Volume II

Chapitre 23


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« …Je dois le dire à Votre Majesté, jamais la guerre
ne sera de mon fait, parce que, si cela était, je me
considèrerais comme un criminel ; c’est ainsi que
j’appelle un souverain qui fait une guerre de fantaisie,
qui n’est pas justifiée par la politique de ses États… »

 Napoléon au roi de Prusse Frédéric-Guillaume III

 

Napoléon ne se doutait pas qu’à une quinzaine de kilomètres plus au nord du champ de bataille d’Iéna, alors que lui-même écrasait les troupes de Hohenlohe, l’un de ses maréchaux, Louis-Nicolas Davout, le benjamin de la grande promotion de 1804, l’un de ces « savetiers » si méprisés par les fiers Prussiens, venait, avec son 3è corps d’armée, de compléter le triomphe des armes impériales en remportant une victoire dont il est peu d’exemples.

 

LES FRANÇAIS À UN CONTRE TROIS

 

Dans la nuit du 13 au 14 octobre, Davout tenait le défilé de Kœsen et occupait Naumburg. C’est là que lui étaient parvenues les instructions de l’Empereur, transmises par Berthier :

« L’Empereur ayant reconnu une armée prussienne qui s’étend depuis une lieue en avant et sur les hauteurs d’Iéna jusqu’à Weimar, a le projet d’attaquer au petit jour. Il ordonne à M. le maréchal Davout de se porter sur Apolda afin de tomber sur les arrières de l’armée. »

Les instructions de Napoléon portaient également que si Bernadotte (1er corps, 21 200 hommes) se trouvait avec lui, il pourrait marcher avec Davout, mais « l’Empereur espère qu’il sera dans la position qu’il lui a indiquée à Dornburg. »

Lorsque ces instructions parvinrent à Davout, Bernadotte n’était pas à la « position indiquée » mais à côté de Davout. Celui-ci proposa au futur traître de 1813 de marcher avec lui, ce que l’autre, qui détestait son collègue, refusa, arguant les instructions de Napoléon. Et, incontinent, il donna à son corps d’armée l’ordre de s’éloigner en direction de Dornburg !

Davout va donc être contraint d’agir seul avec son 3è corps. Avec ses trois seules divisions qu’il importe de nommer : Morand, Friant et Gudin – pour un effectif total de moins de 29 000 hommes, dont 1 620 cavaliers de la brigade Vialannes, et 44 pièces d’artillerie.

Pas davantage.

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Louis-Nicolas Davout 1770-1823) était le benjamin des maréchaux de Napoléon.
De petite, mais très ancienne, noblesse de Bourgogne, il fut nommé officier dans la cavalerie en 1788 sous les Bourbons, et il eut la chance de traverser la tourmente révolutionnaire sans encombre. Il participa à la campagne d’Égypte (1798) au cours de laquelle il fit la connaissance du général Bonaparte. À Austerlitz, il avait déjà fait des merveilles avec son remarquable 3è corps. Admiré pour ses talents militaires et son intégrité, Davout, austère et très sévère, ne fut jamais très populaire auprès de ses contemporains ou subordonnés de la Grande Armée.

En face de lui : plus de 60 000 Prussiens, dont 10 000 cavaliers sous les ordres de Brunswick, toujours en compagnie du roi et de la reine Louise.

Le 3è corps prend la direction d’Erfurt, par Auerstedt et Apolda. Dans le brouillard, après avoir franchi la Saale, ses hommes gravissent un plateau en haut duquel se trouve un village : Hassenhausen.

Comme à Iéna, la visibilité est pratiquement nulle.

Une première rencontre fortuite met aux prises des chasseurs à cheval français et un fort détachement de cavalerie ennemie. Seule une intervention de l’infanterie française permet de dégager les chasseurs à cheval et de refouler les cavaliers ennemis.

Dans les deux camps, l’incertitude règne, aucun commandant ne pouvant dire avec certitude ce qui se trouve devant lui ni en quelle force.

Brunswick, qui commande en chef, est d’avis d’attendre l’arrivée du gros des troupes. Un autre, Mollendorf, le doyen des chefs prussiens, estimant que les Français doivent être peu nombreux, suggère d’attaquer sans attendre. C’est à ce dernier avis que se range le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III .

 

POUR ENCOURAGER LEURS SOLDATS, DAVOUT ET SES
GÉNÉRAUX SE PLACENT AU MILIEU DES CARRÉS

C’est Blücher, le détestable soudard, qui est chargé de lancer la première attaque avec une division et vingt-cinq escadrons. Son objectif : la droite française tenue par Gudin, qu’il tente de déborder et de tourner.

Mais, contrairement aux illusions des Prussiens, les Français résistent et rendent coup pour coup. Pris à la fois sous le feu de l’artillerie et celui des fantassins de la division Gudin, les cavaliers de Blücher sont arrêtés et viennent se briser sur trois rangs de baïonnettes. Pour encourager les hommes de Gudin, Davout et ses généraux se glissent à tour de rôle au milieu des carrés. Le maréchal laisse son chapeau dans la bagarre.

Le général Blücher, qui conduisait la première charge de la cavalerie prussienne eut son cheval tué sous lui. Ce personnage haineux qui détestait Napoléon et les Français s’en tira malheureusement sans dommage

Asticotés par leur chef, qui n’est que haine et mépris pour les Français et, surtout pour Napoléon, les cavaliers prussiens attaquent comme des brutes, mais sans guère de méthode.

Formés en carrés, les soldats de Davout repoussèrent cinq charges successives de la cavalerie prussienne au cri de « Vive l’Empereur ! ». Comme son 3è corps supportait tout le choc des attaques de la cavalerie prussienne, Davout allait de carré en carré pour encourager ses hommes par sa présence.
Il termina miraculeusement la bataille sans être blessé, mais son uniforme était déchiré en plusieurs endroits et un coup de feu avait arraché un morceau de feutre de son bicorne.

Aussi les pertes ne tardent-elles pas à devenir très lourdes, et Blücher, qui tente de se replier en bon ordre, ne peut empêcher la panique de gagner plusieurs de ses escadrons.

La montée en ligne de deux divisions fraîches redonne cependant de la vigueur aux Prussiens, et la poussée se fait encore plus lourde sur la division Gudin.

L’arrivée de la 2è division du 3è corps de Davout, celle de Friant, allège un peu la pression, mais pour peu, tant la disproportion des forces est énorme.

Brunswick s’efforce de reprendre aux Français le village de Hassenhausen, au nord-est d’Auerstedt, lorsque se présente la division Morand. Le village reste aux mains des Français.

À ce moment, Davout n’a plus de réserve : les trois divisions de son corps d’armée sont au contact de l’ennemi.

 

APRÈS LA MORT DU DUC DE BRUNSWICK LE
ROI DE PRUSSE PREND LE COMMANDEMENT

Pour les Prussiens, la situation ne va pas tarder à s’inverser : devant Hassenhausen, le duc de Brunswick, qui participe à l’assaut, est mortellement blessé par une balle.

Le roi de Prusse, qui prend alors le commandement, tente de faire un ultime effort pour briser l’aile gauche française. Manœuvre immédiatement contrée par Davout qui fait donner l’artillerie à pied de la division Morand. Décimées par les canons, les troupes prussiennes marquent une hésitation dont profitent les trois divisions Morand, Gudin et Friant.

Avec l’arrivée du maréchal von Kalkreuth et de ses deux divisions, un nouvel espoir brille un instant pour les Prussiens. Mission moins de combat que de protection de ce qui reste de l’armée, mais le maréchal Davout a bien compris que l’hallali vient de commencer.

À dix heures du matin, on emmena du champ de bataille le duc de Brunswick, mortellement blessé.
Il avait été l’un des plus chauds partisans de la guerre contre la France. Peu après, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume prit le commandement de l’armée prussienne qui ne tarda pas à lâcher pied.

À gauche, les canonniers de Morand balayent la plaine ; à droite, ceux de Friant écrasent le flanc gauche prussien. Les Prussiens, dont Blücher, qui a rameuté ses cavaliers tant bien que mal, sont littéralement criblés de boulets par l’artillerie française. Au centre, l’avance française se poursuit.

Malgré leur infériorité numérique – rappelons qu’elle est de un à trois – les soldats de Davout, qui se battent depuis le début de la matinée, continuent de lutter avec une fureur surhumaine.

Kalkreuth donne alors à son tour un ordre de repli.

Vers quatre heures de l’après-midi, les Prussiens retraitent vers Weimar.

Le roi, qui a donné cet ordre, espère pouvoir y livrer une deuxième bataille avec l’appui des armées de Hohenlohe et de Rüchel, car, pas plus que l’Empereur n’était au courant de la bataille d’Auerstedt, Frédéric-Guillaume n’est au courant de la catastrophe d’Iéna.

Les soldats prussiens s’écoulent sur la route d’Erfurt comme un torrent bourbeux, au milieu des milliers de morts, hommes et chevaux, de blessés, allongés à même le sol au milieu des affûts de canons brisés.

Ce n’est pas une défaite, mais une raclée mémorable. La morgue hautaine fait place au désespoir. La haine des Prussiens pour Napoléon, qui avait tout fait pour les mettre en garde, n’en sera désormais que plus vive.

Mais, pour qu’elle soit assouvie, il leur faudra attendre encore neuf années.

Déjà magnifique, cette victoire d’Auerstedt eût pu être plus complète encore si Bernadotte, qui avait refusé de se porter à l’aide de Davout, y eût pris sa part. Il méritait le conseil de Guerre :

« Cela est si odieux que si je le mets à un conseil de guerre, c’est comme si je le faisais fusiller », dira Napoléon.

Celui-ci, moins sévère qu’on le présente toujours, ne lui délivra qu’un blâme.

Par la suite, la conduite, envers l’Empereur, de celui que Davout n’appellera plus désormais que le « misérable Ponte-Corvo » (son titre de noblesse d’Empire) en dit assez sur la crapulerie du personnage pour qu’il ne soit pas nécessaire d’épiloguer plus avant.

 


EFFROYABLE VISION DU
RÉSULTAT DE LA GUERRE
VOULUE PAR LA REINE
LOUISE DE PRUSSE


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Jean-Baptiste Bernadotte (1763-1844)
faillit passer en cour martiale pour son
inqualifiable conduite à Auerstedt, où il
ignora délibérément un ordre écrit de
l’Empereur lui ordonnant de soutenir
Davout.

Les pertes subies par le 3è corps du maréchal Davout suffisent à dire l’acharnement de cette bataille d’Auerstedt : de 7 000 à 8 000 hommes, soit pratiquement le tiers de ses forces engagées.

Pertes prussiennes : 15 000 tués ou blessés, 3 000 prisonniers, 115 canons pris par le 3è corps de Davout, qui ne disposait, lui, que de 55 pièces.

Nous avons dit, dans un chapitre précédent l’allégresse avec laquelle la reine de Prusse, après avoir poussé à la guerre, était partie pour le champ de bataille, où allaient succomber et son armée et son orgueil.

Pour que les chiffres donnés ici et ailleurs prennent toute leur signification, pour mettre en exergue ce que cette ivresse guerrière peut avoir d’indécent, voici, comme annoncé dans le chapitre 21, deux témoignages sur « l’effet chirurgical » du divertissement mondain auquel tenait tant la reine Louise, chaleureusement encouragée par l’Angleterre.

Le premier témoignage est dû à un jeune officier de cavalerie légère, lointain cousin de l’Impératrice Joséphine, Maurice de Tascher. Voici sa vision de la ville d’Iéna après la bataille, au cours de laquelle il a eu son poignet droit à moitié tranché d’un coup de sabre :

« Quel spectacle affreux que celui d’une ambulance au moment d’une bataille. Il y a ici plus de 3 600 blessés et on manque de chirurgiens, de charpie, de tout ce qui est nécessaire ! La ville est en flammes d’un côté, livrée au pillage de l’autre, le sang ruisselle dans les rues, et je ne crois pas que l’on puisse rien voir de plus horrible que la grande église : les mourants y sont entassés sur les morts, étendus pêle-mêle sur la pierre ; des monceaux de bras, de jambes sont à côté de la chaise chirurgicale. Quel spectacle pour celui qui attend son tour ! »

Deux jours après la bataille, le 16 donc, Percy, le chirurgien en chef de la Grande Armée (moins la Garde Impériale) notait ceci :

« Deux cent soixante-dix blessés français et autres avaient été laissés à deux lieues d’Iéna, dans un village brûlé, près le premier champ de bataille… Ce matin, tous ces infortunés [qui avaient été pansés le jour de la bataille] étaient encore dans l’ordure, au milieu des jambes et des bras qui ont été coupés, des cadavres ensanglantés, du fumier qu’a produit le peu de paille sur laquelle ils se sont jetés… Pendant que mes domestiques préparaient mes chevaux, j’ai vu l’église [d’Iéna, décrite par Tascher] : c’est tout ce qu’on peut voir de plus affreux. »

Et c’est un chirurgien militaire qui s’exprime !

À la seule bataille d’Auerstedt, les Prussiens payèrent un très lourd tribut pour leur fièvre guerrière. Au soir de la bataille, 15 000 Prussiens avaient été tués ou blessés, 3 000 faits prisonniers. Ils avaient en outre perdu 115 pièces d’artillerie.
Les pertes du 3è corps furent de 7 000 à 8000 hommes, soit le tiers de son effectif .

La lecture de ces deux témoignages nous fait obligation de citer une fois encore cet extrait de la lettre (cf. chapitre 19) adressée par l’Empereur au roi de Prusse avant le déclanchement de la guerre :

« …Je dois le dire à Votre Majesté, jamais la guerre ne sera de mon fait, parce que, si cela était, je me considèrerais comme un criminel ; c’est ainsi que j’appelle un souverain qui fait une guerre de fantaisie, qui n’est pas justifiée par la politique de ses États… »

Comme il importe de relire cette autre lettre (cf. chapitre 21) qu’il adressa au même destinataire après l’affaire de Saalfeld, le 10 octobre, au cours de laquelle le prince Louis-Ferdinand trouva la mort.

En relisant ces lignes de l’Empereur, on comprendra mieux la distance qui sépare ce Napoléon si décrié, ce chef de guerre soi-disant assoiffé de carnages, et ces souverains bouffis de prétention absurde, qui, à ce titre, faisaient, l’âme légère comme cette Louise de Prusse, massacrer des milliers d’hommes au nom des phantasmes ridicules de ce « droit divin » qu’ils ne cessaient d’invoquer.

 

L'ÉTRANGE INTERPRÉTATION DU 5È BULLETIN,
MANIFESTATION ORDINAIRE DE LA DÉSINFORMATION
HOSTILE À NAPOLÉON

 

Les familiers de ce site savent que la Société Napoléonienne Internationale s’est donné pour mission première de lutter avec vigueur contre les bassesses, grandes – ce sont les plus fréquentes – ou petites, dont la mémoire de Napoléon est la victime permanente.

L’évocation de cette victoire extraordinaire d’Auerstedt nous en apporte, entre autres, une flagrante et récente illustration…

Dans la prestigieuse Encyclopædia Universalis (Version 10, en CD-Rom), voici ce que l’on peut lire à propos de cette bataille qui a illustré le maréchal Davout :

« Auerstedt est laissé dans l'ombre au profit d'Iéna. Seul l'Empereur doit apparaître comme le génial stratège qui a tout prévu. » (© Encyclopædia Universalis 2004, tous droits réservés).

Ce petit paragraphe (que nous avons copié-collé comme en témoigne la mention légale qui le suit) figure dans l’article consacré à Napoléon, au chapitre « La légende officielle ».

Auteur de cette « petite » et adroite sournoiserie (il en est d’autres) : l’historien napoléonien bien connu Jean Tulard.

Si l’on interprète son propos à la lettre – comment d’ailleurs faire autrement ? – l’Empereur a volontairement rabaissé le mérite de Davout pour pouvoir briller seul au firmament tragique de ce 14 octobre 1806, et faire oublier Auerstedt au profit de « sa » seule bataille d’Iéna. Et ce n’est pas faire injure à l’Empereur que d’écrire que cette bataille menée et gagnée par le maréchal Davout est, par la disproportion des forces en présence, plus exemplaire que celle d’Iéna.

On nous permettra, preuves à l’appui, de démentir ce qu’il y a d’odieux dans ce propos, qui n’est rien d’autre qu’une volonté affichée, avec l’aplomb que permet « l’abus de position dominante », de nuire à la mémoire de Napoléon.

En effet, contrairement à ce que Jean Tulard écrit dans l’Encyclopædia Universalis, Napoléon proclama autant de fois qu’il le put l’exceptionnel mérite de son lieutenant.

Ainsi, le 15 octobre, alors qu’il ne disposait encore que de renseignements forcément fragmentaires sur la bataille jumelle de celle d’Iéna, voici ce que l’Empereur faisait inscrire au 5è Bulletin de la Grande Armée – le même auteur écrivant que ces Bulletins « imposent la version officielle des combats », on éprouve quelque difficulté à le suivre dans son raisonnement :

« Cinquième Bulletin de la Grande Armée

« Iéna, 15 octobre 1806

« À notre droite, le corps du maréchal Davout faisait des prodiges ; non seulement, il contint mais mena battant pendant plus de trois lieues le gros des troupes ennemies qui devaient déboucher du côté de Kœsen. Ce maréchal a déployé une bravoure distinguée et de la fermeté de caractère, première qualité d’un homme de guerre. Il a été secondé par les généraux Gudin, Friant, Morand, Daultanne, chef de l’état-major, et par la rare intrépidité de son brave corps d’armée. »

Le lendemain, l’Empereur adressait cette lettre à Davout :

« Weimar, 16 octobre 1806, sept heures du matin

« Mon cousin [formule née de l’institution du maréchalat, qui faisait des maréchaux les “cousins” de l’Empereur], je vous fais mon compliment de tout mon cœur pour votre belle conduite. Je regrette les braves que vous avez perdus, mais ils sont morts au champ d’honneur. Témoignez ma satisfaction à tout votre corps d’armée et à vos généraux. Ils ont acquis pour jamais des droits à mon estime et à ma reconnaissance. Donnez-moi de vos nouvelles et faites reposer quelques moments votre corps d’armée à Naumburg. »

Touché des termes à la fois d’éloge et de sympathie de l’Empereur, Davout répondit le jour même en ces termes

« Sire, les félicitations que Votre Majesté veut bien adresser à son 3è corps et aux généraux qui le commandent les pénètrent tous de la plus profonde sensibilité. Déjà, Sire, leur dévouement à votre personne était sans bornes ; ils ne sauraient y ajouter, mais ils brûlent de trouver l’occasion de vous en donner de nouveaux témoignages. Permettez, Sire, en ce qui me concerne, de vous exprimer combien je suis touché des éloges de Votre majesté. Mon sang vous appartient ; je le verserai dans toutes les circonstances et ma récompense sera de mériter votre estime et votre bienveillance. »

Les esprits chagrins (ou retors) pourront toujours se conforter dans leurs mauvaise foi en disant qu’il ne s’agit là que de paroles de pure convenance et de courtoisie officielle sans sincérité.

Voici donc un extrait d’une correspondance, strictement personnelle cette fois, puisqu’elle est adressée par le maréchal à sa femme :

« … Pour mettre le comble à ta satisfaction, je t’envoie copie de la lettre que m’a écrite l’Empereur. Toi, ma petite Aimée [il s’agit de Louise-Aimée Leclerc, dont la sœur épousa l’un des subordonnés de Davout, le général Friant] , dont l’existence est employée à ajouter de la considération à ton mari, tu ressentiras, j’en suis certain, une vive joie d’apprendre que j’ai eu le bonheur de remplir les intentions de l’Empereur et d’acquérir quelques titres à son estime et à sa bienveillance. »

Plan de la bataille d’Auerstedt. Au matin du 14 octobre, tandis que la bataille faisait rage à Iéna, Davout, seul avec son 3è corps, qui ne dépassait pas 29 000 soldats, fit face à la principale armée prussienne, forte de plus de 70 000 hommes, dont 10 000 cavaliers.

De son côté, la propre belle-fille de l’Empereur, Hortense, écrivit à la maréchale :

« Ma chère amie, ton mari n’aura peut-être pas eu le temps de t’écrire ; il se porte à merveille. Tu verras par le Bulletin [souligné par nous] que son corps a soutenu pendant la journée quatre-vingt mille [sic] ennemis et qu’il s’est couvert de gloire. »

Quant à Talleyrand, il ne fut pas en reste de félicitations officielles avec ce petit billet, fort élégamment troussé comme à son habitude :

« Je m’empresse de vous donner connaissance d’une note que je viens de recevoir du quartier général sur la victoire d’Iéna. M. le maréchal Davout en est revenu, suivant son usage, avec une belle branche de laurier que vous pourrez ajouter, Madame, à sa collection précédente. »

Pour clore ce détestable intermède, mentionnons encore cette lettre du 23 octobre, dans laquelle l’Empereur annonçait à Davout que c’est son corps d’armée qui entrerait le premier dans Berlin.

Rappelons enfin pour mémoire le titre de noblesse que Napoléon conféra, en 1808, au maréchal Davout : duc d’Auerstedt.

Qu’eût-il fallu faire de plus pour que l’Empereur se trouvât à l’abri de cette lamentable mesquinerie décochée par l’historien napoléonien que nous avons relevée dans l’Encyclopædia Universalis ?


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Dans les jours qui suivirent, Napoléon rendit pleine justice aux talents de Davout et de son 3è corps pour leur exploit d’Auerstedt et ordonna que lui et ses hommes soient les premiers à entrer dans Berlin. Deux ans plus tard, Davout sera fait duc d’Auerstedt par l’Empereur.

 


Battue à Iéna ; battue à Auerstedt, l’arrogante armée prussienne n’était pas encore au bout de sa déconfiture.

En effet, l’Empereur ordonna la poursuite, et l’on aura alors bientôt le spectacle de l’effondrement honteux de cette armée prussienne qui se montrait, en ce temps, la plus infatuée d’elle-même et de ses talents anciens, et qui était tenue pour l’une des plus grandes puissances militaires d’Europe.

C’est cet effondrement final que racontera le prochain chapitre.


Composition de la Grande Armée à Iéna-Auerstedt

 

Garde Impériale

 

Infanterie Maréchal Lefebvre

Cavalerie Maréchal Bessières

 

Artillerie Général de brigade Couin

Génie Chef de bataillon Boissonnet

 

 

 

Gendarmerie d’élite Général Savary

Marins Cne de vaisseau Daugier

 

Médecin-chef Sue

Chirurgien Larrey

 

 

 

1er corps Maréchal Bernadotte

(Chef d’état-major : général Berthier, frère du maréchal)

1è division Général Dupont
2è division Général Rivaud
Cavalerie Général Tilly
3è division Général Drouet
Artillerie Général Éblé

 

 

 

 

3è corps Maréchal Davout

(Chef d’état-major : général Daultanne)

1è division Général Morand
2è division Général Friant
Cavalerie Général Vialannes
3è division Général Gudin
Artillerie Général Hanicque

 

 

 

4è corps Maréchal Soult

(Chef d’état-major : général Compans)

1è division Général Saint-Hilaire
2è division Général Leval
Cavalerie Général Margaron
3è division Général Legrand
Artillerie Général de Lariboisière

 

 

 

5è corps Maréchal Lannes

(Chef d’état-major : général Victor)

1è division Général Suchet
Cavalerie Général Treillard
2è division Général Gazan
Artillerie Général Foucher

 

 

 

6è corps Maréchal Ney

(Chef d’état-major : général Dutaillis)

1è division Général Marchand
Cavalerie Général Auguste Colbert
2è division Général Gardanne
Artillerie Général Séroux

 

 

 

 

7è corps Maréchal Augereau

(Chef d’état-major : général Pannetier)

1è division Général Desjardins
Cavalerie Général Durosnel
2è division Général Heudelet
Artillerie Général Dorsner

 

 

 

À suivre