PAUL JOSEPH BARTHEZ (1734-1806), JURISTE, PHILOSOPHE ET MÉDECIN CONSULTANT DE NAPOLÉON


par Xavier Riaud(*), FINS

Paul-Joseph Barthez (© BIU Santé, 2011)

 

 

Paul Joseph Barthez est né à Montpellier, le 2 décembre 1734. Il passe son enfance à Narbonne et manifeste dès son plus jeune âge, un goût très prononcé pour la lecture. En fait, il lit tout ce qu’il lui passe par la main. Lui interdire de parcourir un livre, c’est à coup sûr le punir. Il démarre sa scolarité chez les Pères de la Doctrine chrétienne de Narbonne. Brillantissime, il surclasse ses professeurs qui, vexés, lui recommandent d’aller finir ses études à Toulouse. C’est là qu’il apprend la philosophie et la rhétorique. En 1750, il est Maître ès arts. Le 30 octobre de cette année-là, il est immatriculé à la Faculté de médecine de Montpellier. Son cursus est alors tout ce qu’il y a de plus normal. Le 13 février 1753, il obtient son baccalauréat. Le 16 juillet 1753, c’est au tour de la licence et le 3 août 1753, suit le doctorat (Baumes, 1816; Dulieu, 1971; Dupont, 1999; Teyssou, 2011).

En 1754, il se rend à Paris où il fait la connaissance de Camille Falconet, le médecin personnel de Louis XV. Ils deviennent très vite de grands amis, d’autant plus que ce dernier possède une bibliothèque riche de plus de 45 000 livres. Par l’entremise de D’Argenson, alors ministre, il devient médecin ordinaire des armées et doit aussitôt rejoindre l’armée d’observation stationnée en Normandie. A peine arrivé en 1756, il est confronté à une épidémie au camp de Grandville dont la mortalité se révèle importante. Ses observations sont transmises à l’Académie des sciences qui les publient en 1760 (Baumes, 1816; Dulieu, 1971; Teyssou, 2011; http:/fr.wikipedia.org, 2011).

Pendant son séjour en Normandie, il décide de participer à deux prix de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Sa culture générale l’amène à rédiger deux manuscrits littéraires et historiques qui remportent les deux récompenses en 1756 (Dulieu, 1971; Teyssou, 2011).

En 1757, il est transféré comme médecin consultant à l’armée de Westphalie. Là, il tombe malade, probablement du typhus. Il est soigné remarquablement par Paul-Gottlieb Werlhof à qui il vouera une gratitude intemporelle. Mais, sa carrière militaire est terminée. Il doit revenir à Paris et trouver un travail rémunérateur pour survivre. Grâce à ses amitiés influentes, il est nommé au poste de censeur royal avec un revenu de 1 200 francs par an. Ses talents de latinistes sont mis à contribution. Il s’emploie en effet à un commentaire sur l’œuvre de Pline l’Ancien qui doit être adjoint à sa traduction en 12 volumes. L’ensemble paraît en 1771. En parallèle de cette activité, Barthez prend la co-rédaction du Journal des sçavans. C’est aussi à cette époque qu’il écrit plusieurs articles pour l’Encyclopédie qu’il signe de la lettre G (Baumes, 1816; Dulieu, 1971; Dupont, 1999; Teyssou, 2011).

En 1758, le décès de l’actuel chancelier de Montpellier libère une chaire de botanique et d’anatomie. Un concours s’ouvre auquel Paul Joseph postule, mais celui-ci est retardé. Du 29 au 31 janvier 1761, il soutient 12 thèses. Le 21 février, il est reçu à l’unanimité à ce concours, mais n’est officiellement installé à ce poste que le 17 avril (Dulieu, 1971; Teyssou, 2011).

Ses cours sont exceptionnels et lui confèrent une renommée à nulle autre pareille. Il ne se répétait jamais et ses méthodes bouleversaient tous les caciques du genre. Alors qu’il souhaite établir un enseignement clinique à l’hôpital Saint-Eloy, ses administrateurs lui opposent une fin de non recevoir.

Les tensions avec le nouveau chancelier Jean-François Imbert ne cessent de s’accroître. Souvent absent, ce dernier décide de confier la charge de survivancier, ou remplaçant, à Barthez qui accepte en 1772, mais réclame le même statut que celui d’Imbert. Ce privilège lui est accordé et fait de lui un chancelier-adjoint à l’âge de 26 ans seulement. Mais, quand il revient à Montpellier, Imbert prend un malin plaisir à expulser les affaires de Barthez dans la rue, ce qui provoque sa fureur. Après de nombreuses luttes pour faire démissionner Imbert qui demeurent sans succès, celui-ci décède en 1785. Après avoir assuré sa succession, Barthez devient alors chancelier de l’Université de Montpellier (Baumes, 1816; Dulieu, 1971; Teyssou, 2011).

1772, c’est aussi l’année où Barthez prononce le 31 octobre, son discours académique sur le principe vital intitulé De principio vitali hominis. Il est publié en 1773. Il publie un autre manuscrit sur cette question en 1774 où il approfondit le thème qui lui est cher consacré au vitalisme. En 1778, il fait paraître Nouveaux éléments de la science de l’homme (Baumes, 1816; Dulieu, 1971; Teyssou, 2011).

Ayant entamé des études de droit, il obtient son baccalauréat et sa licence en 1778, puis son doctorat à la Faculté de droit de Montpellier en 1780. Grâce à cela, il achète une charge de conseiller à la Cour des comptes de Montpellier où il fait preuve d’une grande aisance dans les procédures. En 1788, il obtient même des mains du roi, une place au Conseil d’Etat, mais son ascension s’arrête là, bloquée par la malveillance de l’archevêque de Sens, Etienne Charles de Loménie de Brienne, également ministre, qui ne lui aurait pas pardonné un bon mot qu’il aurait jugé déplacé (Dulieu, 1971; Teyssou, 2011).

En 1781, nostalgique de la capitale, il s’y installe définitivement, ouvre un cabinet qui se révèle prospère, devient le médecin personnel du duc d’Orléans et gère la chancellerie de l’Université de Montpellier à distance (Dulieu, 1971; Teyssou, 2011).

Son travail est si important qu’il est admis dans la plupart des sociétés savantes et académies nationales, et étrangères. Il devient médecin consultant du roi et médecin en chef de tous les régiments de dragons. En 1788, il entre au Conseil de santé (Lordat, 1818; Dulieu, 1971; Teyssou, 2011).

Paris est agité par les idées révolutionnaires. Convaincu, Barthez publie un manuscrit en 1789, intitulé Libre discours sur les prérogatives que doit avoir la Noblesse dans la Constitution, et dans les Etats Généraux de la France. Distribué à Versailles et dans la capitale le 26 mai 1789, puis à la Chambre de la Noblesse, le 28 mai, son contenu est largement débattu (Baumes, 1816; Dulieu, 1971; Teyssou, 2011).

La Bastille étant tombée, notre homme décide de se faire oublier et se retire à Narbonne en novembre de cette année-là. Il y vit de ses rentes. Il quitte ses fonctions universitaires pendant quinze ans (Dulieu, 1971).
Lorsque les Facultés sont réinstaurées, le médecin est oublié. C’est une épidémie où il brille par les soins qu’il prodigue au sein de l’armée des Pyrénées-Orientales qui le remet en selle. En 1798, il publie à Carcassonne, La nouvelle méchanique des mouvements de l’homme et des animaux où il décrit les mouvements de la locomotion animale et prône avec ardeur « son » fameux principe vital (Teyssou, 2011).

En nivôse de l’an VIII, il est nommé membre de l’Institut. Sur l’injonction de Chaptal, il devient médecin du gouvernement en 1802, associé à Corvisart. En nivôse de l’an IX, le même ministre le réintègre dans le corps professoral de l’Ecole de médecine de Montpellier. Chaptal réclame dès lors l’honorariat qui lui est aussitôt accordé. De retour dans sa ville de prédilection, le 4 Messidor, il inaugure un buste d’Hippocrate retrouvé dans des fouilles et remis à l’Ecole de médecine. Son discours particulièrement humaniste et qui rappelle ses grands préceptes marque les esprits (Dulieu, 1971).

En 1802, il fait paraître son Traité des maladies goutteuses qui est un succès unanime qui reçoit même les éloges de la presse. Cette étude est traduite en allemand en 1803 et en italien, en 1805 (Teyssou, 2011).

L’Empereur lui octroie la Légion d’honneur et lui attribue le poste de médecin consultant qu’il conserve jusqu’à sa mort en 1806 (Almanach impérial, 1806). Il n’est pas anobli, ses convictions royalistes trop fortement ancrées heurtant le régime napoléonien (Baumes, 1816; Dulieu, 1971; Teyssou, 2011).

Jamais marié, il voit mourir sa gouvernante en 1804, avec qui il vivait depuis quarante ans. Il ne se remet qu’à grande peine de cette perte. En 1805, Chaptal lui demande de rééditer ses Nouveaux éléments de la science de l’homme. Il y met toutes ses dernières forces. En effet, suite aux complications de la gravelle, il décède le 15 octobre 1806 (Lordat, 1818; Teyssou, 2011).

En hommage, il écrit à Chaptal, dans la dédicace de son dernier livre : « La Révolution avait anéanti ma fortune et anéanti la plupart des titres honorables que j’avais réunis pendant le cours d’une longue et pénible carrière. Vous seul avez voulu me dédommager d’une partie de mes pertes, par un bienfait que je n’avais pu prévoir, et que vous m’avez fait obtenir du plus grand des hommes vivants. La reconnaissance est un sentiment naturel et très doux pour les hommes d’un caractère vraiment libre. Mais, ce que ce sentiment a d’élevé ne peut être connu de ceux dont l’âme est faite pour l’esclavage ; et qui ne sauraient porter sans se dégrader, la chaîne de leurs obligations. Il en est même qui pensent ne pouvoir s’en affranchir parfaitement, qu’en donnant des preuves de leur extrême ingratitude. Des exemples de cette déraison volontaire et coupable étaient devenus fréquents dans les années désastreuses dont nous sommes sortis depuis peu ; dans cette lie des derniers temps, où nous aurions vu se perdre tous les sentiments humains et vertueux, si le génie réparateur qui a planté sur ce chaos, n’eut eu la puissance et la volonté de recommencer la création d’un nouveau monde politique et moral (Teyssou, 2011). »

Membre associé de l’Institut après avoir été membre libre de l’Académie des sciences, il était aussi membre des Académies des sciences de Stockholm et de Berlin, membre des sociétés des sciences de Göttingen, de Lausanne et de Montpellier, membre du Collège royal des médecins de Madrid, membre honoraire des sociétés médicales de Paris et de Montpellier, enfin membre des sociétés médicales de Paris, Toulouse, Bordeaux et Madrid (Dulieu, 1971).

Petit, laid, jaloux, colérique, vindicatif, ambitieux et avides d’honneur, enseignant de première force, il sait parler couramment le latin, le grec et de nombreuses langues vivantes. Il lit énormément et dispose d’une capacité de travail et d’une mémoire phénoménale. Il est globalement peu aimé.

Toutefois, sa pratique médicale dans l’étude des symptômes, dans ses choix thérapeutiques, dans son approche générale enfin est révolutionnaire et est toujours pratiquée aujourd’hui. Il étudie les symptômes avec minutie et applique les traitements qui s’en approchent le plus. Quand il n’y parvient pas, il n’hésite pas à revenir à des médications empiriques dont les résultats sont connus depuis longtemps (Dulieu, 1971).

 

Références bibliographiques :

Almanachs impériaux, Testu & Cie imprimeurs, Paris, 1805 à 1813.

Baumes J.-B.-T., Eloge de Paul-Joseph Barthez, chancelier de l’ancienne Université de médecine de Montpellier prononcé en séance publique extraordinaire, le mercredi 8 avril 1807, devant l’Ecole de médecine de Montpellier, Montpellier, 1816, 4.

BIU Santé, communication personnelle, Paris, 2011.

Dulieu Louis, « Paul-Joseph Barthez », in Revue d’histoire des sciences, 1971 ; 24(2) : 149-176.
Dupont Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.

http:/fr.wikipedia.org, Paul-Joseph Barthez, 2011, pp. 1-3.

Lordat Jacques, Exposition de la doctrine médicale de P.-J. Barthez et mémoire sur la vie de ce médecin, Paris, 1818, 322.

Teyssou Roger, L’aigle et le caducée, L’Harmattan (éd.), Collection Acteurs de la Science, Paris, 2011.


 



(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

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