Waterloo: Origines et Enjeux

Pascal Cyr, Canada

Cet exposé démontre que la campagne napoléonienne de 1815 n’est pas entreprise pour des motifs exclusivement stratégiques, mais aussi pour répondre à des nécessités d’ordres politique et financier. Lorsque Napoléon revient de l’île d’Elbe, il ramène avec lui la guerre contre l’Europe. À nouveau, celle-ci se coalise contre la France. À l’intérieur du pays, les effets sont immédiats. Napoléon perçoit des résistances à tous les échelons. D’une part, il doit composer avec la trahison et le manque de confiance de nombreux fonctionnaires. D’autre part, il lui faut juguler l’insurrection royaliste dans l’Ouest ainsi que la fronde des libéraux qui espèrent diminuer ses pouvoirs par le truchement de la rédaction de l’acte additionnel. Napoléon prend alors conscience que l’opposition de ces derniers a un impact certain sur la confiance des fournisseurs militaires. Louis XVIII ayant annulé leurs créances lors de la première Restauration, ceux-ci, qui ne croient pas dans la durée du régime impérial, ne sont plus disposés à lui faire crédit. Ainsi, l’Empereur doit payer comptant tout ce qu’il achète pour reconstituer l’armée qui doit entrer en campagne sous peu. Mais les réserves de numéraire étant très limitées, il doit multiplier les reconnaissances de dette ainsi que l’émission de bons du trésor, ce qui fait augmenter la dette de la France de façon considérable. Même s’il réussit à reconstituer une armée redoutable, elle n’est pas en mesure d’affronter l’ensemble des forces coalisées.

 

En fait, Napoléon souhaite disposer d’une armée de 800 000 hommes pour la fin de l’été 1815. Mais sans le soutien des financiers, des députés libéraux et des fonctionnaires, cela s’avère impossible. Le seul moyen pour lui de ramener la confiance des forces vives du pays, c’est la victoire. Il sait que, s’il réussit à faire un coup d’éclat sur le théâtre des opérations militaires, puisque la victoire a toujours été son principal soutien, il peut retourner la situation en sa faveur. Dans son esprit, la défensive n’est pas une alternative. De ce fait, la Belgique offrant les meilleures perspectives au niveau stratégique et tactique, il décide d’orienter son action offensive dans cette direction. Cependant, Napoléon devra composer avec le manque de rodage de l’armée causée par la précipitation de la campagne. Les erreurs militaires, ainsi que les impératifs politiques et financiers qui ont grandement influencé ses décisions pendant la campagne ont finalement eu raison de lui à Waterloo.

Dans ces conditions, lorsqu’il revient à Paris, il ne peut espérer obtenir le soutien des libéraux et des financiers. À la nouvelle de la victoire de Ligny, ils s’étaient tous rangés derrière l’Empereur, ce qui prouve que son calcul n’était pas erroné. Mais lorsque survient la nouvelle de Waterloo, la perception à son endroit change dramatiquement. La Chambre des représentants, contrôlée par les libéraux, demande son abdication. Évidemment, les différents auteurs qui ont écrit sur le sujet ont conclu à la trahison. Mais, dans les faits, il s’agit de la politique que mène Napoléon depuis le coup d’État de brumaire. Dès Austerlitz, la victoire a toujours été son principal moyen de se maintenir sur le trône. Il est conforme à cette réalité que la défaite de Waterloo ait provoqué son abdication.