Par Jean-Claude Damamme

Représentant pour la France de la Société Napoléonienne Internationale

Les visiteurs habituels de ce site et les membres de notre Société connaissent bien l’admirable dévouement du mouvement culturel napoléonien « Les Amis de Ligny ».

Rappelons, s’il en était besoin, que c’est dans cette petite ville du Namurois, en Wallonie, que Napoléon et ses soldats, dont nombre de frères d’armes belges, infligèrent une défaite cuisante – une de plus – aux Prussiens de Blücher. Ce fut, hélas, la dernière victoire de Napoléon.

UNE ASSOCIATION EXEMPLAIRE

Cela s’est passé le 16 juin 1815, deux jours avant la sinistre journée du 18 qui, pour le plus grand bonheur des monarchies européennes de l’époque et, surtout de l’Angleterre, mit fin à la plus prodigieuse épopée de tous les temps.

Je ne vais pas raconter ici la chronologie de la création des « Amis de Ligny » – elle est fort bien décrite sur le site (www.ligny1815.org), mais j’ai souhaité informer les visiteurs du site de la SNI du coup bas révoltant qui vient de frapper cette association, exemplaire à bien des titres, et qui doit être chère au cœur de tous les vrais Napoléoniens.

Et le plus révoltant est que ce coup bas a été porté par celui qui se trouve être le principal bénéficiaire de leur travail incessant : le président du syndicat d’initiative de Ligny, et, par ailleurs, échevin du tourisme de la commune.

Les animateurs, au sens premier du mot, des « Amis de Ligny », je les ai rencontrés en 2006 à l’occasion d’une conférence qu’ils m’avaient demandé de donner sur l’affaire de l’empoisonnement de Napoléon.

Une initiative, je tiens à le souligner, particulièrement méritoire, quand on sait que, à une trentaine de kilomètres au nord, à Waterloo, seules les élucubrations fumeuses et malhonnêtes des adversaires bien connus de cette thèse scientifique – inutile de les nommer, chacun les reconnaîtra – mais hautement dérangeante, ont droit de cité dans la salle de conférence du Centre du Visiteur.

La liberté d’expression et, surtout, l’expression de la vérité, sont d’inépuisables sujets d’étonnement. Donc, félicitations renouvelées aux « Amis de Ligny » pour leur courage.

Je précise en passant que cette situation inacceptable, mais imposée par un petit groupe « d’autoproclamés », sévit en force également France, où la chape de plomb qui enveloppait cette thèse s’est épaissie avec la disparition de cet homme irremplaçable qu’était Ben Weider, le président et fondateur de la SNI, et mon ami.

Celui-ci, qui savait reconnaître et apprécier le dévouement – le véritable, et non pas l’intéressé et/ou le commercial – pour la personne, qui lui était chère, de Napoléon, a d’ailleurs offert aux « Amis de Ligny » un magnifique monument à la mémoire des soldats belges et français qui combattirent côte à côte en cette journée du 16 juin. Seul un voyage à l’étranger m’empêcha d’être présent à la cérémonie qui s’est déroulée le 31 mai 2009, mais la famille de Ben était représentée par l’un de nos membres, M. Pierre Migliorini.

LES SERRURES DU MUSÉE CHANGÉES EN CATIMINI

Alors, que s’est-il passé à Ligny ?

Un matin du mois de février, le commandant Alain Arcq, conservateur du musée Napoléon et l’un des administrateurs les plus actifs des « Amis de Ligny », offrit une bien désagréable surprise aux membres de l’association « Les Guides 1815 » venus assister à une présentation du musée et du champ de bataille : sans l’en informer , « on » lui avait changé les serrures du musée – dont je souligne le très grand intérêt, et c’est peu dire – qui est installé, et cela le rend d’autant plus émouvant, dans une ancienne ferme témoin, puisque transformée en ambulance ce jour-là, des combats acharnés qui opposèrent les soldats belges et français aux Prussiens de cette brute emblématique et haineuse qu’était Blücher.

Impossible donc pour les « Amis de Ligny » de pénétrer dans les locaux.

Qui avait commis ce qu’il faut bien appeler par son nom, cette effraction ?

La réponse laisse pantois : c’est le Syndicat d’initiative propriétaire des locaux à la tête duquel on retrouve son président Philippe Leconte en personne qui avait pris sur lui de commettre ce forfait.

De quel droit et à quel titre ?

Et tout cela en dépit de plusieurs réunions de concertation d’avant-saison touristique qui avaient, entre autres, pour objectif de régler certaines divergences mineures et de préparer Les actions pour 2015.

Résultat : des collections magnifiques et riches d’émotion pour quiconque sait ce qui s’est passé dans ce charmant village de cette Wallonie de nos voisins, amis et frères d’armes belges, ont échappé au contrôle et à la vigilance de leur seul légitime propriétaire ou dépositaire : l’association « Les Amis de Ligny ».

Il convient de souligner que, devant cette situation invraisemblable et inquiétante, les personnes qui avaient, en confiance, prêté des objets et des souvenirs de valeur immense, se sont, à juste titre, empressées de les reprendre. C’est néanmoins une perte irréparable pour le site de Ligny.

Des exemples d’œuvres et de documents repris par les dépositaires ?

En voici : un diplôme de baron d’Empire avec signature de l’Empereur, des documents autographes portant la signature du général Brune, de Cambacérès, de Louis XVIII, du roi Guillaume des Pays-Bas, un document exceptionnel par sa rareté, à savoir un diplôme de la Légion d’honneur signé par l’abbé Depraedt, grand chancelier pendant quelques semaines lors de la Restauration et qui aurait apposé sa signature sur tout au plus une quinzaine de ces documents, d’Harville (plus de vingt pièces rares de la collection du commandant Lachouque dont il est le filleul, Philippe Delpierre (une demi-douzaine d’armes de très haute qualité)…

Liste non exhaustive.

« Bref, résume et se désole à juste titre le Secrétaire général des Amis de Ligny, Michel Lefebvre, ce sont des pièces exceptionnelles qui sont retournées à leurs propriétaires. Et ce n’est pas fini, loin de là. C’est un désastre. »

Le Syndicat d’initiative de Ligny « ambitionnerait »-il de saborder le Musée Napoléon qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

UNE INSULTE AUX SOLDATS BELGES ET FRANÇAIS

Au sujet de ce même président du Syndicat d’initiative, j’ai pu lire dans le rapport moral de l’exercice 2009 de l’association « Les Amis de Ligny » les lignes suivantes qui concernent la cérémonie d’inauguration du monument (*) offert par Ben Weider à l’association :

« Le bourgmestre a remercié les initiateurs de cette manifestation. Le seul point sujet à controverse a été le laïus du président du Syndicat d’initiative, Philippe Leconte, qui a préféré ignorer complètement le sens historique de l’inauguration, les héros de la bataille et les initiateurs de la manifestation pour axer ses propos sur la mise en valeur des armées prussiennes et ses projets 2010 en la matière… »

De tels propos en un tel moment de recueillement sont autant une insulte aux victimes belges et françaises de la bataille qu’à la mémoire du donateur, Ben Weider.

Quand on sait comment les Prussiens se conduisirent en Belgique en 1814 – il faut lire sur le sujet les ouvrages remarquables et forts instructifs du général-major Hector-Jean Couvreur, et, notamment, «Le Drame belge de Waterloo » – tant de masochisme conscient (?) laisse pantois.

UNE SURPRENANTE « PRUSSIANOPHILIE »

On peut aussi s’interroger sur cette manière de pèlerinage, initié par ce même Syndicat d’initiative de Ligny, au musée Blücher en Allemagne, pèlerinage qui a donné lieu – je cite le rapport – « à un hommage appuyé,avec dépôt de fleurs et discours, au plus féroce des adversaires des Grognards… »

Grognards dans les rangs desquels figuraient des soldats belges.

Un grand, mais bien oublié aujourd’hui, écrivain français qualifiait Blücher d’« horrible crapule ». Qui connaît un tant soit peu la vie de ce soudard exemplaire ne peut que souscrire à pareille sentence.

Aujourd’hui allons-nous assister à Ligny à un « juste » retour de 1815 ?

Très implantés et influents du côté du champ de bataille, les Anglais, toujours fort jaloux du « vedettariat » de l’Empereur sur la commune de Waterloo, viendraient-ils par organisation interposée au secours des Prussiens de ce temps pour redorer un blason que leurs mémorables exactions de 1814 ont singulièrement terni ?

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que je constate cet étrange phénomène de « prussianophilie » sur ces lieux : en effet, à l’occasion d’une visite du champ clos en compagnie d’un ancien militaire belge, j’avais déjà eu droit à de laudatifs couplets sur ceux que les Belges de 1815, mieux placés que quiconque, avaient surnommés avec dégoût – et avec raison ! – la « vermine verte ».

Notons aussi, que, respectueux de l’événement historique qui secoua la bourgade, les « Amis de Ligny » avaient créé une salle consacrée à l’armée prussienne dans le Centre Général Gérard, qui abrite le remarquable musée napoléonien évoqué plus haut.

En tant qu’étranger, je ne puis me permettre de m’immiscer dans une querelle et d’en tirer des conclusions. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir le droit de considérer que la seule bonne et juste cause à soutenir est celle des « Amis de Ligny ».

C’est la vocation de cet article, et j’invite tous ceux qui ont eu, ou auront, à connaître le sort véritablement scandaleux réservé à une des rares organisations napoléoniennes réellement respectables – et je pèse mes mots – à les soutenir de toutes les manières possibles, et, en premier lieu, en portant cette affaire à la connaissance du plus grand nombre.

LES « AMIS DE LIGNY » NE BAISSENT PAS LES BRAS

Cela posé, je ne me fais point trop de souci.

À l’instar de l’homme qu’ils vénèrent et dont ils défendent ardemment la mémoire sur ce coin de terre wallonne, « Les Amis de Ligny » font face.

Qu’ils soient assurés de trouver la S.N.I., et, de là-haut, Ben Weider qui les tenait en haute estime et m’avait demandé de toujours les soutenir, à leurs côtés.

Je ne fais donc ici qu’honorer ma parole donnée à un homme de bien qui n’est plus.

Ben Weider, Président-fondateur de la Société Napoléonienne Internationale
de Montréal

 

 

 

(*) Le reportage de cette cérémonie figure sur le site de la SNI. Par ailleurs, le quotidien belge Vers l’Avenir a consacré un article à cette affaire sous le titre : « Les Amis de Ligny virés ».

 

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