OUDINOT

Le Bayard de la Grande Armée

par Pascal Cazottes, FINS & Légion du Mérite


Maréchal Oudinot en 1811

 

 

          Ce 25 avril 1767, à Bar-le-Duc, un brasseur de la rue de Savonnières, du nom d’Oudinot, prend dans ses bras l’enfant que son épouse vient de mettre au monde. Il lui donne les prénoms de Nicolas-Charles. Pour lui, il ne fait nul doute que ce fils tant attendu sera, dans l’avenir, à la tête de son établissement. Mais le destin en décidera autrement, car ce n’est pas un brasseur que le père contemple, mais un futur maréchal de France !

            Dès son plus jeune âge, Nicolas-Charles Oudinot exaspère son entourage par son tempérament indomptable. Au collège Gilles de Trèves, il ne parvient toujours pas à s’assagir, bien qu’il montre, dans le même temps, un talent certain pour les études. S’emportant facilement, il renverse, un jour, une soupière encore fumante sur la tête d’un ami de la famille, ce dernier ayant commis l’erreur de le réprimander.

Avec un tel feu brûlant en lui, le jeune Oudinot ne peut se résoudre à devenir commerçant. Aussi, le 2 juin 1784, il décide, à l’âge de dix-sept ans, de s’engager dans le régiment de Médoc-Infanterie qui tient alors garnison à Perpignan. N’étant pas de noble naissance, il n’a aucune chance de devenir officier, et ce n’est qu’au bout de trois ans qu’il obtient le grade de sergent.

Pendant ce temps, son père, qui n’a pas désespéré de voir son fils lui succéder dans ses affaires, rachète son congé et le fait revenir à Bar-le-Duc. De retour chez lui le 3 septembre 1787, Oudinot ne tarde pas à trouver celle qui deviendra sa femme : Françoise-Charlotte Derlin. Il l’épouse en l’église Saint-Etienne de Bar le 15 septembre 1789. De leur union naîtront sept enfants, dont Marie-Louise qui convolera en justes noces avec le célèbre général Pajol.

La vie aurait pu s’écouler ainsi, tranquillement auprès des siens, mais c’était sans compter avec la Révolution qui allait permettre à Oudinot d’exceller dans une tout autre voie : la carrière des armes.

D’abord élu capitaine dans la milice citoyenne, on lui confie rapidement, le 2 juillet 1791, le commandement de la garde nationale de Bar-le-Duc. Avec l’ennemi qui menace nos frontières, le voilà maintenant lieutenant-colonel du 3ème bataillon des volontaires de la Meuse. C’est à la tête de ces derniers, près de Trèves, le 25 décembre 1792, qu’Oudinot a rendez-vous avec le baptême du feu. Il amorce une interminable série de combats qui ne s’achèvera qu’en 1814. Le 9 juin 1793, il s’empare d’Arlon, la victoire semblant vouloir lui sourire. Mais le 20 septembre suivant, il reçoit, lors de la défense opiniâtre du château de Bitche, sa première blessure. Au cours des différentes campagnes, il en recevra pas moins de vingt-sept, faisant dire à ses compagnons d’armes que son corps était une véritable écumoire ! Bientôt promu colonel, Oudinot se voit confier le commandement de la quatrième demi-brigade, soit l’ancien régiment de Picardie composé d’excellents éléments. Avec ces hommes, Oudinot accomplit des prodiges et se distingue, une fois de plus, le 17 décembre 1793, pendant la terrible lutte ayant eu pour cadre les bois d’Haguenau. Après cet affrontement, son régiment fut mis à l’ordre du jour, alors que lui-même, une nouvelle fois blessé d’une balle à la tête, dut aller prendre quelque repos à Bar-le-Duc. L’année suivante, plus précisément le 23 mai 1794, on retrouve le fougueux Oudinot, à peine remis sur pieds, à Kaiserslautern, où il force le passage à la baïonnette. Au mois de juin, il est attaqué, près de Moclauter, par plus de 10.000 ennemis. Bien que n’ayant qu’un seul régiment sous ses ordres, il va résister pendant dix longues heures et opérer, ensuite, une admirable retraite sans se faire entamer. Pour prix de sa conduite, les représentants du peuple à l’armée lui accorderont le grade de général de brigade. Il n’a que vingt-sept ans. Le 11 août 1794, devant Trèves, Oudinot a la jambe cassée par un coup de feu. La blessure est si grave que les chirurgiens se demandent s’il parviendra à remarcher un jour. Naturellement, ils ne connaissent pas Oudinot… Celui-ci est de retour sur le champ de bataille, à Neckerau, le 18 octobre 1795. Là, il reçoit cinq coups de sabre et un coup de feu. Pire que tout, il est fait prisonnier et conduit à Ulm où il restera trois mois. Une fois libéré, son état de santé est si déplorable qu’il doit se contenter du commandement de la petite forteresse de Phalsbourg. Au mois de juillet 1796, il a récupéré suffisamment de forces pour faire partie de l’expédition de Moreau en Bavière. Mais le 11 septembre de la même année, il est à nouveau blessé en avant du pont d’Ingolstadt. Malgré une cuisse transpercée par une balle, son bras haché par trois coups de sabre et son cou tailladé par une autre estocade, Oudinot a rejoint son poste, seulement un mois plus tard, pour participer à une nouvelle campagne dans le Palatinat. Le 7 novembre 1796, il charge les Autrichiens à Oggersheim, le bras en écharpe, et les bat à plates coutures.


Puis vient le temps où l’armée du général Bonaparte s’auréole de gloire en Egypte. Mais alors que le futur Empereur des Français écrit une des plus belles pages de l’Histoire, et pas seulement d’un point de vue militaire, les frontières de la France se retrouvent à nouveau menacées. Jourdan et Moreau sont, tous deux, forcés de se replier. De l’autre côté des Alpes, une seule armée française résiste encore, celle d’Helvétie sous les ordres de Masséna. « L’enfant chéri de la victoire » (tel était le surnom de Masséna) a pour chef d’état-major Oudinot, lequel vient d’être promu général de division. Les deux hommes sont bien décidés à résister et à reprendre l’offensive, malgré la disproportion des forces en présence. En effet, devant eux se dressent les 36.000 Autrichiens de l’archiduc Charles et les 55.000 Austro-Russes de Korsakof. En outre, ces troupes seront bientôt secondées par celles du vieux Souvaroff qui avance à marches forcées. Qu’à cela ne tienne. A la tête de l’avant-garde, soit un contingent de quelques 15.000 hommes, Oudinot culbute Korsakof et rejoint Masséna à Zurich le 26 septembre 1799. Quinze jours plus tard, il se rendra maître de Constance. Le tout, bien entendu, après avoir essuyé une énième blessure, une balle venue le frapper en pleine poitrine lors du combat de Rosenberg (4 juin 1799). Bien que la période ne fût pas sans danger, le lecteur sera sans doute surpris d’apprendre que, durant cette campagne, Oudinot (blessé à deux autres reprises, notamment d’une balle dans l’omoplate) avait fait inscrire son fils Victor, âgé de seulement huit ans, sur le contrôle des guides. L’enfant, monté sur un petit cheval, était ainsi présent sur tous les théâtres d’opération de l’armée d’Helvétie. Loin de s’effrayer de sa situation, le fils d’Oudinot prenait, paraît-il, son rôle très au sérieux, et accomplissait sans sourciller toutes les tâches qu’on lui confiait. Onze ans plus tard, Victor sera lieutenant aux chasseurs à cheval de la Garde Impériale.

Oudinot enlève une batterie à Monzembano
De l’armée d’Helvétie, Oudinot passe à l’armée d’Italie dont les débris viennent d’être placés sous le commandement de Masséna. Au passage du Mincio, le 26 décembre 1799, Oudinot a une nouvelle fois l’occasion de s’illustrer. C’est, en effet, à Monzembano, lors d’une charge sur des batteries ennemies, qu’Oudinot s’empare d’un canon après en avoir chassé ses défenseurs. Pour le récompenser de ce fait d’armes, Napoléon Bonaparte lui remettra, en plus d’un sabre d’honneur, le fameux canon de Monzembano qui finira comme ornement de la propriété de Jeand’heures.

En 1800, la France voit avec inquiétude les uniformes blancs se rapprocher de son territoire. Les Autrichiens sont partout, à la fois sur le Rhin et en Italie. Avec les maigres troupes qui lui restent, Masséna ne cherche plus qu’à retarder l’inéluctable. Afin d’empêcher une invasion par le sud-est, il court s’enfermer dans Gênes, la capitale de la Ligurie devenant, dès lors, les Thermopyles de la France. Là, sur les remparts de la vieille cité, Masséna et Oudinot, sans oublier leurs fiers soldats, vont gagner des titres à une gloire immortelle. Masséna sait que le 1er Consul Bonaparte est sur le point de prendre les Autrichiens à revers. Aussi, lui faut-il tenir à tout prix, même si, pour cela, ses hommes doivent manger jusqu’à leurs bottes. Car la famine est entrée dans Gênes, faisant plus de ravages que les balles ennemies. Le 4 juin, Masséna n’a plus d’autre alternative que celle de rendre la ville aux Autrichiens. Néanmoins, il a obtenu une reddition avec les honneurs de la guerre. Ses troupes quitteront la cité ligurienne entièrement libres. Elles défileront l’arme au bras, les tambours en tête et les drapeaux déployés. En outre, la perte de Gênes n’a plus aucune importance, puisque les Autrichiens seront défaits, dix jours plus tard, dans la plaine de Marengo.

 

            Après le Traité de Lunéville (9 février 1801) et la Paix d’Amiens (25 mars 1802), la France peut enfin reposer les armes, du moins pour un temps. Car ses ennemis la forceront bientôt à s’armer de nouveau. En attendant, Oudinot peut profiter de tous les honneurs que lui ont valus ses états de service déjà brillants. Le 1er octobre 1802, le conseil municipal de Bar-le-Duc met l’enfant du pays à l’honneur en plaçant son buste dans la salle des séances. Peu de temps après, le nouvel Inspecteur général de l’infanterie qu’il est devenu, se voit confier le commandement de la première division du camp de Bruges. Le 11 décembre 1803, Oudinot est décoré de la Légion d’honneur. Six mois plus tard, plus exactement le 14 juin 1804, il est promu Grand Officier dans le même Ordre. Enfin, le 6 mars 1805, il est fait Grand Aigle.

Au mois de février 1805, la guerre menaçant de nouveau, Oudinot est placé à la tête d’une division de grenadiers connue sous le nom de « Grenadiers réunis ». Constitué de dix mille vétérans des guerres de la révolution, à la bravoure éprouvée, ce corps d’élite n’aura pas grand chose à envier à la Garde Impériale. Du reste, les grenadiers d’Oudinot, comme on les surnommera, marcheront très souvent à côté de l’Empereur. Au départ du camp de Boulogne, les grenadiers d’Oudinot sont intégrés au cinquième corps du maréchal Lannes (le 29 août 1805). Ils font partie de cette Grande Armée de 160.000 hommes qui s’élance au devant des troupes Austro-Russes. Le 8 octobre 1805, Oudinot et ses grenadiers écrasent l’ennemi à Wertingen. Un peu plus tard, le 16 novembre 1805, Oudinot est forcé de laisser son commandement à Duroc, après avoir été blessé d’une balle à la cuisse lors du combat d’Hollabrunn. Ce qui ne l’empêchera pas de retrouver ses grenadiers à Austerlitz. Ces derniers n’auront cependant pas à combattre, étant tenus en réserve aux côtés de la Garde Impériale.

L’année suivante, Oudinot se verra confier une mission dont il n’a pas l’habitude : gouverner un territoire entier, en l’occurrence la principauté de Neuchâtel qui vient d’être cédée à Berthier. Oudinot s’acquittera si bien de sa tâche que le conseil général de la principauté, en remerciement pour ses services, lui offrira une épée portant sur sa lame les mots : « la ville de Neuchâtel au général Oudinot, 1806. »

Mais 1806, c’est également l’année de la bataille d’Iéna. Comme à Austerlitz, les grenadiers d’Oudinot resteront l’arme au pied. Il en ira tout autrement en 1807.

 

            Après s’être remis d’une chute de cheval, lors du siège de Dantzig, qui avait eu pour effet de lui casser la jambe, Oudinot sera présent, et bien présent, à la bataille de Friedland.

Oudinot à Friedland

 


Ce 14 juin 1807, jour anniversaire de Marengo, et dès deux heures du matin, Oudinot dispose ses grenadiers de façon à barrer le passage à l’armée de Bennigsen. Bien que se trouvant en grande infériorité numérique, Oudinot va opposer une telle résistance face aux Russes, que ces derniers seront dans l’incapacité totale de progresser et se feront finalement décimer par l’armée de Napoléon accourue en renfort.

Ainsi que le rappelle Adolphe Thiers dans son histoire du Consulat et de l’Empire : « le général Oudinot, profitant de tous les accidents de terrain, tantôt de bouquets de bois semés çà et là, tantôt de quelques flaques d’eau que les pluies des jours précédents avaient produites, tantôt de la hauteur même des blés, disputait le terrain avec autant d’habileté que d’énergie. Tour à tour il cachait ou montrait ses soldats, les dispersait en tirailleurs ou les opposait en masses hérissées de baïonnettes à tous les efforts des Russes. Ces braves grenadiers, malgré l’infériorité du nombre, s’obstinaient cependant, soutenus par leur général quand, heureusement pour eux, arriva la division Verdier. » Cette division du corps de Lannes fit son apparition à point nommé, car les grenadiers d’Oudinot étaient complètement épuisés après 8 heures d’un âpre combat. Deux heures plus tard, soit à midi, Napoléon arrivait au galop, accompagné de son état-major et de la cavalerie de la Garde.

Après avoir écouté le compte-rendu de la situation de la bouche même de Lannes, l’Empereur s’adresse à Oudinot pour lui dire : « Je vous amène l’armée ; elle me suit ». Napoléon va ensuite s’établir sur une hauteur afin d’examiner le champ de bataille. Oudinot, qui ne l’a pas quitté, lui apporte des précisions sur tel ou tel point de la topographie. Napoléon observe Friedland, cette petite ville adossée à la rivière et comme coincée entre un des méandres de l’Alle et un lac tout proche. Il remarque également les rives de la rivière. Celles-ci sont terriblement encaissées et constituent un obstacle difficilement franchissable. Oudinot, qui se rend parfaitement compte du piège que constitue cette rivière placée dans le dos de la majeure partie de l’armée russe – cette dernière étant même séparée en deux par le Ruisseau du Moulin - précise à son Empereur qu’il mettrait volontiers le cul de l’ennemi à l’eau s’il avait du monde. Malheureusement, il n’en a plus, ayant, comme il le reconnaît lui-même, usé ses grenadiers. Pour Napoléon, il est clair qu’Oudinot s’est suffisamment épuisé dans cette affaire, comme le montrent son habit percé de balles et son cheval couvert de sang. Il le met donc au repos, avec ses hommes, jusqu’à la fin de la bataille, préférant les conserver pour la poursuite de l’ennemi.

Nous voici maintenant en 1808, année faste pour Oudinot qui reçoit le titre de comte de l’Empire par lettres patentes en date du 2 juillet 1808. Ce titre s’accompagne d’une importante dotation constituée par le domaine d’Inoclavo. Enrichi par ces nouveaux revenus, Oudinot a, dès lors, la possibilité de se porter acquéreur d’une très belle propriété, celle de Jeand’heures, située dans les environs de Bar-le-Duc. Il s’agit d’une ancienne abbaye fondée, au moyen-âge, par les Prémontrés. Naturellement, Oudinot s’emploie à l’embellir et à lui apporter tout le confort moderne de l’époque. En plus d’abriter les trophées d’Oudinot, la propriété de Jeand’heures va, comme nous l’avons vu plus haut, accueillir le vieux canon de Monzembano qui servira, désormais, à annoncer les jours de fête et de victoire.

Au mois de septembre de la même année, Oudinot se rend à Erfurt où doit avoir lieu la célèbre réunion des souverains. Lors d’une entrevue avec le Tsar Alexandre 1er, Napoléon lui présente Oudinot en ces termes : « Sire, je vous présente le Bayard de l’armée française ; comme le preux chevalier, il est sans peur et sans reproche. » Ce à quoi le Tsar répond : « Il y a longtemps que je le connais, cela remonte à mon vieux Souvaroff. »

Le canon de Monzembano
à Jeand'heures

Après le relatif répit de 1808, Oudinot n’ayant pas été sollicité pour la campagne d’Espagne, nous arrivons en 1809 où les hostilités reprennent avec l’Autriche. A Essling, le 22 mai 1809, Oudinot est blessé d’un coup de sabre au bras. Il sera pourtant présent à Wagram, les 5 et 6 juillet 1809, à la tête du 2ème corps qui vient de perdre son valeureux chef, le maréchal Lannes, tombé au champ d’honneur lors de la bataille d’Essling. A Wagram, Oudinot prouvera une nouvelle fois sa valeur et recevra une énième blessure, une balle lui ayant déchiré l’oreille.

En récompense de sa belle conduite pendant la bataille, l’Empereur fera d’Oudinot un maréchal. Le 12 juillet 1809, il envoie le colonel de Flahaut remettre à Oudinot la lettre lui faisant part de sa nomination. C’est sur le champ de bataille que le colonel trouve Oudinot. Ce dernier, épuisé de fatigue, dormait sur une botte de paille au milieu de ses soldats.

Cependant, les largesses de Napoléon pour Oudinot ne s’arrêtent pas là. Son bâton de maréchal en main, Oudinot reçoit, quelque temps après, le domaine de Reggio avec le titre de duc (par lettres patentes du 14 avril 1810) et une dotation de 80.000 francs de rente.

En 1810, Oudinot, placé à la tête de l’armée du Nord, est envoyé en Hollande. C’est en ce lieu qu’il apprend le décès de son épouse, survenu le 22 mai de la même année. Ne souhaitant pas rester veuf, il épouse, le 19 janvier 1812, Marie-Eugénie de Coucy, une charmante personne de vingt-quatre ans sa cadette. De leur union, célébrée à Vitry-le-François (dans le département de la Marne), naîtront quatre enfants (deux garçons et deux filles).

Seulement quelques mois après son mariage, Oudinot doit remonter à cheval. Une autre campagne l’attend : la campagne de Russie.

Le 16 août 1812, à Polotsk, il est grièvement blessé par un biscaïen qui l’a atteint à l’épaule. Obligé d’abandonner le commandement de son corps d’armée, il le confie à Gouvion Saint-Cyr qui était venu le renforcer avec sa division de Bavarois. Soigné à Vilnius, Oudinot a la surprise d’y retrouver sa femme qui, avertie de sa blessure, a traversé toute l’Allemagne ainsi que la Lituanie pour se rendre à son chevet.

Le 28 novembre 1812, Oudinot est de retour à l’armée pour participer au célèbre épisode de la Bérézina. A la fin de la journée, les troupes françaises sont victorieuses mais déplorent quelques 2.000 morts et blessés au nombre desquels figure, bien évidemment, l’enfant de Bar-le-Duc. Ce dernier a reçu une balle dans le côté qui a pénétré à plusieurs pouces de profondeur. Et comme si cela ne suffisait pas, Oudinot est à nouveau blessé, le lendemain, par un éclat de bois, lors du siège de la maison de Plechtenitzow dans laquelle il avait trouvé refuge. Le maréchal parviendra toutefois jusqu’à Vilnius (le 5 décembre) où il a laissé son épouse. Ne pouvant rester dans cette ville, le couple prend la route de Berlin, dans une voiture placée sous la protection d’une vingtaine de cuirassiers. Par vingt-huit degrés en-dessous de zéro, le voyage s’avère particulièrement difficile. Néanmoins, Oudinot et sa femme parviennent jusqu’à la capitale de la Prusse le 1er janvier 1813. Douze jours plus tard, ils sont à Bar-le-Duc.

A peine remis de ses blessures, Oudinot est appelé pour une nouvelle campagne, celle de Saxe. Le 20 mai 1813, à la tête du 12ème corps composé des divisions Pacthod, de Lorencez et Raglowitz, il contribue puissamment au gain de la bataille de Bautzen après avoir enlevé les hauteurs d’Edendorf. Par contre, il connaît des revers à Grossberen et à Dennewitz. Depuis la terrible campagne de Russie, Oudinot semble avoir perdu de son talent. S’il est toujours un extraordinaire meneur d’hommes, il a de plus en plus de mal à se concilier les faveurs de la victoire, sauf dans les cas où il exerce son commandement sous les ordres directs de l’Empereur. A Leipzig, il combat vaillamment. Puis, placé à l’arrière-garde de ce qui reste de la Grande Armée, il remplit sa mission avec avantage, tenant en respect l’ennemi. Jusqu’au moment où il est obligé d’abandonner son poste, miné qu’il est par le typhus. Du reste, c’est presque mourant qu’il parvient à sa propriété de Jeand’heures. Mais grâce au dévouement sans faille de son épouse, il parviendra à recouvrer la santé, juste à temps pour participer à l’épique campagne de France…

Oudinot le Bayard de la Grande Armée

Le 29 janvier 1814, Oudinot, présent au combat de Brienne, a les deux cuisses éraflées par un boulet. Quelques jours plus tard, le 1er février, il entraîne, avec succès, la division de jeune Garde Rottembourg à l’attaque de La Rothière. Mais à 20 heures, Napoléon doit se résoudre à ordonner la retraite, ses 32.000 hommes ne pouvant résister plus longtemps aux 100.000 coalisés leur faisant face. De manière à couvrir la retraite, Oudinot luttera encore jusqu’à 22 heures dans les rues du village de La Rothière. Ce fait d’armes sera son dernier acte de gloire car, après cela, Oudinot se montrera bien piètre général. A Bar-sur-Aube, son hésitation et, finalement, sa retraite contribueront, avec d’autres événements, à la chute de l’Empire. D’ailleurs, il fait partie de ceux qui arracheront l’acte d’abdication à Napoléon. Pour en finir avec la campagne de France, nous signalerons qu’Oudinot reçut, en pleine poitrine, une dernière balle au combat d’Arcis-sur-Aube, le 20 mars 1814, heureusement amortie par sa plaque de Grand Aigle. Le sort voulut également qu’il eût une dernière fois à tirer l’épée, aux portes mêmes de… Bar-le-Duc !

 

Après avoir servi loyalement Napoléon pendant de longues années, il trouva tout aussi naturel de servir les Bourbons, lesquels le comblèrent de faveurs. Sans doute voyait-il en eux le moyen de mettre fin à toutes ces coalitions qui ne cessèrent d’harceler la France pendant plus de vingt ans. Peut-être aussi avait-il perdu de cette fougue qui le caractérisait. Trop de blessures, trop de fatigues avaient eu raison du Bayard de l’armée française.

Avec la première Restauration, Oudinot se voit courtisé par les Bourbons qui le nomment, tout d’abord, commandant en chef des grenadiers et chasseurs à pied de France. Puis, ils font de lui un ministre d’Etat, avant de lui accorder, le 4 juin 1814, le titre envié de Pair de France. Enfin, Oudinot devient commandeur de l’ordre de Saint-Louis et gouverneur de la troisième division dont le siège est à Metz. C’est lors d’un bal donné dans le chef-lieu de la Moselle qu’Oudinot apprend le débarquement de Napoléon à Golfe-Juan. Tout d’abord, fidèle à ses nouveaux maîtres, il essaye de s’opposer à la proclamation de l’Empire par toute une série de mesures, comme l’interdiction du port de la cocarde tricolore sous peine d’emprisonnement. Mais devant la ferveur populaire et l’agitation des troupes, il n’a pas d’autre choix que celui de céder. Il se retire à Jeand’heures après avoir fait hisser le drapeau bleu-blanc-rouge. Pendant les Cent-Jours, il essaiera bien de rentrer en grâce, mais Napoléon ne voudra pas de ses services, en souvenir sans doute de sa funeste indécision lors du combat de Bar-sur-Aube. On remarquera que la réponse qu’il est censé avoir faite à l’Empereur – « Sire, je ne servirai personne, puisque je ne vous servirai pas » - relève de la pure légende.

Après l’issue fatale de l’incroyable bataille de Waterloo, Oudinot est rappelé par les Bourbons qui le couvrent d’honneurs. Le voilà commandant en chef de la garde nationale parisienne, major-général de la garde royale, grand-croix de l’ordre royal de Saint-Louis et chevalier du Saint-Esprit.

Au début de l’année 1823, le roi confie à Oudinot le commandement du 1er corps de l’armée des Pyrénées chargée de rétablir, en Espagne, l’autorité du roi Ferdinand. Cette expédition militaire ressemblant davantage à une promenade de santé, Oudinot est amené à écrire à sa femme, depuis Madrid : « Ce qu’il y a de déplorable dans cette affaire-ci, c’est que nos gens se persuadent qu’ils font la guerre. »

Vient ensuite la révolution de 1830 qui laissera Oudinot quelque peu perplexe. Pendant plusieurs années, il ne quitte guère sa propriété de Jeand’heures, jusqu’à sa nomination, le 17 mai 1839, au poste de grand chancelier de la Légion d’honneur.

Enfin, le 21 octobre 1842, Oudinot remplace le maréchal Moncey comme gouverneur de l’hôtel des Invalides. C’est là qu’il décédera, le 13 septembre 1847, au milieu de ses vieux camarades.

 

            Le nom de ce maréchal est inscrit sur le côté Est de l’Arc de Triomphe de l’Etoile à Paris.

 

 

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