LE MÉMORIAL DE SAINTE-HÉLÈNE

propos de l'Empereur

recueillis pas le comte Emmanuel de Las Cases

Complété d'extraits des Mémoires de O'Meara et Antommarchi,

médecins de l'Empereur à Sainte-Hélène,

du Mémorial de "La Belle Poule" par Monsieur Emmanual de Las Cases fils

et de notices biographiques sur Sir Hudson Lowe, geôlier de Napoléon.

 

 

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Napoléon, après Waterloo, avait la possibilité d'aller aux États-Unis.

 

Il a choisi l'Angleterre parce que le capitaine Maitland, commandant de "Bellérophon", un vaisseau de guerre anglais qui se trouvait à proximité de l'île d'Aix, lui avait fait dire qu'il y serait fort bien reçu et qu'il pourrait y vivre paisiblement.

 

Ces promesses fallacieuses étaient un piège monté par les ministres Liverpool, Castlereagh et Bathurst pour s'emparer de la personne de l'Empereur.

 

Voici le texte de la lettre de protestation que Napoléon adressa aux ministres anglais dès qu'il eut connaissance de la décision de le déporter à Sainte-Hélène.

 

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Extrait de "Le Mémorial de Sainte-Hélène"

Propos de l'Empereur

recueillis par le comte Emmanuel de Las Cases

 

PROTESTATION

 

"Je proteste solennellement ici, à la face du ciel et des hommes, contre la violence qui m'est faite, contre la violation de mes droits les plus sacrés, en disposant, par la force, de ma personne et de ma liberté. je suis venu librement à bord du Bellérophon ; je ne suis pas le prisonnier, je suis l'hôte de l'Angleterre. J'y suis venu à l'instigation même du capitaine, qui a dit avoir des ordres du gouvernement de me recevoir, et de me conduire en Angleterre avec ma suite, si cela m'état agréable. Je me suis présenté de bonne foi, pour venir me mettre sous la protection des lois d'Angleterre. Aussitôt assis à bord du Belléphron, je fus sur le foyer du peuple britannique. Si le gouvernement, en donnant des ordres au capitaine du Belléphron de me recevoir ainsi que ma suite n'a voulu que tendre une embûche, il a forfait à l'honneur et flétri son pavillon.

 

Si cet acte se consommait, ce serait en vain que le Anglais voudraient parler désormais de leur loyauté, de leurs lois et de leur liberté ; la foi britannique se trouvera perdue dans l'hospitalité du Belléphron.

 

J'en appelle à l'histoire : elle dira qu'un ennemi, qui fit vingt ans la guerre au peuple anglais, vint librement, dans son infortune, chercher un asile sous ses lois ; quelle plus éclatante preuve pouvait-il lui donner de son estime et de sa confiance? Mais comment répondit-on en Angleterre à une telle magnanimité? On feignit de tendre une main hospitalière à cet ennemi ; et quand il se fut livré de bonne foi, on l'immola."

 

"Signé NAPOLÉON"

Le 4 août, 1815

 

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