France et Bonaparte dans la mémoire collective maltaise

 

 

Malta University Press vient de publier un nouveau livre en anglais sur la mémoire collective maltaise – France in the Maltese Collective Memory, Perspectives, Perceptions, Identities after Bonaparte in British Malta – de Charles Xuereb. Le livre représente la thèse de doctorat que M. Xuereb a présentée à l’Institut des Études Maltaises de l’Université de Malte.


L'auteur récupère des mémoires de la période française 1798-1800 et applique des théories courantes sur la mémoire collective. Il a recherché des documents dans les archives nationales de Malte, Paris, Londres et l’Italie pour finalement lancer un débat sur l’identité maltaise perçue par des générations diverses et par des perceptions diverses.


Dr Xuereb défie la véracité de ce que l'histoire maltaise a relaté pendant les dernières 200 années de cet événement crucial et la période britannique qui a suivie. Il provoque un débat en examinant et analysant de nouvelles perspectives et des nouveaux arguments.

(À droite) Charles Xuereb, l'auteur du livre anglais

Pendant le lancement du livre en octobre à l’Auberge de Provence – la dernière Auberge des Chevaliers français de l’Ordre de St. Jean à la Valette – des politiciens, des diplomates et des universitaires ont parlé du livre. Pendant qu'un vin d'honneur était servi, un certain nombre de «soldats» du temps de Bonaparte étaient présents en costume d’époque et ont chanté des chansons de l’Armée napoléonienne.

Le premier Ministre Joseph Muscat (à gauche) reçoit l'ouvrage de Charles Xuereb (à droite)


Le ministre maltais de la culture Owen Bonnici a parlé de l’identité culturelle de Malte et il a ajouté : «En tant que ministre de la culture, je suis conscient non seulement des nombreuses activités artistiques engagées toute l’année, mais aussi des ingrédients qui nous font penser comment et pourquoi on fait d’autres choses – artistique ou autres – qui font de nous des citoyens maltais, méditerranéens et européens».


M. l’Ambassadeur de France à Malte, Michel Vandepoorter a mis le point sur le  livre : «L’ambition de cet ouvrage  – qui a d’abord été une thèse couronnée du grand succès qu’elle méritait –  est de réfléchir à la transmission d’une mémoire collective dans l’élaboration de l’identité nationale maltaise. L’ample discussion qui est conduite se fonde sur une grande variété de sources, relatant parfois des épisodes perdus de vue, qui donnent au livre une couleur d’époque et un style vivant. Charles Xuereb utilise ces sources avec la rigueur du chercheur, en replaçant dans leur contexte historique et en relativisant les témoignages plus ou moins contemporains et les narrations souvent intéressantes. Certains textes donnent d’ailleurs tant dans la caricature qu’ils dispensent l’auteur de commentaires et viennent naturellement à l’appui de sa thèse.


Charles Xuereb concentre sa démonstration sur la période difficile où l’archipel maltais, déjà traversé de débats de nature politique, est passé de la domination déclinante de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem à l’irruption des armées et des idées de la Révolution française puis à la longue colonisation britannique. Je suis donc tenté de retenir d’abord de ce livre un nouvel éclairage de ces années 1798 à 1800, période de l’histoire de Malte qui me semble être restée longtemps et délibérément méconnue.


En lisant le livre de Charles Xuereb, j’ai trouvé des éléments de réponse à une question que tous Français amis de Malte se posent : Pourquoi la France, culturellement, politiquement et économiquement si proche de l’archipel à l’époque de l’Ordre (ce que montre bien, parmi d’autres, le récent  ouvrage du Pr Alain Blondy « Malte et Marseille au XVIIIème siècle »), pourquoi la France n’a-t-elle pas la place qui devrait lui revenir dans la mémoire vivante des Maltais et pourquoi est-elle au contraire, devenue pour certains et pour longtemps, une nation quelque peu suspecte ?


Bien sûr notre histoire commune dans les dernières années du XVIIIème siècle a été violente. Outre la manière expéditive avec laquelle le jeune général Bonaparte a cherché à imposer les principes de la Révolution  française aux habitants de l’archipel, peu nombreux à être séduits par les idéaux de 1789, les contreparties à la dévolution de la co-cathédrale  Saint-Jean à l’Evêque de Malte, la remise en cause de l’influence et des revenus de l’Eglise, comme les vols d’objets sacrés par certains soldats, ont choqué le sentiment religieux des Maltais. Surtout, demeure la mémoire des nombreuses victimes que les affrontements lors du blocus, mais aussi la famine et les maladies, ont  fait dans les deux camps puisque près de 40.000 Maltais se trouvaient avec les Français dans La Valette assiégée. Charles Xuereb, à juste titre, dédie son livre à toutes les victimes maltaises.


Une réponse à la question est bien sûr dans ces agissements et excès d’une autre époque. Mais il semble surtout que l’image de la France dans la mentalité maltaise ait été figée, pour longtemps autour de ces événements, occultant d’autres périodes et laissant dans l’ombre les apports plus positifs de ces deux années. L’introduction de principes de droit civil, l’abolition de l’esclavage ou la mise en place d’un enseignement public qui n’a pas été maintenu et dont les Maltais resteront privés pendant plusieurs décennies. On comprend bien l’intérêt, pendant la colonisation, d’imposer une telle image stéréotypée. Mais cinquante ans après l’indépendance n’est-il pas temps de repenser l’histoire, de veiller à ce qu’elle soit fidèlement relatée dans les manuels scolaires ou les spectacles vidéo proposés aux touristes (dont les 120.000 Français qui chaque année visitent Malte) ?


Le remarquable livre de Charles Xuereb fournit tous les éléments et provoque la réflexion en montrant que les Maltais doivent s’approprier davantage leur longue histoire afin d’affirmer pleinement leur identité.
Qu’il soit remercié d’avoir lancé cette discussion.»

 

 

On pourrait commander le livre anglais, dans un format broché brillant, au prix de 40 euros.
ISBN 978-99909-45-78-2
418 pages, portant des images dont certaines en couleur et apparaissant pour la première fois, via Internet chez http://www.bdlbooks.com/ 

 

 

Pour plus d'informations en anglais sur l'ouvrage