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L'EMPOISONNEMENT DE NAPOLÉON VU D'ANGLETERRE


Le texte qui suit est la traduction d’un article publié, sous la plume de Paul Chamberlain, dans le magazine anglais First Empire www.firstempire.net

 


La publication de cet article montre que, contrairement à la France, où l’on rejette, avec des argumentations la plupart du temps absurdes ou malhonnêtes l’idée que Napoléon ait été victime d’un empoisonnement à l’arsenic, l’Angleterre, pays qui, compte tenu de son « passif » avec lui, devrait se montrer le plus hostile à cette idée, accepte d’aborder le sujet et de reconnaître la validité et la solidité de cette thèse.

Cela avait été déjà le cas avec le grand historien anglais du Premier Empire, David Chandler, récemment décédé, qui, au vu des résultats des analyses, avait déclaré :

 

« Il est clair maintenant que Napoléon a été empoisonné. J’accepte ce fait quoique, pendant des années, j’aie eu des doutes à ce sujet. »


 



NAPOLÉON A ÉTÉ EMPOISONNÉ À LA MORT-AUX-RATS


« Les grands ouvrages que j’ai exécutés et le code de lois que j’ai formé résisteront à l’épreuve du temps, et les futurs historiens vengeront les torts que m’auront fait subir mes contemporains. »

(Citation recueillie par le docteur
Barry Edward O’Meara à Sainte-Hélène)

La Société Napoléonienne Internationale de Montréal que préside Ben Weider vient de présenter un rapport fascinant qui détaille quelques-unes des expériences récentes menées sur des cheveux de Napoléon. Tout en confirmant que Napoléon a bien été la victime d’un empoisonnement, elles précisent en outre la nature réelle du poison utilisé.

Ben Weider, qui a passé une bonne partie de sa vie à rassembler les preuves que Napoléon avait été empoisonné pendant sa déportation à Sainte-Hélène, a écrit plusieurs livres pour expliquer sa théorie et apporter les preuves sur lesquelles elle est fondée.

Dans son dernier document :

« Napoléon a bien été empoisonné
L’agent toxique était de la mort-aux-rats »

il détaille les preuves nouvelles qui viennent appuyer ces conclusions.

L’histoire commence en 1955 lorsqu’un stomatologue suédois, Sten Forshufvud – qui a fait des études de toxicologie – découvre les Mémoires de Marchand, le valet de Napoléon à Sainte-Hélène. Plusieurs symptômes décrits dans l’ouvrage conduisent Forshufvud à penser que Napoléon aurait pu être empoisonné à l’arsenic. Pour approfondir cette hypothèse, il parvint à se procurer des cheveux de l’Empereur auprès de l’ex-conservateur adjoint du musée napoléonien de Malmaison, le commandant Henry Lachouque. Cheveux dont l’authenticité fut garantie par le donateur. Envoyés au département de médecine légale de l’université d’Édimbourg, les cheveux furent soumis à un bombardement de neutrons, qui révéla une forte concentration en arsenic. Lorsque ces résultats furent connus en France, Forshufvud eut la surprise de se voir refuser d’autres cheveux pour analyse. Il fut donc obligé d’aller en chercher ailleurs.

Il obtint d’autres mèches en Suisse, en Australie, et dans le New Jersey ; elles étaient accompagnées de certificats d’authenticité confirmant qu’elles avaient toutes appartenu à des contemporains de Napoléon : Las Cases, Marchand, etc. Ces mèches furent soumises aux mêmes analyses, qui, elles aussi, révélèrent la présence d’arsenic. En 1962, Forshufvud avait publié un livre : « Napoléon a-t-il été empoisonné ? » qui faisait le point de ses recherches. L’idée que Napoléon ait pu être ainsi empoisonné fut ridiculisée férocement par les historiens français qui la rejetèrent en bloc.

Ben Weider avait, de son côté, développé une hypothèse similaire En 1972, les deux hommes se rencontrèrent et décidèrent de mettre leurs moyens en commun afin de poursuivre les investigations et de faire connaître cette thèse de l’empoisonnement. En se fondant sur les taux d’arsenic trouvés dans les cheveux de Napoléon et sur les documents provenant de personnes qui l’avaient connu à Sainte-Hélène, Sten Forshufvud et Ben Weider publièrent des informations pour émettre la suggestion que l’Empereur déporté avait été bel et bien empoisonné. Tous deux réfutaient la thèse officielle du cancer de l’estomac, une réfutation fondée sur l’opinion d’un expert en cancérologie qui avait étudié les rapports de l’autopsie de Napoléon.

En 1995, Ben Weider remit, pour analyse, deux cheveux au département de Chimie-Toxicologie du FBI. Ces cheveux provenaient de la collection du comte de Las Cases qui les avait recueillis à Sainte-Hélène. Ils furent soumis à la méthode dite « Graphite Furnace Atomic Absorption Spectroscopy » dont les résultats corroborèrent ceux de l’université d’Édimbourg. Le rapport du FBI concluait :

« La quantité d’arsenic présent dans les cheveux est caractéristique d’un empoisonnement à l’arsenic. »

Cette fois encore, la communauté universitaire française accueillit cette déclaration avec mépris, et la ridiculisa, refusant d’accepter des tests qui n’avaient pas été réalisés en France.

En septembre 2000, cinq mèches de cheveux furent remises à Strasbourg au docteur Pascal Kintz, alors président de la Société française de toxicologie analytique et autorité reconnue dans le domaine de l’analyse toxicologique des cheveux. Ces mèches avaient appartenu à Lady Holland, à l’abbé Vignali, au domestique Noverraz (cette mèche provenait du musée d’Arenenberg, ancienne résidence de la reine Hortense, dans le canton suisse de Thurgovie, sur le lac de Constance), au valet Marchand et à Las Cases. C’était la première fois qu’un laboratoire disposait d’autant d’échantillons de cheveux pour effectuer des analyses.

L’année suivante, le docteur Kintz annonça que les cinq mèches de cheveux présentaient un taux d’arsenic plus élevé que celui auquel on pouvait normalement s’attendre chez un individu qui n’avait pas ingéré de poison.

Cette preuve nouvelle fut, une fois encore, ridiculisée par cette même communauté universitaire française, et le magazine Science & Vie publia un article qui prétendait balayer l’idée que Napoléon avait pu être empoisonné, en fondant son affirmation sur l’analyse d’une mèche de cheveux, analyse qui montrait que l’arsenic ne se trouvait pas dans, mais sur les cheveux. De ce fait, concluait le magazine, la présence du toxique s’expliquait uniquement par l’emploi de produits de conservation.

Ceci décida le docteur Kintz à faire appel à une autre approche analytique. Alors que la méthode par spectrophotométrie d’absorption atomique prend en compte le cheveu dans son ensemble, la nouvelle méthode, qui utilise le Nano-SIMS (Nano-secondary Ion Mass Spectrometry) , permet d’examiner le cœur du cheveu (la « médulla »). Les tests effectués révélèrent que l’arsenic était présent à l’intérieur du cheveu, et qu’il n’avait pu arriver là que de l’intérieur du corps. En d’autres termes, il avait été ingéré.

Le résultat de cette analyse – essentielle pour la thèse – apporte la preuve qui réfute définitivement les autres théories sur la manière dont l’arsenic a envahi le corps de Napoléon. Ces autres théories reposent sur les produits de conservation des cheveux depuis le moment de leur coupe, sur la colle du papier peint, et la fumée du poêle de Longwood. Une théorie récente prétend que Napoléon a bien succombé à un cancer de l’estomac. Les auteurs, des chercheurs suisses, fondaient leurs conclusions après avoir mesuré plusieurs pantalons de l’Empereur, et constaté que leur taille avait diminué régulièrement durant sa déportation à Sainte-Hélène ! Comme le docteur Kintz le fit observer, « ce n’est pas en mesurant la taille des pantalons d’une personne que l’on détermine si elle souffre d’un cancer. »

Le docteur Kintz fit alors une recherche complémentaire en faisant appel à une autre méthode, l’ICP-MS, ou « plasma induit couplé à la spectrométrie de masse » afin de rechercher la trace d’autres éléments chimiques présents dans les cheveux de Napoléon. Les résultats obtenus confirmèrent les taux d’arsenic précédents, mais ils mirent également en évidence du mercure (un dérivé d’un purgatif, le calomel), de l’antimoine (révélateur d’un vomitif, le « tartar emetic »), de l’argent (résidu de sirop de collargol, un antiseptique local), et du plomb révélateur de la litharge, ou oxyde de plomb, alors utilisé à cette époque pour adoucir le vin et le porto). Cette méthode permit également de déterminer la nature de l’arsenic utilisé. Il existe deux sortes d’arsenic, un arsenic organique, que l’on trouve dans les fruits de mer, et un arsenic minéral, particulièrement toxique, que l’on trouve dans la mort-aux-rats. C’est cette dernière variété dont les tests ont démontré la présence dans les cheveux de Napoléon.

Le rapport présenté par Ben Weider évoque les sources possibles de l’arsenic dans les cheveux de Napoléon, écartant les produits de conservation depuis le moment où les cheveux furent coupés, la fumée du poêle, l’eau de Sainte-Hélène, et la colle du papier peint ornant les murs de Longwood. La conclusion finale qui s’impose après toutes ces expérimentations est la suivante :

« Dans tous les échantillons de cheveux de l’Empereur, l’ICP-MS a mis en évidence des concentrations massives, concentrations qui sont compatibles avec une intoxication chronique par de l’arsenic minéral très toxique. Ce qui implique que nous sommes sans ambiguïté sur la piste d’une intoxication criminelle. » (Docteur Pascal Kintz)

Ben Weider a passé une bonne partie de sa vie à étudier la thèse et à apporter les preuves que Napoléon a été victime d’un empoisonnement à l’arsenic. Les résultats des derniers travaux effectués apportent des données convaincantes pour appuyer cette hypothèse.

À côté de cette quête de vérité sur les dernières années de Napoléon, Ben Weider a financé de nombreux projets napoléoniens dans le monde entier.

Si vous désirez en savoir plus sur son travail en faveur de la mémoire de Napoléon et sur le débat concernant l’empoisonnement, visitez le site Internet de la Société Napoléonienne Internationale à l’adresse suivante : www.societenapoleonienne.com

 

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