DAVOUT L’INVINCIBLE

 

 

 

 

Né à Annoux, dans l’Yonne, le 10 mai 1770, Louis-Nicolas Davout est issu d’une famille noble mais peu fortunée dont les titres de gloire remontent à la vieille chevalerie française. La carrière des armes ayant toujours été privilégiée dans sa maison, c’est tout naturellement qu’il s’apprête à suivre les traces de son père, lieutenant au régiment de Royal-Champagne-Cavalerie. Après avoir fait ses études à l’école militaire d’Auxerre, il entre comme cadet-gentilhomme à l’école militaire de Paris le 29 septembre 1785. Il en sort près de trois ans plus tard pour servir, avec le grade de sous-lieutenant, dans le même régiment prestigieux où son père l’avait précédé quelques années auparavant. Sans doute s’apprêtait-il à suivre la même et laborieuse carrière, mais c’était sans compter avec la Révolution qui allait lui permettre de donner toute la mesure de son talent.


Entre-temps, il épouse, le 8 novembre 1791, Adélaïde de Seguenot, de bonne noblesse de robe et originaire, tout comme lui, de Bourgogne. Cependant, Adélaïde s’avère être de mœurs volages, au point que son inconduite notoire revient constamment aux oreilles de son pauvre époux. Davout n’a pas d’autre choix que celui de se séparer d’elle, et son divorce est prononcé le 4 janvier 1794.

Cette parenthèse refermée, nous retournons à la carrière militaire de Davout, lequel, ayant embrassé avec ardeur les idées de la Révolution, n’a pas hésité à se débarrasser de cette particule gênante en la liant à son nom (d’Avout étant devenu Davout). Après avoir démissionné de son régiment, Davout se fait élire, le 22 septembre 1791, lieutenant-colonel en premier du 3ème bataillon de volontaires de l’Yonne. Très vite, il montre de grandes aptitudes qui viennent s’allier à un courage jamais démenti, ce qui lui vaut un avancement rapide. Le 30 juillet 1793, il est nommé général de division. Mais un décret stupide, évinçant de l’armée les ci-devant nobles, le force à refuser ce titre et à démissionner. Il reprend toutefois du service un an plus tard pour accepter le poste de général de brigade de cavalerie à l’armée de la Moselle (le 21 septembre 1794). Plusieurs exploits militaires le font à nouveau remarquer et, en 1796, il se lie d’amitié avec Desaix. C’est, d’ailleurs, ce dernier qui le présente au général Bonaparte le 22 mars 1798. Cette présentation a lieu au beau milieu des préparatifs de l’expédition d’Egypte. Bien que Napoléon Bonaparte n’ait jamais entendu parler de ce jeune officier de 28 ans, il lui suffit de savoir qu’il est recommandé par Desaix et, le 14 avril suivant, il confie à Davout le commandement d’une brigade de cavalerie à l’armée d’Orient. Il ne pourra que s’en féliciter, comme le démontrera la suite des événements.


En Egypte, Davout ne manque pas une occasion de se distinguer. Chaque engagement armé ajoute à sa gloire naissante, son plus beau fait d’armes étant sans conteste la prise du village et du fort d’Aboukir (juste après la bataille du même nom qui vit les Turcs rejetés à la mer).

Dès son retour en France, Davout reçoit une première récompense avec sa nomination au grade de général de division. De plus en plus apprécié par celui qui est devenu le premier consul de la France, il bénéficie de son soutien, ainsi que de celui de Joséphine, pour épouser une sœur du général Leclerc : Louise-Aimée-Julie Leclerc, âgée de dix-neuf ans. Lors de leur mariage, célébré le 9 novembre 1801, Davout est assurément fou amoureux de cette jeune et fort jolie personne qui a reçu la meilleure des éducations, celle qui était dispensée par Madame Campan dans sa prestigieuse institution de Saint-Germain. Malgré une espèce de solennité constamment affichée sur son visage qui lui donne un je ne sais quoi de sévère, Aimée Leclerc a assurément de grandes qualités. Du reste, elle est une bonne épouse et une mère attentionnée. Mais plusieurs malheurs survenus au cours de leur vie commune - la mort de quatre enfants sur huit, décédés alors qu’ils n’avaient pas atteint l’âge d’un an – achèvent d’éloigner Davout de son épouse. Las de la « froideur » de cette dernière, Davout est même amené à trouver du réconfort dans d’autres bras. Toutefois, jamais il ne songea à répudier sa femme, peut-être parce qu’elle était le lien qui le rapprochait de Napoléon (le frère d’Aimée Leclerc avait épousé Pauline Bonaparte).


Si Davout n’a pas toujours été heureux en amour, les ailes de la gloire, par contre, ne cessèrent de l’envelopper sur son chemin.

En 1802, il commande les grenadiers de la garde consulaire. Deux ans plus tard, arrive pour lui l’heure de la consécration. Le 19 mai 1804, il est au nombre des dix-huit maréchaux nommés par Napoléon. Le 14 juin 1804, il est fait Grand-Officier de la Légion d’Honneur (il recevra la plaque de Grand’Aigle six mois après). L’année suivante, il prouve, de la plus belle des manières, qu’il était digne de recevoir pareilles distinctions. C’est, en effet, lors de la campagne de 1805, et à la tête du 3ème corps de la Grande Armée, qu’il démontre, pour la première fois, que son titre de maréchal était loin d’être usurpé. D’ailleurs, le plan génial que Napoléon avait élaboré pour la bataille d’Austerlitz ne se serait sans doute pas aussi bien déroulé s’il n’avait été appliqué avec autant de zèle par Davout. Responsable de la droite française ce 2 décembre 1805, Davout doit d’abord fournir l’incroyable effort d’être présent à l’heure dite sur le champ de bataille. Or, deux jours auparavant, ses troupes étaient encore stationnées à 140 km de distance ! Arrivé à temps, Davout doit encore résister pendant plusieurs heures à d’impressionnantes divisions Austro-Russes (bien supérieures en nombre) qui n’en finissent pas d’attaquer les villages de Telnitz et de Sokolnitz. Pourtant, il sait qu’il lui faut tenir à tout prix. De sa résistance dépend le succès complet du plan échafaudé par l’Empereur des Français. Or, non seulement Davout va tenir, mais encore va-t-il pouvoir lancer une contre-attaque, grâce aux renforts venus du plateau de Pratzen, qui achèvera d’anéantir l’ennemi.   


À Auerstaedt

Cependant, c’est en 1806, lors de la bataille d’Auerstaedt, qu’il sera donné à Davout de se couvrir d’une gloire immortelle.


Nous sommes le 14 octobre 1806. Alors que Napoléon a maille à partir avec le corps de Hohenlohe à Iéna, Davout se retrouve confronté, à Auerstaedt, au gros de l’armée prussienne, sous les ordres du duc de Brunswick et du roi de Prusse en personne. Pour faire face aux 70.000 Prussiens (dont 9.600 cavaliers) qu’il a devant lui, Davout ne peut aligner que 27.000 hommes. Bien que toutes les chances soient contre lui, jusqu’à ce traître de Bernadotte qui a refusé de venir à son aide, Davout, à force de volonté, va réaliser l’inimaginable : remporter la victoire. Mais, pour être juste, il faut reconnaître qu’il était particulièrement bien secondé, ayant sous ses ordres les trois « immortelles » : les divisions Morand, Friant et Gudin.

Parmi tous les actes de bravoure à mettre au compte des Français durant cette journée, il en est un qui mérite d’être ici rappelé, car il associe le maréchal à ses troupes : au moment où la division Morand vient tout juste d’achever son déploiement sur le champ de bataille, l’ennemi décide de l’attaquer. Les 10.000 cavaliers du prince Guillaume s’ébranlent pour réaliser l’une des plus grandes charges de cavalerie de l’histoire. Devant ces masses qui avancent de façon inexorable, Davout ordonne aux hommes de Morand de se former en carrés. Puis, il va se placer au milieu de l’un d’eux, prêt à partager le sort de ses soldats. Il est nue tête, son chapeau ayant été emporté par un boulet, et à voir son habit brûlé à plusieurs endroits par les balles ennemies, on se demande par quel miracle il n’a pas encore été blessé. Son calme et sa détermination enthousiasment ses soldats. Et lorsqu’il leur adresse ces mots : « Le grand Frédéric a dit que c’était les gros bataillons qui remportaient les victoires ; il a menti, ce sont les plus entêtés et vous le serez comme votre maréchal ! », ses hommes lui répondent aux cris de « Vive l’Empereur !». La cavalerie ennemie, après s’être avancée au trot, est maintenant au galop. Les Français sentent le sol trembler sous leurs pieds, mais ils ont ordre de ne tirer qu’à quarante pas. Les cavaliers prussiens, hussards rouges en tête, sont parvenus jusqu’à ce point, mais au lieu de faire feu, les hommes du 17e de ligne mettent leurs chapeaux au bout des baïonnettes en criant « Vive l’Empereur ». Et à leur colonel, le brave Lanusse, qui les supplie de faire feu, ils disent de ne point s’inquiéter : « Nous avons le temps, nous verrons cela à quinze pas ». Aussi, est-ce à bout portant que les Français abattent les premiers cavaliers prussiens, stoppant net leur progression. Pendant plus de trente minutes, cette cavalerie, qui se croyait invincible, va charger en vain les carrés français.

           


Finalement, la victoire restera aux Français, Davout pouvant s’enorgueillir d’avoir battu une armée près de trois fois plus nombreuse.


Devant un tel exploit, Napoléon n’hésitera pas à encenser Davout dans une lettre adressée à Murat : « Le maréchal Davout a eu une affaire superbe : il a battu seul 60.000 Prussiens. »


En récompense de son coup d’éclat, l’Empereur accordera à Davout l’honneur d’entrer le premier à Berlin, le 25 octobre 1806, à la tête de son corps d’armée.


Dès lors, la réputation du 3ème corps fut telle qu’il put soutenir la comparaison avec la Garde Impériale. Il est vrai que la même discipline y régnait, car Davout était un chef dur, aussi bien pour lui-même que pour ses hommes. Mais, d’un autre côté, il se montrait toujours juste et soucieux du bien-être de ses soldats (lorsqu’un soldat faisait part de son appartenance au 3e corps, il ajoutait aussitôt : le 3e corps, celui où l’on mange !).

Les guerres incessantes imposées à la France par les autres nations européennes ne laissent que peu de repos à notre héros qui trouvera de nouvelles occasions de s’illustrer.


Durant la campagne de Pologne, après avoir bousculé les Russes à Pultusk et Golymin, il a pour tâche de commander la droite française à Eylau (le 8 février 1807). Une fois encore, ses troupes se distinguent, mais il reçoit une blessure qui l’empêchera de se trouver à la magnifique victoire de Friedland.


Le 15 juillet 1807, Davout est nommé Gouverneur général du grand duché de Varsovie. Quelques mois plus tard, le 28 mars 1808, il est fait duc d’Auerstaedt.

En 1809, la campagne d’Autriche l’oblige à remonter à cheval. A Eckmühl (le 22 avril 1809), Davout combat sous les yeux de Napoléon. Après sept heures d’un combat acharné, la victoire finit par lui sourire. Principal artisan du succès des armes françaises à Eckmühl, Davout verra désormais son nom associé à celui de cette ville, en recevant, des mains de son Empereur, le titre de « prince d’Eckmühl » (le 15 août 1809). Entre-temps, il aura de nouveau montré sa valeur, lors de la bataille de Wagram (le 6 juillet 1809), toujours à la tête de la droite française.

Le 1er décembre 1810, Davout est nommé Gouverneur général des villes hanséatiques où ses qualités d’administrateur sont mises à profit. Cependant, une nouvelle campagne se prépare, celle de Russie. Napoléon, ne pouvant se passer d’un tel lieutenant, lui demande de le rejoindre dans cette nouvelle expédition.

Ayant reçu, cette fois, le commandement du 1er corps de la Grande Armée (le 1er avril 1812), Davout traverse le Niémen à la fin du mois de juin 1812. Un mois plus tard, le 23 juillet 1812, il remporte une première victoire à Mohilew, après avoir défait les troupes de Bagration.


Naturellement, on retrouve Davout à la Moskowa, le 7 septembre 1812. La lutte qu’il engage alors est particulièrement meurtrière. Dès le début des combats, ses officiers paient un lourd tribut. La division Compans perd son général, gravement blessé par un biscaïen, ce qui oblige Davout à venir se placer à sa tête. Au moment même où Davout dirige le 57e sur la première flèche russe, un boulet vient frapper son cheval. Davout est renversé et fortement contusionné. Malgré ses blessures, il veut continuer à assumer son commandement, mais ses jambes ne le portent plus. Napoléon, qui n’a rien perdu de cette scène, envoie immédiatement Murat pour le remplacer. Ce dernier est accompagné du général Rapp qui devra diriger la division Compans.


L’issue de la bataille, chacun la connaît : la Grande Armée et son chef remportent la victoire.


Toutefois, les Russes refusent toujours de signer la paix, préférant ravager leur propre pays afin que les soldats de la Grande Armée ne trouvent plus aucune subsistance. Moscou est incendiée et le terrible hiver russe ne tarde pas à se présenter, obligeant Napoléon à la Retraite. Davout, qui s’est remis de ses blessures, est placé à l’arrière-garde. Il conservera ce poste jusqu’au 3 novembre 1812. Si les Russes ne purent avoir raison des soldats de la Grande Armée par les armes, le froid et la famine allaient se charger de décimer les rangs des troupes napoléoniennes.

En 1813, Davout est chargé d’assurer la défense de Hambourg. Après y avoir installé son quartier général, le 30 mai 1813, il va mener une résistance héroïque qu’aucune armée alliée ne pourra briser. Seul un ordre venu de France, signé de la main même de Louis XVIII, l’obligera à remettre la place si âprement défendue.

Lors de la première restauration, Davout est le seul des maréchaux à refuser de prêter serment au roi, préférant se retirer sur ses terres de Savigny-sur-Orge dont il deviendra le Maire.

Lors des « Cent-Jours », c’est tout naturellement que le fidèle Davout se rallie à son Empereur. Nommé ministre de la guerre, il réorganise la Grande Armée, fait quadrupler l’activité de toutes les manufactures d’armes (à Paris, on fabrique ou l’on répare jusqu’à 2.000 fusils par jour), dote la cavalerie de 12.000 chevaux, et fait, enfin, tout ce qui est en son pouvoir pour donner à la France les moyens de se défendre ou de passer à l’offensive. Si Davout fut assurément très utile dans son rôle d’administrateur, on peut regretter, toutefois, qu’il n’ait pas été présent à Waterloo, car son talent militaire y aurait sans doute fait merveille.

Après le désastre de Waterloo, Davout reçoit le commandement général de l’armée réunie sous les murs de Paris.


Il est prêt à défendre son pays et sa capitale, surtout qu’il a suffisamment de troupes sous ses ordres pour infliger une défaite cuisante à Wellington et à Blücher. Mais les manipulations politiciennes d’un Fouché et d’autres traîtres à leur patrie font qu’il reçoit, émanant du gouvernement provisoire, l’ordre de traiter avec l’ennemi.


Le 3 juillet 1815, Davout signe donc, à Saint-Cloud, la convention de Paris, aux termes de laquelle l’armée française doit se retirer derrière la Loire.


Le 6 juillet, le prince d’Eckmühl se met à la tête des troupes qui abandonnent la capitale. Avant de partir, il fait disposer dans le fort de Vincennes environ cinquante mille fusils, en donnant des ordres pour que ce fort ne fût, en aucun cas, livré à l’étranger.   

   
Finalement, Davout fait sa soumission au gouvernement royal le 14 juillet. Il remet le commandement de l’armée au maréchal Macdonald qui est chargé de la licencier.


Mais l’homme d’honneur qu’il est, a bientôt le regret d’avoir obéi aux ordres donnés.


C’est d’abord l’ordonnance du 24 juillet 1815, laquelle proscrit les généraux Gilly, Excelmans, Clausel, etc.,  qui le fait réagir avec la plus grande énergie. Il écrit au maréchal Gouvion-Saint-Cyr, alors ministre de la guerre, pour lui demander de substituer son nom à celui de tous ces généraux, attendu qu’ils n’avaient fait qu’obéir à ses ordres.


Lors du procès du maréchal Ney, Davout, interpellé sur l’extension que devait avoir la convention du 3 juillet, relativement au prince de la Moskowa, répond avec courage que, si la sûreté des militaires qui se trouvaient alors à Paris n’eût pas été garantie par les alliés, il n’aurait pas signé la convention et aurait livré bataille.


Irrités par ce maréchal qui ose s’élever devant leur plan répressif, les Bourbons, avec Louis XVIII à leur tête, décident d’exiler Davout à Louviers (le 27 décembre 1815). Ils lui retirent également son titre de Pair de France (reçu le 2 juin 1815) et le privent de tout traitement. Comble de l’ignominie, ils vont jusqu’à mettre Davout sous surveillance policière à partir du 6 janvier 1816.

L’année 1817 voit cependant le retour en grâce de Davout. Le 27 août, il est remis en activité avec traitement.


Moins de deux ans plus tard, il retrouve la Chambre des Pairs, le 5 mars 1819.

Davout meurt à Paris, dans son hôtel de la rue Saint-Dominique, le 1er juin 1823, emporté par une phtisie pulmonaire.

Le nom de ce brave maréchal est inscrit sur le côté Est de l’Arc de Triomphe de l’Etoile à Paris.

 

                                                                                                Pascal Cazottes, FINS

                                                                                                 

 

        

 

DEVISE DE DAVOUT : « JUSTUM AC TENACEM »

 

Armes du maréchal Davout : « D’or à deux lions léopardés de gueules, le 2e contourné, tenant une lance polonaise, le 1er placé au premier canton, le 2e au dernier ; à la bordure composée d’or et de gueules ; au chef de gueules semé d’étoiles d’argent. »

 

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