PLAQUE DE SHAKO DU 12ème LÉGER À LIGNY

Par Pierre Migliorini, FINS

 

 

L’objet de cet article n’est pas de décrire la bataille de Ligny, mais simplement de présenter un objet original et rare, témoin de la dernière victoire de Napoléon 1er. Profitons en néanmoins pour rappeler dans quel contexte s’est tenue cette bataille, le 16 juin 1815, deux jours avant celle de Waterloo.

Au printemps 1814, Napoléon battu se réfugie à Fontainebleau, où il s’installe le 31mars. Là, les évènements se précipitent : le 2 avril, il apprend que le tsar refuse de traiter avec la France sans son abdication, le 3 il apprend le vote de sa déchéance par le Sénat, et le 4, malgré l’appui de ses troupes, la lassitude des maréchaux Ney, Oudinot, Lefebvre et Macdonald, le pousse à abdiquer en faveur de son fils. Mais hélas, la trahison de Marmont qui passe à l’ennemi avec ses troupes remet tout en cause, et l’oblige à abdiquer sans conditions le 6 avril…  Après une nouvelle période d’hésitation, il se résigne, et, tandis que la convention qui lui accorde l’île d’Elbe est signée par les Alliés, il quitte Fontainebleau le 20 avril, après l’émouvante cérémonie des adieux à ses fidèles soldats, dans la cour du cheval blanc :

« Soldats de ma vieille Garde,
Je vous fais mes adieux. Depuis vingt ans, je vous ai trouvés constamment sur le chemin de l’honneur et de la gloire. Dans ces derniers temps, comme dans ceux de notre prospérité, vous n’avez cessé d’être des modèles de bravoure et de fidélité. Avec des hommes tels que vous, notre cause n’était pas perdue. Mais la guerre était interminable ; c’eut été la guerre civile, et la France n’en serait devenue que plus malheureuse. J’ai donc sacrifié tous nos intérêts à ceux de la patrie ; je pars. Vous, mes amis, continuez de servir la France. Son bonheur était mon unique pensée ; il sera toujours l’objet de mes vœux ! Ne plaignez pas mon sort ; si j’ai consenti à me survivre, c’est pour servir encore à notre gloire ; je veux écrire les grandes choses que nous avons faites ensemble ! Adieu, mes enfants ! Je voudrais vous presser tous sur mon cœur ; que j’embrasse au moins votre drapeau ! »

Après avoir serré dans ses bras le général Petit, et embrassé le drapeau, Napoléon reprend :
« Adieu encore une fois, mes vieux compagnons ! Que ce dernier baiser passe dans vos cœurs !»

Napoléon monte ensuite dans sa voiture et, entouré de son escorte, part pour son exil à l’île d’Elbe.



Les Adieux de Fontainebleau, le 20 avril 1814.
(Illustration issue du livre L'Ami dans les châteaux.)


Dans le même temps, Louis XVIII quitte son exil et s’installe sur le trône de France. Le début de son règne, il faut bien le dire, se passe plutôt bien : intelligent, il a compris que, tandis que le commerce et l’activité industrielle repartent et que les récoltent s’annoncent bonnes, les Français, pour la majorité d’entre eux, aspirent à la paix … Il « octroie » bientôt un nouveau texte constitutionnel, la Charte, qui annonce la création d’un régime libéral.

Mais, bientôt, les maladresses arrivent : restitution sans contrepartie des dernières places fortes d’Allemagne, de Flandres et d’Italie, purge impitoyable des cadres de la société civile et de l’armée, poussé par quelques extrémistes, Louis XVIII est amené à prendre des mesures des plus impopulaires… Bientôt, le général Dupont, le vaincu de Baylen, est nommé ministre de la Guerre et Louis XVIII va jusqu’à faire célébrer des messes à la mémoire de Cadoudal, Pichegru, ou même du général Moreau, comploteur passé à l’ennemi et tué en combattant son pays !

Petit à petit, toutes ces maladresses, complétées par les prétentions autoritaires de certains nobles et membres du clergé, font craindre au peuple la restauration des privilèges et des droit féodaux, en clair, le retour à l’Ancien Régime.

Depuis son exil à l’île d’Elbe, Napoléon est informé de l’évolution des sentiments des Français à l’égard des Bourbons. Pire, certains bruits lui arrivent, lui promettant sa déportation vers l’île de Sainte-Hélène ou même son assassinat pur et simple…

Finalement, le 26 février 1815, il quitte l’île d’Elbe pour rejoindre la France qu’il atteint le 1er mars à Golfe-Juan. Le plan de Napoléon est des plus simples : il s’agit, à la tête de son millier d’hommes, de remonter sur Paris, en évitant la Provence qui l’a tant conspué lors de son départ… On passera donc par les Alpes ! Là, on assistera à un des épisodes les plus romanesques de la vie de Napoléon : en vingt jours, sans tirer le moindre coup de feu, il reprend son trône, retournant les unes après les autres, les troupes envoyées l’arrêter et même le maréchal Ney, qui a promis au roi de lui ramener Napoléon dans une cage de fer ! Il n’a pu, comme beaucoup d’autres, résister à la lecture de la proclamation du 1er mars :

« (…) Soldats ! Dans mon exil j’ai entendu votre voix, je suis arrivé à travers tous les obstacles et tous les périls. Votre Général, appelé au Trône par le choix du peuple, et élevé sur vos pavois, vous est rendu : venez le joindre. Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui, pendant vingt-cinq ans, servirent de ralliement à tous les ennemis de la France. Arborez cette cocarde tricolore, vous la portiez dans ces grandes journées !
(…) Soldats ! Venez-vous ranger sous les drapeaux de votre Chef. Son existence ne se compose que de la vôtre, ses droits ne sont que ceux du peuple et les vôtres ; son intérêt, son honneur, sa gloire ne sont autres que votre intérêt, votre honneur et votre gloire. La Victoire marchera au pas de charge, l’Aigle avec les couleurs nationales volera de clochers en clochers jusqu’aux tours de Notre-Dame ; alors vous pourrez vous vanter de ce que vous aurez fait ; vous serez les libérateurs de la Patrie(…) »

Maintenant que Napoléon a récupéré son trône, le plus dur reste à faire, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur.

D’abord, jouant l’apaisement, il limite les épurations au minimum : seuls treize traîtres notoires sont concernés, tandis que de nombreux préfets et sous-préfets sont maintenus.

Ensuite, il fait rédiger l’ « Acte Additionnel aux Constitutions de l’Empire », texte constitutionnel libéral par lequel il espère donner des gages à tous : élargir le camp de ses partisans, en particulier vers les libéraux,garder le soutien populaire, et, bien sûr, rassurer les monarchies européennes…

A l’extérieur, pour montrer sa volonté de paix, il annonce qu’il accepte le traité de Paris, et donc qu’il accepte les frontières de 1789. Il écrit aux souverains en place, pour les convaincre que l’Ancien Régime ne convient plus à la nation française… Tout cela en vain… La seule réponse sera la formation de la septième coalition sous l’égide de l’Angleterre, avec la Russie, la Prusse et l’Autriche ! Seule l’opposition politique anglaise s’émeut de l’illégitimité de cette guerre, et déclare aux Communes : « Bonaparte a été reçu en France comme un libérateur. Les Bourbons ont perdu leur trône par leur propre faute. Ce serait une mesure monstrueuse de faire la guerre à une nation pour lui imposer un gouvernement dont elle ne veut pas »(*).

Napoléon se rend vite compte que le conflit est inévitable. Il doit maintenant concentrer toute son énergie à la préparation de la guerre à l’extérieur : mobiliser, il faut réunir une armée pour faire face aux 700 000 coalisés qui menaceront bientôt les frontières, fabriquer et regrouper le matériel qui reste dans les dépôts, choisir des chefs… Le plan de bataille est adopté : Napoléon choisit, suivant son habitude, de prendre l’offensive ; ce sera par la Belgique, en juin, avant que Wellington et Blücher ne soient en mesure de lancer leur plan d’invasion de la France.

Le 15 juin, l’armée du Nord forte de 124 000 hommes, passe la Sambre dans la région de Charleroi, repoussant les Prussiens vers Ligny et Saint-Amans. L’Empereur la commande en personne, le maréchal Soult débutant dans ses nouvelles fonctions de major général. La colonne de gauche est commandée par Ney, tandis qu’à droite, Grouchy officie. Napoléon souhaite alors repousser les Prussiens loin des lignes britanniques et hollandaises, pour ensuite attaquer ses adversaires l’un après l’autre, les Prussiens d’abord, les Anglais ensuite.

Pour cela, Ney reçoit l’ordre de prendre position à Quatre-Bras, avec mission de  contenir Wellington en position à l’avant de Bruxelles, et de se tenir prêt menacer le flanc droit prussien, tandis que Grouchy, doit faire mouvement vers Fleurus pour y repousser les troupes de Blücher.

Hélas, ce début de campagne se passe mal : c’est d’abord le maréchal Soult qui tarde à envoyer l’ordre de mouvement à Grouchy, imposant ainsi à ses troupes des fatigues supplémentaires ; c’est ensuite le maréchal Ney, qui fonce sans attendre le regroupement de l’ensemble de ses troupes, Drouet d’Erlon ayant été retardé au passage de la Sambre, pour finalement s’arrêter avant l’objectif assigné, à Frasnes, laissant ainsi Wellington maître de la position stratégique des Quatre-Bras… C’est le général Vandamme, qui mécontent du commandement qui lui est attribué, demeure introuvable au moment de recevoir l’ordre de mouvement ! C’est enfin la trahison du général Bourmont, qui passe à l’ennemi avec les conséquences que l’on imagine sur le moral des troupes !

Le 16 au matin, Grouchy reçoit le commandement des corps de Vandamme et Gérard, ainsi que la cavalerie de Pajol, Exelmans et Milhaud, tandis que la Garde et le corps de Mouton sont en réserve. Ainsi, 68 000 Français vont être opposés aux 84 000 Prussiens de Blücher sur le champ de bataille de Ligny. À 3 heures de l’après-midi, une violente attaque française est lancée, de front, bientôt suivie par une attaque sur la droite. Pendant plus de trois heures les combats font rage ; « Ce n’était pas une bataille, raconte Coignet dans ses mémoires, c’était une boucherie(…) ». Sur la gauche française, la lutte devient de plus en plus âpre, particulièrement autour de La Haye où les régiments de Girard, 11ème et 12ème légers, 4ème et 82ème de ligne, sont très éprouvés. Les trois généraux de la division sont bientôt hors de combat. Blessé mortellement, le général Girard succombera le 27 juin à Paris. Les généraux de brigade de Villiers et Piat sont évacués…

Assauts et contre-assauts se succèdent, Ligny est pris et repris, Napoléon attendant impatiemment l’arrivée des renforts de Ney… Hélas, quand une forte colonne est signalée sur la gauche française, en fait les troupes de Drouet d’Erlon attardées au passage de la Sambre, Ney les rappelle les retirant ainsi de  toute action, que ce soit à Ligny ou à Quatre-Bras !

Vers 19 heures, ne recevant toujours pas le renfort de Ney tant attendu, Napoléon doit se résoudre à lancer la Garde dans la mêlée. Les chasseurs à pied de la Garde résistent à une attaque décisive de Blücher. Napoléon, soutenu par le feu intensif de 60 canons et par sa cavalerie, peut lancer la Vieille Garde sur le centre ennemi qui est définitivement enfoncé. Blücher lui-même a son cheval tué sous lui, et échappe miraculeusement à la vue des cuirassiers français.

Les Prussiens, battus, se replient sur Wavre, vers l’armée anglaise. Hélas, pris par l’heure tardive et terriblement fatigués par l’intensité des combats, les Français ne les pourchassent pas ; ils seront une aide précieuse pour les Anglais deux jours plus tard à Waterloo… Ligny restera ainsi la dernière victoire de l’Empereur.

L’objet que nous présentons dans cet article est une plaque de shako d’officier supérieur du 12ème régiment d’infanterie légère, régiment qui s’est particulièrement mis en valeur à Ligny, sous le général Girard.

Plaque d’officier supérieur du 12ème léger, du modèle Restauration, amputée lors
du retour de l’Empereur des Armes de France, présente en partie centrale haute. (Photo collection de l’auteur.)


Cette plaque est à l’origine une plaque Restauration, modèle inspiré du modèle 1812 à soubassement. Elle est en argent, avec les coqs sur le côté, mais a la particularité d’avoir été amputée de sa partie supérieure, partie ornée des Armes de France, comme on peut le voir sur la plaque d’officier du 33ème de ligne présentée ici.

Plaque d’officier du 33ème régiment
d’infanterie de ligne, Restauration.
(Photo collection de l’auteur.)

 


Plaque du 139ème régiment d’infanterie
de ligne, modèle 1812 ayant inspiré
le modèle Restauration.
(Photo collection de l’auteur.)



Bien sûr, lors des Cent-Jours, le retour précipité de Napoléon a pris de cours les arsenaux. Aussi, chacun faisait de son mieux pour porter à nouveau les Armes de l’Empire : les anciennes plaques de shakos déclarées perdues ressortaient des greniers, celles portant les Armes de la royauté étaient transformées… Il en est de même avec les légions d’honneur, certains portant encore à Ligny ou a Waterloo des décorations frappées du portrait d’Henri IV…          

   


Légion d’honneur 1er Empire 3ème type, modifiée Restauration ; peut-être était-elle à la bataille de Ligny ? (Photo collection de l’auteur.)

 

Pierre MIGLIORINI, FINS

 

 


(*) Napoléon, Défenseur immolé de la Paix, par le Général M. Franceschi et Ben Weider.On peut aussi citer ce troublant extrait du Morning Chronicle, qui interpelle lord Castlereagh, ministre des affaires étrangères : « Le traité de Fontainebleau a-t-il été fidèlement exécuté par les Alliés ? A-t-on payé à Bonaparte et à sa famille une part quelconque de la pension qui leur avait été garantie ? N’a-t-on pas eu le projet de le déporter ? Les patriotes anglais pensent que c’est moins contre Bonaparte que contre l’esprit de liberté que s’unissent les potentats du continent »… Cette vision du rôle de l’Angleterre, souhaitant à tout prix éliminer les héritiers de la Révolution française et de ses idées libérales, mérite d’être rappelée ; elle est peu partagée de nos jours… même en France !

 

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