GUERRE D’ESPAGNE
MOUVEMENT D’HUMEUR

Au mois de mai, le magazine français « Le Point » a consacré un article à la révolte des habitants de Madrid, le 2 mai 1808.

J’ai cru devoir, à l’époque, répondre à cet article. Ma réponse a été publiée . En revanche, le magazine n’a pas jugé utile de reproduire celle que j’avais rédigée pour répliquer à un Madrilène mécontent de ma réaction. Je déplore vivement ce qui apparaît comme une forme de censure, d’autant plus inacceptable que, selon la formule consacrée, les propos tenus sur ces forums, n’engagent que leurs auteurs.

Voici, ci-dessous, ma réaction.


Jean Claude Damamme

Sans remettre en cause la réalité de l’erreur de cette campagne d’Espagne, ni le bien-fondé de la révolte des Espagnols contre les occupants français, je souhaite apporter quelques précisions.

Investir le Portugal et l’Espagne était, pour Napoléon une nécessité stratégique indispensable pour pouvoir appliquer son Blocus Continental, outil de guerre économique contre la détestable Angleterre de ce temps. C’est elle, en effet, qui finançait toutes – je souligne toutes – les coalitions contre la France dont la concurrence commerciale lui était insupportable.

Le chiffre des sommes versées par Londres aux monarchies européennes de l’époque pour leur « effort de guerre » sont d’ailleurs bien connus. C’est cela, ce supposé « but non avoué de dominer toute la Péninsule ibérique » évoqué dans l’article.

Par ailleurs, à propos de la révolte de Madrid, l’auteur mentionne « la terrible répression qui s'ensuivit ». Cet adjectif, qui n’est pas appuyé sur des chiffres, donne à entendre une répression massive et de grande envergure. Ceux qui suivent ne sont pas suspects de malhonnêteté puisqu’ils ne sont pas tirés de travaux français, mais proviennent d’une source espagnole : le soulèvement du 2 mai fit, dans la population de Madrid, quelque 185 morts et une dizaine de blessés « connus », dont la condition sociale est même précisée (une autre source, espagnole également, parle de 104 morts, 54 blessés et 35 disparus). Les représailles – limitées –exercées par le maréchal Murat, qui commandait à Madrid, (et ne s’y est pas grandi), sont presque totalement responsables de ces victimes. Ces représailles, qui furent par la suite désapprouvées par Napoléon, ne firent en outre qu’attiser l’incendie qui venait de s’allumer.

Quant aux pertes subies par les soldats français, elles semblent se situer autour de 500 morts et blessés grièvement. Ce qui n’est pas étonnant puisque, l’état de guerre n’étant pas déclaré, tous ces hommes furent surpris et massacrés de manière la plus barbare alors qu’ils ne s’attendaient pas à être agressés.

Contrairement à ce que l’on écrit souvent, ce sont donc bien les Espagnols qui, le 2 mai, ont lancé le cycle sinistre des atrocités de cette guerre, et non les Français. Le tableau bien connu de Goya placé en ouverture de l’article, et sur lequel on voit le « peuple ingénu », selon le mot cité de l’écrivain espagnol Arturo Perez-Reverte, massacrer avec ardeur et sans ingénuité aucune les Mameluks de la Garde Impériale, est assez éloquent à ce sujet.

Devant les spectacles effroyables que le grand peintre a si bien montrés, les Français, se lanceront à leur tour dans la spirale infernale. C’est hélas la seule que l’Histoire, oubliant les atrocités commises par les guérillas, retiendra.

Comme je l’ai écrit plus haut, il est normal et honorable qu’un peuple se soulève contre l’occupant quel qu’il soit. Mais cela ne justifie en aucune manière les massacres qui ont marqué cette journée du 2 mai 1808.

Le gouvernement français s’était déjà stupidement et indignement empressé de commémorer avec les Anglais leur victoire navale – et notre défaite – de Trafalgar – en envoyant – un comble ! – le porte-avions Charles de Gaulle participer à ces honteuses réjouissances.

Cette fois, c’est l’ambassadeur de France qui a célébré avec les autorités espagnoles le soulèvement du 2 mai 1808, cautionnant de ce fait par sa présence le massacre de nos (et de ses) compatriotes du temps par le peuple de Madrid.

La diplomatie devrait savoir s’imposer de temps à autres des limites. Ce serait de la décence. Mais il s’agit, il est vrai, d’un vocable dont le sens, aujourd’hui, nous est devenu totalement étranger.

Jean-Claude Damamme
Représentant pour la France de la Société Napoléonienne Internationale

 

 

AJOUTER UN COMMENTAIRE...