UNIFORME ET BRODERIES DU GENERAL D’EMPIRE JEAN MESCLOP

Par Pierre Migliorini, FINS

 

 

Alors que sur le site de la SNI, mon ami Pascal Cazottes nous offre régulièrement des articles sur des généraux d’Empire et leur brillante carrière militaire, j’essaie de vous parler de certains de ces généraux, parfois moins célèbres, à travers la présentation de leurs armes ou de leurs uniformes.


L’occasion qui m’est donnée aujourd’hui vient d’une vente aux enchères qui s’est tenue fin 2011 chez Hermann Historica, maison de vente allemande spécialisée dans les articles militaires.


A la lecture du catalogue, les lots 5120 et 5121 attirent immédiatement mon attention : ils concernent des pièces d’uniforme de général d’Empire attribuées au général de brigade Jean Mesclop. Les pièces d’uniforme de général sont rares de nos jours, mais les pièces attribuées le sont d’avantage encore ! De quoi s’agit ‘il ?


Le premier lot est constitué d’une magnifique paire d’épaulettes conformes au règlement du 1er Vendémiaire de l’An XII. La partie plate est tissée en chevrons, bordée d’un motif en « dents de loup » et ornée des deux étoiles du grade. Ces étoiles, comme décrit dans le règlement, sont simulées en paillettes et fil d’argent ; plus tard, elles seront faites de métal fondu ou estampé. Les franges externes sont dites « à gros bouillons », les internes « en graine d’épinard », le tout en excellent état. Seule la doublure semble avoir été refaite, vu son état…


Un mystère accompagne ce lot : comme dit dans le catalogue de la vente,  ces épaulettes sont de facture contemporaine à la fin du Consulat, hors, Jean Mesclop n’a été nommé général que le 28 janvier 1813. Etonnant, vu que nos généraux suivaient la mode et en 1813, la mode avait sensiblement transformé les uniformes et les épaulettes portés à ce moment-là...



Gros plan sur les étoiles réalisées en « paillettes » ou « sequin ».
On voit ici le très beau travail de broderie et le départ des
franges « à gros bouillons ». Photographie de l’auteur.

En examinant la biographie de notre général, nous découvrons un indice : ayant été aide de camp de son oncle le général Pierre Morand Dupuch, pourquoi les épaulettes du général Mesclop, parfaitement conforme au règlement de Vendémiaire An XII, ne lui auraient-elles pas été offertes par son oncle, sûrement très heureux et très fier de voir son neveu accéder à ce grade ! Ce dernier, a fait sa carrière sous l’Empire comme commandant d’armes à Genève, du 5 juillet 1801 au 1er avril 1812. Il disposait donc forcément d’épaulettes au règlement de Vendémiaire.


Photographies du catalogue de la vente du 9 novembre 2011,
par Hermann Historica.

Gros plan montrant les franges internes en « graines d’épinard ».
Photographie de l’auteur.

Intéressons-nous maintenant au deuxième lot, les broderies d’uniforme d’officier général provenant du même général Jean Mesclop. Là encore, nous avons affaire à une pièce exceptionnelle : cet ensemble de broderies d’habit de petite tenue est du modèle de cavalerie légère comme en atteste la découpe en pointe des parements de manche… nouveau mystère, notre général commandant des régiments d’infanterie ! Cette présentation est l’occasion pour nous d’expliquer comment étaient brodées les feuilles de chênes décorant les uniformes des généraux du 1er Empire. Pour cela, appuyons-nous sur ce qu’en dit « l’Empereur », spécialiste en reconstitution,  sur le forum Napoléon 1er : « Concernant les officiers généraux, le règlement de vendémiaire An XII nous dit : " Pour les généraux de tous grades, les devants de cet habit, le collet, les parements, les poches, les pans du derrière et des plis, auront une broderie de la largeur fixe de six centimètres y compris la baguette dentelée. Cette broderie représentant une branche de chêne (…), sera faite en filet d'or, au passé, avec des paillettes très petites sur la côte des feuilles et sur la baguette. Le corps de la branche et le filet de la baguette seront brodés en frisure de torsades." Les feuilles de chênes ont un certains reliefs du fait de la présence d’une fine couche de papier ou carton sous la broderie. (…) La cannetille (ou frisure de torsade) est utilisée de façon différente sous le 1er Empire et au moment de la Restauration. Sous l’Empire, la cannetille n’existe pas dans le corps des feuilles. Sous la Restauration, on voit apparaître une nouvelle habitude, consistant à broder la moitié de la feuille au passé et l’autre moitié en cannetille. »

 


Photographies du catalogue de la vente du 9 novembre 2011,
par Hermann Historica.

Pour illustrer ce texte fort intéressant sur les broderies d’uniformes de général du 1er Empire, nous présentons ci-dessous un gousset porte-épée de général de la garde nationale ; on voit sur la vue de détail, que les deux côtés de la feuille sont bien en fil au passé (fil « simple ») et non en frisure de torsade, comme sur la branche (fil entouré sur une âme constituée elle-même d’un fil). A partir de la restauration, la moitié de la feuille est au passé, l'autre moitié est en frisure. On remarque une particularité sur ces broderies, l'absence de "paillettes" ou sequin.

 


Vue générale et gros plan d’un gousset porte-épée de général,
1er Empire. On remarque la broderie des feuilles de
chêne symétrique, les deux côtés sont « au passé »,
tandis que la branche est « en frisure de torsade ».
Photographie et collection de l’auteur.

 

BIOGRAPHIE DU GENERAL JEAN MESCLOP.


Né à Bergerac le 2 octobre 1775, il commence sa carrière militaire dans la garde nationale de sa ville, puis comme aide de camp de son oncle, le général Dupuch, le 15 mars 1793. Il intègre l’armée des Ardennes, puis l’armée du Rhin. Admis au traitement de réforme en 1801, on le retrouve en 1803, comme capitaine adjoint inscrit sur le tableau des adjoints à l’état-major général de l’armée. Il est alors à l’état-major du camp de Saint-Omer puis à l’état-major de la 4ème division (Suchet) du 4ème Corps ; à la Grande Armée en 1805-1807, il passe au 5ème Corps avec sa division, il combat à Austerlitz où il est blessé. Il sert à Saalfeld, Iéna et Pultusk. Chef d’escadrons le 26 décembre 1806, il suit Suchet en Espagne en 1808. Nommé chef de bataillon au 103ème de ligne en 1809, il offre sa démission pour ne pas servir dans l’infanterie ! Maintenu chef d’escadrons à l’état-major du 5ème Corps, il passe aide de camp du général Laval au 3ème Corps de l’armée d’Espagne le 1er mai 1810. Adjudant commandant, il réintègre l’état-major de Suchet à l’armée d’Aragon le 15 octobre 1810. C’est là qu’il gagne ses étoiles de général de brigade le 28 janvier 1813 ; à la tête de la 1ère brigade de la 2ème division d’infanterie commandée par le général Harispe, il aura de multiples occasions de se mettre en valeur... Ainsi, le 11 juin, il sabre un millier d’Espagnols à la tête du 4ème régiment de Hussards au combat du Xucar. Puis, il se distingue au combat nocturne du col d’Ordal le 13 septembre 1813, où, à la tête de ses deux régiments, l’épée à la main, il chasse les Anglais de positions redoutables. On le retrouve encore au combat de Molins del Rey le 16 janvier 1814. Il est officier de la Légion d’honneur depuis le 6 août 1811.


Pierre MIGLIORINI, FINS.

 

 


Pour les collectionneurs, nous précisons que ces objets ont été vendus 6000 € hors frais, après la vente pour les épaulettes, et 5800 €, hors frais de 23%.


Bibliographie :

  • Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l’Empire, de Georges Six.
  • Catalogue de la vente Hermann Historica du 9 novembre 2011, expert Vincent Bourgeot.
  • Site du forum Napoléon 1er

  http://www.napoleon1er.org/forum/viewtopic.php?f=31&t=22665