Que valent les papiers de la famille Bonaparte avant son élévation ?

Jean Defranceschi

Directeur de recherche au C.N.R.S.

 

La réponse se trouve dans la correspondance de Napoléon en cours de publication. Dans la lettre à Joseph Fesch du 10 (février ou mars) 1790, Bastia, par exemple.

La fausseté de cette lettre saute aux yeux de quiconque prend simplement le temps de la lire à la lumière des travaux sur la Corse, c’est-à-dire le milieu social et national auquel elle se réfère. En effet, quelle autre explication trouver à l’intitulé « Monsieur le vicaire général », lorsqu’on sait que ce titre n’existait pas dans le diocèse d’Ajaccio avant la Révolution et qu’il fut introduit en application de la constitution civile du Clergé votée seulement le 12 juillet 1790, c’est-à-dire trois mois après l’envoi supposé de cette lettre. Fesch était alors archidiacre de la cathédrale d’Ajaccio ; il le demeura jusqu’au 26 décembre 1790, date à laquelle le chapitre fut supprimé.

A partir de ce moment, le futur cardinal des Gaules redevenu un simple abbé parmi les autres, ne fut plus qu’un membre de la municipalité d’Ajaccio engagé dans le mouvement révolutionnaire. Nous le voyons intervenir comme tel, le 27 février 1791, pour entraîner les religieux de la ville, et par delà du district d’Ajaccio, à prêter le serment à la Constitution.

Il faut attendre non seulement l’élection de l’évêque constitutionnel en la personne d’Ignazio Francesco Guasco, retardée jusqu’au 8 mai 1791, mais encore sa consécration par l’archevêque d’Aix, son retour en Corse, et la mise en place du nouvel évêché, pour voir Fesch accéder à cette fonction, le 27 septembre 1791, c’est-à-dire dix-huit à dix-neuf mois après l’envoi de la lettre en question.

A partir de ce moment, le nom de Joseph Fesch est toujours accompagné du titre de vicaire général pour le district d’Ajaccio. La date de cette lettre n’est pas certaine. Peut-être, mais il est impossible de la modifier, sans remettre en cause tout le reste… (Voir « Napoléon Bonaparte – Correspondance générale -Tome Ier : Les Apprentissages 1784-1794 », Paris, Fayard, 2004, p.84).

 

Jean Defranceschi, Directeur de recherche au CNRS a fait toute sa carrière à l’Institut d’Histoire de la Révolution Française (Faculté des Lettres, Paris I, Sorbonne). Il a une thèse de 3 ème cycle sur La Corse française du 30 novembre 1789 au 30 juin 1794 de l’Université Paris I, Sorbonne et un doctorat d’état sur Recherche sur la nature et la répartition de la propriété foncière en Corse de la fin de l’ancien régime au milieu du XIXème siècle de l’Université Paris I, Sorbonne.

Il est membre de la Société des Etudes Robespierristes (Sorbonne), de l’Institut Napoléon et de l’International Napoleonic Society.

Il est auteur de 45 publications dans des revues scientifiques, auteur de 5 livres et co-auteur du Dictionnaire Napoléon. Il a participé à divers congrès internationaux tant en France qu’à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, ainsi qu’à diverses émissions de télévision en France et aux Etats-Unis. Il est aussi l’auteur de nombreux articles de presse. Il a aussi contribué à la collection « Patrimoine du Pays ajaccien ».

 

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