Rares sont ceux qui se peuvent prévaloir d’un ancêtre qui a servi dans les rangs de la mythique Grande Armée de Napoléon.

Plus rares encore sont ceux qui, ayant la chance de disposer de sources familiales de première main, prennent l’initiative de raconter cette vie dont ils découvrent doucement, parfois dans l’ombre complice d’un grenier, les détails ignorés et grandioses.

Faire ainsi, c’est une jolie manière de rendre hommage et de faire revivre des hommes qui, faute de ce dévouement mémoriel, fussent restés des inconnus. Une négligence navrante, car une démarche telle que celle que j’évoque ici comble notre intérêt pour ce que l’on appelle la « petite histoire ». À tort parce qu’il s’agit d’histoire humaine, et que ce ne sont pas les faits mais les êtres humains qui font l’Histoire.

Cette démarche, un de nos amis belges, bruxellois pour être plus précis, l’a faite pour l’un des ses ancêtres.

 

 

Il se nomme Boris Nicaise, et il vient de publier aux éditions Bernard Gilson un ouvrage qui a pour titre : « Le Médaillé de Sainte-Hélène ».

Tout un programme, quand on sait la rareté de cette distinction créée par un décret de Napoléon III le 12 août 1857 pour honorer les soldats, français et étrangers – et même des femmes – qui parcoururent l’Europe et combattirent dans le sillage de celui qu’ils surnommaient « le Grand Capitaine ».

Et, chez les médaillés de Sainte-Hélène, pas de « pékins », comme dans la Légion d’Honneur, une singularité qui avait fortement déplu aux soldats, qui ignoraient que la volonté de Napoléon était de récompenser tous les mérites. Y compris civils.

Que nous raconte Boris Nicaise dans son livre ?

Tout simplement l’histoire d’un des ses cousins germains d’aïeul direct, qui se nomme Léopold… Nicaise. Comme notre auteur.

Il y a effectivement de quoi être à la fois fier et ému lorsque l’on se découvre semblable cousinage.

Le Nicaise de Napoléon est né en 1783, à une quarantaine de kilomètres au sud de Bruxelles, à Seneffe. Ainsi que beaucoup en ce temps, il commença modestement comme simple grenadier dans le 82è régiment d’infanterie de ligne pour atteindre le grade de lieutenant lors des batailles qui se déroulèrent en 1814 dans le sud-ouest de la France.

Auparavant, il avait, comme quelques centaines de milliers d’autres, sué et souffert sur les sentiers surchauffés et meurtriers du Portugal.

Entre autres à son « palmarès » : la bataille perdue de Vimeiro, à la suite de laquelle le général Junot, vaincu par les Anglais, fut contraint à capituler et à signer la Convention de Cintra.

Les Français, et parmi eux le Belge Léopold Nicaise blessé à une jambe, furent rapatriés jusqu’à Rochefort par la Royal Navy.

Une mansuétude surprenante qui n’était pas dans les mœurs anglaises du temps envers les soldats de Napoléon.

 

 

Revenu dans la Péninsule, et toujours avec son 82è, Nicaise participa aux sièges de Ciudad Rodrigo et d’Almeida, place forte portugaise à la frontière espagnole. Il y restera pendant près d’une année.

Blessé, comme le maréchal Marmont, mais moins grièvement que lui, à la bataille des Arapiles, le 22 juillet 1812, Léopold Nicaise participe ensuite au mémorable siège de Bayonne le 14 avril 1814. Cette fois, c’est une baïonnette qui lui transperce une jambe.

Une dernière épreuve lui fut épargnée : blessé à Ligny le 16 juin 1815 d’une balle dans le bras droit lors de la dernière grande victoire de Napoléon sur les Prussiens de Blücher, Léopold, l’ancêtre de Boris, fut absent de l’apothéose funèbre de Waterloo.

Étrangement, Nicaise (Léopold) eut la chance – chance, car pour nombre de soldats éloignés pendant des mois, voire des années, de leurs proches parents, le régiment devenait une manière de famille – de rester dans son régiment, en dépit de la modification, entreprise lors de la première Restauration, soucieuse de casser tout ce qui pouvait rappeler Napoléon, du numérotage des régiments.

Par la suite, il sollicita son admission dans la Légion départementale du Nord. Comme on le pouvait deviner, les nouveaux et définitivement « restaurés » de 1815 n’accédèrent pas à sa requête.

Léopold Nicaise n’est pas un « grand » de l’épopée napoléonienne, mais ce sont des hommes comme lui, ceux que l’on nomme les « obscurs » qui permirent que cette épopée prît forme et se perpétuât. Il était donc juste que nous l’évoquions sur le site de la S. N. I.