Le général d’Empire
Marie Auguste Pâris

Par Pierre Migliorinin, FINS

 

 

Le général Pâris fait partie de ces généraux d’Empire peu connu du grand public. Néanmoins, lorsque nous avons écrit notre ouvrage sur la fin de la Campagne d’Espagne, « Bataille de Napoléon dans le sud-ouest » 1, son décès le 3 juin 1814 à Perpignan nous a intrigués. En effet, seul cinq généraux sont connus pour être morts au combat dans la période allant de la fin de la bataille de Vitoria, le 21 juin 1813, jusqu’aux derniers combats postérieurs à l’abdication de Napoléon, en avril 1814 2 ; comment était mort le général Pâris : de maladie, des suites de sa blessure reçue à Arriversite … ? Nous sommes allés aux archives de l’armée, à Vincennes, étudier les documents le concernant, à la côte 7Yd 622, et nous vous présentons ici le résultat de nos recherches.

D’abord, un premier document est la lettre de service nommant Pâris au grade de général de division :

 

Ministère de la Guerre
2 ème Division
Bureau de l’Etat
Major


Lettres de Service.

Napoléon, Empereur des Français,
Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin,
Et Médiateur de la Confédération Suisse,
Ayant à nommer un Général de Division,
pour être employé en cette qualité à la Division
de l’Armée (d’Aragon et de Catalogne barré) d’Espagne
a fait choix de M. le Général de Division Paris

Il est en conséquence ordonné aux Officiers généraux, aux
Officiers d’Etat-major, à ceux de l’Artillerie et du Génie,
aux Inspecteurs aux revues, aux Commissaires ordonnateurs
et ordinaires des guerres, aux Commandants des Corps
et à tous autres qu’il appartiendra de le reconnaître et
faire reconnaître en ladite qualité par ceux étant à leurs
ordres.

Fait à Paris, le (curieusement, document non daté)

Le Ministre de la Guerre,
Duc de Feltre

Nous découvrons ensuite une suite de lettres échangées entre la veuve du général et les ministères, lettres pleines d’émotion.

Dans la première datée du 29 juin 1814, soit quelques jours seulement après la mort du général… Ici, la veuve du général Pâris, demande une pension. Elle argumente sur le fait que le général est mort des suites de sa blessure à Sagonte, bataille qui s’est tenue en Espagne le 25 octobre 1811 !

 

 

A son Excellence Monseigneur le Ministre
Secrétaire d’Etat à la Guerre.

 

Monseigneur,

 

Le Lieutenant général Baron Paris mon mari vient de succomber aux souffrances que lui avaient causées les blessures qu’il avait reçues à la bataille de Sagonte. Le peu de soin que son zèle pour le service lui a laissé donner au rétablissement de sa santé détruite en outre par la fatigue d’une guerre pénible, a privé sa famille qu’il laisse sans fortune, du soutien d’un père qui vient de terminer sa carrière à Perpignan à la tête de la 2 ème division de l’armée du duc d’Albufera et commandant le département des Pyrénées Orientales.

Le Baron Paris issu d’une famille honnête et distinguée, mais peu fortunée, n’ayant jamais eu que l’honneur pour guide, laisse sa femme et sa fille âgée de 14 ans sans autre bien que sa vertu et la gloire d’avoir bien servi son pays depuis vingt quatre ans. Elles prient votre Excellence de bien vouloir leur accorder son appui afin de leur faire obtenir la pension accordée aux veuves des officiers généraux qui meurent des suites de leurs blessures.

 

De votre Excellence

La très humble et très
obéissante servante,

Paris le 29 juin 1814,

Baronne Paris.

 

Ayant obtenu le 15 juillet 1814, une pension de 3000 francs, comme on le verra plus loin dans un autre document, elle réclame ensuite, fin 1814, au Duc d’Angoulême d’autres avantages. Notons au passage l’exercice de style : il s’agit de courtiser le régime du moment, la Restauration, alors que le général Pâris a fait sa carrière militaire dans les armées de Napoléon… Que de difficultés en ces périodes de changement de régimes !

Légion d’Honneur 1 er Empire, 3 ème type,
modifiée sous la Restauration.

 

 

 

A Son Altesse Royale,
Monsieur Le Duc d’Angoulême

 

Monseigneur,

 

Le Lieutenant général Baron Auguste Paris, mon mari, Commandant une des divisions de L’armée du Midi, a voulu prouver son dévouement à Votre Altesse Royale et à la famille de ses légitimes souverains, en s’empressant quoique blessé et malade de se rendre à Narbonne où il a eu l’honneur d’être présenté à votre Altesse Royale par M. Le Maréchal Suchet Duc d’Albufera, mais à son retour à Perpignan où il commandait, son état de maladie s’est aggravé et peu de jours après, j’ai eu le malheur de le perdre.

Le Roi a eu la bonté de venir au secours d’une veuve sans fortune et de lui accorder une pension qui n’a été fixée qu’à la moitié de celles qui, jusqu’à présent, ont été accordées à toutes les veuves des Lieutenants généraux.

Je viens vous implorer la Justice et la Bienveillance de votre altesse Royale pour que cette somme soit portée à 6000 F et qu’elle soit réversible sur la tête de ma fille, ainsi que cela se pratiquait sous les règnes de vos augustes ancêtres.

Si je succombe à la douleur dont je suis accablée, j’aurai du moins la consolation de laisser à ma fille les fruits des travaux et du dévouement de son père, et cette orpheline infortunée n’oubliera jamais qu’elle sera redevable de ce bienfait aux bontés de votre altesse Royale.

 

Je suis avec respect,

Monseigneur,

La très humble et très obéissante servante,
Baronne Paris
Rue de la (illisible) 21,
Paris le 6 Xre 1814

 

 

Malgré la réponse négative qu’elle reçoit, réponse ne figurant pas dans le dossier, elle insiste, ce qui nous vaut ce document interne de janvier 1815, pour réponse à faire à madame Pâris :

 

 

 

Bureau des pensions

 

MINISTERE DE LA GUERRE
RAPPORT FAIT AU MINISTERE
Le 4 janvier 1815

 

Monseigneur m’a chargé de lui rendre compte d’une demande que lui a remise la veuve de M. le Lieutenant général Paris.

Cette dame a obtenu le 15 juillet dernier une pension de 3000 F. Elle n’aurait eu droit, d’après la Loi, qu’à 1500 F et peut-être même dans ce cas, cette dernière pension eût-elle été une faveur puisque M. le Lieutenant général Paris, décédé à Perpignan dans le mois de juin dernier, ne parait pas avoir succombé à sa blessure dans les six mois qui les ont suivis, et n’avait pas 30 années de services effectifs.

Madame veuve Paris a été informée le 2 de ce mois, qu’elle n’était pas susceptible d’obtenir une augmentation, et que la réversibilité qu’elle sollicitait sur la tête de sa fille était interdite par la Loi. La nouvelle réclamation de cette dame n’ayant pas d’autre objet, que celles auxquelles il a déjà été répondu, je pense que Monseigneur voudra renouveler la même réponse, et j’ai l’honneur de présenter, en conséquence, la lettre ci-jointe, à la signature de son Excellence.

Signature

 

 

 

 

La veuve du général Pâris n’obtiendra pas gain de cause… Aussi, peut-être nostalgique de son pays d’origine, peut-être ayant des difficultés à vivre en métropole avec la pension de 1500 Francs qui lui a été accordée, elle réclame, fin 1815, que cette pension lui soit versée en Martinique, colonie qu’elle va rejoindre et dont elle est originaire :

 

 

A son Excellence Monseigneur le Duc de Feltre,
Ministre de la Guerre

 

Monseigneur,

 

N’ayant pas d’autre ressource que la pension de 3000 francs qui m’a été accordée par le Roi après la mort du lieutenant-gal Paris, mon mari, je suis obligée de retourner à la Martinique parmi les miens.

Il est inutile, Monseigneur, que j’entre dans aucun détail pour faire sentir à V. Ex. combien il serait embarrassant et désavantageux pour moi si elle ne daignait pas me faire jouir du bienfait de la loi qui accorde aux pensionnaires de l’Etat la faveur de recevoir leur pension dans le département qu’ils ont choisi pour leur domicile. V. Ex. a daigné honorer mon mari de sa bienveillance ; je la prie d’en faire ressentir quelque effet à la veuve.

Le ministère de la marine ayant seul des relations avec les colonies, je supplie V. Ex. de vouloir bien me renvoyer à ce dépt. qui pourra me faire toucher, à la Martinique, l’unique moyen d’existence que m’ait laissé mon mari.

 

J’ai l’honneur d’être avec respect,
Monseigneur,
Votre très humble et très obéissante servante
Baronne Paris

 

Rue d’Artois n°22
Paris, le 6 novembre 1815

 

(En marge)
2ème division
La vve du lieut. général Baron Paris sollicite son
renvoi du ministère de la guerre à celui de la marine,
à l’effet de toucher, à la Martinique,
la pension de 3000 francs que
lui fait le gouvernement

 

Renvoyé à la 5 ème division
(Bureau des pensions)

 

 

 

Annexe : biographie du général Baron Marie-Auguste Pâris.

 

(Miramont dans le Gers, 20 mai 1771 - Perpignan, 3 juin 1814)

En 1792, soldat à la compagnie franche de Bordeaux, il sert à l'armée des Pyrénées Occidentales et reçoit une première blessure à Château-Pignon.

Envoyé en Guadeloupe, il est à nouveau blessé à Barville.

Général de brigade en 1796.

Nommé provisoirement général de division en 1799, il commande l'arrondissement de Basse-Terre. En 1799, il est commandant en chef des troupes de l'île du Levant.

De retour en France, il est confirmé général de brigade en 1800.

Ensuite, il sert à l'armée du Nord en 1809, puis est envoyé à l'armée d'Espagne. Il reçoit une blessure à la jambe à Sagonte en 1811. Il est gouverneur de l’Aragon, en remplacement du général Reille en 1812.

Lors du repli français de 1813, il commande les troupes chargées de garder les vallées pyrénéennes. Là, il essaie alors, par la force, d'imposer aux maires des vallées une participation à la défense des frontières ; il sera désavoué par le maréchal Soult : "M. le Général Pâris… n'avait pas le droit d'ordonner des poursuites envers les Maires des communes qui étaient à ce sujet en retard, ni celui d'envoyer des garnisaires pour les obliger à payer une somme quelconque destinée au payement des ouvriers qui étaient employés à ces travaux. Il devait s'adresser aux autorités du Département, le Préfet et le Sous-Préfet, leur représenter l'urgence des ouvrages de défense qui étaient ordonnés et provoquer d'eux des mesures administratives qui pourvussent à la réunion des ouvriers nécessaires à la fourniture des matériaux et à leur payement.

D'après ces motifs, l'ordre donné le 24 dernier par le Général Pâris au sujet des ouvrages de défense qui doivent être exécutés sur divers points de la frontière de la Vallée d'Aspe, Ossau, Barétous et Sainte-Engrâce, sera considéré comme non avenu… "3.

 

Nommé général de division le 22 décembre 1813, il commande après Orthez la 1 ère division. Il reçoit une blessure à Rivareyte près d’Arrive.

Il meurt à Perpignan le 3 juin 1814.

 

Souvenirs et témoignages sur lui :

"Pâris, excellent homme, d'un caractère un peu faible, mais qui, néanmoins, manoeuvra avec tant d'activité et d'intelligence pendant tout le temps que dura le siège de Tarragone" (Gonneville, cité dans Les Etoiles de Napoléon).

 

 

 

1-Batailles de Napoléon dans le sud-ouest, Jean Quatrevieux et Pierre Migliorini, Editions Atlantica, 2002.

2- Il s’agit des généraux :

  • van der Maësen, mortellement blessé à Vera de Bidassoa,
  • Thomas Mignot de Lamartinière blessé devant San Marcial qui mourra le 3 septembre 1813,
  • Nicolas Conroux baron de Pépinville blessé au pont d'Amotz, près de Saint-Pée-sur-Nivelle qui mourra à Bayonne le 11 novembre 1813,
  • Jean-Pierre Béchaud tué à Orthez le 27 février 1814,
  • et Eloi Taupin, tué à Toulouse le 11 avril 1814

3- Lettre de Soult, citée dans la Revue Pyrénées n°163/164, par J. J. Cazaurang, déposée aux Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques.

 

 

 

Pierre MIGLIORINI
FINS

 

 

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