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Cela faisait bien longtemps que M. Jean Tulard, détracteur emblématique, l’un des plus virulents et des plus acharnés à ridiculiser le « fabricant canadien d’articles de sport » – entendez Ben Weider et son « serpent de mer » – ne s’était pas manifesté sur le sujet.

Et, là, subitement, dans le magazine Valeurs Actuelles daté du 15 juillet, est apparu un article, apparemment premier volet d’une suite, intitulé : « Les morts mystérieuses : Napoléon empoisonné ? »

Lorsque l’on débute une série historique – il me souvient, et pour cause, de l’émission « Secrets d’Histoire » sur France2 dans laquelle je me suis fait « piéger comme un bleu » par la société de production pour le plus grand profit de nos adversaires – il convient toujours, pour faire saliver le lecteur ou le téléspectateur, de débuter avec la plus grande « star » de notre histoire. La série qui s’annonce dans ce magazine ne déroge pas à cet impératif commercial.

 

Nihil novi sub sole

Donc de quoi s’agit-il ?

Navré de l’écrire : de rien.

De rien de nouveau, car on retrouve dans ce texte toute la mauvaise foi (subtilement parée) et les approximations dont nous avons rendu compte bien des fois sur ce site.

Il est un point sur lequel je m’accorde avec l’auteur, c’est celui de la culpabilité supposée de Montholon. Non que cette basse besogne ne lui puisse ressembler, mais, effectivement, hormis une intime conviction, il n’existe rien de solide pour l’étayer. Un membre de l’entourage de Ben Weider s’était bien imprudemment fait l’accusateur public numéro un de ce personnage sans doute peu reluisant, mais encore présumé innocent, et avait ainsi donné du grain à moudre aux adversaires – nombreux – de la thèse de l’empoisonnement. Une occasion supplémentaire qui leur était offerte de ridiculiser le nouveau serpent de mer !

Quant à dire, comme le fait M. Tulard, que l’hypothèse de la culpabilité du « général est plutôt invraisemblable », cela me semble bien hasardeux également, car, si rien d’objectif ne prouve sa culpabilité, rien ne démontre non plus son innocence.

À propos des expertises faites par le FBI, M. Tulard écrit que « les conclusions du FBI ne sont pas aussi tranchées que l’affirmait Ben Weider. Le professeur Roger Martz dans une lettre à Proctor Jones, le 3 novembre 1995 écrivait : “Le laboratoire du FBI ne peut confirmer que Napoléon est mort d’une ingestion d’arsenic.” »

Pour être tout-à-fait honnête, mais c’est sans doute beaucoup demander, il eût fallu que l’auteur de l’article fît mention de cet autre courrier de Martz à Weider, daté du 28 août 1995 :

« Le laboratoire du FBI a analysé deux des cheveux de Napoléon que vous aviez soumis pour une recherche d’arsenic. Vous trouverez ci-dessous les résultats de l’analyse qui a été effectué par Graphite Furnace Atomic Absorption Spectroscopy [ici les résultats, qui figurent sur le site de la SNI]. La quantité d’arsenic présente dans les cheveux analysés est significative d’une intoxication par l’arsenic. »

Un petit rappel sémantique, que se gardent bien d’évoquer les adversaires de la thèse : le vocable « empoisonnement » ne fait pas partie du langage des scientifiques.

Là aussi, certains sont allés un peu vite en besogne en affirmant que notre malheureux Empereur était mort empoisonné, donc que l’ingestion du toxique était directement responsable de sa mort. C’était donner une fois de plus un bâton pour se faire battre. Quels que soient leurs noms, les adversaires de la thèse de l’empoisonnement étant particulièrement roués, il convient donc d’être extrêmement circonspect dans le choix de son vocabulaire et de ses tournures.

Il n’empêche – et c’est la seule bonne formulation – que, le 5 mai 1821, quand il a rendu l’âme, Napoléon était bien victime d’un empoisonnement à l’arsenic.

 

Petit retour sur les analyses de Science & Vie

L’auteur aborde ensuite le cas des analyses du magazine de vulgarisation Science & Vie, et conclut :

« Une vingtaine de mèches ont été soumises à des analyses qui ont montré des teneurs anormalement élevées en arsenic. Avec de telles quantités, Napoléon n’aurait pu résister aussi longtemps. Si certaines analyses montrent un passage direct dans le corps, l’arsenic a probablement une origine exogène [externe] et non endogène [interne]. »

J’avoue ne pas très bien discerner ce que cette dernière phrase cherche à démontrer, mais elle me semble par sa structure même renfermer un contresens évident. Qu’importe, nous n’en sommes plus à une approximation près.

Peut-être (vraisemblablement), cette assertion de M. Tulard trouve-t-elle son origine dans le fait que les auteurs des analyses commanditées par le magazine en question ont pris bien soin de n’examiner que l’enveloppe des cheveux. L’arsenic étant à cette époque un produit de conservation des cheveux, il n’est effectivement pas difficile de trouver, sur leur enveloppe, d’importantes concentrations de toxique.

Je passe sur la question que se pose l’auteur à propos de la responsabilité du papier peint (il a oublié de faire mention de cet autre coupable potentiel souvent invoqué : la fumée du poêle), car il se conçoit aisément que, ancêtres de nos « frappes chirurgicales » modernes, les émanations du papier peint n’aient intoxiqué que Napoléon, en épargnant tous les autres.

 

Un « must » : l’institut italien de physique nucléaire !

C’est, écrit M. Tulard, lui qui pose la « bonne question » :

« Quelles étaient les doses normales d’arsenic que l’on pouvait trouver dans les cheveux des contemporains de Napoléon ?  »

Avec cette révélation en prime : l’examen de cheveux de deux sœurs (au fait, lesquelles?) de l’Empereur révèle une concentration d’arsenic très forte (bien entendu, on ne nous en précise pas l’importance), bien plus élevée que le niveau moyen actuel.

«  L’environnement dans lequel vivaient les gens au début du XIXe siècle les conduisait à ingérer des quantités d’arsenic que nous considérerions aujourd’hui comme dangereuses. »

Quand on sait que l’arsenic trouvé, non plus en surface, mais au cœur des cheveux de l’Empereur (voir plus bas) est de la mort-aux-rats (As3 ou arsenic minéral, forme la plus toxique), on peut, sans risque d’erreur, avancer que si la question est « bonne », la réponse est grotesque.

En effet, donner à croire que, sous l’Empire, les gens ingéraient benoîtement de la mort-aux-rats, revient ni plus ni moins à prendre le grand public pour un imbécile – il n’est pas d’autre vocable possible – et à estimer que l’on peut, selon son bon vouloir, lui faire « gober » n’importe quoi.

 

La fameuse mèche de 1805

Autre classique antienne des opposants qui leur donne l’espérance d’enterrer la thèse de façon définitive, je cite l’auteur de l’article :

« N’est-il pas significatif que l’analyse d’une mèche de cheveux de Napoléon qui aurait été coupée en 1805 montre un taux d’imprégnation aussi élevé que celui observé dans les mèches recueillies à Sainte-Hélène. S’il y a eu empoisonnement, l’assassin aurait commencé le travail en 1805 et l’aurait achevé seulement en 1821. Un bien mauvais empoisonneur ! »

Pour répondre une nième fois à cette insinuation, je rappelle que seuls le Dr Kintz (laboratoire ChemTox à Illkirch-Graffenstaden) et le Pr Wennig (université du grand-duché du Luxembourg) ont exploré l’intérieur des cheveux de l’Empereur.

Tous les examens de surface ne sont d’aucun intérêt et ne peuvent rien prouver, sauf qu’en suivant ce raisonnement, on pourrait retrouver de l’arsenic SUR les cheveux du général Bonaparte du siège de Toulon, des campagnes d’Italie, d’Égypte… puisque l’arsenic était utilisé pour conserver ces reliques.

 

Exogène-Endogène et bandes de Mees

Autre hypothèse que je n’oserai qualifier de mensongère :

« On n’oubliera pas enfin que l’arsenic donné de façon chronique ne tue pas, sauf à fortes doses. Et dans le cas de Napoléon, la plus grande quantité d’arsenic trouvé dans ses cheveux serait d’origine exogène. »

L’image ci-dessous apporte, malheureusement, un démenti catégorique à cette affirmation fantaisiste.

Elle a été réalisée à l’université du grand-duché du Luxembourg mentionnée plus haut avec une machine, le Nano-SIMS 50, dont il n’existe que douze exemplaires au monde.


Quant aux bandes de Mees (raies sombres sur les ongles), leur absence est particulièrement significative pour le Dr Jean-François Lemaire, membre du Souvenir Napoléonien et à ce titre grand adversaire de l’empoisonnement, car elle infirme la thèse : il convient donc de rappeler qu’elles n’ont été découvertes que dans la seconde moitié du 19è siècle.

Ceux qui ont autopsié le malheureux Napoléon devaient être un peu visionnaires !

« L’arsenic viendrait donc, selon Jean Tulard, de l’environnement et des pratiques du temps. Pas besoin d’en mettre dans le vin. »

Effectivement, l’île en étant infestée, il y avait donc de la mort-aux-rats en quantité à Sainte-Hélène ; voilà sans doute pour « l’environnement », mais « les pratiques du temps » ?

Je ne reviens pas sur ce thème dont je pense avoir souligné plus haut la totale ineptie.

On peut bien sûr écrire n’importe quoi, mais il y a tout de même des limites à ne pas dépasser au risque de manquer le but que l’on s’est fixé : maintenir le grand public, qu’il s’intéresse ou non à Napoléon, dans l’ignorance tout en faisant mine de lui servir la « vérité vraie ».

Cela ne serait-il pas de la manipulation ? Cette affaire en est riche d’exemples.

 

Le cancer emblématique

Nous passons ensuite à l’évocation du fameux cancer de l’estomac de notre pauvre Napoléon, estomac dont l’auteur souligne le délabrement.

Simple cas d’école, évidemment, mais il serait sans doute plein d’intérêt de pouvoir examiner l’estomac d’un malheureux qui, avant de trépasser, eût été « soigné » aujourd’hui à la mort-aux-rats pendant plus de quatre années afin de pouvoir constater son état.

Autre citation prise dans le texte de notre auteur :

« L’argument selon lequel il ne peut y avoir cancer car il n’y avait pas amaigrissement ne tient pas. Dans ses cahiers, Bertrand signale la maigreur de Napoléon. Les scientifiques suisses ont comparé neuf pantalons portés par l’Empereur avant ou après Sainte-Hélène : il aurait perdu plus de dix kilos pendant les derniers mois de sa vie. Jusqu’où les experts n’auront- ils pas poussé leurs démonstrations ! »

Réponse à la question posée (peut-être s’agit-il d’une pointe d’humour, car l’auteur n’en manque pas) en fin de citation : jusqu’à la niaiserie la plus complète.

Déterminer les causes de la mort d’un homme en mesurant la taille de ses pantalons et avancer cela comme preuve scientifique déterminante ! Quel sommet de la science !

La Suisse est bien heureuse d’avoir des chercheurs de cette trempe dans ses laboratoires.

Avant de poursuivre et puisque Jean Tulard cite, au nombre des médecins, le sieur Antommarchi, je rappelle que celui-ci n’était pas docteur comme on l’écrit couramment, mais simple prosecteur, fonction que le dictionnaire de Littré définit comme « celui qui est chargé de préparer les pièces d'anatomie nécessaires pour les leçons d'un professeur ».

Simple question : quelle était alors sa compétence – réelle – en matière de diagnostic ?

Cette évocation du cancer de l’Empereur me donne l’occasion de rappeler ici que, pendant longtemps et avant le Dr Jean-François Lemaire, la référence médicale du Souvenir Napoléonien, dont les visiteurs de notre site Internet connaissent l’opposition quasi névrotique à la thèse de l’empoisonnement, fut l’un de ses anciens présidents, le Dr Guy Godlewski, dont le nom apparaît dans l’article.

Dans la préface, par M. Marcel Dunan, des « Cahiers de Sainte-Hélène, Janvier 1821-Mai 1821 » du général Bertrand également cité parce qu’il signale « la maigreur de Napoléon » – la mort-aux-rats, ça « creuse – on peut lire ceci :

« … Le docteur Guy Godlewski … nie la nocivité du climat etécarte par des arguments tirés du développement des tissus graisseux, l’idée d’une affection cancéreuse… ».

N’y a-t-il pas de quoi s’y perdre ?

Par la suite, Souvenir Napoléonien oblige, ce même Dr Godlewski ne manquera pas de « tirer à boulets rouges » sur l’hypothèse d’un possible empoisonnement de Napoléon. En politique, cela est connu sous l’expression assez vulgaire de « retournement de veste. »

 

Je laisse maintenant à nos visiteurs le soin de tirer eux-mêmes leurs conclusions sur la pertinence de la démonstration administrée par cet article, bien fumeux, il faut le dire.

Un grand bon point cependant : Jean Tulard, bizarrement d’ailleurs, ne mentionne nulle part le dernier opus de MM. Lentz (bien connu lui aussi de nos visiteurs) et Macé, dont je ne donnerai pas le titre, la grande presse, écrite, radiophonique et télévisuelle leur ayant apporté, avec une touchante unanimité, tout l’appui qu’ils étaient « légitimement » fondés d’en attendre.

 

 

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EMPOISONNEMENT DE NAPOLÉON