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du 07/06/2005

Napoléon a bien été empoisonné

 

Epilogue d'une polémique vieille de quarante ans, les dernières analyses toxicologiques effectuées sur les cheveux de Napoléon confirment, de manière irréfutable, que l'Empereur a bien été victime d'un empoisonnement chronique à l'arsenic.


Des cheveux révélateurs (Afp)

LA THÈSE de l'arsenic, décelé dans des mèches de cheveux de l'Empereur, a été avancée dès 1961 et étayée au fil des années par plusieurs autres analyses, notamment en 1995 et en 2000. Mais les tenants d'une autre théorie, selon laquelle Napoléon serait mort d'un cancer de l'estomac, n'ont jamais baissé les bras ; pour eux, l'arsenic retrouvé dans les cheveux ne signerait pas une intoxication, mais proviendrait tout simplement des produits conservateurs utilisés après la mort de l'Empereur.
A la demande du président de la Société napoléonienne internationale, le Canadien Ben Weider, de nouvelles analyses ont été effectuées tout récemment par le Dr Pascal Kintz, toxicologue spécialiste du cheveu, et présentées lors de l'inauguration du laboratoire Chem Tox à Strasbourg. La spectrophotométrie d'absorption atomique électrothermique a permis de mesurer précisément les doses d'arsenic, supérieures de 7 à 38 fois aux doses naturelles. Surtout, l'analyse effectuée grâce au Nano-Sims a montré que l'arsenic se trouvait au cœur du cheveu, dans la médulla, et non pas autour de lui. Cela prouve que l'arsenic a été véhiculé par le flux sanguin, et non par une contamination exogène.


Mort-aux-rats.

Il a été possible de déterminer la nature de l'arsenic retrouvé, de type minéral (AsIII) et non pas organique. En clair, il s'agissait de mort-aux-rats, vraisemblablement versée tous les jours à faible dose dans le vin consommé par l'Empereur. Toutefois, précise le Dr Kintz, « rien ne permet d'affirmer la théorie du vin, pas plus que d'autres produits : nos analyses sont irréfutables quant à l'arsenic utilisé et à l'intoxication mais n'expliquent pas son origine ». Elles ne désignent pas un coupable et les hypothèses restent entières. On a parlé notamment du comte de Montholon, un proche de l'Empereur à Sainte-Hélène, mais aussi du gouverneur de l'île, Hudson Lowe. Mais il ne sera jamais possible de le savoir.
Si la science explique désormais les causes de la mort, elle confirme en outre l'origine des signes cliniques relevés sur Napoléon au cours des trois dernières années de sa vie. Un généraliste strasbourgeois, le Dr Bernard Charton, a étudié récemment tous les rapports et toutes les études et descriptions portant sur l'Empereur à Sainte-Hélène et a identifié de nombreux  symptômes arsenicaux. « Pris séparément, explique-t-il, ils ne signifient rien, mais, ensemble, ils révèlent clairement une intoxication arsenicale. » Le Dr Charton, qui a publié ces observations et son diagnostic en 2003 (« Napoléon empoisonné à l'arsenic », éditions Résurgence), se félicite de la confirmation apportée par les toxicologues à ses hypothèses et rend hommage aux médecins et observateurs de l'époque, qui ont décrit avec la plus grande minutie les symptômes de Napoléon et mené des expérimentations sur de nombreuses substances toxiques entrées en contact avec lui. C'est grâce à eux, souligne-t-il, que les premiers soupçons ont pu être émis dès la mort de l'Empereur, bien avant le diagnostic toxicologique.

> D. D. B.

 

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