En ce qui concerne Napoléon et le Premier Empire, la Pologne n’est pas la France, comme cet article va tenter de le démontrer.

En France, comme chacun (de bonne foi) le sait, il est de bon ton, et même fortement recommandé, de cracher sur Napoléon, le misérable livre de M. Claude Ribbe, dont je ne donne pas le titre par souci de ne pas faire de publicité à pareille ignominie, étant une des manifestations les plus évidentes de ce penchant sordide. Impératifs commerciaux et désir de saine (!) médiatisation obligent.

À la suite de la publication de ce qu’il faut bien appeler par son véritable nom : un torchon, le gouvernement français de l’époque (2005) s’était enfui à toutes jambes pour, surtout, surtout, ne pas commémorer le bicentenaire de la victoire d’Austerlitz. D’importantes « affaires » l’appelaient ailleurs.

Pensez donc !

Commémorer une « tuerie » - ce fut le mot d’un lecteur du quotidien Le Monde – du Corse maléfique, quelle infamie !

Et qu’importe ce que nous devons à Napoléon et l’Europe avec nous !

Qu’importe si les fameuses guerres, sournoisement rebaptisées « napoléoniennes », ne furent que des guerres de coalition imposées à la France !

Qu’importe que ces conflits meurtriers qui ont endeuillé l’Europe pendant plus de dix années aient été financés par l’Angleterre pour mettre à bas la France de ce temps, une France que le Premier Consul Bonaparte avait tirée de sa chienlit postrévolutionnaire, et que l’Empereur Napoléon 1er avait replacée au premier rang des nations.

Pour le gouvernement anglais de l’époque, c’était inadmissible. Insupportable.

Il fallait donc que tout fût mis en œuvre pour faire cesser le scandale.

Ce furent d’abord les tentatives d’assassinat financées par Londres et exécutées par les royalistes français – l’attentat de la rue Saint-Nicaise le 24 décembre 1800 avec sa vingtaine de mort et sa cinquantaine de blessés, mutilés pour la plupart, fait d’ailleurs d’eux les précurseurs de nos abjects poseurs de bombes d’aujourd’hui – puis, un souverain étant tout de même plus difficile à supprimer qu’un « simple » Premier Consul, nos voisins d’outre-Manche se mirent à financer les monarchies européennes : russe, prussienne, autrichienne, etc. à grands renforts de livres-or pour déclencher guerre sur guerre.

La « tuerie » d’Austerlitz, chère à ce lecteur du Monde, est le premier résultat, calamiteux pour les intéressés, de cette volonté de destruction de l’Empire.

De ce fait, les souverains européens du temps se firent simples – viles ? – mercenaires de la Couronne britannique.

Mais de cela, en France, nous n’avons cure.

Conséquence d’un « bourrage de crâne » actif, efficacement relayé par les médias, seules sont prises en compte les invectives et les insultes proférées contre un très grand homme, et le reniement d’une œuvre civile – je souligne civile – à nulle autre pareille.

En Pologne, la vision est assez différente, et il nous faut saluer chaleureusement les Polonais pour avoir « osé » ériger une statue en l’honneur de celui qui fit beaucoup pour leur pays, et, d’abord, même si le vocable semble absurde de nos jours, en lui redonnant une fierté nationale, mise à mal par ses dépeçages successifs, œuvre sinistre de tous ces braves souverains : russe, autrichien et prussien, qui s’en approprièrent les meilleurs morceaux.

Des soldats de la garnison de Varsovie rendent les honneurs à Napoléon

Pour installer cette statue haute de 4,50 mètres et posée sur un socle de granit clair, les Polonais n’ont pas choisi n’importe quel endroit de leur capitale, mais la Place des Insurgés de Varsovie, un lieu et un nom hautement symboliques lorsque l’on sait ce que fut l’insurrection de Varsovie contre l’occupant nazi.

La cérémonie organisée par la Société d’Entraide des Membres de la Légion d’Honneur – section polonaise, qui lança et finança la reconstruction de la statue, eut lieu en présence de l’ambassadeur de France en Pologne, M. François Barry Delongchamps, du président de la Société d’Entraide des Membres de la Légion d’Honneur  (section polonaise), M. Jean Caillot, du Conseiller stratégique du Président de la République de Pologne, M. Tadeusz Mazowiecki, du vice-maréchal de la Diète, M. Marek Kuchciński, du vice-maréchal du Sénat Marek Ziólkowski ainsi que du directeur par intérim du bureau d’architecture et d’aménagement urbain de la Mairie de Varsovie, M. Marek Mikos.

La statue se retrouve aujourd’hui à l’endroit même où avait été érigé, le 5 mai 1921, un premier monument, conservé aujourd’hui, au Musée de l’Armée polonaise, et qui était destiné à commémorer le centenaire du décès de l’Empereur.

Alors oui, nous devons les saluer, ces Polonais, et les remercier tout aussi chaleureusement de ce geste d’autant plus émouvant que l’inauguration eut lieu le 5 mai de cette année, c’est-à-dire au jour anniversaire du décès de l’Empereur il y a 190 ans sur le caillou pelé de Sainte-Hélène, honte jamais lavée du gouvernement anglais.

Un dernier mot : jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, cette place portait un autre nom : Napoléon.

Et nous, ici, à Paris ?

En ce qui concerne le Premier Empire et son chef, la Pologne, décidément, n’est pas la France, et le plus navrant est que cet exemple honorable venu de l’étranger ne changera en rien notre comportement.

 


 

 

(La photographie illustrant cet article est extraite du site de l’ambassade de France à Varsovie que l’on peut consulter à l’adresse suivante : http://ambafrance-pl.org/spip.php?article4550 )

 

 

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