Volume II

CHAPITRE 20


Le château de Saint-Cloud, où Napoléon prépara tous
ses plans de la campagne de Prusse de 1806

 

Cette guerre n’était que la lutte du principe

de la légitimité des États européens

contre l’héritier de la Révolution

(L’historien allemand Ranke)

 

Cette fois, les dés sont jetés.

En proie à leur frénésie guerrière, les Prussiens n’ont plus qu’une hâte : mettre à genoux Napoléon qui « n’était pas digne d’être caporal dans l’armée prussienne » et ses maréchaux « savetiers »

Quant à l’Empereur, il doit maintenant absolument rattraper le temps que son désir de paix lui a fait perdre.

On va alors assister au spectacle toujours fascinant de la montée en régime de l’étonnant cerveau de Napoléon et de l’exercice de sa prodigieuse intelligence.

Le tiroir marqué « Diplomatie » a été, bien à contrecoeur, refermé. S’ouvre maintenant celui sur lequel, en lettres bientôt fatales pour la Prusse, est inscrit : « Campagne de 1806 ».

 

Quinze mille mots en trois jours !


Comme depuis, pratiquement, le début du mois de mai, le 10 septembre, Napoléon se trouve au château de Saint-Cloud.

Il dicte d’innombrables lettres, dont une à son Grand Écuyer, le général Armand de Caulaincourt pour qu’il fasse partir sa maison militaire en deux temps, le 11 (il ordonne ce même jour le départ de ses chevaux et de ses équipages de guerre pour Strasbourg) et le 14, en lui recommandant que cela se fasse « avec tout le mystère possible ».

Toujours le 10, il dicte pendant deux heures à Clarke ses instructions pour les mouvements de l’armée.

 



La Garde Impériale, qui a reçu l’ordre de partir immédiatement,
voyage en convois spéciaux

Voici un extrait de l’une de ses directives.

Elle concerne la Garde Impériale, et mieux que de longs exposés, ces quelques lignes disent toute l’ampleur des connaissances que l’Empereur avait des détails de son armée (entre autres domaines), des routes à suivre, des relais, du nombre de voitures nécessaires pour l’acheminement des troupes… :

« Le 1er régiment de grenadiers de ma Garde partira demain à dix heures du matin, et ira coucher à Claye. Il en partira le lendemain, à la pointe du jour. Le 2è grenadiers partira à six heures du matin et ira coucher à Meaux. Les chasseurs iront coucher à Dammartin. Là et à Meaux, il y aura cent charrettes attelées chacune de quatre colliers capables de porter dix hommes. Celles de Meaux seront prêtes sur la place à dix heures du matin ; celles de Dammartin à huit heures. Deux commissaires des guerres partiront demain matin avant deux heures pour régler avec le sous-préfet de Meaux la réunion de ces voitures. Après, ils suivront la préparation de tous les relais sur les deux routes, l’une par Metz pour les grenadiers, l’autre par Luxembourg pour les chasseurs, La première aura quatorze relais de Meaux à Worms ; la seconde treize, de Dammartin à Bingen… Chaque cheval sera payé cinq francs par jour. Les propriétaires des chevaux pourvoiront eux-mêmes aux fourrages. Les voitures seront payées par le major de chaque régiment, les quittances seront remises au sous-préfet qui vous les enverra incontinent… Comme le temps est très court pour les premiers relais, j’ai fait envoyer par le maréchal Bessières un officier d’état-major qui aura vu le sous-préfet de Meaux avant quatre heures du matin, de manière que quand les commissaires des guerres arriveront le sous-préfet aura déjà pris ses dispositions. »

En moins de trois journées, et nonobstant les réceptions et audiences diplomatiques auxquelles, en ce moment de trouble, il ne saurait se soustraire, il va dicter quarante-cinq dépêches, toutes de la même précision et de la même netteté que celle relative au mouvement de la Garde Impériale.

Le calcul de ce que représente ces quarante-cinq ordres a été fait : quinze mille mots ! Et pas n’importe quels mots mis les uns à la suite des autres, ou sortis d’une pensée confuse. Non des mots pesés, pensés, dont chacun a à une signification précise, car chacun d’entre eux pourra, dans quelques jours, être lourd de conséquences bénéfiques ou tragiques.

Sous ses yeux, un échiquier dont les quatre coins sont Amsterdam et Berlin en haut, Naples et Bayonne en bas.



La Grande Armée partit des quatre coins de l’Europe
pour se rassembler à Bamberg

Sur les cases de cet échiquier, qui ont pour noms Utrecht, Montpellier, Le Havre, Stuttgart, Toulon, Bade, Grenoble, Munich, Gênes, Karlsruhe…, il va aller « ramasser » des bataillons, des escadrons, parfois des compagnies, le plus souvent des régiments ou des brigades, voire simplement un officier ou un général, et il va les disséminer – en apparence sans disposition précise – sur les chemins – chemins sur lesquels tout a été prévu et pensé en matière de gîtes d’étapes et de ravitaillement – menant à Wesel, Mayence, Francfort, Wurtzbourg et Bamberg. Bamberg, en Bavière, est le lieu qu’il a choisi pour le rassemblement de l’armée.



Les troupes en route vers la Prusse avaient reçu des ordres de marche
très précis, car le moment de leur rassemblement à Bamberg était un
facteur crucial de réussite


À la fin, telle une formule algébrique, ces éléments épars donneront une équation savante : celle qui régit la concentration, en un point déterminé par lui, de la Grande Armée.

Même si cela est (en principe) bien connu, il convient de rappeler ici que les savantes combinaisons de cet homme extraordinaire, qui font appel au calcul mathématique, ne ressortissent pas au domaine du hasard ; elles sont le fruit des véritables « investigations » qu’il fait faire à ses collaborateurs, et dont il traduit les informations en paramètres précis.

En effet, peut-on concevoir la « puissance de calcul », comme nous le disons aujourd’hui à propos des ordinateurs, qu’il faut pour harmoniser la marche de toutes ces armes : infanterie, cavalerie, génie, artillerie, marchant à des allures différentes, venant de points différents, faisant halte à des étapes différentes à des heures différentes et pendant des durées variables, et qui, comme miraculeusement, se retrouveront au jour dit à l’endroit qui leur aura été désigné par l’Empereur.



En trois jours, Napoléon dicta pas moins de 45 ordres, ce qui représentait 15 000 mots.

 

En 1802 (déjà), Bonaparte disait :

« C’est avec horreur que je fais la guerre »

L’évocation de ce travail est fascinante, plus encore que celle de la bataille elle-même qui en sera l’aboutissement, et elle est de toute façon plus utile à la mémoire de l’Empereur, que l’on ne montre que trop souvent sous son seul aspect de chef de guerre de génie, rôle qui, pourtant, lui déplaisait particulièrement.

Rappelons-nous ce que disait en 1802 celui qui n’était encore que le Premier Consul Bonaparte :

« C’est avec horreur que je fais la guerre. »

Devenu empereur, il n’avait pas changé : il était resté l’homme que rencontra, cette même année 1802, le marquis de Lucchesini, ambassadeur de Prusse à Paris, à qui Bonaparte avait accordé une audience.

Dans la dépêche qu’il adressa à son souverain, le diplomate expliquait que son interlocuteur lui était apparu « décidé à écarter tout sujet de guerre pour pouvoir faire tourner au profit de l’agriculture, de l’industrie, du commerce, des arts les ressources pécuniaires que la guerre absorbe et tarit à la fois. »

« À Amiens, dira-t-il, je croyais de très bonne foi le sort de la France et le mien fixés. J’allais me dévouer uniquement à l’administration de la France et je crois que j’eusse enfanté des prodiges. » (j’ai hésité à citer cette confession faite par Napoléon, déporté à Sainte-Hélène, car, ainsi que l’avance sereinement un historien napoléonien bien connu, le trait le plus impressionnant de l’Empereur est son … sens de la propagande  ! Passons).

Mais l’Angleterre, qui ne voulait pas d’une France forte, et les monarchies étrangères, payées par elle, qui souhaitaient voir les Bourbons remonter sur le trône, en décidèrent autrement. On imposa à l’Empereur ce qui est connu aujourd’hui sous le nom de « guerres napoléoniennes », sordide mais tenace manipulation sémantique que nous avons plusieurs fois dénoncée sur ce site.

Et c’est ainsi que par la suite d’une honteuse machination – toujours vivace de nos jours – hardiment alimentée en ce temps par ces mêmes royalistes qui, pendant la Révolution, avaient préféré s’enfuir plutôt que de défendre leur roi, Napoléon est devenu une manière de « traîneur de sabre », assoiffé de carnage et de conquêtes.

Parenthèse, sans doute un peu longue, mais toujours indispensable.

 

Pas de petites choses dans les grandes affaires

Ce souci du détail, évoqué plus haut, est parfaitement symbolisé par cette lettre qu’il adresse au général Dejean, ancien inspecteur général des fortifications et premier inspecteur du génie et, présentement, ministre de l’Administration de la Guerre.

Ce document, daté de Saint-Cloud, le 20 septembre 1806, donc en pleins préparatifs de la campagne de Prusse, peut sembler austère, voire rébarbatif, mais il donne la pleine mesure de la minutie que l’Empereur mettait en toute chose :

« Monsieur Dejean, voici la forme que je désirerais qu’eût le livret que l’on me remet tous les six mois, au 1er février et au 1er août, sur la situation du génie et de l’artillerie au 1er janvier et au 1er juillet :

« Frontière du Nord

« Autant de pages que de places fortes classées par directions d’artillerie

« Telle place a tant de bastions.

« La citadelle (si elle en a une) a tant de bastions.

« Ses besoins pour réparations sont de tant.

« Sa garnison est fixée à tant d’hommes.

« Son approvisionnement de bouche est fixé à tant.

« Le nombre des casernes pour l’infanterie est de tant.

« Le nombre des casernes pour la cavalerie est de tant.

« Quelques observations sur ce qui est en bon ou en mauvais état.

« Palissades existantes, tant.

« Palissades nécessaires, tant.

« Outils, sacs à terre, brouettes existantes, tant.

« Outils nécessaires, tant.

« À côté.

«  Artillerie réglée par le décret ou ordre de tel jour :

« Pièces existantes, tant.

« Manque, tant.

« Avec des observations qui me fassent connaître ce qu’il y a d’artillerie en bon ou mauvais état.

« Équipages de campagne en dépôt dans la place appartenant à l’équipage du Nord, tant.

« On suivrait ainsi pour les affûts et approvisionnements de toute espèce en distinguant ce qui appartient à la place de ce qui n’y est qu’en dépôt.

« On comprendrait dans l’état toutes les places de la Hollande qui défendent la frontière en distinguant la frontière de Hollande.

« De même pour la frontière d’Italie, en faisant la même distinction.

« Ce seul livret contiendrait les éléments de tous les calculs et une connaissance parfaire de tout le matériel d’artillerie.

« Il faudrait placer à la fin une récapitulation qui fasse connaître  :

« La quantité d’outils et autres objets appartenant au génie, existant en France ;

« La quantité de fusils et d’armes d’infanterie de tout calibre, de poudres, pièces de toutes espèces, fer coulé, etc.

« Avec une différence de tout ce résultat du semestre précédent. »

 

Au milieu des préparatifs d’une campagne décisive,

La sollicitude de Napoléon pour un vieux soldat

Devenu détenteur du pouvoir suprême, l’Empereur, au lieu de se reposer sur ses collaborateurs comme un « roi fainéant », continuait d’avoir l’œil à tout, comme il le faisait au temps du Consulat.

Ainsi, dans ses Mémoires, Chaptal raconte l’anecdote suivante, qui concerne le général Bonaparte, alors Premier Consul :

« J’ai vu tous vos états de situation, écrivait-il à son ministre ; ils sont exacts. Cependant, vous avez oublié à Ostende deux canons de quatre [livres]. »


Et Chaptal écrit :


Pièce d'artillerie de calibre 12 du système dit de Gribeauval, en usage pendant les guerres de Coalition.



« Je sortis confondu d’étonnement de ce que parmi les milliers de pièces de canon répandues par batteries fixes ou mobile sur le littoral, deux pièces de quatre n’eussent point échappé à sa mémoire. »

Il y avait effectivement de quoi être étonné.

Dans les ordres d’opérations de Napoléon, figuraient les distances
parcourues quotidiennement
par chaque régiment, car les Prussiens
avaient pris un mois d’avance dans leurs préparatifs de guerre

 

Le plus ahurissant, si un superlatif a encore quelque signification avec un tel homme, c’est que, outre ses préparatifs d’une campagne dont il avait tout fait pour retarder l’échéance, et dont il surveille ce qui, à tout autre, semblerait bien vulgaire : les souliers, les capotes, les bidons, les marmites – « S’il n’y en a pas en suffisance, qu’on en achète chez l’habitant, mais surtout qu’on ne fasse pas de vilénies, qu’on les paye exactement. » –, les légumes, la farine – « A-t-on songé qu’il fallait du bois pour transformer cette farine en pain ? » – ; outre ses conseils de gouvernement à son frère Joseph, roi de Naples, à son beau-fils Eugène, vice-roi d’Italie ; outre les longues lettres adressées à ses alliés, les rois de Wurtemberg et de Bavière, et l’Électeur de Bade, pour les éclairer sur les causes de cette guerre qu’on lui impose, etc., nous découvrons au milieu de cette somme colossale de dépêches politiques, diplomatiques, stratégiques et logistiques capitales, cette décision relative à un vieux soldat de cent deux ans, nommé Vilcot, qui s’est recommandé à sa bienveillance :

« Saint-Cloud, 20 septembre 1806

« Il me sera présenté dimanche. Il aura 2 400 francs pour une indemnité de voyage, et une pension annuelle de 600 francs ».

Ou encore, peut-être encore plus surprenant, ce billet qu’il fait adresser à Dominique Vivant Denon, directeur des musées :

« Demander à M. Denon s’il est vrai qu’on ait retardé hier l’entrée du Muséum et qu’on ait fait attendre le public. On ne peut rien faire qui soit plus contraire à mon intention. »

Et que penser du sentiment qui inspire la lettre qu’il envoie à Talleyrand, toujours de Saint-Cloud, le 22 septembre ?

« Monsieur le Prince de Bénévent, il est nécessaire que M. de Hohenzollern forme une compagnie de 140 dragons à cheval, tous Allemands.

« Comme tous les efforts qu’il fera ne sont pas d’accord avec ses moyens, vous lui direz qu’en secret je lui donnerai le subside nécessaire.

« Vous lui ferez connaître que mon motif est de fournir à la Maison de Hohenzollern les moyens de se montrer dans cette circonstance. »

Fils d’une amie de Joséphine et sa compagne de prison pendant la Terreur, la princesse Amélie de Hohenzollern-Sigmaringen, Charles Antoine, bénéficiaire de cette largesse, deviendra officier d’ordonnance de l’Empereur.

Telle était, discrète, l’élégance de cœur de « l’Ogre », selon l’odieuse formule consacrée, de cet homme réprouvé et insulté par les monarques « de droit divin », qui n’eussent sans doute pas songé à un tel geste.

N’avons-nous pas, comme Chaptal précédemment, matière à être confondus d’étonnement ?

 

Trente-quatre ordres aux armées en moins de trois jours

Le 22, un mot adressé à Berthier informe le major général de la Grande Armée que l’Empereur quittera Paris le 25 pour Mayence, où son arrivée est prévue pour le 28 ou le 29 septembre.

Il est 4 heures 30 du matin lorsque l’Empereur, en compagnie de l’Impératrice Joséphine, quitte Saint-Cloud.

Après être passé successivement par Châlons-sur-Marne, Verdun, Metz, Saint-Avold, Sarrebruck et Kaiserlautern, il arrive à Mayence à la date prévue, le 28 septembre dans le courant de la matinée.

Son labeur de forçat s’y poursuit, jour et nuit : pas moins de trente-quatre ordres datés de deux heures du matin, de trois heures de l’après midi ou de minuit, entre son arrivée et son départ de Mayence le soir du 1er octobre !

Ses prochaines étapes seront Francfort, puis Wurtzbourg, et enfin, Bamberg, en Bavière (vingt mille habitants à l’époque), où il arrivera le 6 octobre en début d’après-midi.

Il continue de veiller à tout, ne se fiant qu’à lui-même pour être certain que si les « grands rôles » sont prêts à entrer en scène, il ne leur manque aucun accessoire, fût-il – en apparence – le plus insignifiant.

Voici, à ce sujet, un extrait d’une dépêche aux maréchaux, chefs des corps d’armée :

« Il est ordonné à MM. les Maréchaux de faire passer par les généraux une revue, à l’effet de s’assurer si chaque soldat a cinquante cartouche et son épinglette [longue aiguille pour percer les gargousses et déboucher les armes à feu] ; les caporaux, leur tire-bourres, chaque soldat, deux paires de souliers dans le sac ; si les capotes, les marmites et les gamelles et les outils de campement sont distribués ; que ces objets ne sont plus dans les magasins, ni traînés à la suite des corps. On s’assurera que les baïonnettes ne manquent pas et qu’elles sont en état. Chaque corps d’armée doit se tenir en mesure de partir une heure après l’ordre reçu pour commencer la campagne. Il sera rendu compte du nombre d’outils qui se trouve dans chaque division ainsi qu’en réserve dans chaque corps d’armée. »

 

«  On nous donne un rendez-vous d’honneur pour le 8.

Jamais un Français n’y a manqué »

Pas question cependant de se reposer sur la bonne volonté des maréchaux, qui devront envoyer « au quartier général un officier pour y apporter le compte de cette revue. »

Évidemment, à un souverain « de droit divin » comme l’est Frédéric-Guillaume III, un tel souci du détail doit sembler bien vulgaire, et il ne lui viendrait pas à l’idée de faire procéder aux mêmes vérifications. Savait-il seulement si ses soldats avaient besoin de souliers et de gamelles ?

Un aide de camp en mission sur ordre de l’Empereur. Ces officiers,
qui recevaient toujours des ordres très détaillés, assuraient à la fois

l’acheminement des dépêches et des missions vitales de
reconnaissance et de renseignement

 

Pour Napoléon, il n’est pas de détails sans importance. Il veut tout voir. Tout savoir. Pour tout comprendre et tout prévoir.

Lorsqu’il envoie des officiers d’ordonnance en reconnaissance, le détail et l’horaire de leur mission leur sont très précisément définis. Et, parce que deux regards valent mieux qu’un, il dépêche la plupart du temps deux de ses officiers.

Ainsi, de Wurtzbourg, où il se trouvait encore le 5 octobre, il fait partir Anatole de Montesquiou :

« Vous passerez toute la journée du 6 à Wurtzbourg. Vous en partirez le 7 à quatre heures de l’après-midi. Vous irez le 7 à midi à la citadelle. Vous verrez le nombre de pièces en batterie. Comptez le nombre de voitures de compagnies d’artillerie et de sapeurs qui s’y trouvent. Vous vous arrangerez de manière à arriver le 8 à Bamberg, en prenant note de tout ce que vous aurez vu. »

Mission identique pour le deuxième officier, Custine, qui lui, « visitera le 8 la citadelle de Wurtzbourg [où] il comptera les pièces qui seront en batterie, comptera lui-même les voitures des détachements, apportera l’état de tous les corps, de tous les détachements ; il partira de Wurtzbourg [70 kilomètres au sud-ouest de Bamberg] le 8 à huit heures du soir, afin d’arriver le 9 à Bamberg au quartier général où il me fera un rapport exact sur tous les objets compris dans le présent ordre. »

En prenant connaissance à Bamberg de l’ultimatum de la Prusse – pas moins de vingt pages de récriminations – qui ne laissait aucun doute sur les intentions de Berlin, Napoléon, se tournant vers Berthier, lui dit :

 

« J’ai reçu de la Prusse un ultimatum par lequel on nous donne un rendez-vous d’honneur pour le 8. Jamais un Français n’y a manqué ; mais, comme on dit qu’il y a une belle reine qui veut être témoin du combat, soyons courtois, et, sans nous coucher, marchons sur la Saxe. »

L’Empereur, heureusement, ne poussera pas la « courtoisie » jusqu’à laisser les troupes de la « belle reine » de Prusse vaincre celles de sa Grande Armée.

 

À suivre…