René-Nicolas Dufriche, baron Desgenettes (1762-1837), médecin chirurgien de la Grande Armée

par Xavier Riaud (*)

René-Nicolas Dufriche Desgenette, représenté en 1798-1799, alors médecin en chef de l'armée d'Orient pendant l'expédition d'Egypte, par Antoine-François Callet (1741-1823), (domaine public).

 

Né à Alençon le 23 mai 1762, de père avocat au Parlement de Rouen, il grandit dans le domaine familial qui s’appelait « Les Genettes ». Il étudie au collège des jésuites d’Alençon. En 1776, arrivé à Paris, il entre à Saint Barbe et au collège du Plessis. Les Sciences naturelles le passionnent. Fort logiquement, une fois reçu maître ès arts, il s’engage vers des études de médecine. Il débute dans les services hospitaliers de Pelletan et de l’anatomiste Vicq d’Azyr, secrétaire de la Société Royale de Médecine et premier médecin de Marie-Antoinette. En 1784, René-Nicolas décide de voyager grâce à l’héritage que lui a donné sa mère. Alors qu’il est à Londres, il assiste au cours de Moore et de Hunter. De retour dans son pays, il rencontre Desbois de Rochefort et Boyer à l’hôpital Saint-Louis. Par la suite, il part en Italie où il demeure 4 ans. Il découvre Florence, Sienne où il étudie l’anatomie auprès du grand Mascagni, Rome et Naples enfin. En 1789, il vient soutenir le 6 juillet, sa thèse intitulée « Essai physiologique sur les vaisseaux lymphatiques. » Il rejoint naturellement le laboratoire de Chaptal ( http://www.medarus.org, 2010).

En 1791, il décide de rejoindre la capitale. Après la fuite de Varennes et l’arrestation de Louis XVI, Desgenettes adopte les idées girondines. Ceux-ci sont envoyés à la guillotine par les Montagnards. Rescapé, le jeune médecin gagne Rouen où son ancien maître, Vicq d’Azyr lui enjoint de s’engager dans l’armée. Parlant couramment l’italien, Dufriche est envoyé en Italie où il rejoint en mars 1793, l’hôpital ambulant de l’armée de la Méditerranée ( http://fr.wikipedia.org, 2010).

Il est présent à Fréjus, Grasse, Antibes, Sospel, Orneilles et Nice. C’est au cours de cette campagne qu’il fait la rencontre de Napoléon Bonaparte. Ce dernier est émerveillé par les connaissances de Desgenettes. Il ne l’oubliera pas. Quelques années plus tard, Bonaparte fait nommer René-Nicolas, médecin en chef de l’Armée d’Orient. Affecté auprès de Masséna, Desgenettes enraye une épidémie de typhus. Atteint lui-même par la maladie, il survit par miracle. Le 13 janvier 1794, il s’occupe des malades de l’hôpital d’Antibes. Le 16 septembre, il dirige le service médical de la division de droite située à Loano. Puis, il lui incombe de structurer le service médical de l’expédition maritime chargée d’envahir la Corse, alors sous la coupe anglaise ( http://www.medarus.org, 2010).

De retour sur le sol français, appuyé par Bonaparte, soutenu par Barras, il est promu le 29 octobre 1795, médecin ordinaire de l’hôpital d’instruction militaire du Val-de-Grâce et de la 17 ème division militaire de Paris. En 1796, Desgenettes devient professeur de physiologie et de physique médicale. Il y rencontre Dominique Larrey. Mais, ces nominations le retirent de l’Armée d’Italie et il ne participe pas aux succès qu’on lui connaît. Le 11 janvier 1798, il se marie avec la fille de l’ancien Inspecteur général des hôpitaux sous Louis XVI ( http://www.medarus.org, 2010).

De retour à Paris, après la paix de Campo-Formio (17 octobre 1797), Bonaparte demande que Desgenettes soit attaché à l’armée d’Angleterre. Le 22 mars 1798, Desgenettes doit partir pour Toulon pour se placer sous les ordres du Corse en qualité de médecin en chef. La même année, il prend la direction du service médical de l’armée d’Orient. Son action a été si exemplaire que Bonaparte lui a demandé de gagner le vaisseau amiral l’Orient (Ganière, 1988). Sur le sol des pharaons, les médecins doivent faire face à des pathologies déclenchées par un climat harassant, des bivouacs fréquents et l’absence d’eau potable. Desgenettes impose des mesures d’hygiène et de prophylaxie d’une sévérité extrême : hygiène corporelle, désinfection des locaux, surveillance de l’alimentation et nettoyage des vêtements. Toutes les pathologies tropicales sont rencontrées. Pendant la marche à travers le désert de Syrie, René-Nicolas est confronté à une épidémie de peste. Face au moral des troupes qui est au plus bas, Desgenettes refuse que le nom de cette maladie soit seulement prononcé et lui trouve d’autres qualificatifs comme « fièvre bubonneuse » ou encore « maladie des glandes » en remplacement. Pour démontrer que la peste n’est pas contagieuse, Desgenettes s’inocule sous la peau à l’aide d’une lancette une goutte de pus prélevé sur un moribond (Ganière, 1988). Par son courage, il est parvenu à redonner le moral aux soldats désabusés et décimés.

Le 28 avril 1799, son nom entre dans l’histoire. Alors que Bonaparte doit lever le siège de Saint-Jean d’Acre, il demande aux médecins de procéder à l’évacuation des blessés. Ayant peur d’un massacre commis par les Turcs s’il les abandonne et d’une contamination des éléments de son armée s’il les emmène, le général aurait demandé à Desgenettes de procéder à l’euthanasie des pestiférés avec de l’opium (Ganière, 1988). Desgenettes refuse catégoriquement et se dresse contre le commandant en chef français de tout son poids. Bonaparte s’incline et tous les malades sont rapatriés sur Jaffa. Arrivé sur ce site, il laisse un détachement pour les garder. Toutefois, contraint d’abandonner la ville sous la pression ennemie, il aurait sollicité le pharmacien en chef de l’expédition, Claude Royer, afin qu’il administre aux mourants du laudanum pour abréger leurs souffrances. Desgenettes ne lui adressera plus la parole jusqu’à son départ d’Egypte, le 22 août 1799. Le médecin officie au sein de l’armée de Kléber, puis de celle de Menou après l’assassinat du premier jusqu’en 1801 (Ganière, 1988).

Alors Premier Consul, Bonaparte promeut Desgenettes au rang de médecin en chef à l’hôpital militaire d’instruction de Strasbourg. Mais, fatigué par une campagne qui l’a marqué physiquement, il refuse et demande la possibilité de poursuivre son travail au Val-de-Grâce. Le 29 décembre 1801, le Corse approuve. En 1801 toujours, le médecin est nommé membre de l’Institut et membre associé des Sociétés de médecine de Marseille et de Montpellier. L’année suivante, il publie son Histoire médicale d’Orient qui fait grand bruit dans le monde scientifique, qu’il dédie au général Kléber notamment http://www.medarus.org, 2010).

Le 18 mai 1804, l’Empire est proclamé. Le lendemain, Desgenettes est fait officier de la Légion d’honneur et le 14 juin, il devient inspecteur général du Service de Santé des Armées au même titre que Larrey, Percy et Heurteloup ( http://fr.wikipedia.org, 2010).

Il part en Espagne avec une commission de médecins nommés par l’Empereur avec pour mission d’étudier l’épidémie de fièvre jaune qui y sévit. En 1806, René-Nicolas regagne le Val-de-Grâce. Le 6 avril 1807, Desgenettes devient médecin en chef de la Grande Armée sur ordre de Napoléon. Ainsi, il est présent aux batailles d’Eylau (1807), de Friedland (1807) et de Wagram (1809). En 1808, il voyage avec le Corse en Espagne où la situation est jugée des plus inquiétantes. En 1809, il est fait chevalier et en 1810, baron de l’Empire ( http://www.medarus.org, 2010).

Pendant la campagne de Russie, il est de tous les affrontements. Son abnégation et son dévouement à ses patients sont devenus légende. Le 10 décembre 1812, il est capturé à Vilna lorsque les troupes françaises font retraite. Au simple énoncé de son nom, le tsar Alexandre III le libère. En remerciement pour ses bons soins délivrés aux soldats russes, le médecin est raccompagné le 20 mars 1813, aux avant-postes français par la Garde de Cosaques.

Médecin en chef de la Garde impériale pendant la campagne d’Allemagne, il n’apprend sa nomination qu’en 1814, à son retour en France. En 1813, les soldats français sont vaincus à Leipzig. Desgenettes, quant à lui, est enfermé dans la citadelle de Torgau où il doit faire face à une épidémie de typhus qui tue 13 448 hommes sans combattre sur les 25 000 de la garnison (Meylemans, 2010).

Après l’abdication de Napoléon, de retour à la tête du pays, Louis XVIII démet Desgenettes de ses fonctions militaires. Toutefois, ses prérogatives au Val-de-Grâce et à la Faculté sont maintenues.

Pendant les Cent-Jours, il rejoint naturellement l’Empereur de retour de l’île d’Elbe. Sa place de médecin de la Garde impériale lui est restituée fort logiquement. Il le suit jusqu’à Waterloo, le 18 juin 1815 (Ganière, 1988).

A la capitulation de Napoléon, Louis XVIII revient au pouvoir, mais le nom de Desgenettes est devenu légendaire, tout comme celui de Larrey pour ne citer que lui. Le nouveau roi de France maintient donc le médecin dans les fonctions qui étaient les siennes sous la Première Restauration, mais l’autorise à rejoindre le Conseil général de Santé des Armées en 1819. Commandeur de la Légion d’honneur, il participe à la fondation de l’Académie Royale de Médecine qu’il intègre en 1820. En 1822, il est révoqué pour avoir lancé un appel à la tolérance suite à des manifestations étudiantes. Il venait d’avoir la responsabilité de désigner les médecins devant rejoindre l’Empereur à Sainte-Hélène. Hélas, ce dernier venait de mourir ( http://www.medarus.org, 2010).

Après l’abdication de Charles X (1830), il est réhabilité. En 1832, il est élu membre de l’Académie des sciences. La même année, le 2 mars, il devient médecin en chef des Invalides où il meurt en 1837, le 3 février suite à une attaque d’apoplexie. Une première attaque l’avait rendu infirme en 1834.

Maire du X ème arrondissement (actuel 7 ème) de Paris en 1830, il occupe cette fonction jusqu’en 1834. Son nom a été donné à l’hôpital militaire de Lyon. Ses mémoires sont publiées en 1836.

Son nom figure sur l’Arc de Triomphe de l’Etoile. Il avait été oublié par la commission en charge d’établir une liste de noms dignes d’y figurer. Percy et Larrey y étaient quant à eux. Mais, sa fille, la baronne Sordeval, a obtenu réparation le 13 novembre 1841. Il apparaît sur la 29 ème colonne du pilier sud (Bouchon L. A. & Grau D., 2008-2010). Les postes de la République ont émis en 1972, un timbre de 0,30 francs à son effigie (Bouchon L. A. & Grau D., 2008-2010).

Alexandre Dumas le qualifiait de « vieux paillard très spirituel et très cynique ». Indépendant d’esprit, franc à l’extrême et doué d’une grande liberté de parole, Bonaparte le jugeait « trop bavard ».

 

Publications  :

Souvenirs d'un médecin de l'expédition d'Égypte , 1893

Souvenirs de la fin du XVIIIe siècle et du commencement du XIXe, ou Mémoires de R. D. G. , 1836
Examen de quelques idées du maréchal de Saxe sur la santé des troupes, 1829
Remarques sur les institutions militaires de Végéce , Notice sur un opuscule rare relatif à Linné, 1828

Ext. du Journ. Compl. du Dictionnaire des Sciences Médicales, Extrait du Mémoire de H. Fouquet utilité des bains de terre dans la phthisier , 1827
Mélanges de médecine : Recueil factice formé par l'auteur sous ce titre. I-III, 1827-1829
Essais de biographie et bibliographie médicales, 1825
Éloge de M. Hallé : prononcé le 18 novembre 1822, devant la faculté de médecine de Paris, 1822
Fragmens de médecine militaire, 1820
Notice sur Benjamin Rusch, 1814
Histoire médicale du siège de Torgau, en Saxe ou Rapports adressés a M. le Baron Des Genettes par le chevalier Masnou, 1814
Eloges des académiciens de Montpellier, 1811
Inspection des dépots de prisonniers de guerre autrichiens dans les départements de l'Yonne, Saone-&-Loire, de la Côte-d'Or, de la Haute-Marne, de l'Aube et de la Marne en 1806, 1806
Formulaire pharmaceutique à l'usage des hôpitaux militaires, 1804

Histoire médicale de l'armée d'Orient, 1802
Résultat général et comparatif des tables nécrologiques du Kaire, l'an VII et VIII, 1800
Avis sur la petite vérole régnante, adressé au Divan du Kaire, 1800
Lettre de m. Des Genettes, à M. Cuvier Michaelis Girardi... Prolusio de origine nervi intercostalis... edidi curavit Renatus Des Genettes, 1792 ( http://cths.fr, 2010).

 

Références bibliographiques  :

Bouchon L. A. & Grau D., « René-Nicolas Dufriche, baron Desgenettes, baron de l’Empire, commandeur de la Légion d’honneur », in http://www.napoleon-empire.net, 2008-2010, pp. 1-4.

Ganière Paul, « Desgenettes, René-Nicolas (1762-1837), médecin », in Revue du Souvenir Napoléonien, http://www.napoleon.org, Fondation Napoléon, 1988, pp. 47-48.

http://cths.fr, Desgenettes René Nicolas Deufriche, baron, in Sociétés savantes de France, 2010, pp. 1-2.

http://fr.wikipedia.org , René-Nicolas Dufriche Desgenettes, 2010, pp. 1-5.

http://www.medarus.org, René-Nicolas Dufriche baron Desgenettes (1762-1837), médecin français de la Grande Armée, 2010, pp. 1-6.

Meylemans R., « Les maladies de l’Empire », in Ambulance 1809 de la Garde impériale, http://ambulance1809-gardeimperiale.ibelgique.com, 2010, pp. 1-6.

Riaud X. & Yactayo S., « Dysenterie et armées : un fléau séculaire », in Forum Histoire – Passion Histoire, http://www.passion-histoire.net, 01/07/2010, pp. 1-9.

Riaud X., « Epidémies et campagne de Russie de 1812 », in The International Napoleonic Society, Montréal, 12/07/2010, http://www.napoleonicsociety.com, pp. 1-3.

 

(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire.

 

 

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MÉDECINE SOUS L'EMPIRE