GÉNÉRAL MICHEL FRANCESCHI

LES " MASSES DE GRANITE" DE L’HISTORIOGRAPHIE NAPOLÉONIENNE

SOCIÉTÉ NAPOLÉONIENNE INTERNATIONALE


Ce livret a été achevé quelques jours
avant le décès du très regretté
président Ben Weider.
Il est entièrement dédié à sa mémoire.

 


TABLE DES MATIÈRES

I - LES FANTÔMES DE L’HISTORIOGRAPHIE NAPOLÉEONIENNE

1 – LA CALOMNIE DU GUERRIER ASSOIFFÉ DE SANG
2 – L’AFFABULATION DU CONQUÉRANT INSATIABLE
3 – LE PONCIF INOXYDABLE DU DESPOTE MÉGALOMANE

II–LES "MASSES DE GRANITE" DE L’HISTORIOGRAPHIE NAPOLÉONIENNE

 


PRÉFACE DU DOCTEUR BEN WEIDER
PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ NAPOLÉONIENNE INTERNATIONALE

Avec ce nouvel essai, le général Michel Franceschi, notre Conseiller Historique Spécial, change radicalement d’échelle. Ses précédentes chroniques napoléoniennes ont constitué des coups de projecteurs sur des questions précises, tels le 13 Vendémiaire, la campagne d’Égypte, le 18 Brumaire, l’affaire du duc d’Enghien, Austerlitz et Napoléon et les Juifs.

Dans le présent livret, il embrasse l’ensemble de l’historiographie napoléonienne en une synthèse ramassée, lumineuse et convaincante. Il s’agit en fait d’une introduction générale à l’histoire de Napoléon.

Mine de rien, le général Franceschi nous livre ici un remarquable précis pédagogique, clé d’une saine lecture de cette page incomparable de l’histoire de France. Tous ceux qui aspirent à se libérer de la dictature d’une pensée unique historiquement correcte y trouveront un précieux guide de réflexion.

Reprenant avec panache le flambeau d’éminents historiens oubliés, il fustige sans ambages les contresens, mensonges et calomnies qui falsifient aujourd’hui l’histoire de Napoléon.

Après avoir traqué ce qu’il appelle « les fantômes » qui hantent l’esprit de trop d’historiens prenant leurs désirs pour des réalités, il fait émerger d’une analyse au scalpel les fondements indiscutables d’une histoire sérieuse de Napoléon.

Aux procès d’intention qui polluent la mémoire du grand homme, il substitue les implacables réalités du moment, attisées par tous les nostalgiques d’un monde révolu.

Il replace l’épopée napoléonienne dans le cadre de l’affrontement idéologique impitoyable dans lequel a dû se battre héroïquement une France pionnière des droits de l’homme et de la souveraineté du peuple.

Confrontée presque sans discontinuité durant vingt cinq ans à la meute haineuse de tous les conservatismes politiques et sociologiques, la geste napoléonienne, portée par toute une Nation enthousiaste, est en fait l’accouchement dans la douleur du monde moderne.

Un style limpide et précis comme à l’accoutumée rend facile et agréable la lecture de cet ouvrage majeur. Une riche et pertinente iconographie en illumine les pages.

En définitive, cet essai magistral constitue la quintessence de la pensée historique de la Société Napoléonienne Internationale.

Aussi ai-je à cœur une fois encore de complimenter et de remercier chaleureusement le général Franceschi pour cette nouvelle contribution déterminante à la connaissance de Napoléon.

 


À tout seigneur tout honneur, le titre de ce livret emprunte à Napoléon lui même l’expression " masses de granite ", utilisée pour exprimer la solidité de son œuvre civile.

La France de la Révolution et de l’Empire a résisté durant 23 ans à 7 coalitions armées, fomentées par les conservateurs de l’ordre moyenâgeux en place. À leur grand dam, la chute de l’Empire a provoqué le surgissement d’une fabuleuse légende planétaire, triomphe posthume de Napoléon. Ses ennemis héréditaires ont alors entrepris une huitième coalition littéraire et médiatique visant à anéantir sa réputation. Pour paraphraser Clausewitz qui a écrit que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », ils conçoivent l’histoire comme la continuation de la guerre par d’autres moyens.

C’est ainsi que depuis la fin du second conflit mondial a été concoctée une histoire convenue, quasi officielle, fondée sur le dénigrement systématique de Napoléon.

Jules Michelet
1798-1874

Nos recherches historiques nous ont révélé qu’une profonde injustice frappait la mémoire du grand homme, souvent diffamé, parfois injurié. Aussi, avons-nous cru de notre devoir de revêtir la robe de l’avocat pour défendre sa cause devant le tribunal de l’histoire.

Nous commencerons par appeler à la barre des témoins deux personnages de renom.

Le premier est le célèbre Jules Michelet, dont le témoignage a d’autant plus de valeur qu’il émane d’un féroce détracteur de Napoléon.

Il s’exprime ainsi : « Napoléon est certainement le plus difficile de l’Histoire, le plus obscur en plein soleil par la quantité des mirages et des fausses lueurs qui ont égaré les esprits ».

Cet aveu de Michelet n’insinue-t-il pas que l’histoire convenue de Napoléon n’est qu’un trompe-l’œil ? Soulignons les expressions « mirages », « fausses lueurs » et « égarements des esprits ». Cette honnête et édifiante confession de Michelet révèle les graves dérives dont est victime l’histoire de Napoléon.

Notre second témoin, Fustel de Coulanges, chantre de la rigueur intellectuelle, sera notre expert en historiographie.

Fustel de Coulanges
1830-1889

Sa déposition est sans appel : « Les historiens étrangers les plus hostiles à Napoléon n’ont pas besoin d’inventer des calomnies et des injures, ils n’ont qu’à copier les nôtres. »

Prenant au mot Michelet, nous sommes allés au fond des choses et nous sommes livrés à un numéro d’exorcisme des « mirages » trompeurs de cette période déterminante de l’histoire de France. Nous avons ainsi débusqué les fantômes qui hantent l’histoire de Napoléon, érigés en dogmes à force d’être martelés par des manuels d’enseignement et des historiens engagés. Nous avons de la sorte extrait du halo des « fausses lueurs » qui les masquent et « égarent les esprits » les données incontournables de l’historiographie napoléonienne.

La remise en cause de maintes idées reçues qui va suivre ne va pas manquer d’en surprendre plus d’un. Notre témérité à braver un courrant historique établi, politiquement correct, ne cherche ni effet d’annonce ni même originalité. Notre démarche s’inscrit tout bonnement dans la lignée de grands historiens aujourd’hui oubliés, tels Arthur Lévy, Albert Sorel, Édouard Driault, Paul de Cassagnac, Louis Madelin, Octave Aubry, Frédéric Masson, André Latreille, et bien d’autres encore. Autant de confrères étrangers leur tiennent compagnie. Que tous trouvent ici notre respectueux hommage.

 

I - LES FANTÔMES DE L’HISTORIOGRAPHIE NAPOLÉONIENNE

 

Nous en avons identifié trois principaux :
- La calomnie du guerrier assoiffé de sang.
- L’affabulation du conquérant insatiable.
- Le poncif inoxydable du despote mégalomane.

Dans le volume de cet opuscule, nous ne pouvons que nous limiter à l’essentiel, renvoyant occasionnellement le lecteur à d’autres textes.

1 – LA CALOMNIE DU GUERRIER ASSOIFFÉ DE SANG

 

La paix est le premier des besoins et la première des gloires. »

Ainsi s’exprime Bonaparte dès son accession au pouvoir dans une lettre adressée au roi d’Angleterre George III. Cette noble maxime constitue la quintessence de toute la politique de Napoléon Bonaparte.

C’est sous les traits d’un « ogre Corse » assoiffé de sang que l’on présente fréquemment Napoléon.

Il n’a cessé de se défendre lui-même de cette accusation jusqu’à son dernier souffle à Sainte-Hélène : « M’accusera-t-on d’avoir trop aimé la guerre ? Un historien montrera que j’ai toujours été attaqué. »

La personnalité abrupte de Napoléon cachait paradoxalement une grande sensibilité qu’il manifestait dans toutes les circonstances de sa vie, particulièrement devant l’horreur des champs de bataille où il n’hésitait pas à dispenser de sa main des soins aux blessés, indifféremment amis ou ennemis. Les témoignages les plus divers attestent cette disposition de sa nature profonde, dont celui de Laure Junot, duchesse d’Abrantès, qui l’a côtoyé longtemps dans sa vie quotidienne : « Qui n’a pas vu Napoléon sous l’influence de ses émotions intérieures, causées par des peines ou des joies domestiques, ne l’a pas connu comme il devrait l’être ».

Écoutons cette confidence de l’Empereur faite à Roederer : « Il y a en moi deux hommes distincts : l’homme de la tête et l’homme du cœur. Dans mon intérieur, je suis l’homme du cœur. »

Napoléon a été traumatisé à jamais par les atrocités de la Révolution, notamment l’insoutenable massacre des gardes suisses aux Tuileries dont il a été le témoin impuissant le 10 août 1792. Il a contracté ce jour-là une farouche allergie à toute forme de violence populaire incontrôlée et à tout système de gouvernement extrémiste.

Nous connaissons maints exemples de sa sensibilité d’âme. Il ne cessera de montrer un écoeurement non feint au spectacle insoutenable des champs de bataille après la bataille. À Austerlitz, il exprimera la profonde souffrance qu’il éprouve à la mort de tant d’humbles soldats, indifféremment français ou ennemis. « Puisse tant de malheur retomber enfin sur les perfides insulaires qui en sont la cause. »

Son horreur de la guerre lui a fait commettre au moins à trois reprises une même grave faute stratégique. À Wagram, à la Moskova, et après Bautzen, en dépit des objurgations de ses maréchaux, il renonce à la poursuite du vaincu pour arrêter l’effusion de sang. « Assez de sang versé ! », s’exclame-t-il après Wagram. En ces trois circonstances, il a sciemment contrevenu à son immuable but de guerre consistant à anéantir l’armée de l’ennemi pour le dissuader de recommencer la guerre.

NAPOLÉON, UN NON VIOLENT TRÈS MENACÉ

WILLIAM PITT

COMTE D'ARTOIS

GRACE ACCORDÉE À MME DE POLIGNAC POUR SON MARI
COMPLICE DE TENTATIVE D’ASSASSINAT SUR SA PERSONNE

MORT DU GÉNÉRAL LANNES
TABLEAU DE GUÉRIN, MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE VALENCIENNES

En visitant le champ de bataille de l’effroyable boucherie d’Eylau qu’il n’a pu éviter, les larmes qui coulent sur ses joues n’échappent pas au général Billon, témoin qui lui entend dire : « Quel massacre, et pour quel résultat ! Spectacle bien fait pour inspirer aux princes l’amour de la paix et l’horreur de la guerre (…) Un père qui perd ses enfants ne goûte aucun charme de la victoire. Quand le cœur parle, la gloire même n’a plus d’illusions… ».

Les morts au combat de ses généraux Desaix, Lannes et Duroc l’anéantirent durant des heures.

Pendant les Cent-Jours, il s’évanouit d’émotion à la nouvelle du suicide de Berthier, son chef d’état-major de toujours qui l’a pourtant abandonné sinon trahi. Il éprouve un immense chagrin de ne pas retrouver au retour de l’île d’Elbe son fils de quatre ans, le tragique Aiglon, qu’on lui a inhumainement ravi. Il s’efforce de n’en rien laisser paraître, mais Carnot le surprend en larmes devant le portrait de l’enfant. Il ne lui vient d’ailleurs pas à l’esprit de tenter de l’échanger contre le duc d’Angoulême qu’il tient à sa merci au même moment dans la vallée du Rhône. Ce procédé de gangster répugne à sa morale. Jusqu’à sa mort, il vivra comme un supplice l’arrachement de son fils à son affection.

Nous n’éluderons pas l’épisode de l’épouvantable massacre de prisonniers ottomans à Jaffa en mars 1799 au cours de la campagne d’Égypte. Consécutive à un affreux malentendu et inéluctable dans un contexte d’affrontement barbare, cette horrible décision s’imposa cruellement à Bonaparte contre sa conscience. Au moins fut-elle prise après une longue concertation de trois jours avec ses généraux (1) .

Alors que ses ennemis du dedans et du dehors se sont acharnés à son élimination physique, Napoléon a toujours repoussé les offres tentantes de tueurs à gages qui l’en auraient facilement débarrassé. Voilà ce qu’il écrit à la troisième personne en marge du mystérieux « Manuscrit venu de Sainte-Hélène » qui lui parvint clandestinement là-bas : « Napoléon n’a jamais commis de crimes. Quel crime eut été plus profitable pour lui que l’assassinat du comte de Lille et du comte d’Artois ? Des aventuriers ont proposé plusieurs fois de s’en charger : cela n’eût pas coûté deux millions. Ils ont été repoussés avec mépris et indignation. Et, en effet, jamais aucune tentative n’a eu lieu contre la vie de ces princes. Des mains accoutumées à gagner des batailles avec l’épée ne se sont jamais souillées par la lâcheté et le crime, même sous le vain prétexte de l’utilité publique, maxime affreuse qui, de tout temps, fut celle des lâches oligarchies, et que désavouent la religion, la civilisation européenne et l’honneur. »
« Rien ne peut autoriser la cruauté, rien ne peut légitimer le crime », a-t-il rétorqué au cynique Fouché qui rapporte cette confession édifiante de Napoléon. « Mon élévation est sans exemple parce qu’elle n’a été accompagnée d’aucun crime de sang » s’enorgueillit-il à Sainte-Hélène !

Napoléon le Corse ne s’est jamais abaissé à pratiquer la « vendetta ». A Tilsitt, où il tenait le tsar à sa merci, il s’est refusé à demander la tête de Pozzo di Borgo, concitoyen passé au service des Russes, bâtissant toute une brillante carrière sur sa haine à l’état pur de Napoléon.

Contrairement à une idée historiquement correcte, Napoléon n’a pas ordonné l’exécution du duc d’Enghien. La gravissime accusation d’assassinat proférée contre lui est parfaitement mensongère. Pourtant, des historiens réputés sérieux - nous pensons en particulier à Jacques Bainville - la valident, ce qui indique combien l’histoire peut céder à la subjectivité, commode euphémisme. Car, pour peu que l’on se penche sur cet événement avec un minimum d’honnêteté intellectuelle, force est d’admettre que Napoléon y est victime d’une grave diffamation et l’histoire d’une grossière manipulation. Le duc d’Enghien a été condamné à mort au terme d’une procédure judiciaire légale. Il a été établi que Napoléon avait la ferme intention de lui accorder sa grâce, mais il a été piégé par les régicides de son gouvernement, notamment Talleyrand, Fouché et Savary, qui ont précipité l’exécution de la sentence pour lui fermer toute tentation de restauration monarchique, à la façon de Monck en Angleterre (2) .. Dans l’esprit de Napoléon, la grâce du duc d’Enghien était une carte maîtresse dans sa politique de réconciliation des Français. Les fripouilles en sommeil de son proche entourage l’en ont ignominieusement privé. Contrairement à ce qui est communément admis, Napoléon n’a pas « avoué » ce « crime » dans son testament. Il a seulement revendiqué la responsabilité de l’arrestation et du procès légitimes du coupable, mais non de son exécution expéditive. Que l’on arrête de s’indigner outre mesure contre cette passation par les armes ! Celles du légendaire maréchal Ney ou du brave Labédoyère devraient soulever d’avantage d’indignation. Eux au moins n’ont jamais combattu contre la France dans les rangs des armées ennemies.

Les criminels sont plutôt à rechercher du côté des ennemis de la France et de leurs collaborateurs français du parti de l’étranger.

On peut affirmer que le cabinet britannique, et Pitt en particulier, ont pratiqué ce que l’on appelle aujourd’hui le crime d’état. Sa volonté criminelle, partagée avec le Comte d’Artois, ne s’est jamais démentie jusqu’à l’empoisonnement de Napoléon à Sainte-Hélène, aujourd’hui scientifiquement prouvé.

Souvenons nous également de l’horrible assassinat du tsar Paul 1er, avec la complicité au moins tacite de son propre fils, le futur Alexandre 1er, parce qu’il était devenu favorable à Napoléon.

Au cours de son règne, Napoléon a accordé maintes grâces à des condamnés à mort et manifesté une indulgence excessive aux traîtres de haut rang de son entourage. Déplorant cette faiblesse, d’aucuns prétendent qu’il aurait fini par triompher s’il avait été réellement sanguinaire. Il en a lui-même convenu à Sainte-Hélène.

Il a préféré abdiquer deux fois pour éviter les flots de sang d’une guerre civile.

Est-il besoin de rappeler que sur le plan intérieur son règne fut une oasis de paix entre la terreur révolutionnaire et la « terreur blanche » de la restauration ?

L’origine du mythe sanguinaire réside dans la succession pratiquement ininterrompue des guerres de l’Empire. Mais un examen rigoureux montre que toutes sans exception ont été imposées à la France nouvelle qu’il fallait abattre coûte que coûte.

Cette thèse de la pensée pacifique de Napoléon a déjà été soutenue dans le passé par les historiens déjà cités. Même le grand historien royaliste Bainville l’a admise (3)

Dès la première campagne d’Italie, Bonaparte montra sa répugnance pour la guerre à outrance. Contrevenant aux instructions du Directoire à ses risques et périls, il s’arrêta aux portes de Vienne dès lors que l’Autriche consentit à l’armistice de Campoformio, limitant ainsi l’effusion de sang.

Dans une lettre célèbre adressée alors à son adversaire l’Archiduc Charles, il l’implore de conclure un armistice : « Monsieur le général en chef (…) cette campagne s’annonce par des présages sinistres. Quelle qu’en soit l’issue, nous tuerons de part et d’autre quelques milliers d’hommes de plus, et il faudra bien qu’on finisse par s’entendre.(…) Quant à moi, si l’ouverture que j’ai l’honneur de vous faire peut sauver la vie à un seul homme, je m’estimerai plus fier de la couronne civique que je me trouverais avoir méritée, que de la triste gloire qui peut revenir des succès militaires ».

UN GÉNIE MILITAIRE ÉPRIS DE PAIX

L’IMMENSE ESPOIR DE LA PAIX D’AMIENS
TABLEAU D’A. DEVOSGES, MUSÉE FREDARIC MASSON

LENDEMAIN D’AUSTERLITZ : LE VAINQUEUR TEND LA MAIN AU VAINCU
TABLEAU D’ANTOINE GROS, MUSÉE DU CHATEAU DE VERSAILLES

RENCONTRE DE NAPOLÉON ET D’ALEXANDRE SUR LE RADEAU DE TILSITT
TABLEAU D’ADOLPHE ROEHN, MUSÉE DU CHATEAU DE VERSAILLES

Plus tard à Austerlitz, à Wagram et à la Moskova, contre l’avis de ses généraux, il interrompra l’anéantissement total de l’ennemi pour la même raison, s’écriant « Assez de sang versé ! ».

Pourtant vainqueur sur toute la ligne, il consentit le 4 juin 1813 au célèbre armistice de dupe de Pleiswitz, en gage d’ultime tentative d’une paix que ses ennemis battus refusèrent, en dépit de toutes ses concessions.

Mais si Napoléon n’a déclaré aucune guerre, il les a presque toutes gagnées, donnant ainsi l’apparence d’un boutefeu. On a sous estimé son admirable œuvre de paix de Premier Consul, signant seize traités ou conventions de paix entre 1800 et 1803.

Durant la même période, il a pacifié la France, réconciliant les Français dressés les uns contre les autres par la Révolution. Il a accordé la « paix des cœurs » aux émigrés repentis, la « paix des braves » aux vaillants Chouans instrumentalisés, et la « paix des âmes » du prodigieux Concordat aux Chrétiens meurtris par les excès antireligieux.

Mais la reprise de la guerre extérieure était inéluctable, en dépit de la bonne volonté pacifique de l’Empereur. Dès son avènement, Napoléon était déjà condamné à la guerre à perpétuité.

La méconnaissance, réelle ou feinte, de cette tragique réalité est à l’origine de toutes les erreurs de jugement sur Napoléon.

La Révolution avait engendré une situation belligène irréductible, ajoutant aux querelles du passé un chambardement politique et social sans précédent.

Toutes les guerres de l’Empire trouvent leur explication dans trois causes essentielles :

1 - la soif de revanche des vaincus des guerres antérieures.

2 - l’implacable et millénaire rivalité franco-britannique pour l’hégémonie mondiale. Bailleur de fonds de toutes les guerres, la prospère Angleterre ne cessa d’être l’âme et le catalyseur de l’hostilité à la France. Entre 1793 et 1815 elle versa aux coalisés 270 millions de francs-or pour alimenter la croisade à outrance contre la France.

3 - et surtout l’inflexible hostilité des monarques absolus de l’Europe au concept de souveraineté du peuple, porté par la France de la Révolution et consacré par Napoléon.

Dès la conférence d’Anvers du 6 avril 1793, lord Auckland avait déclaré au nom de l’Angleterre « qu’il fallait réduire la France à un véritable néant politique ». On ne peut être plus explicite !
Surenchérissant, l’autrichien Mercy-Argenteau a souhaité « écraser la France par la terreur, en exterminant une grande portion de la partie active et la presque totalité de la partie dirigeante de la nation ». Rien que cela ! Son compatriote Thugut a même proposé un effarant partage des dépouilles : à l’Angleterre Dunkerque et les colonies, à l’Autriche la Flandre et l’Artois, à la Prusse l’Alsace et la Lorraine. Une variante insolite consistait à donner l’Alsace et la Lorraine au duc de Bavière, en échange de son duché rattaché à l’Autriche.

Cette haine viscérale des représentants de l’Autriche doit beaucoup à la décapitation par la Révolution de la reine Marie-Antoinette, princesse autrichienne.

La Russie doit se servir en Pologne. Son plénipotentiaire Markov a fort bien résumé le but de guerre des coalisés qu’ils devaient poursuivre avec une implacable détermination jusqu’à Waterloo : « On peut tout se permettre de l’entreprise contre la France. Il faut y détruire l’anarchie. Il faut l’empêcher de reprendre son ancienne prépondérance. Il parait que ces deux objets peuvent fort bien s’exécuter à la fois. Emparons-nous des provinces françaises qui sont à notre convenance (…). Ceci fait, travaillons tous de concert à donner à ce qui restera de la France un gouvernement monarchique stable et permanent. Elle deviendra puissance de second ordre qui ne sera plus redoutable à personne et on fera disparaître de l’Europe le foyer de démocratie qui a pensé embraser l’Europe ».

Ce morceau de bravoure méritait bien une longue citation. Il définit sans détours la vraie nature du conflit en cours : il s’agit du premier affrontement idéologique majeur de l’histoire.

Comment peut-on croire un seul instant au partage des responsabilités dans la rupture de la paix d’Amiens en 1803 ?

Le cabinet britannique déclara la veille avec un cynisme non dissimulé que « La conservation d’une paix qui laisse à chaque nation la liberté de régler à son gré son commerce est une conspiration européenne contre la puissance anglaise. La guerre seule, en nous rendant une navigation exclusive, nous délivre d’une concurrence qui est notre ruine ».

L’ambassadeur de Russie à Londres en 1803, Voronzov, a laissé en ces termes le témoignage édifiant d’un diplomate averti : « Le système du cabinet anglais sera toujours d’anéantir la France comme son unique rivale, et de régner après despotiquement sur l’univers entier.»

L’Empereur Napoléon n’existe pas encore en 1803. Les autocrates européens mentiront effrontément plus tard lorsqu’ils prétendront insidieusement n’en vouloir qu’à la seule personne de l’Empereur Napoléon et non à la France, rêvant naïvement de le couper de son peuple.

Dix années après leur première conférence, la haine des monarques européens ne s’est donc en rien atténuée, bien au contraire. Les monarques de droit divin tremblent plus que jamais sur leurs trônes branlants. Pour sauver leur régime, il leur faut à tout prix extirper « le mal français » à la racine, étouffer une fois pour toutes la Révolution, remettre le peuple français dans le rang afin qu’aucun autre peuple n’ait envie de l’imiter.

Un diplomate chevronné, le comte de Hauterive, exprime alors parfaitement le caractère inexorable de l’affrontement entre l’Europe monarchique et la France nouvelle : « Il faut que l’une tue l’autre. Il faut, ou que la France périsse, ou qu’elle détrône assez de rois pour que ce qui reste ne puisse composer une coalition. La coalition aura détruit l’Empire français le jour où elle l’aura fait rétrograder, car, dans cette marche on ne s’arrête pas. » Paroles prémonitoires…

De 1789 à 1815, la farouche volonté des monarchies européennes d’abattre la France de la Révolution ne se démentira jamais et finira par tourner à l’obsession haineuse, focalisée sur la personne de Napoléon, qualifié de « bête de l’Apocalypse » par Gustave III de Suède. Il se garde bien de faire savoir que la banque d’Angleterre lui paie 12 livres sterling le sang de chaque soldat suédois.

Ni l’instauration de l’Empire avec son faste monarchique, ni l’alliance matrimoniale avec les Habsbourg, n’entameront en rien une hostilité viscérale, ce qui, soit dit en passant, constitue le plus bel hommage républicain rendu au régime impérial.

Au début de 1813, ses ministres Roumiantzov et Nesselrode vont persuader le tsar vainqueur que la « Sainte Russie » est investie de la mission divine de délivrer l’Europe de Napoléon. Ce fanatisme est largement partagé par les autres cours.

Nous n’avons plus à faire à une coalition mais à une croisade contre la France…

Napoléon lui-même s’est un jour écrié : « Si les États-Unis étaient au centre de l’Europe, ils ne résisteraient pas deux ans à la pression des monarchies ».

A partir de 1807, date du Grand Sanhédrin et de l’émancipation des Juifs par l’Empereur devenu pour cette raison « l’antéchrist », vint s’ajouter la haine religieuse et antisémite, culminant au paroxysme dans la guerre d’Espagne, fatale à l’Empire.

Confronté à cette situation inextricable, Napoléon ne cessa de conduire une politique d’évitement des conflits comme l’atteste toute sa diplomatie et que confirment les archives étrangères. À une ou deux reprises, il fut sur le point de renouveler la gageure d’une paix générale comme à Amiens en 1802. Ce ne fut hélas qu’une illusion, notamment à Tilsit. Toutes les forces réactionnaires ne cessèrent de se liguer pour écraser la France nouvelle, comme jadis Rome à l’encontre de Carthage. Delenda Napoleone ! aurait pu être la devise des monarques européens.

Trois ans après sa déportation à Sainte-Hélène, leur haine pour Napoléon demeure intacte au congrès d’Aix la Chapelle : « Napoléon c’est la Révolution concentrée en un seul homme » proclament-ils !

L’incomparable génie militaire de Napoléon ne servit qu’à retarder l’échéance.

Son génie militaire, justement, participe directement à l’entretien du mythe guerrier. Paradoxalement, les défenseurs de Napoléon eux-mêmes ont contribué à renforcer l’idée fausse du guerrier insatiable en exaltant outrancièrement la gloire militaire de la Grande Armée. Puisque ce grand capitaine remporta victoire sur victoire, il ne pouvait point ne pas aimer l’odeur de la poudre.

Nous verrons plus loin ce que vaut ce raccourci sommaire, nouveau « mirage » à la Michelet. La superbe mais fausse allégorie de David montrant Bonaparte franchissant les Alpes à cheval est dévastatrice de sa pensée pacifique pour les esprits superficiels.

En vérité, en dépit des apparences trompeuses, Napoléon fut un ennemi de la guerre. Paradoxalement ce grand artiste de la guerre n’aimait pas son art.

Focalisé sur sa véritable passion qu’était l’immense chantier de la fondation de la France nouvelle, la guerre, dévoreuse d’hommes, de temps et de ressources, ne pouvait être qu’une intruse dans son activité débordante. Sur les quelques 5350 jours de règne, il en a passé 1845 en campagne, temps précieux soustrait à son œuvre civile. Il est vrai que son très efficace système de commandement lui permettait à partir de son quartier général de diriger le pays en différé.

En fait, contraint de s’arracher continuellement et à contre cœur de son cabinet de travail pour partir en campagne, l’Empereur se battit toujours en état de légitime défense. « Napoléon est resté pur de la pire responsabilité du sang versé » a déclaré Henri Heine.

Constamment prise à la gorge, la France de l’Empire s’est en fait trouvée dans une situation comparable à celle d’Israël aujourd’hui, en état de perpétuelle résistance.

L’idée reçue que Napoléon a saigné l’Europe à blanc ne résiste pas à l’arithmétique et doit être largement relativisée. Cette accusation est d’abord frappée d’extravagance. Les historiens sérieux estiment approximativement les pertes humaines des guerres de l’Empire dénombrées sur quinze ans au cinquième de celles de la première guerre mondial en quatre ans. Pour la France, le seul conflit vendéen dans lequel Napoléon n’a d’autre responsabilité que d’y avoir mis fin, fut plus meurtrier à lui tout seul que les guerres extérieures. On a parlé de « génocide » à son sujet. En 1815, la France comptait deux millions d’habitants de plus qu’en 1800.

Mais plus qu’irrespectueuse des chiffres, cette accusation est foncièrement spécieuse et paradoxale car elle impute la responsabilité des guerres à celui qui a toujours été attaqué.

 

LE GRAND ARCHITECTE DE
LA FRANCE MODERNE

INSTALLATION DU CONSEIL D’ÉTAT
TABLEAU D’AUGUSTE COUDERC, MUSÉE DU CHATEAU DE VERSAILLES

EXEMPLAIRE AYANT APPARTENU À NAPOLÉON

FONDATION DE L’UNIVERSITÉE. ICI, LE LYCÉE NAPOLÉON

DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE. ICI LE CANAL DE L'OURCQ


LE CHAMPION DE LA TOLÉRANCE

SIGNATURE DU CONCORDAT OU LA PAIX DES ÂMES

PACIFICATION DE L’OUEST OU LA PAIX DES BRAVES

RESTAURATION DES CULTES

ÉMANCIPATION DES JUIFS

En conclusion de cette première partie, il importe de s’élever avec la plus grande énergie contre la calomnie galvaudée de l’ « ogre Corse ». Cet ignoble mensonge, mâtiné de racisme, rend ceux qui le profèrent passibles de poursuites judiciaires pour incitation à la haine raciale contre celui qui fut obsédé par la paix, sans jamais rechercher la conquête territoriale.

 

2 – L’AFFABULATION DU CONQUERANT INSATIABLE

 

« M’accusera-t-on d’avoir voulu la monarchie universelle ? Un historien montrera qu’elle ne fut que l’œuvre fortuite des circonstances ».

Comme il s’en défend lui-même à Sainte-Hélène, le qualificatif de conquérant ne convient pas à Napoléon. Avec cette accusation, ses détracteurs commettent un énorme contresens. N’étant à l’origine d’aucune guerre, comment pourrait-il être soupçonné d’esprit de conquête ?

À son accession au pouvoir, Napoléon proclame d’emblée que « La Révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée. Elle est finie ». Il ajoute par ailleurs : « Ni bonnet rouge, ni talons rouges ». On dirait aujourd’hui qu’il souhaite gouverner la France au centre. Il proclame également par là qu’il renonce au prosélytisme des guerres révolutionnaires et tient ainsi à rassurer les monarchies européennes.

Mais il n’avait pas attendu cette date pour manifester cet état d’esprit de façon significative. Souvenons-nous de Campoformio où il désobéit au Directoire qui lui enjoignait de conquérir Vienne et de balayer la dynastie des Habsbourg. Il signa de sa propre initiative cet armistice célèbre qui accordait à la France ses frontières naturelles. Déjà grand politique clairvoyant, il estima qu’il n’était plus nécessaire de pousser plus loin les opérations, la France ayant enfin atteint son objectif prioritaire de sécurité poursuivi depuis des siècles par tous ses prédécesseurs, monarques ou républicains. Un dicton répandu n’affirmait-il pas que « La Gaule aura sa fin quand la France boira le Rhin » ?
Campoformio est annonciateur et révélateur de toute la politique napoléonienne. Bonaparte y réussit le tour de force de délimiter le sanctuaire national, objectif millénaire de la France. Devenu Napoléon, il fonda toute son action sur sa défense acharnée, parallèlement à sa renaissance sur les ruines de la révolution

Enfin, Napoléon doit sa fausse réputation de conquérant à un autre « mirage » à la Michelet, édifié en dogme par martèlement des esprits. Parce que les guerres de Napoléon se sont toutes déroulées en territoire étranger, sauf en 1814, on a conclu à la légère que ce furent des guerres de conquête. C’est là tomber dans la grossière et courante confusion entre la politique et la stratégie. La cause de la guerre relève de la première, l’initiative des hostilités et le choix du champ de bataille font partie de la seconde. La stratégie gagnante de Napoléon a toujours consisté à prendre l’ennemi de court sur le théâtre d’opérations le plus favorable pour gagner des guerres imposées. Les déplacements fulgurants de la Grande Armée au-delà des frontières étaient destinés à gagner de vitesse la montée en puissance de l’ennemi. La guerre hors des frontières présentaient de surcroît l’inappréciable avantage d’épargner au peuple français les atrocités collatérales des champs de bataille, souci constant de l’Empereur.

Il ne s’agit pas là de conquêtes mais d’opérations militaires destinées à battre dans les meilleures conditions un ennemi menaçant, afin de le dissuader de recommencer, but de guerre intangible de Napoléon.

Même la très contestée expédition d’Égypte ne peut être classée dans la catégorie des guerres de conquête. Ce fut une opération de grande stratégie destinée à atteindre dans ses ambitions impérialistes une Angleterre inexpugnable derrière la Manche. En cette circonstance au demeurant, Bonaparte, fondateur de l’Institut d’Égypte et de l’égyptologie, proclama que : « Les seules victoires qui vaillent sont celles que l’on remporte sur l’ignorance ».

D’ailleurs, où sont les conquêtes territoriales de Napoléon ? Les rattachements à l’Empire des petits pays frontaliers et la constitution de royaumes dits familiaux procédèrent d’un principe de précaution. Dictés par l’impératif de sécurité, ces agrandissements s’effectuèrent toujours avec le consentement des populations concernées, souvent à leur demande.

Ces apparentes annexions n’eurent pour seul objectif que l’édification d’un bouclier anti-invasion face à l’implacable agressivité des monarchies du continent.

Lorsque le blocus continental devint une arme de guerre, la nécessité de son respect absolu rendit indispensable l’occupation provisoire des côtes de la mer du Nord et de l’Illyrie, prévue pour disparaître avec le blocus.

Par souci d’accroître la solidité de cette barrière de sécurité, Napoléon s’employa à la prolonger par un glacis protecteur de pays amis.

Édifiée avec l’adhésion souveraine de toutes les parties prenantes, la Confédération du Rhin constitua la pièce maîtresse de ce dispositif de sécurité.

Échafaudage diplomatique fragile en vue de sauver le principe de nationalité contre la voracité des monarchies environnantes, le Grand Duché de Varsovie, rattaché au royaume de Saxe, procéda du même souci de sécurité.

Dans tout cela ne figure aucune annexion territoriale.

Les guerres imposées à la France ont conduit à plusieurs reprises la Grande Armée à Vienne, à Berlin et à Moscou. Il faut donner acte à Napoléon qu’il n’a jamais cherché à renverser les monarchies vaincues, résistant souvent à la pression de certains hiérarques de son voisinage qui auront le culot plus tard de l’accuser d’ambition conquérante.

En Autriche et en Prusse, les armées françaises reçurent un accueil chaleureux de la part des populations, mais Napoléon a toujours résisté à la tentation naturelle de les libérer à son profit du joug de leurs monarques absolus.

Il observa la même réserve vis-à-vis des serfs de Russie, soumis à l’oppression de l’arrogante aristocratie russe.

Obsédé par la quête d’une paix introuvable, il n’a cessé de ménager plus que de raison ces despotes sans scrupules. Intraitable, il eut peut-être triomphé.

Le seul renversement de régime à signaler, mais réalisé là encore avec le consentement empressé de la population, concerne le royaume de Naples en 1806. L’Empereur y fut contraint à la suite du coup de poignard dans le dos de cette monarchie, en violation ouverte d’un traité. Il n’y avait pas d’autre alternative pour se protéger de la haine vengeresse de la reine Marie-Caroline, sœur de la malheureuse Marie-Antoinette. Souveraine réelle du pays, elle imposait sa farouche hostilité au pauvre roi Ferdinand IV de Bourbon, dit « Nasone ». Sous sa férule, le royaume de Naples, vassalisé par l’Angleterre, constituait une épée de Damoclès sur le royaume d’Italie, pris stratégiquement à revers. Nous retrouvons là encore l’impératif de sécurité.

Non vraiment, si les mots ont un sens, le qualificatif de conquérant ne peut s’appliquer à Napoléon. Il se différencie ainsi d’Alexandre, Hannibal et César, auxquels on le compare habituellement.

Ceux qui méritent réellement l’appellation de conquérants sont tous les autres monarques européens.

La Prusse lorgnait du côté du Rhin. L’Autriche ne se consolait pas de la décolonisation de l’Italie par le jeune général Bonaparte. Avec la Prusse et la Russie, elle se partageait les dépouilles de la Pologne martyre.

Depuis Pierre le Grand, la Russie ne cessait de pousser ses pions vers l’empire ottoman moribond et la Méditerranée.

Primus inter pares, l’impérialiste royaume d’Angleterre visait tout simplement l’empire du monde.

Il avait vassalisé le Portugal, préparant dans la péninsule ibérique l’ouverture d’un front de revers de la France qu’il concrétisera en 1807.

Son effort expansionniste du moment ne visait rien de moins qu’à chasser la France de la Méditerranée, où, ni la géographie ni l’histoire, ne lui donnaient aucun droit naturel. Il occupait pourtant le verrou stratégique de Gibraltar depuis le traité d’Utrecht de 1713. Avec la complicité active de son féal Paoli, la Corse était devenue de 1793 à 1796 une sorte de dominion britannique, puis une colonie, au mépris de son appartenance pleine et entière à la France depuis 1789 par la volonté sans équivoque de ses habitants.

Albion cherchait à se constituer en Égypte un tremplin oriental, entreprise contrariée en son temps par Bonaparte déjà pas dupe.

Partout en Italie, elle attisait et finançait toutes les causes anti françaises, y compris au sein de la papauté.

Et surtout, elle sacrifia en 1803 la paix du monde à la possession de l’île stratégique de Malte, violant le traité de paix d’Amiens et remettant le feu à l’Europe, que le Premier Consul était parvenu vaille que vaille à apaiser après dix ans de guerres.

Poussant opiniâtrement ses pions, l’Angleterre parviendra au 20ème siècle à contrôler toute la Méditerranée en se rendant maîtresse de Chypre et surtout de l’Égypte, puis de l’autre verrou stratégique qu’est le canal de Suez, sans oublier son protectorat de fait sur la Grèce.

Bref, mine de rien, l’impérialiste Angleterre organisait en Méditerranée tout simplement le blocus de la France qui s’y trouvait pourtant chez elle avec les deux mille kilomètres de côtes qui la baignent, alors qu’elle-même, à plus de mille kilomètres de là, n’y possédait aucun autre intérêt que celui de la conquête territoriale ou de l’hégémonie commerciale.

N’oublions pas enfin que la marine britannique imposait de force depuis longtemps sur toutes les mers le droit exorbitant de visite de tout navire rencontré. Elle n’hésitait pas à écraser sous ses canons tout récalcitrant, comme la ville de Copenhague en fit la cruelle expérience à deux reprises.

Alors il faut être sérieux. Les conquérants réels sont à rechercher du côté des ennemis de la France et non chez Napoléon.

Peut-on mettre au compte d’un esprit de conquête le grand dessein européen de Napoléon ? Absolument pas ! Cette idée d’avant-garde était portée par l’obsession de la paix en Europe obtenue par son unification. Elle ne reposait pas sur une conquête territoriale mais sur l’établissement de liens politiques, culturels, économiques et militaires entre les nations.

Napoléon dévoila sa foi européenne dès 1802 dans un entretien accordé à l’homme politique anglais Charles Fox. On en retrouve la confirmation dans maintes déclarations officielles ultérieures, notamment en 1805, 1806, 1808, 1810, 1812 et 1815. À Sainte-Hélène, il n’a cessé de ressasser sa frustration de l’échec de ce grandiose projet d’avenir.

Napoléon avait rêvé d’une Europe des Nations de type confédéral. En 1812, elle fut sur le point de voir le jour sous l’égide de la France des droits de l’homme. La chute de l’Empire rouvrit le continent aux terribles conflits nationaux du 19ème siècle et mondiaux du 20ème, culminant au paroxysme de la barbarie avec les horribles avatars du stalinisme et du nazisme.

Ces guerres que l’on peut en Europe qualifier aujourd’hui de « civiles », ont saigné le continent à blanc et l’ont dépossédé de sa place prépondérante dans le monde.

Nul doute que tous les responsables de ce monstrueux gâchis, qu’ils soient français ou étrangers, ont des comptes à rendre à la postérité. Serait-ce pour donner le change que leurs héritiers idéologiques, quels qu’ils soient, taraudés par une sorte de remords subliminal et préférant Némésis à Clio, s’acharnent aujourd’hui à subvertir l’histoire de Napoléon et à l’accabler de tous les maux, tel le baudet de la fable ? Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage !

A quand la traduction des coupables devant le tribunal de l’Histoire !

Durant les quinze années du Consulat et de l’Empire, la France opposa à l’implacable hostilité monarchique européenne et à l’impérialisme britannique une résistance militaire victorieuse tenant du miracle. Ce prodige de longévité ne s’explique pas seulement par le génie militaire de Napoléon. Il doit beaucoup à l’indéfectible adhésion du peuple français, première réfutation implicite de l’accusation de despotisme.

 

3–LE PONCIF INOXYDABLE DU DESPOTE MÉGALOMANE

 

« Me reprochera-t-on mon ambition, Ah ! sans doute un historien m’en trouvera et beaucoup. Mais de la plus grande et de la plus haute qui fut peut-être jamais (…) Dira-t-on que j’ai gêné la Liberté ? Un historien prouvera que la licence, l’anarchie, les gros désordres étaient encore au seuil de la porte ». Napoléon à Sainte-Hélène.

En confessant sans détours au bord de la tombe une « grande ambition », Napoléon accréditerait-il lui-même l’incrimination de despotisme dont on l’affuble couramment ? Dans son ultime volonté de Sainte-Hélène, il a manifestement souhaité que l’on tordît le cou au démon d’absolutisme qui hante sa réputation. C’est ce pieux devoir de mémoire que nous allons maintenant remplir.

Le grand secret méconnu de Napoléon réside sans conteste dans sa relation fusionnelle avec le peuple, dont il était l’émanation charnelle.

A quelques sceptiques du Conseil d’État, il rétorque un jour : « Quoi qu’on veuille en dire, partout le peuple m’aime et m’estime. Son gros bon sens l’emporte sur la malveillance des salons et la métaphysique des niais ».

« Tout pour le peuple » était sa devise, répétée à satiété.

Jamais chef d’état n’a incarné à un tel degré « son peuple », comme il se plaisait à appeler les Français.

A son opposant Benjamin Constant qu’il finit par séduire, il déclare en avril 1815 : « Je ne suis pas seulement l’Empereur des soldats. Je suis celui des paysans, des plébéiens. Aussi voyez-vous le peuple venir à moi. Il y a sympathie entre nous. Je suis sorti des rangs du peuple, ma voix agit sur lui ».

Et plus tard à Sainte-Hélène il confiera à Montholon : « La Nation française est la plus facile à gouverner.(…). Elle distingue à l’instant même ceux qui travaillent pour Elle ou contre Elle ».

Personne autant que lui n’a compris les aspirations profondes des Français. Le reproche marxiste d’un Napoléon champion de la bourgeoisie est une grosse sottise. Aucun chef d’état ne s’est autant préoccupé des conditions de vie des plus humbles.

 


LA DÉFENSE DE LA RÉPUBLIQUE AVEC LE SOUTIEN DU PEUPLE

LE 13 VENDEMIAIRE, SACRE REPUBLICAIN DE NAPOLÉON

LE 18 BRUMAIRE, DOUBLE SAUVETAGE DE LA REPUBLIQUE ET DE LA PAIX CIVILE

RALLIEMENT ENTHOUSIASTE DE GRENOBLE

ÉDIFIANT REPLACEMENT SUR LE TRÔNE


EN COMMUNION AVEC L’ARMÉE

PASSAGE RÉEL DU GRAND SAINT-BERNARD

PARTAGE DES ÉPREUVES OPÉRATIONNELLES

PARTAGE D’UNE PELISSE

LES DÉCHIRANTS ADIEUX DE FONTAINEBLEAU

LES EUPHORIQUES RETROUVAILLES DE LAFFREY

Il n’hésitait pas quelquefois à se fondre incognito dans la foule afin de sentir battre le coeur du pays.

On sait peu qu’il tenta la première expérience de sécurité sociale en Belgique en 1813.

Il fut l’audacieux libérateur des Juifs en 1807, sacrifiant son confort politique à son idéal de tolérance (4) ..

Napoléon manifesta son amour du peuple en plusieurs circonstances marquantes.

Alors qu’il se trouvait en pleine disgrâce en 1795, il brava la sanction d’un limogeage par son refus de se battre en Vendée contre des paysans, fussent-ils royalistes. « Jamais mon épée contre le peuple » s’exclama-t-il !

Il faut faire litière une bonne fois pour toutes de sa prétendue canonnade de la foule le 13 Vendémiaire (5 octobre 1795). Ce jour-là, Bonaparte sauva la République et la paix civile en faisant échec à un putsch royaliste, exécuté par des milices armées organisées militairement et trois fois supérieures en nombre. Ce fut une guerre de rues légitime et pas du tout la répression d’une manifestation populaire (5) ..

Par deux fois en 1814 et 1815 Napoléon fit le sacrifice de son trône pour éviter un bain de sang au peuple qui le pressait de poursuivre le combat, conscient de l’enjeu.

Napoléon fut le premier chef d’état à consacrer dans les faits le principe de la souveraineté du peuple, principale conquête politique de la révolution, cristallisant l’hostilité des monarques absolus en place qui ne pouvaient se faire à l’idée que le pouvoir devait désormais venir d’en bas et non plus d’en haut.

On a mis sur le compte d’un orgueil débridé son auto couronnement le jour du sacre. Par ce geste spectaculaire fondamentalement politique, Napoléon a voulu symboliser le couronnement de l’Empereur par le peuple lui-même dont il était l’incarnation.

Cet intérêt affirmé de Napoléon pour le peuple ne releva pas d’un populisme démagogique mais d’un amour sincère qui jamais ne se démentit. Son dernier souffle fut pour lui à Sainte-Hélène : « Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé (...) Mon fils doit adopter ma devise : Tout pour le peuple français ! ».

L’ambition personnelle effrénée que l’on impute communément à Napoléon, ne fut en définitive qu’une grandiose tentative d’instauration d’une quatrième dynastie, après les Mérovingiens, les Carolingiens et les Capétiens au bout du rouleau. L’Empereur incarna l’ambition démocratique de tout le peuple français, étonnant de vitalité et révélé à lui-même par le séisme politique et sociologique de 1789. C’est ce que Napoléon entend par « plus grande et plus haute ambition », celle de la fondation d’une France nouvelle, pionnière d’une Europe unifiée autour des droits de l’homme et de la philosophie des lumières.

« A Waterloo, ce n’est pas la France qui a perdu la bataille, c’est l’humanité tout entière ! », a écrit Henri Heine.

Sublime quintessence du peuple, l’indépassable armée napoléonienne témoigna à son chef en toutes circonstances une poignante fidélité parce que le cœur de son « Petit caporal » ou du « Petit tondu » battait à l’unisson du sien.

Napoléon partageait avec ses soldats l’inconfort des bivouacs et les dangers des combats, suscitant même leur inquiétude, souvent en première ligne, y recevant huit blessures.

Le dernier des grognards avait accès au général en chef et pouvait s’entretenir avec lui, parfois rudement, dans un affectueux tutoiement.

Fréquente dans la bouche de l’Empereur pour désigner ses intrépides « grognards », l’expression « mes enfants » contenait une sincère affection qu’accentuait son légendaire pincement d’oreille.

Jamais chef de guerre ne galvanisa ses soldats à un tel degré, générant dans les unités un formidable esprit de corps jamais égalé. L’ardente émulation régnant dans les régiments de la Grande Armée déteignit même sur les animaux de l’armée.

Ainsi le chien « Moustache », mascotte du 40ème régiment d’infanterie, division Suchet, 5ème Corps du maréchal Lannes. Mortellement blessé sur le champ de bataille d’Austerlitz, le porte-drapeau du régiment se coucha héroïquement sur son emblème afin de le soustraire à la vue de l’ennemi menaçant de s’en emparer. Moustache veilla stoïquement sur lui jusqu’à son dernier souffle, puis, arrachant le drapeau, le prit dans sa gueule et, bien qu’ayant une patte fracassée par une balle, le rapporta à son régiment. Moustache devint célèbre dans toute la Grande Armée. L’Empereur lui décerna la croix de la Légion d’Honneur que lui remit le maréchal Lannes en personne.

Ou encore la jument « Lisette » du capitaine Marbot qui, à Eylau, se battit comme un lion, son cavalier blessé gisant à terre et elle-même blessée. Marbot en témoigne ainsi dans ses mémoires : « Elle se précipita sur le Russe qui s’apprêtait à m’achever et, d’une seule bouchée, lui arracha le visage. (…).Puis elle se jeta au milieu des combattants. Un officier ennemi ayant voulu l’arrêter, elle le saisit par le ventre et, après lui avoir arraché les entrailles à coups de dents, et broyé son corps sous ses sabots, elle le laissa mourant sur la neige (….) Puis elle se dirigeât à triple galop vers le cimetière d’Eylau d’où elle était venue ».

La parfaite identification de Napoléon à la Nation a conféré à son ambition une légitimité à caractère divin, puisque « Vox populi, vox dei ». C’est sans doute en pensant à cette dimension mystique que le farouche opposant royaliste Chateaubriand finit par reconnaître en Napoléon « Le plus puissant souffle de vie qui ait animé l’argile humaine ».

A ce stade du raisonnement, la seule question qui vaille est celle de savoir si un chef d’état peut à la fois aimer profondément son peuple et le soumettre à une impitoyable tyrannie.

Le peuple lui-même a répondu à cette question fondamentale de la façon la plus catégorique. Il n’a cessé de son vivant de manifester à la personne vénérée de Napoléon une émouvante et indéfectible fidélité qui n’est plus à prouver. Forgée dans le patriotisme et les épreuves, une immortelle légende populaire s’est gravée à jamais dans la mémoire collective des Français au grand dam des « napoléophobes » qui n’en peuvent mais. Sa puissance et sa pérennité l’ont projetée au-delà des frontières et des océans, au fin fond des continents, jusque sous les yourtes des pâtres mongols. En exploration en Patagonie en 1829, le naturaliste d’Orbigny est accueilli par un grand chef inca par cette exclamation : « Permets que je t’embrasse puisque tu as vu ce demi dieu et que tu lui as parlé ».

Après 1815, de nombreux fidèles de Napoléon furent victimes de la terrible « terreur blanche » royaliste qui n’eut guère à envier à sa devancière de la Révolution. Les Marseillais se souviennent de cette femme de couleur battue à mort, jetée dans le port et qui, juste avant de sombrer, s’écria « Vive l’Empereur ! ».

Incapable de comprendre cette phénoménale popularité, une certaine intelligentsia, plus brillante que sensée, la traite avec ironie, voire avec mépris.

La plus haute et la plus éloquente démonstration de fidélité du peuple à Napoléon est sans doute son formidable accueil populaire au retour de l’île d’Elbe en mars 1815. Ayant pleinement mesuré le prix de l’absence de l’Empereur pendant onze mois, des foules innombrables, accourues parfois de très loin, le portèrent littéralement en triomphe jusque sur son trône, dans une euphorie indescriptible et sans que coulât la moindre goutte de sang. Voilà démocratiquement justifié l’épisode des Cent-Jours, sursaut républicain de la France, empêchée de disposer d’elle-même par la féroce hostilité des monarchies européennes, plus que jamais décidées à tordre le cou à la démocratie naissante.

UNE POPULARITÉ INTERNATIONALE

ACCLAMÉ PAR DES SOLDATS BAVAROIS ET WURTEMBOURGEOIS

L’EMPEREUR DÉCORANT UN SOLDAT RUSSE

ACCLAMATIONS DE LA POPULATION DE BERLIN

ACCLAMATIONS DU PEUPLE ANGLAIS À PLYMOUTH,
EN ROUTE VERS L’ILE D’ELBE

Il importe de souligner que le peuple français ne fut pas le seul à prodiguer son attachement à Napoléon. Dans tous les pays où il passait, il était considéré comme un libérateur. Lors de ses passages à Milan, Vienne, Berlin et ailleurs, des foules innombrables vinrent spontanément l’acclamer. Au retour de l’île d’Elbe, une floraison de drapeaux tricolores éclata en Italie, en Rhénanie et aux Pays-Bas.

Au risque d’écorner quelque peu le génie militaire de Napoléon, ses victoires durent aussi au manque de combativité des soldats ennemis, réticents à se battre contre un libérateur. En revanche, leur comportement au sein de l’armée des vingt nations de 1812 fut la plupart du temps irréprochable. L’exemple de la Bérézina en novembre de cette année est édifiant. Cet exploit militaire, que l’on s’acharne à présenter à tort comme une catastrophe au point d’en devenir synonyme, a tenu à l’extraordinaire héroïsme du corps d’armée de Victor, composé d’Allemands pour les deux tiers.

Sait-on qu’aux Cent-Jours le colonel Suisse Stoffel forma un régiment helvétique dans l’armée française, authentique ancêtre de la Légion Étrangère.

En Angleterre même, il convient de faire une nette distinction entre la sectaire monarchie oligarchique régnante et le peuple britannique. Une foule considérable vint manifester en rade de Torbay une chaleureuse sympathie à l’Empereur déporté à Sainte-Hélène.

Le retournement d’attitude des peuples européens se produisit en 1813. Prêché à partir de 1807 par des idéologues prussiens exaltés, le sentiment national finit par l’emporter sur la conscience de classe. Il fallut six années d’une propagande enflammée pour que les monarques absolus allemands, d’abord réticents, réussissent le tour de passe-passe de mobiliser pour la défense de leur régime les masses soumises à leur joug. Les peuples européens mirent trente ans pour prendre conscience de ce gigantesque abus de confiance. Ils finirent par se soulever avec violence en 1848 sur tout le continent. Mais l’inoculation d’un nationalisme haineux n’allait plus cesser pendant un siècle et demi de mettre à feu et à sang toute l’Europe, et au-delà le monde entier.

Pour ne rien occulter des réalités, nous plaçons ici la pénible question du rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe en 1802, question ressassée pour contester l’humanisme de Napoléon. Homme des lumières et libérateur des peuples, Napoléon ne pouvait être que foncièrement anti esclavagiste. Dans cette dramatique affaire, il fut victime de circonstances cruelles et, contre sa conscience, contraint de choisir en quelque sorte entre la peste et le choléra.

Au traité d’Amiens de 1802, l’Angleterre rendit à la France l’île de la Martinique qu’elle occupait déjà avant l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe. Comme dans toutes les autres îles des Caraïbes sous domination britannique, l’esclavage n’y avait pas été aboli. Le premier réflexe de Napoléon fut d’y procéder pour la mettre à égalité avec la Guadeloupe. Les services de la Marine et des Colonies lui rappelèrent instamment que cette mesure plongerait la Martinique dans la même crise socio-économique qu’avait connu la Guadeloupe lors de l’abolition. En effet, l’accroissement brutal du coût de la main-d’œuvre y avait rendu prohibitif à l’exportation les prix des produits tropicaux, ne pouvant plus soutenir la concurrence avec ceux des îles britanniques esclavagistes voisines. La faillite avait frappé la plupart des exploitations agricoles. Le chômage avait provoqué la misère générale et de graves troubles sociaux dont la Guadeloupe avait mis longtemps à se relever.

Napoléon se trouva ainsi confronté à un terrible dilemme. Il pensa d’abord s’en tirer par le maintien du statu quo. Le gouvernement et le Conseil d’État firent alors valoir que la sacro-sainte égalité républicaine ne pouvait tolérer des statuts différents dans les territoires sous souveraineté française, de surcroît voisins. Napoléon dut alors forcer sa conscience et se résoudre à choisir le moindre mal. Il rétablit donc l’esclavage en Guadeloupe, en assortissant cependant sa décision de mesures d’amélioration de la condition d’esclave (6) ..

Tels sont les faits qu’aucune fallacieuse argutie ne peut tordre. Peut-on de bonne foi reprocher au Premier Consul d’avoir fait le choix du moindre mal ? Accuse-t-on d’infanticide le médecin qui, dans un accouchement tragique, doit sacrifier la vie de l’enfant à celle de la mère ?

Comment ose-t-on accuser Napoléon d’esclavagisme, lui l’héritier de la Révolution et l’émancipateur des peuples ?

En vérité, ses détracteurs invétérés lui font jouer dans cette affaire le rôle de bouc émissaire. Bonaparte est moins coupable d’esclavagisme que le roi d’Angleterre ou le tsar de Russie qui n’ont pas aboli l’esclavage dans leurs colonies ou le servage en Europe. Lui au moins a supprimé le servage en Pologne en 1807 et la traite des noirs durant les Cent-Jours, façon d’abolir l’esclavage à terme par extinction.

Il faut également rappeler que le président des États-Unis Jefferson n’a pas fait appliquer la loi d’abolition de l’esclavage adoptée pour, justement, ne pas ruiner l’économie américaine, parce que l’esclavage régnait encore partout ailleurs aux Amériques.

Dans cette affaire d’esclavage en Guadeloupe, Bonaparte partage la responsabilité de sa décision avec les représentants du peuple qui ont voté sans état d’âme la loi du rétablissement. Cette mesure a ensuite été cautionnée par tous les gouvernements qui ont suivi Napoléon jusqu’en 1848, année de l’abolition définitive, alors que lui-même avait rétabli l’abolition de l’esclavage dès le 29 mars 1815, huit jours seulement après son retour au pouvoir. La Restauration n’en tint aucun compte. Mais la plupart des historiens font mine de l’ignorer.

Il nous reste à fustiger les attaques infondées portant sur le caractère dictatorial du régime napoléonien.

« La France n’acceptera jamais le gouvernement du sabre. À la longue, le sabre est toujours battu par l’esprit (…) Ce n’est pas comme général que je gouverne, mais parce que la nation croit que j’ai les qualités civiles propres au gouvernement ». Le Conseil d’État a retenu cette déclaration du Premier Consul du 4 mai 1802.

Nous ne saurions trop recommander pour ce qui suit la lecture d’un livre au titre éloquent de François Pietri, ancien ministre de la IIIème République et spécialiste du droit parlementaire (7) ..

Il importe d’abord de laver l’opprobre qui entoure le 18 Brumaire, date d’accession de Bonaparte aux responsabilités suprêmes (8) .. Les contempteurs acharnés de Napoléon présentent cet événement fondateur comme un putsch militaire.

Le 18 Brumaire constitue en réalité une opération vitale de salut public, préparée et conduite en toute transparence et en toute légalité par une poignée d’hommes courageux, soucieux d’éviter à la France le chaos dans lequel elle sombrait inéluctablement. Le 18 Brumaire ne fut pas un coup d’état au sens où nous l’entendons de nos jours, mais une salvatrice mutation institutionnelle, une révision constitutionnelle majeure dirait-on aujourd’hui, qui a sauvé la République et la paix civile, sans la moindre effusion de sang et avec la totale approbation du pays. Le cliché spectaculaire de la fuite pitoyable des Cinq-Cents sous la pression de l’armée réquisitionnée en toute légalité doit être classée dans la liste des « fausses lueurs » de Michelet, n’influençant que les esprits superficiels.

Geste on ne peut plus symbolique, dans les jours suivants, Bonaparte se rendit en personne à la prison de « la Force » pour y libérer les prisonniers politiques du Directoire.

La situation critique héritée par Bonaparte en 1800 nécessitait de toute évidence un régime fort. Fort mais non oppresseur, car fondé sur la justice sociale et le mérite, et non plus sur les privilèges de naissance.

Napoléon a-t-il porté atteinte à la liberté ? Sa dévotion pour l’Empereur atteste que la population n’en n’a pas du tout souffert. D’aucuns pensent que le peuple lui préfère l’égalité. Ne s’en sont plaints du manque de liberté que les éternels comploteurs et intrigants du faubourg Saint-Germain, nostalgiques des privilèges monarchiques ou adeptes de l’anarchie, de la licence, voire de la collaboration avec l’ennemi.

Et encore Napoléon a-t-il été naïvement clément à leur encontre. Il est significatif de noter qu’à la Restauration de 1814 on ne dénombra dans les prisons pas un seul condamné pour délit d’opinion.

On a reproché à Napoléon sa férule sur la presse. En période de guerre, aucun régime au monde n’a jamais pu se dispenser du contrôle étroit de l’information, arme la plus redoutable des conflits modernes.

Quid du reproche de pouvoir excessivement personnel ? Le pouvoir de Napoléon était certainement un pouvoir concentré par nécessité, mais non un pouvoir solitaire. Toutes les délibérations du gouvernement et celles du Conseil d’État, que Napoléon présidait souvent, attestent de son souci constant de concertation.

N’en déplaise aux détracteurs invétérés de Napoléon, les institutions de la France sous son règne étaient les plus libérales d’Europe.

Les rois continentaux pratiquaient encore le pouvoir absolu. Seule l’Angleterre se prévalait du libéralisme politique, mais ce n’était qu’une apparence. Son régime était en fait foncièrement oligarchique et ploutocratique, limitant la participation au pouvoir aux grands propriétaires fonciers et aux gros industriels. L’Empereur des Français était avec George Washington le seul souverain constitutionnel élu.

Napoléon a porté la démocratie sur les fonts baptismaux en étendant progressivement le droit de vote à toutes les catégories de la population en mesure alors de l’exercer. Il a inventé le référendum : toutes les modifications majeures de la Constitution furent soumises au scrutin direct du collège électoral de l’époque.

Le Concordat en 1801 et le Grand Sanhédrin en 1807 ont constitué non seulement le triomphe de la liberté de conscience et de la tolérance religieuse mais également l’avènement de la laïcité.

Rarissimes sont ceux qui savent par exemple que Napoléon en guerre contre l’Angleterre a toléré que dans une église de Paris un prêtre récitât chaque dimanche des prières pour la famille royale britannique qui l’abhorrait.

Marque de la démocratie, la séparation des pouvoirs, chère à Montesquieu, était en vigueur. Des assemblées élues exerçaient sans entraves leurs prérogatives législatives, équilibrant le fort pouvoir exécutif. La Justice jouissait d’une indépendance indéniable, comme on n’en veut pour preuve que le camouflet qu’elle infligea à Napoléon en épargnant le triste et très compromis général Moreau.

En bref, l’identification de Napoléon au peuple et le caractère libéral du régime impérial rendent inepte le procès en despotisme qu’on intente couramment à l’Empereur.

De même, son incarnation de la Nation réduit à néant la thèse de la distinction entre Napoléon et la France, soutenue par les monarchies et les nostalgiques de l’ancien régime pour tenter de se donner bonne conscience.

Il déclarera à Sainte-Hélène : « La France apprendra que mes ennemis étaient les siens. Ils ne me haïssaient que parce que, déjà, ils prévoyaient que la France et moi nous n’étions qu’un ».

En dépit de son habillage monarchique, L’Empire fut en réalité une république impériale. L’article 1er de la décision du Sénat du 18 mai 1804 instituant l’Empire est sans ambiguïté : « Le gouvernement de la République est confié à un empereur qui prend le titre d’Empereur des Français ». A Sainte-Hélène encore, l’Empereur confiera à Montholon : « L’Empire tel que je le concevais n’était que le principe républicain régularisé ».

La musique qui accompagna l’ultime charge de la Garde à Waterloo fut le « chant du départ » : « La République nous appelle, sachons vaincre ou sachons périr, un Français doit vivre pour Elle, pour Elle un Français doit mourir ».

On est d’ailleurs frappé de la ressemblance de l’Empire avec la Vème République qui ne s’en distingue pour l’essentiel que par le mode de désignation du chef de l’État, cessant d’être héréditaire et redevenant élu du peuple, à la manière des Francs, atavique continuité de l’histoire.

Rien d’étonnant à cela, le fondateur de la Vème République était un grand admirateur de Napoléon.

En définitive, Napoléon a ouvert l’Europe à la démocratie dans le sillage de la jeune et prometteuse république américaine. Ephémère victoire de la réaction conservatrice, Waterloo n’a procuré en fait aux monarchies absolues qu’un bref sursis.

Les « fausses lueurs » de Michelet étant dissipées, nous allons maintenant extirper de leur brouillard les fondements authentiques de l’historiographie napoléonienne.

 

II– LES "MASSES DE GRANITE"
DE L’HISTORIOGRAPHIE NAPOLÉONIENNE

 

Comme le prescrit Michelet, l’histoire de Napoléon doit enfin cesser d’être le jouet des faux-semblants, des analyses superficielles et des réactions épidermiques, qui conduisent aux interprétations les plus excessives et les plus contradictoires.

La soumission de l’analyse à la dictature intellectuelle des réalités, et non à ses désirs, nous permet d’extraire de la confusion régnante les fondements indiscutables de l’histoire de Napoléon. Sont concernés la méthode et le fond.

Propre à toute démarche historique sérieuse, la méthode doit observer trois préceptes impératifs :

- le renoncement à la facilité des apparences (« fausses lueurs ») qui conduit à des contresens. Pour paraphraser le grand Pasteur pour qui « Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup y ramène », nous dirons qu’un peu d’histoire éloigne de Napoléon et que beaucoup y ramène.

- l’évitement du calquage du passé sur le présent, source de jugements anachroniques et de procès d’intention.

- et surtout la stricte observation de la concaténation des événements, chère à Fustel de Coulanges, afin d’éviter la néfaste confusion entre leurs causes et leurs effets. Pour Napoléon en particulier, la distinction entre Politique et Stratégie est capitale.

Quant au fond, quatre " masses de granite " constituent le socle de l’historiographie napoléonienne :

1 – La fatalité d’un affrontement général sans merci était inscrite dans l’héritage révolutionnaire de Napoléon. Le surgissement d’une France nouvelle, prosélyte des droits de l’homme et de la souveraineté du peuple, contrecarrant de surcroît les visées hégémoniques d’Albion, était insupportable aux monarchies archaïques européennes. Elles n’eurent de cesse de ramener par les armes la France au statu quo ante. De 1792 jusqu’à 1815, la France ne cessa d’être prise à la gorge, à l’exclusion du très court intermède de la paix d’Amiens, prodigieuse conquête du Premier Consul. Si l’on néglige cette donnée cardinale de l’histoire, on se condamne à passer à côté.

2 - L’impératif de sécurité de la France qui en découlait dicta en permanence la politique de Napoléon et fournit la clé de son histoire. Offensif par nécessité stratégique, son but de guerre intangible visa toujours la mise hors de combat des armées de l’ennemi en vue de le conduire à la table des négociations de paix, à l’exclusion de toute idée de conquête durable.

3 - L’exigence prioritaire de la refondation de la France, sinistrée par la Révolution, s’est imposée à Napoléon durant tout son règne. Ce gigantesque chantier exigeait de toute évidence la mobilisation de l’ensemble des ressources et des énergies du pays, en opposition à toute volonté d’aventure militaire.

L’Empereur poussa jusqu’à l’obsession la quête d’une paix dont il avait le plus grand besoin pour réaliser sa colossale œuvre civile. Il ménagea outre mesure les fauteurs de guerre vaincus en vue de les amadouer. Il consentit à revêtir la République des oripeaux de la monarchie pour rassurer ces rois tourmentés. Rien n’y fit.

4 – La symbiose de Napoléon avec « son peuple » constitue la marque cardinale de son Histoire. L’admirable résistance de la France impériale durant quinze longues années a relevé du miracle et ne peut s’expliquer par le seul génie militaire de Napoléon. En fait, elle n’eût pas été possible sans l’adhésion totale et constante de la Nation au chef qu’elle s’était choisi. Cette identification de Napoléon à la France a dicté toute sa politique en vertu de son credo « Tout pour le peuple ». Elle a alimenté la source de son idéal démocratique. Elle s’est trouvée à la base de son impérissable œuvre civile. Elle explique l’immortalité de sa légende planétaire.

Telles sont les réalités indiscutables devant présider à l’étude de l’épopée napoléonienne. Telles sont les données incontournables de l’histoire de Napoléon. Leur ignorance conduit immanquablement à emprunter à contresens l’autoroute de l’Histoire du Consulat et de l’Empire.

Il serait temps que des historiens engagés, prenant leurs désirs pour des réalités, arrêtent de faire à Napoléon un incessant procès d’intentions !

* * *

 

En définitive, la fabuleuse épopée napoléonienne tient à la fois de la tragédie grecque et du drame shakespearien. Unis pour le meilleur et pour le pire, Napoléon et la France nouvelle étaient condamnés par les circonstances à vaincre ou à périr. Il s’agissait pour ce couple mythique « d’être ou ne pas être » démocrate et moderne.

Les plus grands esprits ont reconnu à Napoléon une stature sans précédent, comparé à « un météore destiné à brûler pour éclairer le monde », expression prémonitoire de Napoléon lui-même à l’âge de 22 ans.

Pour notre humble part, nous ferons nôtre la superbe métaphore du critique André Suarès: « Napoléon, ce fléau de la Révolution qui a battu le blé de l’humanité ».

Oui en vérité, ce Titan moderne domine l’Histoire universelle d’une hauteur inégalée, ce qui le rend inaccessible aux médiocres. Les Français seraient bien inspirés de se réapproprier la légitime fierté de compter dans leur patrimoine historique national cette inappréciable pépite nommée Napoléon que le monde entier leur envie.

Sutrello, Octobre 2008


 

L’AUTEUR

Le général Michel Franceschi a accompli une carrière militaire commençant à l’École d’Officiers de Saint-Cyr en 1951 et s’achevant en 1990 au grade de Général de Corps d’Armée.

Diplômé de l’École d’État-Major et breveté de l’École Supérieure de Guerre, il a servi essentiellement dans les parachutistes des Troupes de Marine (anciennes Troupes Coloniales), la plupart du temps loin des États-Majors et des cabinets.

Général Michel Franceschi

Son cursus professionnel s’est, en effet, principalement déroulé dans l’exercice de commandements et de responsabilités sur le terrain, en particulier :

- Le commandement d’une compagnie de parachutistes à plusieurs reprises, notamment en opérations en Algérie, de 1958 à 1960.

- Le commandement du 1er Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine, unité de forces spéciales, de 1976 à 1978…

- Le Commandement Supérieur des Forces Armées de Nouvelle Calédonie de 1984 à 1988, durant les événements qui secouèrent ce territoire.

Autre caractéristique notable, il a longuement servi hors de France : deux ans en Algérie - trois en Côte d’Ivoire, Guinée et Haute -Volta (Burkina Faso) - cinq au Sénégal - trois au Zaïre (République Démocratique du Congo) - et quatre dans le Pacifique.

Son intérêt pour Napoléon trouve naturellement sa source dans son origine corse, ayant vu le jour à quelques kilomètres du lieu de conception du grand homme. Puis il s’est nourri de l’étude de l’histoire militaire inhérente à l’enseignement militaire supérieur qu’il a suivi à l’École d’État-Major puis à l’École de Guerre.

Ses longues recherches lui ont appris que l’histoire de Napoléon est falsifiée par de mauvais historiens, français en particulier. Il a profité des loisirs de sa retraite pour s’atteler à la réhabilitation de la mémoire de Napoléon.

Le général Franceschi exerce les fonctions de Consultant Historique Spécial et de membre du Comité Littéraire de la Société Napoléonienne Internationale (SNI). Il y tient sur son site Internet la rubrique « Chroniques napoléoniennes », également publiées par la SNI. Il fait également partie du Directoire de l’Institut Napoléonien Mexique- France (INMF).

Publié en 2007 aux éditions Economica, son livre « Napoléon défenseur immolé de la paix », écrit en symbiose avec le président Ben Weider, a soulevé une impressionnante vague éditoriale à l’étranger : États-Unis, Russie, Inde, Corée du Sud et Chine. Nombre d’autres pays sont sur les rangs.

Le général Franceschi a par ailleurs publié deux essais aux éditions Pygmalion-Gérard Watelet :
- en 1998 : La Démocratie Massacrée – Nouvelle Calédonie- Témoignage.
- en 2001 : Corse, la voix de la majorité silencieuse.


Livrets déjà parus :

- « L’affaire du duc d’Enghien, une machination contre Napoléon ». (Juin 2005.

- « Austerlitz » (Octobre 2005.

- « Le 18 Brumaire, double sauvetage de la République et de la paix civile ». (Janvier 2006.

- « Le 13 Vendémiaire, sacre républicain de Napoléon ». (Mai 2006.

- « Bonaparte en Égypte, ou la sublime hésitation de l’histoire». (septembre 2006.

 


QUELQUES AUTRES CITATIONS…

« Entre les grands hommes, Napoléon a été le plus nécessaire à son temps ». GUIZOT.

« Retomber de Bonaparte et de l’Empire à ce qui les a suivis, c’est retomber de la réalité dans le néant, du sommet de la montagne dans le gouffre ». CHATEAUBRIAND.

« Cet homme est une des plus vastes créations de Dieu ». LAMARTINE.

« Plus la vérité toute entière sera connue, plus Napoléon sera grand ». STENDHAL.

« L’Empire fut un système de libertés et Napoléon un propagateur de Liberté ». PEGUY.

«J'admire Napoléon parce qu'il avait la guerre en horreur et fit tout en son pouvoir pour éviter cette horrible calamité». JOHN ABBOTT.

« Napoléon grandira à mesure qu’on le connaîtra mieux ». GOETHE

« Napoléon, c’est l’âme du monde ». HEGEL.

« Chacun devrait se rappeler de ce qu’il doit à Napoléon : presque tous les espoirs d’élévation de ce siècle ». NIETZSCHE.

« Les Aigles françaises ont apporté aux peuples la Liberté et l’Égalité ». WINSTON CHURCHILL – allocution radiodiffusée durant la dernière guerre.


(1) Voir « Bonaparte en Égypte ou la sublime hésitation de l'histoire », chronique de l'auteur consultable sur le site Internet de la Société Napoléonienne Internationale (SNI).

(2) Voir « L'affaire du duc d'Enghien, une machination contre Napoléon », chronique de l'auteur consultable sur le site Internet de la SNI.

(3) Voir livre de l'auteur  « Napoléon défenseur immolé de la paix » Éditions Economica 2007.

(4) Lire l'article de l'auteur intitulé « Napoléon libérateur châtié des Juifs » dans la revue « Napoléon 1 er  » N° 43 de mars-avril 2007.

(5) Voir « Le 13 Vendémiaire, sacre républicain de Napoléon », chronique de l'auteur consultable sur le site Internet de la SNI.

(6) Lire aussi l'article de l'auteur « Napoléon bouc émissaire » dans le N° 36 de la revue Napoléon  1 er de janvier-février 2006.

(7) « Napoléon et le Parlement, ou la dictature enchaînée » Arthème Fayard 1955.

(8) Chronique de l'auteur dans le site Internet de la SNI « Le 18 Brumaire, double sauvetage de la République et de la paix civile ».

 

 

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