Napoléon, ses blessures, ses maladies
(2 ème partie)

par Xavier Riaud (*), FINS

Napoléon I er, blessé au pied devant Ratisbonne, est soigné par le chirurgien Yvan, le 23 avril 1809.
Peinture réalisée par Pierre Gautherot (1769-1835) en 1810 (agence photo RMN, 2010).

 

Napoléon a toujours essayé de tenir secret ses malaises et ses blessures pour éviter que la confusion et le désordre ne s’installent. « Il avait été très souvent exposé dans ses batailles ; mais on le taisait avec le plus grand soin. Il avait recommandé, une fois pour toutes, le silence absolu sur toutes les circonstances de cette nature (Las Cases, 1999). » Pourtant, Antommarchi fournit un détail très précis des blessures de l’Empereur dans son rapport d’autopsie : « Le corps présentait (…) plusieurs cicatrices, à savoir : une à la tête, trois à la jambe gauche, dont une sur la malléole externe, une cinquième à l’extrémité du doigt annulaire ; enfin, il en avait un assez grand nombre sur la cuisse gauche (Antommarchi, 1825). »

 

Blessures  :

Suite à un accident de calèche dans la jeunesse, il perd connaissance.

16 décembre 1793 : Au siège de Toulon, Bonaparte décide de mener l’assaut. Son cheval est tué et le jeune officier français décide de continuer à pied. Il est blessé grièvement à la cuisse par un coup d’esponton donné par un Anglais. Le rapport d’autopsie mentionne une « dépression profonde et pouvant admettre le poing » dans la cuisse gauche, un peu au-dessus du genou (Antommarchi, 1825). Napoléon a affirmé à Las Cases qu’il a pensé perdre sa jambe. Le chirurgien Hernandez voulait l’amputer, mais sa cuisse a finalement guéri grâce aux bons soins de Jean-Mathieu Chargé (Las Cases, 1999 ; Goldcher, 2004).

Selon Boigey, il aurait été blessé à l'arme blanche à la cuisse et aurait été soigné par Hernandez, chirurgien de la marine et plus tard professeur dans les écoles de médecine navale de Toulon et de Rochefort (Boigey, 1930).

Décembre 1795 ou janvier 1796 : Avant de passer sa première nuit d’amour avec la veuve du général Beauharnais, alors qu’il se précipite pour la rejoindre, il est mordu plusieurs fois par un chien du voisinage au mollet (Goldcher, 2004).

11 juillet 1798 : Bonaparte est blessé à Damanhour en Egypte. Larrey signale que le « général en chef reçut un coup de pied d’un cheval arabe, qui lui fit à la jambe droite une contusion assez forte pour qu’on dût craindre des accidents consécutifs : je fus assez heureux pour les prévenir et le conduire en très peu de temps à la guérison, malgré sa marche pénible et son activité naturelle qui l’éloignait du repos (Larrey, 1812-1817 ; Marchioni, 2003). »

22 juin 1803 : En tuant un sanglier, Bonaparte se blesse au cours d’une chasse. Il aurait écrit le lendemain à Joséphine pour lui raconter l’accident (Goldcher, 2004). Dans son exil à Sainte-Hélène, il le raconte à son premier confident et fait état d’« une forte contusion au doigt » (Las Cases, 1999). Au cours de l’autopsie, Antommarchi rapporte une cicatrice, dans son rapport, à « l’extrémité du doigt annulaire (Antommarchi, 1825). »

6 juillet 1809 : A Wagram ou à Essling, il aurait reçu une balle qui lui aurait déchiré « la botte, le bas et la peau de la jambe gauche (Las Cases, 1999). »

Septembre 1808 : Au cours d’un jeu avec l’Impératrice et des proches, Napoléon fait une chute en courant (Constant, 2000). Il tombe de cheval également à plusieurs reprises et ses chutes le condamnent à plusieurs jours de repos (Toulon, campagne d’Italie, Saint-Jean-d’Acre, Boulogne et Arcis-sur-Aube). A Marengo (1800), il manque de se noyer dans la vase (Goldcher, 2004).

15 septembre 1812 : Dans l’incendie de Moscou, ses cheveux sont brûlés (Constant, 2000).

23 avril 1809 : Au siège de Ratisbonne, Napoléon est blessé. C’est sa seconde blessure de guerre. Constant relate l’épisode : « Le coup avait été frappé si fort que l’Empereur était assis ; il venait de recevoir la balle qui l’avait frappé au talon. (…) Un aide de camp vint me chercher, et lorsque j’arrivai, je trouvai M. Yvan occupé à couper la botte de Sa Majesté, dont je l’aidai à panser la blessure. Quoique la douleur fût encore très vive, l’Empereur ne voulut même pas donner le temps qu’on lui remit sa botte, et pour donner le change à l’ennemi, et rassurer l’armée sur son état, il monta à cheval, partit au galop avec tout son état-major (Constant, 2000)… » Dans ses Mémoires (2000), Constant raconte une deuxième fois l’événement et dit qu’il n’est arrivé qu’au moment où Yvan faisait le pansement, ce qui semble plus vraisemblable. Aubry (1977) affirme qu’un biscaïen l’aurait touché au talon droit. La contusion aurait touché un nerf et le pied aurait gonflé davantage dans sa botte qu’il n’avait pas ôtée depuis trois jours. Selon lui, Yvan l’aurait également pansé. Dans son Mémorial, Las Cases (1999) rapporte les propos de l’Empereur qui lui a dit qu’ « une balle lui avait frappé le talon. » Le biscaïen est exposé au musée de l’Armée à Paris.

La controverse porte sur le chirurgien qui aurait soigné Napoléon. Il a été dit que c’était Larrey, Heurteloup ou même Desgenettes. Mais, les témoignages sont unanimes. De même, l’organisation du service de santé personnel de l’Empereur ne laisse aucun doute quant au chirurgien qui s’est occupé de lui. Il s’agit du baron Alexandre-Urbain Yvan. D’ailleurs, Pierre Gautherot l’a immortalisé sur sa toile en 1810 au pied de Napoléon. Yvan a toujours été aux côtés de Napoléon à partir de la campagne d’Italie. Devenu chirurgien en chef des Invalides en 1804, Yvan a pu assister à la toilette de l’Empereur. Omniprésent, il lui est même arrivé de dormir aux Tuileries afin que ce dernier puisse le solliciter à n’importe quel moment de la journée (Goldcher, 2004).

Quant à cette blessure, les témoignages sont aussi unanimes sur sa gravité qui s’est résumée à une simple contusion sous-malléolaire externe droite (Goldcher, 2001). Antommarchi signale dans son rapport d’autopsie « une sur la malléole externe (gauche), … »

Pourtant, concernant ce détail, personne n’a jamais posé une question qui semble fondamentale : « Et si Yvan n’avait pas été finalement celui qui avait effectué les premiers soins ? » Constant, dans ses Mémoires (2000), mentionne qu’il n’est arrivé qu’une fois Yvan en action, et pas avant, ce qui me semble plus proche de la réalité et concorde mieux les autres témoignages.

En vérité, Charles Regnault, chirurgien également sur place, aurait été le premier à appliquer un pansement aussitôt la blessure survenue avant qu’Yvan n’intervienne (Driout, 2000).

Charles Regnault (1765-1832)  :

Né le 22 juin 1865. Engagé à 18 ans comme élève chirurgien au 15 ème régiment de dragons. Chirurgien du 1 er régiment de chasseur à cheval jusqu’en 1791. Chirurgien des prisons de Paris entre 1791 et 1793. A partir de mars 1793, chirurgien de 3 ème classe des hôpitaux ambulants de l’armée. En garnison à Lille jusqu’en août 1797. Chirurgien de 2 ème, puis de 1 ère classe, il rejoint le 3 ème bataillon du 95 ème régiment. Il est de toutes les campagnes. Récipiendaire de la Légion d’honneur le 1 er octobre 1807, avec le numéro 18422. En 1808, chirurgien-major dans les hôpitaux de l’armée. En janvier 1810, nommé à l’armée d’Espagne. En novembre 1812, malade en congé à Metz. Le 24 juin 1813, attaché au quartier général de la Grande Armée de Dresde. Dernière campagne d’Autriche. Juin 1814, hôpital de Besançon. Retraite anticipée en 1815 à cause de ses affinités bonapartistes. Mort en 1832.

Pour son pansement à Ratisbonne, il reçoit quatre bourses impériales destinées à ses quatre fils. Le Maréchal Soult, quant à lui, lui aurait offert une montre à sonnerie (Driout, sans date).

 

Références bibliographiques  :

Agence photo Réunion des Musées nationaux, communication personnelle, Paris, 2010.

Antommarchi F., Mémoires du Docteur F. Antommarchi ou les derniers momens de Napoléon, Librairie Barrois L’Aîné, Paris, 1825.

Aubry Octave, La vie privée de Napoléon, Bibliothèque napoléonienne, Tallandier (éd.), Paris, 1977.

Boigey Maurice, « Les maux de Napoléon », in Chronologie – Sainte-Hélène : la maladie de l’Empereur, http://www.napoleonprisonnier.com, tiré de son article paru dans l’Almanach Napoléon, 1930, pp. 1-2.

Castelot André, Bonaparte, Librairie Académique Perrin, Paris, 1967.

Castelot André, Napoléon, Librairie Académique Perrin, Paris, 1968.

Constant, Mémoires intimes de Napoléon I er, Mercure de France (éd.), Paris, 2000.

De Las Cases Emmanuel, Mémorial de Sainte-Hélène, Le Grand Livre du Mois (éd.), Tome IV, Paris, 1999, (réédition de la première version de 1823).

Driout Pierre, « Charles Regnault (1765-1832) », in http://pierre.driout.perso.sfr.fr, sans date, pp. 1-7.

Gallo Max, Napoléon, Magellan (éd.), 8 vol., Paris, 1998.

Goldcher Alain, « Les blessures de Napoléon », in Revue du Souvenir napoléonien, http://www.napoleon.org, juin-juillet 2004 ; 453 : 3-7.

Larrey Dominique Jean, Mémoires de chirurgie militaire et campagnes, Smith (éd.), 4 vol., Paris, 1812-1817, 4 vol.

Marchioni J., Place à Monsieur Larrey, chirurgien de la Garde impériale, Actes Sud (éd.), Arles, 2003.

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

 

Retour à la rubrique

MÉDECINE SOUS L'EMPIRE