Jean-Joseph Dubois-Foucou (1747-1830),
le dentiste personnel de Napoléon

par Xavier Riaud (*), FINS

 

 

Jean-Joseph Dubois-Foucou est né à Toulon, le 19 février 1748. Il a été élève en chirurgie à l’hôpital de la même ville et à l’hôpital de la Charité, actuelle faculté de médecine. Il est qualifié maître chirurgien dès 1766. Le 22 juillet 1771, il devient officiellement membre du collège royal de chirurgie de la capitale. A partir de ce jour, il officie en tant que chirurgien-dentiste.

Son nom est, en fait, tout simplement Dubois, mais il a préféré lui adjoindre celui de Foucou, l’un de ses parents, lequel était un artiste (Rousseau (a), non daté).

Le 22 juillet 1775, Dubois-Foucou est maître en l’art et science de chirurgie de Paris, ayant soutenue une thèse intitulée « De dentis vitiose positorum curatione » (Lamendin, 2007).

De 1783 à 1785, il exerce rue sainte Marguerite à Paris, avec son oncle Vincent. De 1785 à 1796, il officie dans la même maison que Bourdet, dentiste du roi Louis XV, rue Croix-des-petits-champs. De 1797 à 1805, il est au 1325/6, rue des bons enfants, butte des moulins. De 1806 à 1807, il est installé au 1, rue des bons enfants. Enfin, de 1808 à 1830, il termine sa carrière au 2, rue Caumartin (Baron, 2003 ; Sans auteur, 1830).

En mars 1783, Bourdet, dentiste de Louis XV et de Louis XVI, lui vend la survivance de sa charge auprès du roi pour la somme de 150 000 livres. Louis XVI le nomme son opérateur pour les dents par brevet, le 4 mai 1783, décerné à Versailles. A cette époque, il soigne le futur Louis XVIII à partir du 6 avril 1783, le futur Charles X, et la famille royale (Rousseau (b), sans date).

Dubois-Foucou succède à Bourdet après sa mort en 1789, auprès du roi, mais n’apparaît dans l’Almanach royal qu’en 1791. Le 1 er août 1790, il est appelé au chevet de Louis XVI pour un abcès dentaire, de sévérité minime selon lui. Alors au Temple, Louis XVI demande le 10 août 1792, une « éponge pour les dents » à son dentiste qui la lui fournit. Enfermé précipitamment, la famille royale est démunie de tout. En décembre 1792, nouvelle fluxion du roi (Lamendin, 2002 & 2007).

« Louis Capet (comme il est désigné alors) en présence des commissaires de garde auprès de lui, a demandé, en raison d’une fluxion des dents dont il est attaqué depuis quelques jours, que l’on fasse venir un dentiste qu’il consulterait pour son mal, et il a désigné, à cet effet, le citoyen Dubois-Foucou. »

Le Conseil général de la Commune refuse d’accéder à sa demande, le 22 décembre 1792.

 

Extrêmement procédurier, Dubois-Foucou attaque en justice Dubois de Chemant, autre dentiste, au sujet de l’invention des dents minérales. De nombreux échanges dans les journaux, dont le journal de Paris de 1789, ont précédé cette démarche (numéros du 26 avril 1788, 22 avril 1789, 26 avril 1789, etc.). Le 26 janvier 1792, il est débouté et doit, par jugement, payer les frais de procès. Plus tard, lorsque Dubois de Chemant est parti en Angleterre, Dubois-Foucou poursuit ses recherches et réalise ses propres dentiers en porcelaine (Lamendin, 2007, Journal de Paris de 1789).

Le 25 février 1793, Dubois-Foucou demande la résiliation de sa charge. Le 12 mai 1794, il assigne en justice la veuve Bourdet et lui demande le remboursement de 120 000 livres. Le 2 novembre 1794, le dentiste perd définitivement son procès et la veuve n’a pas à lui rendre un centime.

En janvier 1805, il propose ses services pour occuper la fonction de chirurgien-dentiste de l’Empereur sans traitement.

 

En 1806, Gervais-Chardin, « parfumeur de Leurs Majestés Impériales et Royales », livre 52 boîtes d’opiat dentifrice pour un montant de 306 francs, 15 douzaines de cure-dents en buis et en ivoire. Le 25 octobre 1808, il livre 24 douzaines de cure-dents en buis, 6 boîtes de corail fin pour les dents au prix de 36 francs et 28 boîtes d’opiat superfin facturées 168 francs. Le 20 mars 1815, le parfumeur Teissier fournit 3 boîtes d’opiat en bois d’ébène pour la somme de 18 francs et 28 pots d’opiat à la rose au coût de 56 francs. Tous ces produits sont destinés à l’hygiène bucco-dentaire de l’Empereur (C.A.R.A.N., 2010). Est-ce à la demande de Dubois-Foucou que ces parfumeurs ont effectué ces livraisons ? Il est possible de l’envisager. En effet, chaque opérateur pour les dents conseillait au roi qu’il servait l’usage de ses onguents et de ses potions personnelles. Pourquoi Dubois-Foucou n’en aurait-il pas fait autant auprès de Napoléon ? Toutefois, rien ne l’atteste non plus (Riaud (a), 2010).

 

Sa requête est accordée et il officie sur la personne de Napoléon de 1806 à 1813 (SOP, 2006). Jamais durant son règne, le monarque ne semble avoir eu recours aux services de Dubois-Foucou, excepté pour des nettoyages (Masson, 2004). Ses émoluments se montait à 600 francs par an et ne sont mentionnés pour la première fois qu’en 1808. Corvisart, par exemple, médecin personnel de l’Empereur, percevait la somme modique de 30 000 francs par an (Rousseau (a) & (b), sans date).

En 1808, Dubois-Foucou publie « Exposé de nouveaux procédés pour la confection des dents, dites de composition » et « Lettre adressée à MM. les dentistes sur les dents minérales » (Lamendin, 2007).

Les attributions et obligations du chirurgien-dentiste personnel de Napoléon sont mentionnées au titre 8 dans le règlement pour le service de santé de la maison de leurs Majestés impériales et royales qui a été rédigé en 1811 (Rousseau (a), sans date).

« Art. 1 er : Le chirurgien-dentiste est tenu de se présenter à la cour lorsqu’il est appelé immédiatement ou par le premier médecin ou par le premier chirurgien.

Art. 2 : Il est également tenu de se présenter à l’infirmerie impériale lorsqu’il en est requis par le premier médecin ou d’après la demande du premier chirurgien ou du chirurgien de quartier pour y faire quelque opération de son ministère dans les cas urgents il s’y rendra sur leur invitation immédiate. »

 

Dans un mémoire de réparation d’un nécessaire à dents de Napoléon, sur la quittance en date de 1810, sa signature apparaît :

« vendu pour le service de sa Majesté l'Empereur et Roi :

  • fait deux instruments manquant au Nécessaire de sa Majesté... 36 francs
  • fait six tiges à rugines en remplacement sur des manches montés en nacre garnis en or... 54 francs
  • fait un manche avec virole en or sur le miroir portatif du Nécessaire... 15 francs

Signé Grangeret avec la mention  "approuvés les objets ci-dessus mentionnés".
Signé Dubois-Foucou chirurgien-dentiste de leurs Majestés impériales et royales (Rousseau (a), sans date ; C.A.R.A.N., 2010) . »

 

Ces instruments semblent avoir pour objectif la réalisation sur la personne de Napoléon de soins conservateurs. Dubois-Foucou intervient dans une autre réparation du nécessaire le 27 mars 1815.

« Vendu pour le service de sa Majesté l'Empereur, et d'après les ordres de Monsieur Gourrean et Monsieur Dubois, dentistes de sa Majesté :

réparation complète a neuf des instruments et du Nécessaire à dents de sa majesté... 94 francs

« Certifié véritable »

Signé : Grangeret avec la mention « reçu le tout en bon état »

Signé Dubois-Foucou (Rousseau (a), sans date ; C.A.R.A.N., 2010) . »

Napoléon avait donc grande confiance en son dentiste. En effet, l’Empereur lui laissait toute liberté quant à la confection, les réparations éventuelles et l’entretien des coffrets impériaux, pour ceux destinés à l’hygiène dentaire tout du moins. Les deux mémoires précédemment cités faisant état de réparations sur des rugines à détartrer démontrent sans contestation possible les sollicitations fréquentes du dentiste par Napoléon pour des détartrages. Toutefois, si Dubois-Foucou est libre de ses choix, ceux-ci sont tout de même visés par Corvisart (Rousseau (a), sans date ; C.A.R.A.N., 2010 ; Riaud (b), 2010).

 

Jean Joseph Dubois-Foucou sera aussi le dentiste personnel de Louis XVIII (Lamendin, 2007) qui le garde uniquement parce qu’il s’est occupé du roi décapité, puis de Charles X. Louis XVIII le rappelle aux mêmes fonctions à partir du 9 janvier 1815. Le 14 janvier 1815, voyant le retour de la monarchie s’opérer, Dubois-Foucou anticipe, conçoit et fait la commande, en lieu et place de Louis XVIII, d’un nécessaire à dents avant avril 1814. Pourtant, le 6 mars 1815, malgré la satisfaction réelle du nouveau roi, le secrétaire général du ministre de la maison du roi demande justification au dentiste des 1162 francs, somme très élevée pour l’époque, demandés par le coutelier pour la fabrication du coffret (Rousseau (b), sans date).

En 1826, Jean-Joseph Dubois-Foucou cesse toute activité, mais au 15 décembre 1826, il était encore autorisé à conserver son titre. De fait, son nom est toujours cité dans l’Almanach royal de 1830, année de sa mort à Paris.

Dubois-Foucou a été marié. Il n’a pas reçu la Légion d’honneur et n’a pas été élevé à la noblesse d’Empire.

 

Références bibliographiques  :

Baron Pierre, « Dental Practice in Paris », in Dental Practice in Europe at the End of the 18th Century, sous la direction de Christine Hillam, Rodopi (ed.), Amsterdam, 2003.

C.A.R.A.N., documents 02-233, 02-236, 02-815 et 02-816, Paris, 2010.

Journal de Paris de 1789.

Lamendin Henri, Anecdodontes, Aventis (éd.), Paris, 2002.

Lamendin Henri, Praticiens de l’Art Dentaire du XIV ème au XX ème siècle, L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2007.

Masson Frédéric, Napoléon chez lui, Tallandier (éd.), Bibliothèque napoléonienne, Paris, 2004.

Riaud Xavier (a), « Napoleon and his teeth », in Napoleonic Scholarship, the journal of the International Napoleonic Society, n° 3, May 2010, pp. 125-129.

Riaud Xavier (b), « Le service de santé personnel de Napoléon », in The International Napoleonic Society, Montréal, 2010, http://www.napoleonicsociety.com , pp. 1-4.

Rousseau Claude (a), « Histoire de l’aménagement opératoire du cabinet dentaire – Le coffret d’instruments de chirurgie dentaire de Napoléon, l’énigme de son testament », in Actes de la Société Française d’Histoire de l’Art Dentaire, http://www.bium.univ-paris5.fr, sans date, pp. 1-5.

Rousseau Claude (b), « Histoire de l’aménagement opératoire du cabinet dentaire – L’énigme posée par l’attribution à Louis XVIII ou à Charles X d’un « nécessaire à dents » de Pierre-François Grangeret », in Actes de la Société Française d’Histoire de l’Art Dentaire, http://www.bium.univ-paris5.fr, sans date, pp. 1-7.

Sans auteur, Almanach royal présenté à sa Majesté, Guyot & Scribe (éd.), Paris, 1830.

Société Odontologique de Paris, « Les daviers de Napoléon », in http://www.sop.asso.fr, 2006, p. 4.

 

 

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

 

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