Alexis Boyer (1757-1833),
premier chirurgien de Napoléon Ier

par Xavier Riaud (*), FINS

Alexis Boyer (Corlieu, 1896, © BIUM).

 

Alexis Boyer est né à Uzerche, le 1 er mars 1757. De famille modeste, il entre dans une petite école où il ne lui est enseigné que la lecture et l’écriture. Plus tard, il entre en tant que clerc dans l’étude du notaire local, M. Mondat. Proche de l’étude, résidait un chirurgien-barbier où le jeune Alexis, fasciné, se rendait aussitôt qu’il le pouvait. Dans les clients de l’échoppe, il y avait un maître en chirurgie du nom de Cruvelhier. Etonné par sa dextérité, le praticien convie le jeune homme à l’accompagner dans ses visites. Au cours de celles-ci, il le laisse effectuer quelques actes de petite chirurgie. Convaincu qu’il doit monter à Paris pour entamer des études médicales, il met de l’argent de côté pendant toute une année (Dubois, 1853). En 1774, il a 17 ans et il monte dans la capitale. Là, il rencontre un étudiant en médecine qui le fait rentrer chez un barbier en tant que premier garçon. Doué de qualités de cœur et de principes incontestables, il s’attelle à la tâche. Intelligent, honnête et droit, robuste et avec une mémoire fabuleuse, sage et patient, ordonné et méthodique, tenace, il sait qu’il faudra beaucoup de travail et de temps avant qu’il n’atteigne ses objectifs. Tout son temps libre, il assiste à des dissections, la boutique du barbier étant voisine des amphithéâtres d’anatomie (Goudeaux, 1904). Au début auditeur libre, il écoute assidûment, observe et apprend sans rien dire. Ne pouvant rivaliser de moyens, il constate que de nombreux étudiants sont disputés parce qu’ils laissent leurs instruments sales après les démonstrations. Aussi, décide-t-il, après leur départ, de les laver et de les aiguiser. Reconnaissants, les étudiants l’intègre et le font participer à leurs dissections. Mais, bien vite, il brille par son habileté et devient démonstrateur. Il donne des cours d’anatomie moyennant rétribution. Il subsiste difficilement, mais subsiste tout de même. Après 5 années d’études dans des conditions précaires, il obtient en 1781, la médaille d’or de l’Ecole pratique du collège de chirurgie. En 1782, il est élève dans l’hôpital de la Charité. Il y suit les cours et fait des pansements. Le 9 juillet 1787, il remporte le poste de chirurgien gagnant maîtrise pour lequel il postulait depuis le 25 juin, un poste s’étant libéré. Un service lui est alors confié. Il a 30 ans (Dubois, 1853 ; Dupont, 1999). Androutsos ((a), 2003) dit qu’il est placé sous l’autorité de Raphaël-Bienvenu Sabatier alors que Dubois (1853) affirme que Sabatier a été le grand rival de Boyer pour ce concours.

En 1789, patriote convaincu, il participe, aux côtés des étudiants du collège de médecine, à la prise de la Bastille. En 1792, après délibération de l’Assemblée, Boyer devient chirurgien en second de la Charité. Il y officie pendant 32 ans jusqu’à la mort de son patron, M. Deschamps. Très vite, à sa demande, avec l’autorisation de la commission administrative des hospices, il peut donner des cours de clinique chirurgicale à la Charité. En 1795, Boyer est professeur de médecine opératoire à l’Ecole de santé de Paris. Très vite, lui est confiée la chaire de clinique externe. Après avoir enseigné l’anatomie, il inculque ses connaissances de chirurgie aux étudiants. De plus, cette année-là, il rejoint l’école de Desault d’anatomie de l’Hôtel-Dieu, en tant que médecin tout d’abord, puis professeur adjoint (Dubois, 1853 ; Androutsos (a), 2003).

C’est au contact de cet éminent médecin que Boyer comprend toute l’impérative nécessité d’aborder l’anatomie avec rigueur et méthodologie. En 1797, il fait paraître le premier des quatre tomes de son Traité complet d’anatomie, description de toutes les parties du corps humain, dont la publication s’échelonne de 1797 à 1805. Cet ouvrage est réédité à quatre reprises ( http://fr.wikipedia.org, 2010).

Avec le départ d’Antoine Dubois en Egypte, en 1798, il devient incontournable dans son domaine, ses maîtres étant prématurément décédés. Ainsi, enseigne-t-il tous les jours, quatre disciplines (anatomie, médecine opératoire, pathologie externe et clinique chirurgicale). Son cours de pathologie externe dure 15 ans et est le plus suivi. Bientôt, une formalité s’impose. Il doit soutenir sa thèse de doctorat et c’est une véritable leçon qu’il donne à son jury (Dubois, 1853).

En 1804, il est nommé membre du service de chirurgie de l’Hôtel-Dieu, puis professeur de chirurgie à l’Ecole de santé. Il succède à Desault à la tête de la chaire de clinique chirurgicale.

En 1805, Corvisart le recommande au nouvel empereur pour le poste de premier chirurgien officiant sur sa personne. En effet, convaincu qu’il n’aurait aucun ascendant sur Dubois, son rival et néanmoins ami, Corvisart lui concède qu’il n’a pas été choisi parce que le « médecin préféré de l’Empereur » souhaitait conserver seul, son pouvoir et ne prendre aucun risque à cet effet (Ganière, 1988 & Riaud, 2010). Il a donc préféré promouvoir Boyer à ce poste qu’il estimait beaucoup plus facile à contrôler.

Intègre et travailleur, Napoléon l’apprécie aussitôt et n’oublie pas de le combler d’honneurs. En 1806 et en 1807, il est aux côtés de son impérial patient pendant la campagne de Prusse. Quelques temps après, le Corse le missionne en Espagne pour y opérer le maréchal Suchet. A son retour, Napoléon l’autorise à rejoindre la Charité pour y continuer à délivrer son enseignement (Dubois, 1853).

Chaque jour, il se lève à 5h00 le matin en été et à 6h00 en hiver. Une heure après, il est à l’hôpital où il visite ses malades, puis donne des cours de clinique externe au chevet de ses patients. De 9h00 à 10h00, il rentre chez lui, se fait coiffer, s’habille et donne ses consultations jusqu’à 12h00. Après un repas copieux, à 13h00, il part à l’Ecole de santé, sinon, il consulte en ville. Vers 18h00, il mange et à 19h00, il commence à réfléchir à son ouvrage qu’il a écrit et aussi dicté. Il est couché à 22h30 tous les jours. Fumeur de pipe, il agrémente ses pensées de quelques verres de bière.

Boyer était un chirurgien réfléchi, adroit, sûr et habile, respectant les règles établies, les principes indispensables à sa discipline, d’un sang-froid indéniable. Il n’innovait pas. Sans avoir inventé de méthode, il en a modifié d’autres essentielles comme l’incision pour une fistule annale, l’emploi des injections pour un hydrocèle et l’extension continuelle en cas de fractures. Son diagnostic était juste, en particulier lorsqu’il fallait déterminer la nécessité, ou non, d’une opération. Le malade et sa guérison étaient sa priorité. Il ne prenait pas de risque inutile. Ses méthodes et le matériel qu’il employait étaient simplifiés à l’extrême. Entre sa visite aux malades et son entrée dans l’amphithéâtre, il se plaisait à s’asseoir sur une table en chêne, entouré de quelques élèves, et se laissait aller au plaisir de discourir avec un talent d’orateur insoupçonné et une verve intarissable (Dubois, 1853).

Après avoir été fait membre de la Légion d’honneur, Boyer est fait baron de l’Empire en 1810 (Boyer, 1810).

En 1811, il commence l’écriture de son Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent. En 1814, cinq volumes sont publiés. La parution des six autres se poursuit jusqu’en 1826. Cette œuvre fondamentale est ce qu’il y a de mieux pour l’époque dans le domaine de la chirurgie. Boyer y a recueilli toute son expérience et tout son savoir acquis au cours de ses nombreuses années d’exercice et de labeur (Dubois, 1853).

Boyer appréciait les honneurs, mais ne les cherchait pas. Sans les refuser, il n’y attachait pas d’importance et n’a jamais associé son nom à son titre de baron. Il ne fréquentait pas le monde, ni les spectacles. A l’abdication de l’Empereur, il se serait exclamé : « Aujourd’hui, je perds ma dotation, 25 000 francs de traitement et en même temps, ma place de premier chirurgien de l’Empereur. J’ai cinq chevaux, j’en vendrai trois, je garderai la voiture qui ne me coûte rien, je lirai ce soir un chapitre de Sénèque et je n’y penserai plus. » Pourtant, après la fin de l’Empire, il devient le chirurgien consultant de Louis XVIII, de Charles X, puis de Louis-Philippe (Androutsos (b), 2003).

En 1832, la mort de sa femme lui cause une peine inaltérable. Il la rejoint le 25 novembre 1833. Il avait 76 ans.

Il ne confiait à personne le soin de vendre ses livres et les vendait lui-même à son domicile, parce que, dans un souci d’équité, il leur fixait un prix de vente qu’il estimait juste et ne respectait pas celui des éditeurs. Généreux et altruiste, il donnait aussi de l’argent à ses malades les plus pauvres pour les aider à repartir dans la vie (Dubois, 1853).

Comblé d’honneurs, il est élu membre de l’Académie de médecine, dans la section de chirurgie, en 1820, titulaire de la troisième chaire de clinique chirurgicale de la Charité en 1823, membre de l’Académie des sciences en 1825 et chirurgien en chef de l’hôpital de la Charité la même année.

Ses travaux en font un des précurseurs de l’urologie, 50 années avant que cette discipline ne soit reconnue en tant que spécialité médicale indépendante, la première chaire d’urologie ayant été créée en 1870, à l’hôpital Necker, par Félix Guyon (Androutsos (a), 2003).

 

Références bibliographiques  :

Androutsos Georges (a), « Alexis Boyer (1757-1833), éminent chirurgien et anatomiste, et l’étude des troubles mictionnels », in Prog. Uro., 2003 ; 13 : 527-532.

Androutsos Georges (b), « Alexis Boyer (1757-1833), éminent chirurgien et anatomiste. La place de l’andrologie dans son œuvre. Varicocèle et hypospadias comme facteurs d’infécondité », in Andrologie, 2003 ; 13 (2) : 180-186.

Bibliothèque Interuniversitaire (BIUM), communication personnelle, Paris, 2010.

Boyer Alexis, Traité complet d’anatomie, description de toutes les parties du corps humain, Migneret (éd.), Paris, tome I, 1810, 3 ème édition.

Corlieu Auguste, Centenaire de la Faculté de Médecine de Paris (1794-1894), Alcan – Baillère – Doin – Masson (éd.), Paris, 1896.

Dubois F., « Eloge de M. Boyer lu à l’Académie de médecine le 14 décembre 1852 », in Mémoires de l’Académie impériale de médecine, J.-B. Baillère (éd.), tome VII, Paris, 1853.

Dupont Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.

Ganière Paul, « Dubois Antoine (1756-1837), médecin », in Revue du Souvenir napoléonien, décembre 1988 ; 362 : 51-52.

Goudeaux Edmond, Alexis Boyer (1757-1833), sa vie, son œuvre, Jules Rousset (éd.), 1904.

http://fr.wikipedia.org , Alexis Boyer, 2010, pp. 1-2.

Riaud Xavier, « Antoine Dubois (1756-1837), médecin accoucheur de Marie-Louise et baron de l’Empire », in The International Napoleonic Society, Montréal, 2010, http://www.napoleonicsociety.com, pp. 1-2.

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

 

Retour à la rubrique

MÉDECINE SOUS L'EMPIRE