (Lemaire, 2003). En janvier 1812, il apparaît en fin de liste de la promotion des chevaliers d’Empire puisqu’il est anobli officiellement le 19 janvier 1811 (Georgel, 1869 ; Riaud, 2010). Ainsi, est-il un cas unique puisque médecin de province. Unique également puisque d’autres avec les mêmes titres que lui ne bénéficient pas des mêmes honneurs. En effet, il n’était pas militaire, n’était pas proche du Premier Consul et n’habitait pas Paris. Pire enfin, sa vision de la médecine était rétrograde et proche de sa mort, il réfutait toujours la valeur de l’auscultation, près de trente années après que Laennec en ait démontré toute l’importance (Lemaire, 2003).

Référence bibliographique  :

Bibliothèque Interuniversitaire (BIUM), communication personnelle, Paris, 2010.

Cuvier Georges, « Éloge historique de Broussonet lu le 4 janvier 1808 », in Recueil des éloges historiques des membres de l'Académie royale des sciences lus dans les séances de l'Institut royal de France, Levrault (éd.), Strasbourg, 1819.

Dupont Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.

Georgel Alcide, « Armorial de l’Empire français », in http://www.euraldic.com ou Bibliothèque Nationale de France, Paris, 1869.

Héral Olivier, « Pierre Marie Auguste Broussonet (1761-1807), naturaliste et médecin : un cas clinique important dans l’émergence de la doctrine française des aphasies », in Revue Neurologique, 2009, 165, n° HS1, pp. 45-52.

http://fr.wikipedia.org , Pierre Marie Auguste Broussonet, 2010, pp. 1-4.

Lemaire Jean-François, La médecine napoléonienne, Nouveau Monde/Fondation Napoléon (éd.), Paris, 2003.

Riaud Xavier, « Chirurgiens, médecins ou pharmaciens nobles d’Empire et/ou titulaires de la Légion d’honneur », in The International Napoleonic Society, Montréal, 2010, http://www.napoleonicsociety.com, pp. 1-5.

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

 

Retour à la rubrique

MÉDECINE SOUS L'EMPIRE