Pèlerinage de Ben Weider
au 60 ième anniversaire
du Jour J

par le Président Ben Weider

 

 

 

Du 4 au 12 juin 2004, j’ai effectué, en compagnie de mon fils Eric, un pélerinage en Normandie et autres champs de bataille célèbres, à bord d’une croisière organisée par le Muséum National du Jour J de la Nouvelle Orléans, pour nous permettre d’assister au 60 èmeanniversaire du débarquement en Normandie, en présence des chefs d’Etat de l’Europe et de l’Amérique du Nord, dont le président Bush, le président Chirac et la reine d’Angleterre. Pour la première fois, le chancelier allemand était associé à cette commémoration. Nous étions nombreux à penser que nous vivions la dernière grande célébration de cet évènement historique avec la participation d’un aussi grand nombre de vétérans de la seconde guerre mondiale. Douze des seize millions d’entre eux ont déjà disparu…

Notre navire quitte Londres le vendredi 4 juin après-midi. Tôt le 5 juin au matin nous sommes en vue de la côte normande. En longeant les plages du jour J qui portent à jamais les célèbres noms codes de Utah, Omaha, Gold, Juno et Sword, nous bénéficions, du récit des opérations de la bouche même des derniers survivants. Quelle chance extraordinaire de les entendre en même temps que nous observons les plages depuis la mer !


Le président George W Bush prononce une allocution historique lors du 60 ème anniversaire
du Jour J. Il s’entretient ensuite avec plusieurs vétérans de la seconde guerre mondiale
dont une brève conversation avec l’un d’eux Ben Weider, membre de la Légion d’Honneur.

Après la côte normande, le navire se dirige sur la ville historique de Caen (célèbre depuis que Guillaume le Conquérant y bâtit un important château fort en1066), objectif prioritaire des forces britanniques et canadiennes. Il fallut six semaines de combats acharnés pour s’emparer de la ville. En remontant le canal conduisant à Caen, nous passons à Pegasus Bridge où se déroula le premier engagement du débarquement. Parachutée et transportée par planeurs, la 6 ème division aéroportée britannique y mena une audacieuse opération visant à s’emparer des ponts importants afin de couvrir le flanc est de la zone de débarquement.


Le président français, Jacques Chirac s’adresse également aux vétérans
de la seconde guerre mondiale et trouve le temps de s’entretenir avec Ben Weider.

Placée sous le thème de l’Histoire, la croisière comporte nombre de conférences (au moins deux par jour), prononcées dans l’enceinte du théâtre du navire par des historiens de renom, parmi lesquels John Keegan et Ron Drez. D’autres personnalités interviennent également, dont Andy Rooney, de « TV. Show 60 minutes ». Nous étions très chanceux pour avoir également une conférence de vicomte David Montgomery. Il est le seul fils du Général célèbre anglais Bernard L. Montgomery, souvent connu simplement sous le nom de "Monty".


Ben Weider avec le vicomte David Montgomery of Alamen. C’est le fils unique du célèbre
général anglais L.Montgomery, surnommé «Monty ».

A l’escale de Caen, nous recevons à bord la visite de mon grand ami Gérard Dupuis. Gérard est un membre éminent de la Société Napoléonienne Internationale et je suis très heureux de le rencontrer. La présence de 15 leaders mondiaux aux cérémonies du 60 ème anniversaire occasionne de sévères mesures de sécurité. Gérard se procure des autorisations auprès du maire de Caen pour nous faciliter une promenade à travers cette belle cité, avec un arrêt dans un café.

Lors de notre promenade en ville se déroule une marche anti Bush et anti USA. Environs 1000 manifestants brandissent des pancartes portant l’inscription « Bush est un assassin ! ». Un journaliste français m’approche et me demande mon opinion sur cette manifestation. Je lui réponds que ces jeunes gens ne comprennent pas que sans les Etats-Unis d’Amérique ils parleraient aujourd’hui allemand. Le journaliste m’écoute attentivement et note mes propos.


Au château de Balleroy en Normandie, avec le général français Franceschi (2 ème à partir de la gauche), commandeur de la Légion d’Honneur, général de Corps d’Armée (4 étoiles) en 1990. Figurent également mon ami Gérard Dupuis (2 ème à partir de la droite), mon fils Eric (1 er à droite), Robert Forbes (au centre), propriétaire du château, et la charmante Josy Delarue (1 ère à gauche).

Le 6 juin nos quittons le navire dès 6 heures du matin pour assister aux cérémonies du 60 ème anniversaire au cimetière américain d’Omaha-Beach. Au cours du trajet, notre car est arrêté et fouillé trois fois à des points de contrôle de sécurité. Le parcours dure ainsi près de trois heures entre Caen et Colleville sur Mer, localité où se trouve Omaha-Beach. En temps normal, 30 à 40 minutes suffisent !

A notre arrivée au cimetière, nous apercevons une foule de quelques 10 000 vétérans et invités. Devant l’estrade où doivent prendre place les officiels et être prononcés les discours, se trouvent des centaines de rangées de chaises installées sur un espace dépassant deux stades de football. A peine ai-je le temps de m’inquiéter de notre positionnement que je suis propulsé au premier rang. Apercevant la médaille de la Légion d’Honneur (plus haute décoration française), que j’arbore sur la poitrine, un officier français me signifie que le premier rang est réservé aux membres de la Légion d’Honneur.

Je me retrouve ainsi à dix pas de l’endroit où le chef du monde libre, le président Bush, va prononcer son allocution historique.

Après leurs adresses à la foule, les présidents Bush et Chirac descendent de l’estrade et viennent serrer la main aux invités du premier rang. Je ressens alors une immense fierté et je n’oublierai jamais cette occasion de leur parler à tous deux.


Le lieutenant-colonel Ben Weider photographié sur le bateau de croisière « Silver Cloud »,
transportant les vétérans de la seconde guerre mondiale, à l’approche de la ville de Caen.


La pointe du Hoc, une des positions allemandes les plus difficiles à conquérir. Les rangers
américains débarquèrent au pied de la falaise et l’escaladèrent avec des grappins.

Notre périple sur les champs de bataille de Normandie se poursuit le 7 juin. De nouveau très tôt sur la brèche, nous arpentons toute la journée les zones des premiers combats. Nous marquons un temps d’arrêt à Omaha-Beach et son sanglant secteur de « Dog Green », où tant de jeunes hommes furent tués sur la plage (cette séquence de la bataille d’Omaha-Beach est bien illustrée dans les 20 premières minutes du film « Il faut sauver le soldat Ryan »). Observant de jeunes couples déambulant sur la plage, je suis consterné par le fait qu’ils ne semblent pas conscients de ce qui s’est passé sur le sable qu’ils foulent. Aujourd’hui tout respire la paix, mais il y a 60 ans c’était un champ de mort battu par les feux terribles des mitrailleuses et canons allemands.


Blockauss allemand dominant le secteur « Dog Green » d’Omaha. D’après les vétérans,
ces blockauss furent la cause première de l’hécatombe.


Vue de la plage d’Omaha depuis le blockauss allemand WN 73. De cette position,
les allemands purent prendre toute la plage en enfilade.

Le 8 juin, notre bateau quitte Caen et met le cap sur la belle ville française de Rouen. C’est dans cette cité historique que Jeanne d’Arc fut brûlée vive. Au lieu de visiter la ville avec notre groupe, mon fils et moi préférons louer un taxi pour nous rendre à Dieppe. En 1942, mon régiment participa, avec 5000 fantassins canadiens, à un raid sur cette ville, première tentative d’invasion de la « forteresse Europe » d’Hitler. L’opération tourna au désastre. De nombreuses et inappréciables leçons en furent tirées pour épargner un nombre incalculable de vies lors du débarquement en Normandie deux ans plus tard. Mais en cette circonstance, les canadiens perdirent 80% des leurs (tués, blessés et prisonniers). J’éprouve une forte émotion à me trouver sur la plage et dans le cimetière où combattirent et moururent les camarades avec lesquels je m’étais entraîné.


Avec mon fils Eric sur la plage de Dieppe où, 62 ans auparavant débarquèrent nombre
de mes camarades du Tank Regiment. Beaucoup furent tués ou faits prisonniers. A l’instar
des plages de Normandie, celle de Dieppe ressemble aujourd’hui à une belle plage touristique.
Il y a 62 ans, ce fut un champ de mort (voir ci-dessous).


La plage de Dieppe en août 1942. Cette photo fut prise à l’endroit où nous nous tenons Eric
et moi sur la photo précédente. Si vous observez attentivement, vous pouvez apercevoir
le sommet des falaises en haut à gauche.


Ben Weider au cimetière de Dieppe où sont enterrés un grand nombre de soldats canadiens,
parmi eux beaucoup de ses camarades et amis.

Ce soir là, à l’arrière du bateau, se déroule une cérémonie particulière en l’honneur des vétérans de la seconde guerre mondiale dont je fais partie. Je suis bouleversé de me trouver en compagnie de ces braves qui ont, comme moi, servi leur pays et participé à la défaite de la machine de guerre nazie.


Ben Weider et ses collègues recevant la médaille spéciale des vétérans du Muséum du Jour J.

Le 9 juin, nous atteignons le port belge d’Ostende, non loin de la ville historique de Bruges. Eric et moi optons pour une tournée à Ypres, champ de bataille de la première guerre mondiale. Durant ce conflit, cette portion du front se déplaça rarement de plus de cinq miles de part et d’autre du front, et plusieurs centaines de milliers de jeunes hommes y furent tués. C’est également dans ce secteur que le lieutenant-colonel canadien John McCrae déploya un hôpital de campagne et y composa le célèbre poème « In Flanders Field ».


« Le pont trop loin » d’Arnheim, Hollande. Le but de l’opération « Market Garden » était de
s’emparer de trois points importants. Deux furent conquis sauf celui-ci qui lui ressemble.

Les deux derniers jours de notre voyage nous conduisent à la ville hollandaise d’Amsterdam. Après une visite en bateau de cette extraordinaire cité aquatique, nous nous rendons sur les lieux des combats de l’opération « Market Garden », si bien décrite dans le film « Un pont trop loin ». Idée du général Montgomery, cette audacieuse entreprise jeta quelques trente mille parachutistes britanniques et américains derrière les lignes allemandes. Leur objectif était de s’emparer d’une succession de trois ponts enjambant plusieurs fleuves importants, dont le pont sur le Rhin à Arnheim, que l’on dénomma « le pont trop loin ».


Le lieutenant-colonel Ben Weider et son fils Eric avec le sergent Bill Fulton l’un des
quelques 600 parachutistes britanniques engagés à Arnheim. Blessé, il fut fait prisonnier
et interné dans un camp pendant neuf mois.

Parallèlement à l’action des parachutistes, une forte colonne blindée devait percer les lignes allemandes en profitant de la conquête des ponts par les parachutistes. Le succès des chars aurait porté un coup direct au cœur de l’Allemagne, laissant espérer la fin de la guerre pour Noël 1944. Malheureusement, Montgomery ne tint pas compte des renseignements indiquant la présence de deux divisions blindées allemandes au repos dans la région d’Arnheim, après leurs durs combats de Normandie. Suite au retard pris par la colonne blindée dans sa tentative de percée, la 1 ère Division aéroportée britannique, faiblement armée, se trouva encerclée par les chars allemands. Après une semaine de combats courageux, 2000 hommes seulement sur 10 000 parvinrent à s’échapper.

Mon fils Eric et moi avons fait de nombreux voyages ensemble durant des années, mais aucun sans doute ne fut aussi marquant que ce dernier. Il est difficile de trouver les mots pour traduire la profondeur des sentiments que j’ai ressentis au cours de la visite de ces lieux historiques où de braves et jeunes hommes consentirent au sacrifice suprême pour la sauvegarde de nos libertés. Il est de la plus haute importance de ne jamais les oublier, à la fois pour honorer leur mémoire et nous souvenir du prix de la Liberté et du coût de la guerre.



La lettre suivante a été envoyée à Ben Weider par son excellence Juan Antonio Samaranch, président honorifique pendant la vie, le Comité Olympique International (COI) ...