L’AFFAIRE DE LIGNY

 

Après avoir lu l’excellent compte-rendu, réalisé par notre ami Jean-Claude Damamme , de ce qu’il convient d’appeler désormais « l’affaire de Ligny », je tenais à joindre ma voix à tous ceux qui sont aujourd’hui frappés d’indignation devant l’affront fait au mouvement culturel napoléonien des « Amis de Ligny », aux soldats belges et français tombés au champ d’honneur à la bataille de Ligny, et aux Français et Wallons en général.

 

Je ne reviendrai pas sur les événements de l’affaire, le lecteur pouvant se référer très utilement aux écrits de Jean-Claude Damamme(*). J’aimerais, par contre, insister sur l’attitude incompréhensible du président du Syndicat d’initiative de Ligny, lequel, ostensiblement, semble vouer une véritable admiration aux armées prussiennes de 1814 – 1815 et à leur généralissime, le dénommé Blücher, de sinistre mémoire. Bien entendu, chacun est libre d’admirer qui il veut. Mais lorsque cette passion s’exerce au détriment de ses propres compatriotes, il y a de quoi se poser des questions !

 

Pour ma part - mais peut-être que je me trompe ? - je vois dans cette attitude l’illustration de ce qui est en train de se passer en Belgique. Depuis quelque temps déjà, les Wallons font l’objet de multiples offenses de la part des Flamands qui cherchent à faire sécession (non sans vouloir que cette séparation se fasse à leur seul profit). Ainsi, dans certaines communes, on interdit aux Wallons d’acheter des terrains à bâtir sous prétexte qu’ils ne parlent pas le flamand. Ce faisant, c’est la langue française qui est attaquée et tout ce qu’elle véhicule de valeurs. On pourrait même parler de francophobie. Le grand pays qu’est la France a été de tous temps jalousé, au point que tout est fait, encore de nos jours, pour rabaisser notre nation en effaçant, d’un seul trait, tout ce qui a contribué à sa grandeur. Or, qui mieux que Napoléon a incarné la magnificence de notre patrie ? En élevant cette dernière jusqu’à des sommets jamais atteints, Napoléon a fait de l’ombre à nos voisins qui ont souhaité, et souhaitent toujours, couper ces branches un peu trop majestueuses. Alors, quand nos amis Wallons perpétuent le souvenir de Napoléon et de ses armées victorieuses, imaginez quelle peut être la réaction de ceux que la France indispose.

Que nos « Amis de Ligny » sachent, cependant, qu’ils peuvent compter sur notre amitié et sur notre soutien indéfectibles. Ils ont également acquis des titres à notre reconnaissance éternelle et, comme le dit si bien cette carte postale imprimée pendant la première guerre mondiale : VAILLANTS BELGES… MERCI !

Pascal Cazottes

 

Le lecteur trouvera ci-après un récit de la bataille de Ligny, laquelle
n’est pas un petit combat anecdotique, comme certains aimeraient
à le faire penser, mais une grande et belle victoire des
soldats français soutenus par leurs frères Wallons.

 

LIGNY

Le 16 juin 1815, à quatre heures du matin, l’Empereur était debout et envoyait l’officier d’ordonnance Bussy à Frasnes, afin d’avoir des nouvelles de son aile gauche. A six heures, il dictait ses ordres à Soult qui les transmettait, à son tour, sans tarder. A Ney, il était prescrit de s’emparer des Quatre-Bras à tout prix et de porter des reconnaissances sur les routes de Bruxelles et de Nivelles. Pour l’aider dans sa tâche, on lui adjoignait la cavalerie de Kellermann. Grouchy devait se diriger sur Sombreffe avec les 1 er, 2 e et 4 e corps de cavalerie. Dans le même temps, on lui confiait le commandement des corps de Vandamme et de Gérard. Le général Mouton, quant à lui, reçut l’ordre de positionner son 6 e corps entre Charleroi et Fleurus. Enfin, Drouot devait se mettre en marche, avec toute la Garde, dans la direction de Fleurus.

Très bientôt, Napoléon reçut de Grouchy des informations indiquant que les Prussiens, venant de Namur, se dirigeaient sur Brye et Saint-Amand.

 

A 11 heures, l’Empereur était à Fleurus où il retrouva Grouchy. Ce dernier ne s’était pas encore décidé à avancer, préférant attendre de nouveaux ordres, au vu des masses ennemies qui se trouvaient devant lui. Blücher se trouvait effectivement à Sombreffe, avec les 30.000 hommes de Zieten, et pouvait compter sur les corps de Pirch I (30.000 hommes) et de Thielmann (24.000 hommes) déjà en approche. Le vieux « housard » avait, de surcroît, demandé à Bülow de venir le rejoindre avec son corps d’armée, mais ce dernier ne put être présent à la bataille.

S’étant installé en haut du moulin de Fleurus, Napoléon observait les mouvements de l’ennemi ainsi que le futur champ de bataille. Celui-ci présentait une ligne allant de Saint-Amand à Sombreffe, en passant par Ligny. L’Empereur était décidé à accepter le combat, de même que Blücher qui, outre sa supériorité numérique, s’attendait à être soutenu par Wellington sur son aile droite (la suite lui prouvera qu’il avait tort d’espérer un quelconque soutien de la part de son allié anglais, lequel sera déjà bien occupé aux Quatre-Bras).

Dès l’arrivée du corps de Gérard, juste après midi, l’Empereur donna ses ordres pour l’attaque : Vandamme, soutenu à sa gauche par la division Girard et la cavalerie de Domon, devait monter à l’assaut de Saint-Amand, alors que Gérard avait pour mission de s’emparer de Ligny, et Grouchy, l’ordre d’opérer un mouvement sur Boignée à la tête des dragons d’Exelmans et de la cavalerie légère de Pajol. En avant de Fleurus, avaient été placés la Garde et les cuirassiers de Milhaud appelés à soutenir la première ligne. Quant à la réserve, elle serait constituée par le 6 e corps de Mouton, requis de rejoindre le champ de bataille au plus vite.

 

En face, les Prussiens, au nombre de 87.000, dont 8.500 cavaliers, attendent les Français de pied ferme. Plusieurs de leurs troupes se sont solidement retranchées dans les villages et les fermes, et 224 pièces d’artillerie s’apprêtent à déverser un flot de fer et de feu sur les assaillants.

Il est 14 heures 30 lorsque l’artillerie de la Garde fait tonner le canon à trois reprises, donnant ainsi le signal de l’attaque.

Vandamme est le premier à s’élancer, sans aucune préparation d’artillerie. Les hommes de Lefol, dont l’objectif est Saint-Amand, avancent sous un déluge de balles et de boulets. Leurs pertes sont terribles, mais rien ne semble pouvoir les arrêter. Arrivés à proximité du village de Saint-Amand, ils se lancent à l’assaut des jardins au pas de charge et en expulsent les défenseurs prussiens à la seule force de leurs baïonnettes. Bientôt, et malgré une résistance acharnée, ils investissent le village et le tiennent, au grand dam de Steinmetz qui essaye vainement de le reprendre avec l’aide de cinq bataillons.

Un quart d’heure après l’attaque de Vandamme, c’est au tour de Gérard de passer à l’action. Ligny montre l’aspect d’un village particulièrement inexpugnable. 9.000 Prussiens, appartenant aux divisions Jagow et Henkel, tiennent la position, protégés par des murs et autres barricades. Ils sont, en outre, soutenus par trente-deux bouches à feu. Contrairement à Vandamme qui a oublié de faire usage de son artillerie, Gérard fait bombarder Ligny par ses vingt-quatre canons. Puis, il lance les divisions Vichery et Pécheux, formées en trois colonnes, à l’assaut de la position. Sous le feu des Prussiens, les hommes de Gérard éprouvent des difficultés à progresser, mais parviennent tout de même jusqu’à Ligny. Le 30 e de ligne, placé en avant de la colonne de droite, réussit l’exploit d’atteindre la place du village. Son incursion sera, toutefois, de courte durée, car, fusillé de toutes parts, il est forcé de battre en retraite après avoir perdu 500 hommes et 20 officiers. La lutte à l’intérieur de Ligny est d’une ampleur et d’une férocité rarement égalées. Soutenus par leur artillerie que sont venues renforcer plusieurs batteries de la Garde, les soldats de Gérard commencent à prendre le dessus sur leurs adversaires qu’ils repoussent jusqu’à l’église du village. Dans les rues de Ligny, le combat tient davantage du carnage, tant on se bat avec acharnement. Ainsi que l’a rapporté un officier prussien : « Les hommes s’égorgeaient comme s’ils avaient été animés d’une haine personnelle. Il semblait que chacun vit dans celui qui lui était opposé un mortel ennemi, et qu’il se réjouît de trouver l’occasion de se venger. Personne ne songeait à fuir ni à demander quartier. » Après une hécatombe des deux côtés, les Français prennent enfin le dessus, mais la lutte continue.

A 15 heures 15, Napoléon, qui s’est rendu compte qu’il avait affaire à presque toute l’armée prussienne, envoie un ordre à Ney, lui demandant de venir tomber sur l’aile droite des Prussiens. Pour avoir entendu tonner son canon, il sait que son maréchal est déjà aux prises avec l’Anglais, mais il pense qu’il lui sera possible de détacher une partie de ses troupes. Dans la même optique, il fait parvenir une dépêche à Drouet d’Erlon, ordonnant à ce dernier de se porter sur la droite des Prussiens. Avec l’apport de renforts, l’Empereur aura l’opportunité d’écraser l’armée de Blücher une bonne fois pour toutes.

En attendant, il demande à sa gauche de faire un effort, et, à 16 heures, Girard s’élance, à la tête de sa division, sur Saint-Amand-le-Hameau et Saint-Amand-la-Haye. L’attaque de Girard remporte un plein succès, au point qu’il menace maintenant l’aile droite ennemie. S’étant aperçu du danger, Blücher envoie deux divisions et la cavalerie de Jürgass contrer l’aile gauche française. Dans le même temps, il charge Thielmann de fixer l’aile droite française commandée par Grouchy. A Saint-Amand et Saint-Amand-la-Haye, les Prussiens, encouragés par Blücher, livrent un combat sans merci, mais échouent dans leur tentative de reprendre ces deux positions. Les 4.500 hommes de Girard ne leur ont pas cédé un seul pouce de terrain, au prix du tiers de leurs effectifs et de leur brave général, tombé au champ d’honneur. Plus à gauche, à Saint-Amand-le-Hameau, les Prussiens sont également repoussés par la division Habert jusqu’au village de Wagnelée, et leur cavalerie mise en déroute par celle de Domon.

A 17 heures 30, alors que Gérard épuise ses réserves et que Vandamme réclame des renforts à corps et à cris, Napoléon décide de porter un coup décisif en faisant intervenir sa Garde. La jeune Garde de Duhesme est envoyée au secours de Vandamme, tandis que la vieille Garde et les cuirassiers de Milhaud manœuvrent pour se porter sur la droite de Ligny. A la vue des bonnets à poil, les soldats de la ligne engagés dans de furieux combats font éclater leur joie aux cris de « Vive l’Empereur ! ». Napoléon se doit, pourtant, d’arrêter la marche de sa Garde sur Ligny. Des colonnes ont, en effet, été signalées sur la gauche de Vandamme. Ne sachant s’il s’agit de Français ou d’Anglais se portant au secours de Blücher, l’Empereur juge plus prudent d’attendre d’être renseigné sur ces troupes que l’on aperçoit dans le lointain, avant d’engager ses précieux bataillons. Pendant ce temps, Blücher mène en personne une vive contre-attaque sur Saint-Amand. Le corps de Vandamme est sur le point de lâcher prise, lorsque Duhesme intervient à la tête de sa Jeune Garde. L’infanterie prussienne est culbutée et refoulée au-delà de Saint-Amand. Quant à la cavalerie de Jürgass, il s’en faut de peu pour qu’elle ne soit complètement exterminée par les lanciers de Colbert venus soutenir les chasseurs de Domon.

Enfin rassuré sur la nature des colonnes qui approchaient sur notre gauche (il s’agissait du corps de Drouet d’Erlon), Napoléon peut enfin lâcher sa Garde sur Ligny, mais avec deux heures de retard. L’orage menace au moment où les vieilles moustaches partent à l’assaut aux cris de « Vive l’Empereur ! » et « Pas de quartiers ! ». Arrivés à Ligny, sous une pluie battante, nos grognards traversent les rues jonchées de cadavres et de blessés. Avec le soutien des hommes de Gérard, ils ont tôt fait d’expulser du village jusqu’au dernier Prussien. A la sortie de Ligny, les bataillons se reforment avant de poursuivre leur marche en avant. La cavalerie prussienne se rue alors sur les grenadiers de la Garde qu’elle confond avec des soldats de la garde nationale. A la sommation qui leur est faite de se rendre, nos grenadiers répondent par une formation en carré, véritable forteresse vivante qui foudroie les escadrons ennemis. Suivi par les autres bataillons de la Garde et les soldats de Gérard, le carré s’avance inexorablement, couvrant la terre d’hommes et de chevaux abattus à bout portant. Pour compléter le malheur de la cavalerie ennemie, les cuirassiers de Milhaud effectuent charge sur charge. Averti de l’attaque française, Blücher se précipite vers Ligny. Il arrive juste à temps pour regrouper ses hommes qui commençaient à reculer dans la plus grande confusion. En extraordinaire meneur d’hommes qu’il est, Blücher parvient à insuffler un nouvel élan à ses troupes. Ses cavaliers, les uhlans de Brandebourg, le 1 er dragons, les dragons de la Reine et le 2 e landwehr, se lancent dans des charges effrénées. A chaque fois, pourtant, ils sont repoussés par la cavalerie de la Garde et les escadrons de Milhaud. Toute tentative pour arrêter l’avance des Français se soldant par un échec, Blücher se met lui même à la tête de sa cavalerie et l’entraîne dans une ultime charge. Malgré la présence de leur chef, les cavaliers prussiens reçoivent la même punition et se voient forcés de fuir devant nos braves cavaliers. Dans la poursuite qui s’ensuit, le cheval du feld-maréchal est atteint d’un coup de mousquet. Au lieu de tomber, le destrier part au galop pour s’effondrer quelques centaines de mètres plus loin, raide mort. La chute est terrible pour Blücher qui se retrouve prisonnier sous le corps de son cheval. Nostiz, son aide de camp, saute aussitôt à terre. Il a sorti son épée, prêt à mourir aux côtés de son généralissime. Car voilà que fondent sur eux plusieurs escadrons de cuirassiers. L’obscurité étant déjà présente, les cavaliers de Milhaud passent à côté du feld-maréchal sans même le voir. Après leur passage, Nostiz fait signe à quelques dragons prussiens qui cherchaient leur généralissime. En moins de deux, ils dégagent Blücher de dessous son cheval et courent le porter à l’abri. Le feld-maréchal est contusionné, mais sauf. Si Blücher avait été capturé - et il y avait de grandes chances pour que cela arrive - le cours des événements s’en serait trouvé bouleversé et on peut se demander si la bataille de Waterloo aurait seulement eu lieu.

Le centre prussien étant forcé de battre en retraite, les deux ailes ennemies adoptent le même mouvement.

Restant maîtres du champ de bataille, les Français pouvaient enfin savourer leur victoire. Ils avaient perdu plus de 8.000 hommes, mais avaient infligé des pertes bien supérieures aux Prussiens qui laissèrent 15.000 hommes sur le terrain, 40 canons et 8 drapeaux et étendards. Le bilan, du côté prussien, fut même aggravé par la perte de 10.000 autres soldats, en fuite sur Liège. Néanmoins, l’armée prussienne n’était pas détruite. Avec le corps de Bülow qui n’avait pu participer à la bataille, ses effectifs s’élevaient encore à 90.000 hommes. Il en aurait peut-être été autrement si le corps de Drouet d’Erlon était arrivé à temps, mais celui-ci n’atteignit Wagnelée que très tard dans la soirée. La logique de guerre voulait également que l’on poursuive l’ennemi en retraite. Cependant, Napoléon répugna à lancer une poursuite générale dans la nuit, se contentant d’envoyer Monthion à la tête de quelques escadrons, et plusieurs heures après la fin des combats.

 

Le résultat de la bataille de Ligny restait tout de même positif.

 

Pascal Cazottes

 

 

 

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