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LES ECHOS DE LA RECHERCHE

LA GAZETTE DU LABORATOIRE

N. 102 - septembre 2005


Napoléon a bien été empoisonné

Des résultats cohérents et constants depuis 1960


Ben Weider, CM, CQ, SBStJ, PhD
Président de la Société Napoléonienne Internationale


Le 2 juin dernier, le Dr. Pascal Kintz, président de l’association Internationale des Toxicologues de Médecine Légale, et le laboratoire ChemTox, ont, présenté leurs derniers travaux sur l’étude toxicologique des cheveux de Napoléon.

À l’occasion de cette journée, la Société Napoléonienne Internationale, dont le président, Ben Weider, a fourni les échantillons de cheveux destinés aux analyses, nous a proposé un résumé de « toute l’histoire » …

Dr Pascal Kintz, Président de l'Association Internationale des Toxicologues de Médecine Légale

- 1955  : Sten FORSHUFVUD, un stomatologue suédois, fort d’un solide bagage en toxicologie acquis en France dans une Faculté des Sciences, découvre les Mémoires d’un compagnon de déportation de Napoléon à Sainte-Hélène, son domestique Marchand. Certains des symptômes décrits lui font penser à une possible intoxication arsenicale.

 - 1960 : Sten FORSHUFVUD réussit à obtenir du commandant Henry LACHOUQUE, ancien conservateur adjoint du musée de Malmaison et historien renommé, un cheveu de l’Empereur.

Ce cheveu, que le donateur certifia authentique par écrit, provenait de la succession Marchand. Il est remis pour analyse au directeur du département de médecine légale de l’Université d’Édimbourg, le professeur HAMILTON-SMITH.

L’analyse faite par la méthode de bombardement neutronique révèle une forte teneur en arsenic. Pour affiner les analyses, Hamilton Smith demande d’autres cheveux.

- 1961 : Fort de ce résultat prometteur, Sten FORSHUFVUD cherche à se procurer d’autres cheveux de Napoléon auprès du commandant LACHOUQUE. Celui-ci, à qui il avait transmis les résultats obtenus par le professeur Hamilton Smith, l’avait en effet félicité pour sa démarche, l’encourageant à la poursuivre.

Mais, étrangement, à partir du moment où l’analyse faite par le professeur Hamilton Smith eut démontré la présence du toxique dans le cheveu de Napoléon, toutes les portes, y compris celle du commandant LACHOUQUE, se sont fermées. Pour poursuivre ses recherches, le Suédois doit donc se tourner vers l’étranger. Des échantillons, avec attestation d’authenticité – non des actuels propriétaires, mais de ceux de l’époque considérée (Las Cases, Marchand …) – lui arrivent alors de Suisse, d’Australie, du New Jersey …

Les nouveaux échantillons « tiennent les promesses » du cheveu pionnier. De ses découvertes, Sten FORSHUFVUD tire un ouvrage, qui, en toute modestie, pose simplement la question : « Napoléon a-t-il été empoisonné ? », ouvrage qui est férocement ridiculisé par les historiens napoléoniens français

- 1995 : Le Canadien Ben WEIDER, président de la Société Napoléonienne Internationale de Montréal, remet au chef du service de Chimie / Toxicologie du FBI deux cheveux qui ont appartenu à l’auteur du célèbre Mémorial de Sainte-Hélène, le comte de Las Cases. L’analyse de ces deux cheveux confirme tous les résultats précédents.

La résistance des milieux napoléoniens « autorisés », cependant, ne change pas ; sarcasmes et rejet, y compris de certains spécialistes français, qui arguent que les échantillons analysés par le FBI sont trop faibles pour que les résultats obtenus soient convaincants.

- 2000 : le 15 septembre, Ben WEIDER confie donc des cheveux au docteur Pascal KINTZ, leader reconnu dans le domaine de l’analyse toxicologique et président de L’Association Internationale des Toxicologues de Médecine Légale ; cinq mèches de cheveux de Napoléon, qui avaient appartenu à Lady HOLLAND, à l’abbé VIGNALI, au domestique NOVERRAZ, au valet MARCHAND et au comte de LAS CASES.

Rappelons que, pour les analyses toxicologiques, l’intérêt des cheveux réside dans leur capacité :

- à cumuler les expositions de quelque nature que ce soit : drogue, substances dopantes, médicaments, toxiques, ou arsenic dans le cas évoqué ici …

- à incorporer tout au long de leur pousse (un centimètre/mois) tout ce qui est présent dans le sang. Ainsi, un cheveu de six centimètres permet de remonter de six mois dans le passé biologique d’un individu.

Les cheveux de Napoléon ont cette fois été analysés suivant deux méthodes :

- la spectrophotométrie d’absorption atomique électrothermique : elle révéla des concentrations en arsenic allant de 7 à 38 fois la dose tolérée comme étant « naturelle ». Une concentration « naturelle », que l’on retrouve dans les cheveux de chacun, et qui varie selon l’endroit où les cheveux ont été prélevés : 0,31 nanogramme par milligramme pour des cheveux qui ont été prélevés sur la nuque : 0,35 sur le vertex (point le plus élevé sur la ligne médiane de la voûte du crâne) ; 0,43 sur la zone frontale; et 0,46 sur la zone temporale. Ces différences se retrouvent donc logiquement dans les cheveux de Napoléon.

- le Nano-SIMS (nano-secondary ion mass spectrography) : cet équipement utilisé en recherche pure, et dont il n’existe que dix exemplaires dans le monde, a permis au docteur KINTZ et au professeur WENNIG, de l’Université du grand-duché du Luxembourg, de constater que le toxique était présent au cœur même des cheveux (la « médulla »), ce qui signifie qu’il a été véhiculé par le flux sanguin.

- 2005 : Ces résultats viennent d’être affinés par le docteur KINTZ et l’équipe du laboratoire ChemTox. Leurs travaux ont porté sur des cheveux provenant de deux mèches ; l’une dite « Noverraz » (déjà analysée lors des expériences précédentes), et l’autre « Bertrand », du nom du grand Maréchal du Palais, et compagnon de déportation de Napoléon.

Après décontamination par acétone, puis traitement par acide nitrique concentré, les échantillons ont été analysés par ICP/MS (plasma induit couplé par spectrométrie de masse) permettant l’analyse simulée d’une trentaine de métaux et métalloïdes. (voir les résultats les plus importants tableau 1). Ainsi, par une nouvelle approche analytique, les concentrations massives en arsenic déjà observées par le passé ont été confirmées. La thérapeutique de l’Empereur à base de calomel (mercure) et de tartar emetic (antimoine) est confirmée par les analyses de ChemTox. Le « plus » de cette analyse réside dans le fait que les scientifiques sont parvenus à déterminer la nature de l’arsenic contenu dans les cheveux de Napoléon.

 

Tableau 1

Éléments
Noverraz (ng/mg) Bertrand (ng/mg) Normales (ng/mg)
Arsenic
42,1
37,4
Inférieur à 1
Antimoine
2,10
1,76
Inférieur à 0,1
Mercure
3,33
4,68
Inférieur à 1,5
Plomb
229,2
111,8
Inférieur à 5

 

Tableau 2

Formes d’arsenic Noverraz Bertrand
AsIII 31,1 % 44,7 %
AsV 66,3 % 53,2 %
MMA 0,03 % 0,06 %
DMA 0,42 % 0,15 %
Autres espèces 2,11 % 1,9 %

 

 

L’arsenic existe en effet naturellement sous deux espèces : l’une minérale, très toxique (AsIII, AsV et leurs métabolites MMA et DMA) ; l’autre organique, peu toxique, dont l’arsénobétaïne ou l’arsénocholine provenant de l’alimentation.

Après séparation chromatographique, la spéciation de l’arsenic permet de différencier ces espèces. (voir les résultats obtenus au tableau 2)

Il apparaît dont nettement que l’arsenic dans les cheveux de Napoléon est de type minéral, forme la plus toxique connue sous l’appellation de « morts aux rats » ; ce qui renforce de façon indiscutable la thèse de l’intoxication chronique !

 

La Société Napoléonienne Internationale

 

Fondée en 1993 par Ben Weider, un homme d’affaires canadien grand admirateur de Napoléon, la Société Napoléonienne Internationale, basée à Montréal, est un organisme éducatif à but non lucratif établi sous l’autorité du gouvernement du Canada, et destiné à promouvoir l’étude de l’ère napoléonienne. Elle compte un peu plus de 500 membres répartis dans le monde entier, tous historiens, professeurs ou écrivains spécialistes de l’époque napoléonienne.

Elle attribut des bourses d’études pour encourager et récompenser les contributions importantes à l’histoire napoléonienne. La Fondation Ben Weider a entre autres octroyé

1250000 dollars à une université américaine, la Florida State University, pour qu’elle puisse créer une chaire d’étude sur la Révolution française et le Premier Empire. Cette somme fut complétée d’autant par l’État de Floride.

Dans le même esprit, et par l’intermédiaire de son site internet bilingue français-anglais.

http://www.societenapoleonienne.com
http://www.napoleonicsociety.com

La Société Napoléonienne Internationale se donne pour mission première de «  rendre pleine justice à Napoléon et de faire table rase des mensonges et des calomnies qui salissent son honneur et insultent gravement à sa mémoire »

 

 

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EMPOISONNEMENT DE NAPOLÉON