LES PLACES FORTES POUVAIENT-ELLES VRAIMENT STOPPER L'ENNEMI EN 1815 ?


Par Pascal Cyr
Maître en histoire de l'Université de Sherbrooke
Étudiant au doctorat à l'Université de Montréal


Dès son retour au pouvoir le 20 mars 1815, Napoléon sait que l’affrontement entre lui et l’Europe est inévitable. Or, deux possibilités se présentent à lui : la défensive ou l’offensive. Selon Carnot, la défensive permettrait à l’Empereur de gagner du temps pour rééquiper l’armée et grossir ses rangs. Par ailleurs, le système des places fortes n’étant pas complété, on pourrait en profiter pour en terminer les travaux, du moins les plus stratégiques, comme Strasbourg, Laon, Soisson, Lyon et Paris. À première vue, cette option est la plus logique. Mais, dans les circonstances présentes, elle n’est pas réalisable car, politiquement, Napoléon ne peut se permettre d’abandonner une vingtaine de départements à l’ennemi. Pour lui, et pour les Chambres qui frondent ouvertement son pouvoir, ce serait recommencer la campagne de 1814. Dans ces conditions, ayant choisi l’offensive, l’armée régulière recevra la presque totalité des fonds, laissant en plan le système des places fortes. Ainsi, même s’il décide d’attendre l’ennemi sur le territoire national, il ne pourra pas financer les travaux reliés au réarmement des forteresses. De plus, convaincu que les Coalisés ne s’enliseront pas dans des sièges longs et coûteux, Napoléon les destine à d’autres utilités : maintenir son autorité sur le territoire national et servir de casernement pour les gardes nationaux qui devront, après avoir été entraînés et équipés, être incorporés dans l’armée.

I - L’état des finances ne permet
pas de pourvoir à l’ensemble
des besoins de l’armée


La situation financière que retrouve Napoléon suite à la reprise du pouvoir n’est guère encourageante. Il n’a plus les ressources des années précédentes et, de fait, le ministre des Finances, Gaudin, constate que les recettes de l’État ne sont que de 618 millions de francs(1). Sur cette somme, 200 millions sont assignés aux dépenses militaires, ce qui est loin d’être suffisant pour faire face à la menace extérieure(2). Dans un rapport qu’il remet à Napoléon, Davout estime plutôt les besoins de l’armée à 298 millions, ce qui fait 98 millions de plus que prévue. Mais pour le moment, la caisse est vide. Avec la dissolution de la maison militaire du roi, qui devrait rapporter environ 20 millions de francs, Davout pourra payer une partie de la solde due aux troupes. Avec cette première tranche, il gagne environ deux mois car, pour l’année en cours, les besoins à cet effet s’élèvent 133 886 405 millions de francs, ce qui représentent 11 157 200 francs par mois(3). Même si les revenus doivent entrer graduellement dans les coffres de l’État, pour le moment, il manque 198 millions afin de pourvoir aux dépenses de l’armée. En plus des 98 millions supplémentaires proposés par Davout, Napoléon annonce à Gaudin, le ministre des Finances, qu’il faudra 100 millions de plus. Le budget de la guerre passe donc de 200 millions à 400 millions de francs. Afin de trouver l’argent qu’il lui manque, Napoléon envisage d’abord d’effectuer des coupes dans les autres ministères.

Vous ne devez pas vous dissimuler que, dans la circonstance actuelle, l’accroissement que je suis obligé de donner à l’armée exigera un supplément de 100 millions. Calculez donc notre budget pour la guerre sur le pied de 400 millions. Je pense que tous les autres budgets pourront être diminués, vu que les ministres se sont fait accorder beaucoup plus qu’ils n’auraient réellement besoin(4).

Cela ne donnera pas les résultats escomptés. En fait, c’est surtout grâce à l’augmentation des ventes de bois, des droits de douanes et des contributions indirectes sur les produits de luxe, que Napoléon ira chercher 38 262 000 millions de plus(5). À l’échelon des recettes fiscales, ce sont là les seuls revenus supplémentaires dont il peut dispos(6). Dans l’état actuel des choses, et cela d’autant plus que la perception est rendue difficile en raison des troubles qui animent les départements de l’Ouest, la fiscalité du pays ne pourra pas supporter le poids des dépenses militaires. En conséquence, si Napoléon ne trouve pas une nouvelle source où il pourra emprunter de l’argent, le réarmement risque de provoquer un déficit de 300 millions de francs(7).

Pendant quelque temps, il analyse la possibilité d’augmenter les impôts et les taxes. Mais, par crainte de s’aliéner le peuple, il renonce rapidement à cette idée. D’ailleurs, afin d’augmenter son niveau de popularité, il supprime le droit de circulation sur les boissons, l’exercice à domicile et les droits d’entrée sur les liquides dans les communes de moins de 4000 habitants(8). Pour compenser l’annulation de ces revenus, il compte se tourner vers les entrepreneurs qui exploitent les forêts, dont certains n’ont pas encore payé ce qu’ils doivent à l’État. En outre, comme il le recommande à Gaudin, il souhaite faire augmenter les ventes de bois. De cette opération, Napoléon compte tirer pas moins de 300 millions de francs(9). Bien sûr, ce sont là des estimations qui s’établissent sur le long terme et par conséquent, la majorité des sommes envisagées devrait lui parvenir après la campagne de Belgique.

Mais, en attendant que tous ces projets se concrétisent, la chance lui sourit de nouveau. Dès son entrée aux Tuileries, il trouve une encaisse de 40 millions en bons et 30 millions en numéraire que le baron Louis a omis d’emporter avec lui. Même si elles arrivent à point nommé, puisque Davout a déjà passé des contrats avec les munitionnaires et les fournisseurs dans les départements, ces sommes s’avèrent insuffisantes pour faire face à l’ensemble des dépenses militaires. En désespoir de cause, Napoléon permet à Gaudin de négocier 3 600 000 francs de rente de la Caisse d’amortissement à l’étranger. Avec le concours du financier Ouvrard, cette opération rapporte 40 millions de francs nets de tout escompte(10). Les dépenses allant de façon croissante, Napoléon envisage, malgré son aversion manifeste pour cette solution, de recourir à un emprunt de 200 millions de francs(11). Là aussi, les résultats vont s’avérer décevants. D’abord, on a pensé emprunter une première tranche de 100 millions dans des banques privées dont les sièges sociaux sont situés en Angleterre. Mais en raison des coûts financiers et politiques que pourrait entraîner cette affaire, on décide de regarder vers d’autres sources. L’autre tranche serait donc faite auprès des propriétaires(12). La chose est cependant risquée, car elle rappelle les politiques économiques du Directoire. Mais même si c’est ce genre de procédé qui a provoqué la chute de ce dernier gouvernement, Napoléon ne rejette pas cette idée pour autant.

Dans son esprit, il suffit de la présenter au bon moment et, à cet égard, la date du 19 juin lui semble propice. À ce moment, la campagne contre les Prussiens et les Anglais aura commencé depuis quatre jours et, si tout se passe comme prévu, l’armée française séchera ses bottes dans Bruxelles. Comme après toutes ses victoires, l’émotion fera le reste. Le lendemain de la bataille de Waterloo, alors que tout le monde demeure sur l’impression de la victoire de Ligny, le budget présenté aux Chambres comprend un projet d’emprunt forcé de 150 millions. Tous les contribuables devront y souscrire pour une somme équivalente au montant de leurs taxes foncières et mobilières(13). Même si cette mesure risque de provoquer la révolte des libéraux, Napoléon n’a guère les moyens de procéder autrement, car pour le seul mois de juillet, Davout estime les dépenses de l’armée à 72 millions de francs. Ainsi, il manque de fonds pour équiper la totalité des troupes régulières et la garde nationale.

Mais, en attendant de remporter une première victoire, il a recours à la vente de bons du trésor, aux réquisitions contre reconnaissance de dette, à la vente de biens des communes, à la vente des bois de l’État, à la Banque de France ainsi qu’à la Caisse d’amortissement. Par ailleurs, il maintient les centimes de guerre qui doivent rapporter dans les coffres de l’État une somme de 60 millions de francs(14). Bien qu’ils lui permettent de procéder à la reconstitution de l’armée sans recourir au déficit, ces moyens ont des effets pervers(15). En moins de trois mois, la France voit sa dette publique passer de 123 millions à 639 millions de francs, ce qui équivaut à la dette que Napoléon a laissée à la France lors de sa première abdication(16). On comprendra qu’il ait un si grand intérêt à remporter la victoire, car elle doit ramener la confiance des libéraux et des financiers.

II – Le système défensif n’est pas prêt

L’armée accaparant la presque totalité du budget de la guerre, le rééquipement des places fortes n’est pas la priorité du gouvernement. Sans argent pour approvisionner les défenseurs en rations, en munitions et en fusils, Napoléon sait qu’elles ne pourront pas tenir un siège. En fait, il est conscient que les places fortes n’auront pas à jouer ce rôle puisque lui et ses généraux croient que les Alliés tenteront de foncer directement sur Paris afin de couper la tête du gouvernement. Avec la faveur populaire qui baisse, les libéraux qui frondent, les élites économiques qui boudent et des fonctionnaires sans enthousiasme, il n’a pas d’autre choix que de prendre l’offensive. Napoléon espère que, s’il réussit à vaincre les Anglais et les Prussiens, la coalition sera déstabilisée. Il sait également le parlement anglais divisé. Par conséquent, de façon indirecte, il peut compter sur les Whigs et les marchands anglais qui sont contre la guerre et les coûts qu’elle engendre. Manquant de temps et de soutien, Napoléon s’accroche à tous les éléments qui peuvent lui être favorables.

Dans ses mémoires de Sainte-Hélène, l’Empereur déchu prétend que les places fortes sur les frontières auraient constitué un obstacle formidable pour arrêter l’ennemi(17). Mais, dans les faits, conscient de son manque d’argent et de la volonté des coalisés de marcher directement sur Paris, il sait qu’il ne pourra pas rester sur la défensive. Malgré cela, le 11 avril 1815, il donne tout de même des ordres pour faire fortifier toutes les villes situées sur la frontière(18). Le même jour, le général Lebrun envoie un rapport à Davout concernant l’insuffisance de moyens financiers pour armer les places de Givet, Philippeville, Marienbourg et Rocroy.

Les travaux du génie et de l’artillerie se poussent avec activité dans les places fortes de l’étendue de mon commandement; mais il est à craindre que ceux de l’artillerie ne manquent incessamment si votre Excellence ne prend pas le parti de lui envoyer les fonds qui lui sont nécessaires et dont elle manque. Tout ce qui a été fait pour cette arme l’a été sur crédit(19).

Pour Napoléon, le recours au crédit devient de plus en plus difficile, car dans la majorité des cas, les fournisseurs exigent d’être payé comptant. Par conséquent, les autres services accaparant déjà beaucoup d’argent, les places fortes s’organisent lentement et difficilement. Le 24 avril, le maréchal de camp, le baron Grundler, écrit à Davout en ce sens.

Les partisans de l’indépendance nationale, tous ceux qui sont sincèrement attachés à l’Empereur, s’inquiètent et se plaignent du peu de mesures que le général en chef prend pour la défense de sa ligne d’opérations; ici il faut des palissades. Le Domaine assigne des bois et, faute de fonds, la main-d’œuvre, les transports et les arbres restent sur pied. Dans la place de Givet, il y a des grands travaux à faire. On attend, assure-t-on, après la modique somme de six mille francs pour les commencer. Je suis véritablement désespéré de cette situation(20).

Plusieurs points de la frontière souffrent du manque d’argent et d’activité. À Laon, position clef dominant la plaine champenoise, le général Ruty, inspecteur général de l’artillerie, écrit que les travaux qui doivent y être effectués sont considérables. Il rapporte que le mur d’enceinte a subi d’importantes détériorations et qu’il faut fortifier les collines environnantes pour empêcher toute attaque sur les flancs. Afin de remettre le tout en état, garnir la place d’une artillerie et d’un approvisionnement suffisants, Ruty estime les coûts à 50 000 francs(21). Une semaine plus tard, le 17 mai donc, le général Piré, commandant le corps de réserve de l’Armée du Nord, écrit que les travaux à Laon n’avancent pas. Même si Napoléon a fait transférer 70 000 francs, les inquiétudes demeurent. L’argent manque toujours et les administrateurs n’ont pas tous la compétence voulue(22). Le 12 juin, il constate que la place de Laon n’est toujours pas approvisionnée(23).

Ce problème est récurrent sur toute l’étendue de la frontière. Dans un rapport à l’intérieur duquel on décrit l’avancement des travaux de soixante-dix-huit places fortes, soixante-cinq commandants annoncent que, malgré toute l’activité déployée et l’avancement significatif des travaux de fortification et d’approvisionnement, celles qui sont sous leur commandement ne sont pas en état de résister à l’ennemi. Mais, dans la majorité des cas, ils estiment qu’elles seront prêtes avant le début du mois de juillet. De ce nombre, cinq n’ont pas encore commencé leurs travaux. Généralement, c’est le manque d’argent qui en est la cause. Pour les treize autres, dont Strasbourg qui est l’une des plus importantes, elles sont prêtes à subir un siège(24). Faute d’argent pour payer les fournisseurs et les ouvriers, les travaux ont commencé dans le courant de mai. En fait, et cela de manière très partielle, les fonds n’ont été débloqués que le 17 de ce même mois. Par conséquent, la majorité des places ne sont pas encore prêtes(25). À Paris par exemple, en date du 12 juin, le lieutenant général Haxo écrit que les fortifications ne sont pas achevées. Les travaux de Montmartre et Belleville ne sont pas tout à fait complétés tandis que, sur la rive droite, il reste encore beaucoup à faire(26).

Malgré le début des travaux à l’intérieur de la presque majorité des places fortes, la situation d’ensemble n’évoluera pas davantage, car Mollien annonce que le crédit pour l’approvisionnement est excédé. Dans son rapport, on peut lire que la somme de 9 millions de francs n’est pas suffisante pour assurer trois mois de subsistance, alors que le préfet du département du Nord réclame 8 millions à lui seul et celui de la Moselle demande 3 millions. Pour six mois, la dépense pour cet objet s’élève à 19 367 872 francs(27). Afin de pourvoir au plus urgent, Davout demande à Napoléon un nouveau crédit de 500 000 francs. Sans argent, l’Empereur ne répond pas(28). En conséquence, lorsque celui-ci écrit dans ses mémoires que les quatre-vingt-dix places fortes étaient armées, palissadées et approvisionnées, il n’y a rien de plus inexact(29). Le 15 juin 1815, soixante-dix-neuf d’entre elles, en incluant Paris et Lyon, ne sont pas encore en état d’être assiégées par l’ennemi(30).

III – Les places fortes : outils de
contrôle et de casernement


En fait, nous savons qu’en raison de la pénurie de fusils, la Garde nationale qui doit défendre les places n’est pas armée. Dans ces conditions, la première question qui se pose à nous est de savoir comment fera-t-elle pour soutenir un siège? Or, la question ne se pose pas, car selon une circulaire envoyée par le ministre de la Guerre aux commandants des différentes places, ce n’est pas cette tâche qu’on attend d’elle : « Si la guerre vient à éclater, il est vraisemblable que l’ennemi s’occupera peu de faire des sièges en règle, et qu’il cherchera plutôt à remuer la population et à lui faire craindre l’incendie des places, afin de parvenir à l’agiter(31).» À l’intérieur d’une autre circulaire en date du 31 mai, Davout écrit dans cette perspective :

Pénétrez-vous bien des droits que les lois et les règlements vous accordent, et déployez la plus grande surveillance. S’il existe des malveillants dans la place que vous commandez, il faut que, vingt-quatre heures après la réception de cette lettre, vous ayez pris les mesures nécessaires pour les comprimer, et en faire arrêter les chefs. Vous devez surtout faire bien surveiller, faire arrêter et livrer à des commissions militaires, tous les émissaires de l’ennemi, ainsi que les hommes qui tenteraient d’embaucher les soldats, de les séduire et de les enrôler pour les faire concourir à l’avilissement et à l’asservissement de la patrie(32).

À l’instar de Davout, les commandants sur le terrain pensent également que l’ennemi ne fera pas le siège des forteresses : « Ces gens-là (les coalisés) semblent avoir le projet de laisser en arrière nos armées et nos places fortes pour arriver à Paris qu’ils regardent comme la tête de notre corps politique.(33)» L’analyse de Davout et Grundler s’en retrouve confirmée par un mémorandum de Schwarzenberg qui conclut que les forces coalisées doivent marcher sur Paris sur trois fortes colonnes(34). En somme, les places fortes sont dressées pour maintenir l’autorité de l’Empereur dans les régions frontalières. On craint davantage l’agitation intérieure que la menace extérieure puisque certains départements sont remués par des agitateurs royalistes. Par le fait même, les militaires et les préfets rapportent de façon régulière la formation de rassemblements séditieux et, dans les circonstances, les craintes de Davout sont fondées. Dès le 9 avril, le maréchal de camp Charrière lui écrit que les Anglais ont des intelligences dans Calais et que l’esprit public est mauvais. Le 19 mai, le général Le Marois écrit à Davout que l’opinion se détériore dans le département de la Somme et dans la Basse-Normandie. De plus, une déclaration du duc de Wellington invitant les Français à ne pas résister aux armées de la coalition circule largement sur le territoire(35). À Cherbourg, on craint l’existence d’une conspiration pour livrer le port aux Anglais(36). La rumeur est vite démentie, mais, d’après la correspondance échangée entre le ministère de la Guerre et les commandants sur le terrain, on constate que ces derniers craignent davantage la trahison que la menace extérieure.

En conséquence, Napoléon ne compte pas sur les places fortes pour ralentir l’ennemi. Il sait que les coalisés feront comme en 1814. Ils vont foncer directement sur Paris qui est le centre du pouvoir. C’est pourquoi il ne laisse aucune troupe régulière dans les forteresses. L’Empereur se souvient que, lors des deux dernières campagnes, plus de 100 000 hommes ont été immobilisés dans les places fortes d’Allemagne. Davout ayant été assiégé dans Hambourg jusqu’à son abdication, il n’est certes pas insensible à cette éventualité. On prend des précautions et, de fait, aucun officier de la ligne n’ira dans les places. Ce sont des militaires à la retraite qui commanderont les gardes nationaux afin de les former pour éventuellement les incorporer dans l’armée régulière.

Si l’on a laissé des garnisons si considérables dans les places, c’est que les bataillons de garde nationale qui les composaient n’étaient ni formés, ni instruits, ni habillés; que l’état où ils étaient, ils n’eussent fait qu’embarrasser l’armée, tandis qu’ils remplissaient plusieurs buts: ils gardaient les frontières, achevaient leur organisation, s’habillaient, s’instruisaient, et au 15 juillet ils eussent pu entrer en ligne(37).

IV - Conclusion

Selon les estimations données par Houssaye, lesquelles sont basées sur les écrits de Napoléon à Sainte-Hélène, les places fortes, parfaitement approvisionnées et défendues par 150 000 gardes nationaux, auraient considérablement ralenti la progression des forces coalisées(38). Or, nous savons que les places fortes ne sont pas destinées à cette tâche. Ne croyant pas que les coalisés en feront le siège lorsqu’ils entreront en France, Napoléon les voit surtout comme des instruments de contrôle du territoire et de casernement destinés à l’entraînement et à l’équipement des recrues. En conséquence, lorsqu’on constate le peu de ressources financières accordées à cet objet, nous en déduisons que la défensive préconisée par Carnot est une option qui n’a jamais été véritablement considérée par Napoléon. À ce sujet, il lui répond: « ma politique veut un coup d’éclat.(39)» Cette petite phrase est d’autant plus significative que les motivations qui guident l’Empereur ne sont pas seulement dues à des impératifs de politique intérieure et extérieure, mais aussi à des considérations militaires et financières. Dans son esprit, une victoire rapide sur la Coalition en Belgique emportera tout, y compris les soucis financiers qui se révèlent majeurs.

Pascal CYR

 

1- Archives nationales, AF/IV/1933, Ministère du Trésor impérial, Conseil des finances, aperçu des dépenses de l'année 1815. C'est là le budget présenté par le baron Louis.

2- Archives nationales, AF/IV/1933, Ministère du trésor impérial, Conseil des finances. Aperçu des besoins et des moyens du trésor, du 1 er avril au 30 avril 1815. Rapport en date du 31 mars 1815.

3- Archives nationales, AF/IV/1941, Copie du rapport à Sa Majesté l'Empereur, budget de la guerre 1815, remis le 28 mars 1815.

4- Correspondance de Napoléon 1 er, À Monsieur Gaudin, Duc de Gaëte, ministre des Finances, no 21761, Paris, 3 avril 1815.

5- Il est à noter que ces mesures ont été promulguées par le baron Louis.

6- Archives nationales, AF/IV/1933, Ministère du trésor impérial, Conseil des finances. État de situation du budget des recettes de 1814 au 1 er avril 1815. Rapport en date du 31 mars 1815.

7- Archives nationales, AF/IV/1933, Note sur deux projets d'emprunts, Paris, 21 avril 1815. Le nom de l'auteur du rapport est illisible, mais il semble que ce soit Mollien puisqu'elle ressemble à sa signature sur d'autres documents.

8- Décret du 8 avril publié le 11 avril 1815 dans le Bulletin des lois. Cité par Henri HOUSSAYE, 1815 : Waterloo. Paris, Perrin, 1899, p.27-28.

9- Correspondance de Napoléon 1 er, À Monsieur Gaudin, Duc de Gaëte, ministre des Finances, no 21764, Paris, 3 avril 1815. – Archives nationales, AF/IV/1933, Notes de Sa Majesté l'Empereur au ministre des Finances, Paris, 16 mai 1815.

10- Œuvres de Napoléon 1 er à Sainte-Hélène, op. cit . p. 144. - PASQUIER, Mémoires du chancelier Pasquier. Paris, Plon, 1894, T. III, p. 151.

11- Napoléon n'aimait pas les emprunts, parce que, selon ce qu'il disait, il ne voulait pas manger l'avenir. LAS CASES, Mémorial de Sainte-Hélène. Paris, L'Auteur, 1828, p. 418-419. – PASQUIER, op. cit ., p. 26.

12- Archives nationales, AF/IV/1933, Note sur deux projets d'emprunts, Paris, 21 avril 1815. Le nom de l'auteur du rapport est illisible, mais il semble que ce soit Mollien.

13- Archives nationales, AF/IV/1933, Rapport de Gaudin sur le projet de loi de finances à Sa Majesté l'Empereur, 2 juin 1815. Le Moniteur, 20 et 21 juin 1815.

14- Le contribuable doit payer jusqu'à 20 centimes additionnels sur un franc d'impôts afin de financer l'effort de guerre. Pierre BRANDA, « Les finances et le budget de la France napoléonienne : la dynamique des budgets impériaux de 1805 à 1814 et le bilan lors de la première abdication », Revue du Souvenir Napoléonien, no 458, mars- avril 2005, pp. 35-52.

15- En fait, le déficit n'est que de 7 millions de francs. Voir Pierre BRENDA, le prix de la gloire : Napoléon et l'argent. Paris, Fayard, 2007, p. 494 et 496.

16- Archives nationales, AF/IV/1934, Rapport du ministre des Finances à Sa Majesté impériale, le 7 juin 1815. Ce rapport ne ventile pas les sommes attribuées à chacun de ces expédients.

17- Œuvres de Napoléon 1 er à Sainte-Hélène, op. cit ., p. 147-148.

18- Correspondance de Napoléon 1 er, Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, ministre de la Guerre à Paris, 21794, Paris, 11 avril 1815.

19- SHD, C15/1, Armée du Nord, Le lieutenant général duc de Plaisance, commandant la 2 e division militaire et le 3 e corps d'observation à Mézières au ministre de la Guerre, 11 avril 1815.

20- SHD, C16/9, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, le général Gundler, commandant le département de la Somme, au ministre de la Guerre, 24 avril 1815. (15 e division militaire)

21- SHD, C16/13, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, le lieutenant général Ruty, inspecteur général de l'artillerie au ministre de la Guerre, 8 mai 1815.

22- SHD, C16/15, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, le lieutenant général Piré, commandant l'avant-garde du corps de réserve de l'Armée du Nord à Laon au ministre de la Guerre, 17 mai 1815.

23- Correspondance de Napoléon 1 er, Au maréchal Davout, prince d'Eckmühl, ministre de la Guerre à Paris, 22048, Laon, 12 juin 1815.

24- SHD, C16/21, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, État des travaux de défense entrepris dans les diverses places fortes : travaux de fortification, approvisionnement etc. 15 juin 1815.

25- Archives nationales, AF/IV/1936, Rapport à Sa Majesté l'Empereur , le ministre du Trésor, le comte Mollien, Paris, le 17 mai 1815. - SHD, C16/20, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, le lieutenant général Léry chargé des travaux de Lyon, 1 er juin 1815.

26- SHD, C16/21, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, le lieutenant général Haxo, notes sur les retranchements de Paris, 12 juin 1815.

27- Archives nationales, AF/IV/1936, Rapport à Sa Majesté l'Empereur, le ministre du Trésor, le comte Mollien, Paris, le 17 mai 1815

28- SHD/C192, Correspondance du maréchal Davout, 15 juin 1815.

29- Œuvres de Napoléon 1 er à Sainte-Hélène, op. cit ., p. 147.

30- SHD, C16/21, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, État des travaux de défense entrepris dans les diverses places fortes : travaux de fortification, approvisionnement etc. 15 juin 1815.

31- SHD, C16/13, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, le maréchal ministre de la Guerre prince d'Eckmühl, Paris, le 9 mai 1815.

32- SHD, C16/19, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, le maréchal ministre de la Guerre prince d'Eckmühl, Paris, le 31 mai 1815.

33- SHD, C16/9, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, le général Grundler, commandant le département de la Somme, au ministre de la Guerre, 24 avril 1815. (15 e division militaire)

34- Supplement Dispatches of Wellington, tome X, Memorendum de Schwarzenberg, 28 avril 1815, p. 179-181.

35- SHD, C16/5, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, le maréchal de camp baron Charrière, commandant supérieur de la place de Calais au ministre de la Guerre, 9 avril 1815. - SHD, C16/16, Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, le lieutenant général comte Le Marois, commandant supérieur des 14 e et 15 e division militaire à Rouen au ministre de la Guerre, 19 mai 1815.

36- SHD, C16/5 , Correspondance militaire générale pendant les Cent Jours, le lieutenant général comte de Vedel, commandant la 14 e division militaire à Caen au lieutenant général Le Marois, commandant supérieur des 14 e et 15 e division militaire à Rouen, 14 mai 1815.

37- Œuvres de Napoléon 1 er à Sainte-Hélène, op. cit ., p. 148.

38- Henri HOUSSAYE, 1815: Waterloo . Paris, Perrin, 1899, p. 95. - Œuvres de Napoléon 1 er à Sainte-Hélène, op. cit ., p. 146-147.

39- Hippolyte CARNOT, op. cit ., p. 505.

 

 

 

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