MONTMIRAIL

Par Pascal Cazottes, FINS

 

Aux premières lueurs de l’aube de ce 11 février 1814, Napoléon prend la route de Montmirail après avoir ordonné à Marmont de se rendre à Etoges, avec la mission de surveiller les mouvements de Blücher. L’Empereur n’a avec lui que la 2 e brigade de la division Ricard, l’infanterie de la Garde et la division de chasseurs à cheval de la Garde placée sous le commandement de Lefebvre-Desnouettes. Les grenadiers à cheval de la Garde ont précédé ce mouvement, pour aller rejoindre le général Nansouty sur les hauteurs de Montcoupeau.


A dix heures, Napoléon est à Montmirail, trouvant le général Nansouty en pleine activité. En voyant s’approcher les troupes du général Sacken, sur le point de déboucher par le village de Marchais, l’Empereur comprend de suite les motifs d’inquiétude de son général, et n’a que le temps d’envoyer les hommes de Ricard sur cette position. A peine sont-ils parvenus sur les lieux, qu’ils sont vivement abordés par les Russes. Les « Marie-Louise » de Ricard se défendent avec une telle bravoure, que les vieilles moustaches de la Garde ne peuvent s’empêcher de les admirer. Le village tombe à trois reprises, mais, à chaque fois, nos vaillants soldats le reprennent.

Les heures passent sans qu’aucun des deux adversaires ne parvienne à progresser. Du côté français, Napoléon s’est contenté de contenir l’ennemi jusqu’à l’arrivée des renforts, lesquels sont en vue à quinze heures. Mortier est, en effet, annoncé, avec la division de vieille garde Michel et la cavalerie de Defrance.

Sans même attendre que le maréchal soit parvenu à sa hauteur, l’Empereur passe à l’offensive. Bizarrement, il demande à Ricard de reculer et d’abandonner Marchais. Ce faisant, il espère que l’ennemi concentrera son attaque sur ce point et dégarnira son centre, où doit être dirigé le principal assaut français. Toujours dans le but avoué d’amener Sacken à prélever des troupes sur son centre, Napoléon ordonne à Nansouty d’attaquer les Russes sur leur aile gauche. La combinaison de ces deux manœuvres réussit à merveille, le général Sacken déplaçant ses troupes exactement comme l’Empereur l’avait prévu.

C’est le moment que choisit Napoléon pour passer véritablement à l’attaque. Face à l’Epine-aux-Bois, village situé au centre du dispositif ennemi, Napoléon envoie seize bataillons de la vieille garde, avec Friant à leur tête. Quarante pièces d’artillerie les y accueillent, d’une façon particulièrement chaleureuse. Trois rangs de tirailleurs russes, disposés derrière des haies et soutenus par plusieurs bataillons d’infanterie, déclenchent également un « feu à volonté » à l’approche de nos troupes. Mais il en faut plus pour ralentir nos vieux grognards qui ne tardent pas à enfoncer l’ennemi. La mêlée qui s’ensuit est des plus terribles, les Russes ne cédant du terrain que pas à pas. Plus à droite, à la ferme des Gréneaux, le maréchal Ney aborde les Russes au pas de course, et à la baïonnette, après s’être placé à la tête de plusieurs bataillons de la Garde. A la vue des bonnets à poil, les tirailleurs ennemis abandonnent leurs positions et viennent se regrouper près de leurs masses d’infanterie.

Le commandant Denis-Charles Parquin nous a laissé, dans ses « Souvenirs et Campagnes d’un vieux soldat de l’Empire », une relation détaillée de ce fait d’armes :

« La ferme des Gréneaux fut le point le plus difficile à enlever, soutenue qu’elle était par une formidable artillerie. L’ennemi étant retranché jusqu’au menton derrière les murs de la ferme et il n’avait pu en être débusqué jusqu’à deux heures de l’après-midi. L’Empereur chargea le maréchal Ney de cette opération difficile. Le maréchal mit pied à terre ; et, l’épée à la main, il alla se mettre en tête de six bataillons de la Garde. Mais avant de les mettre en route, le maréchal fit ouvrir le bassinet des fusils pour en jeter l’amorce au vent. C’était à la baïonnette qu’il voulait aborder l’ennemi ; il marcha au pas de charge et cette audace eut un plein succès ; les Russes et les Prussiens quittèrent la ferme, abandonnant leurs pièces, leurs caissons, voire même leurs marmites.

Au moment où le maréchal Ney décidait ainsi la victoire, le général baron Henrion avait ordre de se porter avec son régiment des chasseurs à pied de la Garde sur une redoute ennemie armée d’artillerie contre laquelle venait d’échouer une brigade d’infanterie de ligne. Le général baron Henrion forma sa colonne d’attaque et se mit en route au pas accéléré sans se laisser ralentir par le feu terrible de l’ennemi. Le général Sacken, apercevant le danger où allaient se trouver ses pièces si cette colonne d’attaque réussissait, lança sur son flanc droit une masse de cavalerie pour l’entamer, ce que voyant, le général baron Henrion commanda à l’instant :

- Colonne, halte ! Formez le carré ! Apprêtez les armes ! Joue ! Feu ! Cette cavalerie qui n’était plus qu’à dix pas fut couverte de feu et fit demi-tour, laissant sur le terrain un grand nombre de cadavres. Le général baron Henrion remit sa troupe en colonne d’attaque et, sans recharger les armes, aborda la redoute qu’il prit malgré la défense désespérée des canonniers russes qui se firent clouer sur leurs pièces.

L’Empereur, qui suivait attentivement le mouvement, accourut au galop dans la redoute prise et dit au général Henrion, auquel il donna la main en le nommant commandant de la Légion d’Honneur : « Général, j’ai approuvé votre temps d’arrêt ».

Alors que l’issue du combat reste incertaine, malgré les progrès de la Garde à pied, la cavalerie de la Garde intervient pour faire la différence. Après avoir bousculé la cavalerie ennemie, dragons, grenadiers à cheval et lanciers se jettent sur les carrés russes. Sur la gauche, les gardes d’honneur de Defrance parviennent à contourner l’ennemi et tombent sur ses arrières, l’obligeant à rompre. A l’instar des « Marie-Louise » de Ricard, les gardes d’honneur, composés essentiellement de jeunes gens, font une très forte impression.

Pendant ce temps, York est arrivé au secours de Sacken. A 16 heures, ses avant-gardes étaient déjà signalées du côté de Fontenelle. Loin de s’inquiéter de la présence de ce nouvel arrivant, l’Empereur lance contre lui les six bataillons de la division Michel qu’il tenait en réserve. Avec Mortier à leur tête, les soldats de la Garde Impériale vont culbuter les Prussiens et leur prendre six pièces. Leur élan est tel que York est obligé d’engager ses réserves afin de pouvoir se replier en bon ordre.

 

Partout sur le front, les coalisés refluent. La victoire est française.

 

A huit heures du soir, tout combat avait cessé. Les Russes s’enfuyaient pêle-mêle sur la route de Château-Thierry, contrairement aux Prussiens de York qui se retiraient en bon ordre. Mais il est vrai que ces derniers n’avaient pas eu à endurer aussi longtemps les foudres de notre armée.

Restant maîtres du champ de bataille, les Français ne purent, cependant, engager la poursuite. La nuit était déjà bien trop sombre pour songer à se lancer dans une telle entreprise. De plus, les forces ennemies restaient considérables.

 

A Montmirail, les Français combattirent à 16.300 contre 32.000 Russo-Prussiens. Leurs pertes s’élevèrent à 7 ou 800 hommes, alors que les coalisés déplorèrent quelques 8.000 tués, blessés ou prisonniers, ainsi que 17 pièces d’artillerie et de nombreux bagages.

Au vu des effectifs en présence (1 français pour 2 coalisés), la victoire de Montmirail apparaît comme un véritable exploit. Il faut, toutefois, noter que les forces engagées du côté français étaient constituées, pour la plupart, de troupes d’élite (la Garde), minimisant ainsi l’ampleur de la performance.

 

Montmirail laissera aussi un regret, celui de n’avoir pas exterminé complètement les corps de Sacken et de York. Ce projet n’était nullement du domaine de l’impossible. Il suffisait, pour cela, que Macdonald attaque les arrières de l’ennemi. Mais Macdonald n’a pas bougé. On l’a dit souffrant. Peut-être était-il tout simplement découragé.

 

D’autres occasions allaient se présenter pour l’armée française. Si ces dernières ne pouvaient changer le cours des événements, elles constitueraient, du moins, d’autres épisodes glorieux à porter au crédit de notre armée.

 

Ainsi en fut-il de Montereau.

 

 

Pascal Cazottes, FINS

 

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