VOLUME II Chapitre 40
« Je suis très honnête homme ; Napoléon
Puisque leurs noms apparaissent de temps à autre au fil des chapitres de
Hommage de son plus célèbre fils à cette femme méritante : ELISA (1777-1820) Maria-Anna, dite Elisa, fut de toutes les sœurs de l'Empereur celle qui, sur le plan intellectuel, mais, évidemment, toutes proportions (très bien) gardées, fut la plus proche de son illustre frère. De 1784 à 1792, une bourse lui permit de faire son éducation dans la maison d'éducation royale de Saint-Cyr, dont Napoléon fera une célèbre école militaire. « Une contrefaçon de l'Empereur » En 1797, elle se maria avec un officier corse, Félix Bacciochi qui, grâce à son épouse devenue, en 1805, par la volonté de son frère, princesse de Lucques (75 kilomètres à l'ouest de Florence) et de Piombino (sur la mer, à 105 kilomètres au sud-ouest de Florence), connut une improbable ascension. Décrite comme une administratrice attentive et sage de ses principautés, Elisa, dont on disait méchamment qu'elle était « une contrefaçon de l'Empereur », fut récompensée de son sérieux : en 1809, Napoléon lui donna, avec le titre de grande-duchesse de Toscane, le gouvernement des départements toscans qui avaient été réunis à l'Empire, rôle dans lequel elle fit montre de sens politique, comme le démontre cette citation de Napoléon : « Maîtresse femme, elle avait de nobles qualités, un esprit recommandable et une activité prodigieuse, connaissant les affaires de son cabinet aussi bien qu'eût pu le faire un habile diplomate. » Prisonnière de… guerre
PAULINE ( 1780-1825) Pauline est, disons le mot, tenue pour la plus grande « pécheresse » de la famille Bonaparte, qui n'en était pourtant pas avaricieuse. Une pécheresse aussi célèbre par son incomparable beauté, universellement célébrée, que par ce que nous appellerons pudiquement son inépuisable générosité de cœur. Cela se passait à Mombello (première campagne d'Italie ; ne pas confondre avec Montebello), et c'est le frère aîné, Joseph Bonaparte qui servit d'entremetteur. Malgré tout l'attrait de cette alliance, et « les avantages qu'elle promettait », Marmont refusa courtoisement de succomber à la tentation, car… : « J'étais alors dans des rêves de bonheur domestique, de fidélité, de vertu, si rarement réalisés, il est vrai, mais souvent aussi l'aliment de l'imagination de la jeunesse… Dans l'espérance d'atteindre un jour cette chimère, remplie de tant de charmes, je renonçais à un mariage dont les effets auraient eu une influence immense sur ma carrière. » Il est vrai que, quelques lignes plus haut, le même Marmont notait que la troublante Pauline, à seize ans seulement, « annonçait déjà ce qu'elle devait être. » Et, effectivement, lorsque l'on connaît, fût-ce superficiellement, l'infinie théorie de tous ceux à qui elle accorda des faveurs fort recherchées (et faciles à trouver), il est une chose que Pauline ne pouvait apporter à Marmont : ce rêve de bonheur domestique après lequel il courait.
Ce fut une expérience cruelle au cours de laquelle la barbarie des insulaires, brutalement réprimée, le disputa à la maladie pour affaiblir le corps expéditionnaire français : la fièvre jaune tua mille cinq cents officiers, dont le commandant en chef Leclerc, et une douzaine de milliers de soldats, sans préjudice de plus de deux mille civils. Pauline regagna la France emportant avec elle le corps de son mari. Princesse Borghèse puis de Guastalla
En 1806, Napoléon accorda à Borghèse, mais en fait à sa sœur, la principauté de Guastalla, à 35 kilomètres au sud-ouest de Mantoue. Une principauté minuscule, presque un village, ce qui était une grave injustice, quand on compare cette « principauté » à celles conférées à Elisa, et plus encore, à la cadette, Caroline. Devant l'indifférence de son mari, l'épouse négligée points que l'Histoire, malheureusement, ait retenus d'elle. Pourtant, la mémoire de Pauline mérite beaucoup mieux que ces anecdotes à l'emporte-pièce. Au moins pour deux raisons. La première est le courage dont elle fit montre lors de cette effroyable campagne de Saint-Domingue, n'hésitant pas à visiter les hôpitaux pour apporter un peu de réconfort aux blessés et aux malades qui mouraient comme des mouches. Indéfectiblement fidèle à Napoléon La deuxième raison est beaucoup plus touchante, qui révèle la nature profonde de cette jeune femme.
« Rome, le 11 juillet 1821. « My Lord, « … C'est au nom de tous les membres de la famille de l'Empereur, que je viens réclamer du gouvernement anglais un changement de climat. Si on refusait une si juste demande, ce serait son arrêt de mort qu'on prononcerait ; et dans ce cas, je demande la permission de partir pour Sainte-Hélène et d'aller rejoindre l'Empereur pour recevoir son dernier soupir… « Je sais que les moments de la vie de l'Empereur sont comptés ; et je me reprocherais éternellement de n'avoir pas employé tous les moyens qui peuvent dépendre de moi pour adoucir ses derniers moments et prouver mon entier dévouement à son auguste personne… « Je vous prie, My Lord, de communiquer ma lettre à Lady Holland, qui a toujours donné des preuves du plus grand intérêt à l'Empereur, en l'assurant de mes sentiments d'amitié, et recevez pour vous-même l'assurance de toute ma considération. » Liverpool n'eut même pas la décence élémentaire de répondre à cette requête. De toute façon, cette lettre généreuse, qui suffit à honorer la mémoire de Pauline, était inutile. « L'arrêt de mort » avait été exécuté le 5 mai précédent. Quelques reproches que certains pourraient se croire autorisés à faire à Pauline, il convient, pour la mieux juger, de lire aussi ces lignes adressées, en 1814, à son beau-frère Bacciochi, qui, en compagnie de sa femme Elisa, fuyait « son » duché de Toscane, et lui proposait de l'emmener : « Je n'ai pas aimé l'Empereur comme souverain ; je l'ai aimé comme mon frère, et je lui resterai fidèle jusqu'à la mort. » Elle tint parole, et c'est ce qui la place très loin devant ses deux sœurs. CAROLINE (1782-1839) Caroline, qui, sur son acte de naissance, fut d'abord Maria-Annunziata, est celle qui a été la plus nuisible à son frère Napoléon.
Une ambitieuse comblée Si, dans le cas d'Elisa et de Pauline, les maris n'ont jamais été que des abstractions, dans le couple Murat, le mari était indissociable de sa femme, dont il était en quelque sorte l'indispensable instrument pour parvenir à ses fins. Et, dans cet exercice subtil, elle réussit bien puisque, contrairement à Pauline, et dans une certaine, mais moindre, mesure à Elisa, Caroline fut une ambitieuse comblée : en 1806, profitant de la « nomination » de son mari, elle devint grande-duchesse de Berg et de Clèves, puis, deux ans plus tard, par la « promotion » de Murat, reine de Naples. Ces élévations de la cadette des Bonaparte dans l'ordre monarchique nouveau était l'aboutissement de bien des crises de larmes et de jalousie que l'auguste frère avait dû subir. Tel avait été le cas lorsque sa sœur aînée Elisa avait été faite princesse de Lucques et de Piombino, et pire encore lorsque Louis Bonaparte et sa femme Hortense avaient été « faits » roi et reine de Hollande. « La reine [de Naples], disait Napoléon, a plus d'énergie dans son petit doigt que le roi dans toute sa personne. » Effectivement, on ne peut contester à Caroline d'avoir été une femme intelligente et habile, mais aussi calculatrice et d'une « ambition désordonnée » a dit Napoléon – autant de graves défauts qui finirent par s'exercer au détriment de l'Empereur, et donc de l'Empire. Caroline, responsable de la mort de Murat ?
Ces défauts la conduisirent, dès 1813, à pousser son mari, à la défection, et à prendre des contacts secrets avec les coalisés, notamment l'Autriche, dans l'espoir de conserver son trône de Naples, refusant, malgré son intelligence réelle, à prendre conscience que son trône ne pourrait survivre à ce frère à qui elle était redevable de tout. Ce faisant, elle porta un coup fatal à Napoléon et à l'Empire. En ce qui concerne sa vie privée, Caroline, comme ses deux sœurs, eut de très nombreux amants, dont elle se servit pour assouvir son insatiable ambition, mais, là où l'on est en droit de considérer qu'elle a, comme l'on dit familièrement, « dépassé les bornes », c'est lorsqu'elle s'est donnée à l'un des ennemis les plus acharnés de Napoléon, l'Autrichien Metternich. Le 13 octobre 1815, au Pizzo, en Calabre, le maréchal Murat, qui fut un temps roi de Naples, tomba sous les balles d'un peloton d'exécution après avoir tenté de reconquérir son trône. Il n'est pas exagéré d'avancer que c'est la folle ambition de sa femme, Caroline, qui l'y avait conduit. Proscrite, comme tous les membres de la famille Bonaparte, Caroline, devenue comtesse de Lipona (ce facile anagramme de Napoli est, sans doute, une réminiscence de sa splendeur enfuie), survécut vingt-quatre ans à son mari, et mourut à Florence le 18 mai 1839.
À suivre (les frères de Napoléon)
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