Pascal Cazottes, FINS

L’article qui suit, a pour moi une connotation toute particulière. Il m’a, en effet, été "commandé" par notre très cher disparu, Monsieur Ben Weider, lequel souhaitait me voir exposer les "contributions non militaires de Napoléon". En tant que plus fervent défenseur de la mémoire Napoléonienne, et désireux de rendre justice au plus grand des hommes, Monsieur Ben Weider n'a cessé de montrer le véritable visage de l'Empereur.

Or, parler de son "œuvre civile" était, à ses yeux, une démonstration qui s'imposait tout naturellement. Aussi, lorsque je reçus son courriel le 8 octobre dernier, je m'empressais de répondre favorablement à sa demande. Huit jours plus tard, soit la veille de sa mort, Monsieur Ben Weider m'écrivait de nouveau afin de me complimenter pour mon article sur "Santini" et m'adresser, avec sa gentillesse coutumière, des paroles d'encouragement : "je voudrais vous dire encore une fois que je compte beaucoup sur votre collaboration et votre soutien et que je suis très heureux d'avoir fait votre connaissance." Etait-ce là, par ces derniers mots, un message d'adieu ? Lorsque j'appris son décès, le dimanche 19 octobre, par l'intermédiaire du Général Franceschi, que je remercie infiniment pour son message, je fus littéralement sonné par le choc de la triste nouvelle. Le Président de la Société Napoléonienne Internationale, l'âme même de cette prestigieuse Société, n'était plus. Cela était tout bonnement inconcevable. Outre le double sentiment d'affliction et de stupeur qui m'envahit, une pensée furtive me traversa l'esprit : comment allions-nous pouvoir continuer en l'absence de notre père spirituel ? En fait, je réalisais presque aussitôt que la question ne se posait même pas. Il nous avait ouvert la voie et il n'y avait plus qu'à marcher dans ses pas. Et nous avions même le devoir de le faire. Non seulement pour la mémoire de Napoléon, bien entendu, mais également pour celle de notre ami Ben Weider qui avait acquis notre admiration et notre reconnaissance éternelle. Aussi, est-ce bien à ce dernier que je dédie le présent article, à cet homme merveilleux qui restera à tout jamais présent dans nos cœurs.

Pascal Cazottes, FINS

 

NAPOLÉON
Le Civilisateur

Lorsque l'on évoque le nom de Napoléon, on pense immédiatement au vainqueur d'Austerlitz et de Friedland, au génie militaire qui n'avait point d'égal sur les champs de bataille. Cependant, c'est toujours contraint et forcé que cet homme, profondément attaché à la paix, partait en campagne. Que d'années perdues pour celui qui avait tant de projets pour redresser la France et la lancer durablement sur la voie de la modernité, la plaçant ainsi en tête de toutes les nations. Si on lui en avait laissé le temps, Dieu sait tout ce qu'il aurait pu accomplir pour le plus grand bonheur de notre pays et des autres contrées de la terre.

Néanmoins, et malgré l'acharnement déployé par les monarchies européennes à entraver la marche de notre géant national, force est de reconnaître que nombre de choses admirables furent accomplies par le Corse génial. Non seulement son œuvre fut celle d'un colosse, mais aussi celle d'un visionnaire, ce qui lui permit de parvenir jusqu'à nous sans prendre une seule ride.

L'attachement de Napoléon pour les sciences, les arts et la culture en général, ajouta encore au développement de la patrie. En effet, sous le Consulat et le 1er Empire, la France rayonna tout particulièrement dans ces nobles domaines qui trouvèrent en Napoléon un vecteur et même, on peut le dire, un véritable initiateur.

Pour exemple, nous avons l'Egyptologie, discipline qui n'aurait peut-être jamais vu le jour, ou avec beaucoup de retard, sans la volonté du Général Bonaparte.

D'aucuns voient encore dans l'expédition d'Egypte une opération de basse politique, le Directoire se trouvant bien heureux d'éloigner un héros un peu trop populaire à ses yeux, et le héros en question cherchant à meubler le temps et à acquérir davantage de gloire jusqu'au moment propice qui lui permettrait de s'emparer du pouvoir. Vision ô combien simpliste ! Ainsi que tout historien digne de ce nom le reconnaît, le but avoué de l'expédition était bien de s'attaquer aux intérêts économiques de l'Angleterre en lui coupant la route des Indes. Puisque toute tentative de débarquement en Albion s'avérait d'avance vouée à l'échec, c'est en Egypte qu'on avait décidé de lui porter les plus grands coups. Conscient de l'intérêt stratégique de la mission, le général Bonaparte, la tête encore emplie des mots de Volney et de rêves d'Orient, avait également l'intention d'atteindre un autre objectif, purement scientifique et culturel celui-là. En cette fin de XVIIIème siècle, la terre d'Egypte restait encore une parfaite inconnue aux yeux des Occidentaux, de même que la plus grande civilisation que le sol africain n'ait jamais accueillie : la civilisation des Pharaons. Tout restait à découvrir, et l'aventure était à la hauteur de la découverte. Aussi, c'est avec un soin tout particulier que Napoléon Bonaparte prépara son expédition. Outre les quelques cinquante mille hommes d'infanterie, de cavalerie et de marine qui s'embarquèrent en ce mois de mai 1798, cent soixante civils firent partie du voyage. Au nombre de ces derniers, tous sévèrement sélectionnés, figuraient des artistes, des géomètres, des architectes, des ingénieurs, des savants de diverses disciplines et des élèves de grandes écoles. Le rôle de tous ces éminents spécialistes était bien défini : collecter le maximum d'informations. Mais de manière à ce que l'apport ne se fasse pas en sens unique, mais que l'on procède, au contraire, à un véritable échange avec les Egyptiens, le général Bonaparte emporta avec lui une bibliothèque spécialement conçue pour le voyage (constituée d'ouvrages que l'on dirait aujourd'hui "de poche") et traitant de sujets aussi divers que variés, sans parler de la grande littérature occidentale, porteuse des lumières de l'Europe.

Les travaux et les découvertes effectués par les 160 civils se sont très vite avérés être de la plus grande importance. Le savant Monge explique le phénomène du mirage, tandis que le naturaliste Geoffroy Saint-Hilaire répertorie des poissons jusqu'alors inconnus. Des croquis et autres relevés sont réalisés des plus beaux ouvrages égyptiens (Le Sphinx, Thèbes, le temple de Philae, Abydos, etc…), et l'on met à jour les premiers tombeaux. Face à une telle richesse d'informations, il est décidé de créer l'Institut d'Egypte le 22 août 1798. Celui-ci, rassemblant tous les savants de l'expédition, est divisé en quatre sections : physique, mathématiques, littérature et beaux-arts, économie politique. La présidence de cet institut est confiée à Monge, Bonaparte assumant, pour sa part, les fonctions de vice-président.

Napoléon contemplant une momie égyptienne,
entouré des savants de l'expédition

Le 19 juillet 1799 a lieu sans doute la plus grande des trouvailles, celle de la pierre de Rosette qui permettra à Champollion, quelques vingt-trois ans plus tard, de percer le mystère des hiéroglyphes. Ce 19 juillet, donc, et sous un soleil de plomb, un jeune officier du génie, du nom de Pierre Bouchard, supervise les travaux de terrassement d'une ancienne citadelle turque édifiée non loin de la petite ville de Rosette (à 70 km d'Alexandrie). C'est alors que son attention se porte sur une pierre, de couleur noire, à l'aspect inhabituel. Après avoir dégagé ce que les Turcs avaient utilisé comme simple brique, il s'aperçoit que la pierre en question est couverte d'inscriptions. En fait, on peut y voir trois types d'écriture différents : du grec, du démotique et des hiéroglyphes. Se rendant compte de l'importance de sa découverte, il va aussitôt en informer son supérieur, le général Menou qui fera amener la pierre jusqu'à Alexandrie. Là-bas, l'objet est étudié avec minutie et on prend la précaution d'en faire exécuter des reproductions sur papier. Lancret, ingénieur aux Ponts et Chaussées, qui a l'occasion de voir la pierre, écrit à son sujet, dans le n° 37 du courrier d'Egypte : "cette pierre offre un grand intérêt pour l'étude des caractères hiéroglyphiques. Peut-être en donnera-t-elle la clé ?".

Le résultat, très positif, de l'expédition d'Egypte donnera naissance à un imposant ouvrage en vingt volumes réalisé, sous la direction de Dominique-Vivant Denon, par les savants qui participèrent à l'aventure : "Description de l'Egypte". Cette somme de connaissances, parue entre 1809 et 1828, est encore, de nos jours, fréquemment consultée par les égyptologues du monde entier.

Mais revenons à Napoléon Bonaparte, dont les rêves d'Orient sont sur le point de s'achever. Les nouvelles provenant de France sont, pour lui, un véritable déchirement. Le Directoire, gangrené par la corruption, laisse s'enfoncer la nation dans un véritable chaos. Nos frontières sont à nouveau menacées, et la Vendée n'est toujours pas pacifiée. Les ruines laissées par la Révolution sont loin d'être relevées, et le peuple souffre d'une misère endémique aggravée par une discorde nationale. Sieyès cherche un "sabre", celui-ci viendra d'Egypte. On a reproché à Napoléon Bonaparte d'avoir profité de la situation pour assouvir sa terrible ambition.


Alors oui, Napoléon nourrissait une formidable ambition, mais la plus noble qu'il soit, une ambition pour la France !


Dès son entrée en fonction le 11 novembre 1799, et avant même d'être nommé 1er Consul un mois plus tard, Napoléon Bonaparte déploie une énergie hors du commun pour redresser sa chère patrie. Tout est à reconstruire, l'autorité doit être rétablie et le peuple réconcilié. En outre, il a de formidables projets pour le pays qui doivent l'élever à un niveau encore jamais atteint. Malgré l'immensité de la tâche, il a le profond désir de s'occuper de tout et, le plus extraordinaire, c'est qu'il y parvient. Ainsi que l'a constaté Sieyès : "il veut tout faire, il sait tout faire, il peut tout faire". Outre son génie qu'il met au service de la France, étonnant par l'étendue de ses connaissances et ses réflexions d'une grande pertinence, il sait s'entourer d'hommes de grande valeur et tire le meilleur parti des autres. Ce qui fera écrire à Pierre-Louis Roederer, au sujet de Napoléon : "il arriva sous son gouvernement une chose assez extraordinaire entre les hommes qui travaillaient avec lui : la médiocrité se sentit du talent ; le talent se crut tombé dans la médiocrité, tant il éclairait l'une, tant il étonnait l'autre. Des hommes jusque-là jugés incapables se rendirent utiles ; des hommes jusque-là distingués se trouvaient tout à coup confondus ; des hommes regardés comme les ressources de l'Etat se trouvèrent inutiles".

Sous le Consulat, et après sous l'Empire, l'essor de la France fut considérable, et l'aurait été sans doute davantage si les guerres n'étaient pas venues saper cet irrésistible développement. Un seul homme en fut l'âme et en fournit l'effort, tel Atlas soutenant la voûte céleste sur ses épaules. Cet homme était bien évidemment Napoléon, lequel laissa non pas une œuvre, mais des œuvres impérissables.

Tel est le cas du Code civil. Soucieux d'uniformiser la loi ("Une Loi, une Patrie ; une Patrie, une Loi !"), Napoléon Bonaparte, alors 1er Consul, réunit par arrêté du 24 thermidor an VIII (12 août 1800) une commission de quatre éminents juristes chargés de rédiger le projet du futur Code civil. De manière à ne privilégier pas plus les coutumes du Nord que celles du Sud de la France, Napoléon Bonaparte choisit les membres de la commission non seulement au vu de leurs grands capacités, mais également en fonction de leur lieu d'appartenance. Ainsi, deux seront originaires du Nord (Félix Bigot de Préameneu et François Tronchet) et deux du Sud (Jean Portalis et le marquis Jacques de Maleville).

Au bout de quatre mois d'un dur labeur, le projet est enfin achevé. Le 1er Consul le soumet alors aux tribunaux de cassation et d'appel afin de recueillir leurs observations. Une fois ce travail accompli, le projet est finalement confié à une commission législative du Conseil d'Etat, présidée par Jean-Jacques de Cambacérès. Il ne faut pas moins de 102 réunions pour parfaire le projet, dont 57 d'entre elles auront l'honneur d'être présidées par le 1er Consul en personne. Là encore, Napoléon Bonaparte étonne par ses compétences et ses remarques plus qu'appropriées. Ce qui amènera les juristes présents à lui donner le surnom "d'Achille de la Commission".

Après une phase législative un peu plus compliquée, le Code civil des Français voit officiellement le jour le 30 ventôse an XII (21 mars 1804). Ses 2281 articles consacrent la propriété, mais aussi l'égalité de droits entre les citoyens, la laïcité de l'Etat, etc… En véritable modèle du genre, puisque n'ayant eu aucun précédent, le Code civil, qui deviendra le Code Napoléon en 1807, sera imité, voire adopté, par bon nombre d'autres nations, constituant ainsi le ciment de la future Communauté Européenne. Et on ne peut être qu'admiratif devant la clairvoyance de l'Empereur qui déclara un jour, à Sainte-Hélène : "Ma vraie gloire n’est pas d’avoir gagné quarante batailles ; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n’effacera, ce qui vivra éternellement, c’est mon Code Civil !"

En complément à son Code civil, lequel, nous l'avons entraperçu, protège les droits à la propriété, Napoléon va doter la France d'un outil exceptionnel : le cadastre parcellaire.

Outre le fait que chaque propriétaire pourra désormais appuyer ses droits sur un plan, l'inégalité devant l'impôt foncier, qui régnait jusqu'alors en maître, va totalement disparaître.

Plan Cadastral

Auparavant, on avait songé à élaborer un cadastre par masses (de cultures), mais un tel projet n'aurait pas servi à grand chose dans l'établissement de la propriété, ce dont Napoléon eut parfaitement conscience : "Les demi-mesures font toujours perdre du temps et de l'argent. Le seul moyen de sortir d'embarras est de faire procéder sur le champ au dénombrement général des terres, dans toutes les communes de l'Empire, avec arpentage et évaluation de chaque parcelle de propriété. Un bon cadastre parcellaire sera le complément de mon code, en ce qui concerne la possession du sol. Il faut que les plans soient assez exacts et assez développés pour servir à fixer les limites de propriété et empêcher les procès". Aussi est-il à l'origine de la fameuse loi du 15 septembre 1807, laquelle institue le cadastre parcellaire dont les fondements sont toujours en vigueur de nos jours (seuls les progrès technologiques ayant fait, depuis, évoluer notre cadastre). Pour mettre en place le gigantesque chantier qui s'annonce (il faut délimiter et numéroter les parcelles de toutes les communes et rédiger les registres correspondants), une commission de dix membres, composée de géomètres et de préposés des contributions directes, est réunie sous la présidence de Delambre. Cette dernière est chargée d'élaborer le projet de règlement, lequel sera approuvé le 27 janvier 1808. Un peu avant, Gaudin, alors ministre des Finances, a exposé aux préfets, dans une lettre en date du 10 décembre 1807, l'utilité du cadastre parcellaire : "A la rigueur, malgré son imperfection, l'opération par masses de cultures aurait pu suffire pour la répartition de l'impôt foncier, s'il n'avait pas été véritablement désirable de profiter de la confection du cadastre pour reconnaître et fixer les limites respectives des propriétés, de manière à prévenir les procès que font si souvent naître, dans les campagnes, les discussions qui s'élèvent entre les propriétaires". Durant l'année 1808, 1248 communes sont cadastrées. Ce nombre passera à 10.000 à la fin de l'Empire. Constituant l'une de ses œuvres majeures, Napoléon dira, à Sainte-Hélène, au sujet du cadastre, que ce dernier "eût pu être considéré à lui seul comme la véritable Constitution de l'Empire, c'est-à-dire la garantie des propriétés et de l'indépendance de chacun ; car, une fois établi, et la législature ayant fixé l'impôt, chacun fait aussitôt son propre compte, et n'a pas à craindre l'arbitraire de l'autorité, ou celui des répartiteurs …"

Conscient que la pérennité d'un État doit s'appuyer sur de grands corps constitués, Napoléon va donner à notre pays des institutions dont la modernité leur permettra de traverser le temps sans encombre. Ainsi en est-il du Conseil d'Etat, de la Cour de Cassation, de la Cour des Comptes et du corps préfectoral.

Si le Conseil d'Etat avait déjà eu quelque existence avant la Révolution, sous forme d'un conseil du Roi, le nouveau Conseil d'Etat que le 1er Consul instaure dès le 22 décembre 1799, est sans commune mesure. Doté de pouvoirs accrus, son rôle, bien défini, est de participer de façon très active à l'élaboration des lois et autres règles de droit public, et d'arbitrer les conflits de nature administrative. Constitué de 29 conseillers d'Etat, tous choisis par Napoléon Bonaparte, le Conseil est divisé en cinq sections (Législation, Intérieur, Finances, Guerre et Marine). Le lecteur objectera que le mode de nomination des conseillers d'Etat est susceptible de nuire à l'indépendance de cette grande institution. En fait, il n'en est rien. D'abord, parce que Napoléon Bonaparte a sélectionné les membres du Conseil uniquement en fonction de leurs compétences, de leur grande expérience et de leur intégrité. De sorte que le Conseil d'Etat peut être considéré comme un véritable conseil de sages, où siègent des hommes honnêtes venus d'horizons politiques les plus divers (des jacobins y côtoient des conventionnels modérés et même des royalistes). Ils font ensemble corps pour œuvrer à un seul objectif : le bien de la France. Et, d'autre part, parce que Napoléon, même lorsqu'il devint Empereur, respecta toujours l'indépendance de ce grand corps de l'Etat. En l'espace de quinze ans, il ne révoqua que deux conseillers, ces derniers ayant commis des fautes pour le moins impardonnables. Un témoin de l'époque, le Comte de Plancy, nous confirme, d'ailleurs, le grand respect de Napoléon pour le Conseil d'Etat : "Les hommes les plus éclairés de France, en toutes les spécialités qui composaient l'assemblée, y délibéraient en toute liberté et rien n'entravait jamais leurs discussions. Bonaparte s'attachait bien plus à profiter de leurs lumières qu'il ne prêtait attention à leurs opinions politiques". A partir du 26 août 1800, les conseillers furent répartis en deux catégories : les conseillers en service ordinaire et les conseillers en service extraordinaire. Si les premiers poursuivaient leur tâche au sein du Conseil d'Etat, les seconds pouvaient être mis au service d'autres administrations. Dès lors, plusieurs conseillers devinrent ministres ou préfets, et furent même affectés à des missions à l'étranger. Comme la charge de travail du Conseil d'Etat allait en s'augmentant au fil des ans (de 911 lois examinées en 1800 on passa à 3.365 en 1804), il fut décidé de créer des postes d'auditeurs (en 1803). Ces postes étaient occupés par des jeunes gens de bonne famille, titulaires d'une licence en droit ou en sciences, dont la mission consistait à préparer les dossiers et à effectuer diverses enquêtes. Un poste intermédiaire fut créé en 1806, celui de "maître des requêtes".

 

Autre institution de poids : la Cour de cassation. Par la loi du 27 ventôse an VIII (18 mars 1800), le 1er Consul réorganise le Tribunal de cassation fondé, en 1790, par l'Assemblée Constituante, lequel tribunal prendra le nom de Cour de cassation suite au senatus-consulte du 28 floréal an XII. Honoré Muraire sera le premier nommé, par Napoléon, à la présidence de cette Cour. Il restera en place tout au long de l'Empire. Les autres membres de la Cour de cassation, choisis par le Sénat sur proposition de Napoléon, sont également inamovibles, ce qui répond à un souhait du 1er Consul, puis de l'Empereur, de garantir l'indépendance de la justice. Divisée en trois sections (section des requêtes, section civile et section criminelle), la Cour de Cassation a pour tâche d'examiner les jugements et d'annuler ceux entachés d'un non respect de la loi ou d'une non observation des formes.

S'étant occupé du domaine législatif, administratif et judiciaire, reste à Napoléon à créer un organisme de contrôle des finances publiques. C'est ainsi que naît, en 1807, la fameuse et très actuelle Cour des comptes. De forme pyramidale, la Cour des comptes est composée, depuis son sommet jusqu'à sa base, d'un premier président, de trois présidents de chambres, de dix-huit maîtres des comptes et de quatre-vingt-quatre conseillers référendaires, dont vingt-quatre de première classe.

Outre le contrôle des dépenses publiques, Napoléon assigne à la Cour des comptes une mission dont elle ne s'acquittera qu'en 1815, vu l'ampleur de la tâche : l'examen de l'arriéré des comptes de la nation depuis 1790.

Dernière création de Napoléon dans le domaine des finances : celle de l'inspection générale du Trésor, le 6 septembre 1801.

Dans sa grande réforme de l'administration, Napoléon, alors 1er Consul, travaille sur chaque rouage et n'oublie pas qu'il lui faudra établir un véritable relais entre le pouvoir central et les populations. Une nouvelle fonction est créée, celle de "Préfet" (nom proposé par Sieyès). Mis à la tête des services de l'État dans chaque département, les Préfets, en leur qualité d'intermédiaires privilégiés, seront amenés à assumer des responsabilités de plus en plus grandes, sans pour autant s'émanciper de la tutelle gouvernementale. Pour l'heure, il s'agit de trouver les candidats aux 98 postes à pourvoir. Napoléon Bonaparte confie cette tâche à plusieurs collaborateurs, dont son frère Lucien qui n'est autre que le ministre de l'Intérieur. Pour occuper la fonction de Préfet, il faut remplir plusieurs conditions, comme, par exemple, être au fait des affaires publiques, avoir reçu une très bonne éducation, être d'un tempérament modéré, ne pas avoir embrassé une position politique extrême mais être, au contraire, attaché aux valeurs républicaines et à l'ordre public. Deux semaines plus tard, Lucien Bonaparte vient présenter au 1er Consul une liste de noms que ce dernier approuvera en grande partie. Napoléon Bonaparte peut se féliciter de cette première promotion de préfets. Tous les hauts fonctionnaires choisis sont des hommes d'expérience, entièrement dévoués au bien public. Lorsque Lucien les reçoit au ministère de l'Intérieur, il leur indique d'emblée ce que l'on attend d'eux : "'Dans vos actes publics et jusque dans votre conduite privée, soyez toujours le premier magistrat de votre département". Installés dans de beaux hôtels particuliers, de façon à bien montrer leur nouveau statut, les Préfets seront partout bien accueillis et se montreront fort utiles. Les tâches dont ils doivent s'acquitter sont fort nombreuses, allant de l'élaboration de rapports jusqu'au contrôle du budget établi par le Conseil général du département, en passant par la présidence du conseil de préfecture qui est amené à se prononcer sur les litiges opposant les particuliers à l'administration. De sorte que ces hommes se montreront très vite indispensables au pouvoir central qui portera leur nombre jusqu'à 130, à l'apogée de l'Empire.

 

Un peu plus haut, nous parlions de l'attachement de Napoléon pour la Culture avec un grand "C". Celle-ci devant d'abord passer par l'instruction de la jeunesse, Napoléon réorganisa tout le système éducatif. C'est d'abord l'enseignement secondaire qui fut l'objet de toutes ses attentions, par la loi du 11 floréal an X (1er mai 1802), puis l'enseignement supérieur avec la création de l'Université, fondée par la loi du 10 mai 1806. Cette dernière loi sera complétée par le décret du 17 mars 1808, ayant trait à l'organisation purement matérielle de la plus haute institution de l'éducation publique. Outre sa fonction naturelle de dispenser le savoir, l'Université a également un rôle de contrôle et d'orientation, cette dernière mission incombant plus particulièrement au Grand Maître (l'équivalent de notre ministre de l'éducation nationale) et au Conseil de l'Université (composé de trente membres). Dans l'esprit de Napoléon, le nouveau corps ainsi constitué doit être composé non seulement d'enseignants aux compétences reconnues, mais encore d'hommes qui embrasseront la carrière à la façon d'un curé entrant dans les ordres. L'enseignement est donc vu comme un véritable sacerdoce, et il sera d'ailleurs mal vu de se marier avant d'avoir franchi plusieurs échelons. En récompense de leurs mérites, Napoléon crée pour ces hommes de haut vol une distinction spéciale : les Palmes académiques.

Suite à cette réforme fondamentale, l'éducation atteint, dans notre pays, des sommets de valeur, place privilégiée qui la fera admirer par le monde entier. Ce qui est également frappant dans l'organisation voulue par Napoléon, c'est son aspect très moderne qui, encore aujourd'hui, n'a presque pas changé. Que le lecteur en juge : Si l'enseignement primaire est du ressort des communes et de quelques personnes privées, l'enseignement secondaire est confié aux collèges communaux et aux lycées d'Etat. Des institutions privées, et autres pensions, ont également le droit de dispenser cet enseignement, mais elles se retrouvent, à l'instar des autres établissements publics, sous le contrôle d'académies dont la répartition géographique correspond à celle des Cours d'appel. Ainsi soumises à l'autorité de recteurs et d'inspecteurs, elles ne peuvent enseigner n'importe quoi et doivent respecter des programmes. Sous l'Empire, les collèges donneront les rudiments des langues anciennes, des sciences et de l'Histoire, tandis que les lycées enseigneront la littérature française, les humanités grecques et latines, la rhétorique, l'histoire, la logique et les sciences. Ces études secondaires s'achèvent par un examen, celui du baccalauréat, autre diplôme dû à la volonté inspirée de l'Empereur. Enfin, l'enseignement supérieur est désormais dispensé au sein de facultés (de droit, de médecine, de lettres, de sciences et de théologie), à l'exception de celui délivré par les grandes écoles, le Collège de France ou le Muséum d'histoire naturelle, lesquels instituts échappent à la tutelle de l'Université. Bien entendu, les études en facultés sont sanctionnées par des examens aux noms très actuels, tels la licence et le doctorat.

 

Mais que serait la Culture sans les beaux-arts ? Les découvertes faites en Egypte, ainsi que les deux campagnes d'Italie, ont très certainement contribué à développer chez Napoléon son goût immodéré pour le "beau". Les œuvres picturales et autres sculptures qui lui ont été données de voir l'ont véritablement émerveillé, et peut-être est-ce lors d'un de ces moments de contemplation qu'est née l'idée d'ouvrir des musées, afin que tout un chacun puisse éprouver ce même sentiment particulier.


Premier bâtiment à abriter des expositions permanentes : Le Louvre. Mais avant que ce palais ne devienne, sous l'Empire, le plus prestigieux musée du monde, Napoléon Bonaparte, alors 1er Consul, doit le faire restaurer et aménager. Délaissé par les derniers Rois de France qui lui préféraient Versailles, le spectacle offert par le Palais du Louvre est des plus misérables, et la tâche à accomplir, pour lui rendre sa splendeur passée, tout simplement colossale. Pour mener à bien les travaux nécessaires, Napoléon remet son projet entre les mains de deux hommes : Fontaine, architecte de renom, et Vivant Denon qui, après avoir fait partie de l'expédition d'Egypte, deviendra directeur général des musées, le 19 novembre 1802, de par la volonté du 1er Consul.

A l'apogée de l'Empire, le musée est enfin achevé, le grand escalier d'honneur conçu par Fontaine étant désormais ouvert au public. Avec ses nombreuses et exceptionnelles collections, très justement placées par Vivant Denon, le Louvre peut, à juste titre, revendiquer la première place dans la hiérarchie des musées de la planète. Que l'on s'imagine : La grande galerie, divisée en neuf sections, abrite pas moins de 1.176 tableaux de maîtres, parmi lesquels il est possible d'admirer des œuvres de Van Dyck, Rubens, Rembrandt, Raphaël, Léonard de Vinci, Nicolas Poussin, etc…

Cependant, Napoléon n'oublie pas la province, ni même, d'ailleurs, les principales villes des nouveaux départements de l'Empire (comme Bruxelles ou Anvers), où des musées voient aussi le jour. Ces derniers bénéficieront de plusieurs donations et Napoléon leur fera notamment attribuer, par le Louvre, 650 tableaux parmi les différentes écoles de peinture.

Autre lieu de culture : le théâtre. Particulièrement attiré par l'art dramatique (n'a-t-il pas dit qu'il aurait fait de Corneille un prince si celui-ci était encore en vie ?), Napoléon est un inconditionnel de Talma, lequel est incontestablement le plus grand tragédien de son temps. Du reste, les deux hommes s'apprécient mutuellement, et l'Empereur, lorsqu'il en a la possibilité, ne rate pas un seul des spectacles donnés par ce grand artiste. Il va même, une fois, jusqu'à le conseiller dans son interprétation d'un empereur romain, lui recommandant de faire moins de gestes afin de rendre le personnage plus crédible. L'intérêt de Napoléon pour le théâtre est tel qu'il ne manque pas une occasion d'entraîner ses invités à quelque représentation. La troupe des "comédiens ordinaires de l'Empereur" est également sollicitée pour venir jouer à la Malmaison, à Fontainebleau ou à Compiègne. L'affection que Napoléon leur porte le conduira à établir les nouveaux statuts de la Comédie-Française, l'épisode aux termes duquel il dicte les 87 articles du décret réglementant cette société, le 15 octobre 1812 (soit quatre jours avant de quitter Moscou), étant passé à la postérité. Les comédiens n'oublieront pas tout ce que l'Empereur a fait pour la promotion de leur art. Aussi, lorsque après Waterloo, le public demandera à Mademoiselle Mars (autre comédienne de renom) de crier "Vive le roi", cette dernière s'approchera jusqu'au bord de la scène et s'adressera aux spectateurs de la manière suivante : "Vous m'avez demandé de crier Vive le roi ?", suit un profond silence, "Eh bien, voilà, je l'ai dit !"

 

Le touche-à-tout de génie qu'était Napoléon s'intéressa aussi aux sciences et encouragea la recherche dans divers domaines. L'électricité fut notamment l'objet de toutes ses attentions, même si, à l'époque, on n'en voyait aucune application concrète. Lors de la présentation par Alessandro Volta de sa pile électrique, le 11 novembre 1801, aux membres de l'Institut et au 1er Consul, ce dernier comprit immédiatement l'intérêt de cette formidable découverte et récompensa l'inventeur génial. Volta reçut une médaille d'or et, surtout, une rente devant lui permettre de poursuivre ses travaux.

Avant la fin de l'année 1801, Thénard reproduit une pile "voltaïque" et la connecte à un fil métallique qu'il parvient à chauffer à blanc. Soixante-dix-huit ans plus tard, Thomas Edison mettra au point la première ampoule électrique. En attendant, Napoléon œuvre au développement et à l'étude de cette énergie nouvelle, n'hésitant pas à accorder, en 1806, le prix de l'Académie des Sciences (qu'il vient de créer) à un Anglais ! Est-ce que William Pitt aurait été capable d'un pareil geste à l'égard d'un Français ? Force est de reconnaître que l'ostracisme était une notion inconnue de l'Empereur qui voyait d'abord la valeur des hommes et s'attachait davantage aux progrès de l'humanité. Toujours dans le but de donner un élan à la fée électricité, Napoléon fait réaliser, en 1813, une pile géante de 54 m² dans les locaux de l'École polytechnique, et la met à la disposition de tous les savants du moment. Cet incroyable outil permettra à des physiciens et autres chimistes, tels qu'Ampère, Gay-Lussac et Arago, d'avancer dans leurs travaux à pas de géants.

Enfin, on ne peut parler de l'œuvre civile de Napoléon si l'on omet sa politique de grands travaux. Car Napoléon 1er fut bel et bien un bâtisseur, pour le plus grand bonheur de la France.

Après la victoire d'Austerlitz, Napoléon avait promis à ses soldats : "Vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des arcs de triomphe !" Et il tint parole.

L'Arc de Triomphe du Carrousel

Soucieux d'honorer ses braves soldats, et de marquer, du même coup, la gloire de l'Empire, Napoléon fait d'abord construire l'Arc de Triomphe du Carrousel. Devant servir, à l'origine, d'entrée au palais des Tuileries, il est décidé d'édifier ce magnifique monument sur la place du Carrousel. Le projet est confié à deux architectes talentueux : Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine. Le 26 février 1806, la première pierre est posée. La dernière le sera au bout de deux ans et demi d'un dur labeur. Cette durée de construction semble plutôt courte.

Il est vrai que les ouvriers n'ont pas ménagé leurs efforts. Et de manière à ce qu'ils puissent travailler par tous les temps, une voûte en bois a été construite pour protéger le chantier des intempéries. C'est ainsi que l'édifice peut être inauguré le 15 août 1808, jour anniversaire de l'Empereur. S'inspirant de l'arc de triomphe de Septime Sévère, celui du Carrousel présente des proportions relativement modestes par rapport à celui qui sera édifié place de l'Etoile. Il n'en demeure pas moins un remarquable ouvrage avec ses 14,60 m de haut, ses 17,60 m de large et ses 10 m de profondeur. Réalisé en hommage aux soldats de la Grande Armée, l'Arc du Carrousel présente quatre bas-reliefs dessinés par Charles Meynier et rappelant la capitulation d'Ulm, la victoire d'Austerlitz, la rencontre des Empereurs au lendemain d'Austerlitz et l'entrée des troupes françaises à Munich. Il est surtout doté de huit colonnes corinthiennes de marbre rouge (venu tout droit du Languedoc), aux bases et aux chapiteaux de bronze, sur lesquelles viennent prendre place des sculptures stupéfiantes de réalisme, représentant, chacune, un soldat de Napoléon. Y figurent aussi bien des cavaliers (dragon, cuirassier …) que des fantassins (grenadier), sans oublier l'incontournable sapeur pour lequel a posé le célèbre géant pyrénéen Dominique Gaye-Mariole, dit "l'indomptable". Ce dernier, originaire des Hautes-Pyrénées, fut très tôt remarqué. D'abord pour sa taille (entre 1,90 m et 2,10 m selon les sources), ensuite pour son courage et sa conduite au feu qui lui valurent un sabre et une carabine d'honneur, et, finalement, pour sa force herculéenne. Reste dans la mémoire collective cet événement fameux, lors de l'entrevue de Tilsit, où, pour saluer l'Empereur, Dominique Gaye-Mariole se saisit d'un canon de petit calibre et le dressa contre son torse, le maintenant dans cette position à la seule force du poignet, comme s'il s'était agi d'un vulgaire fusil. Après lui avoir tiré l'oreille, Napoléon lui fit remettre deux mois de solde supplémentaires. Mais revenons à notre arc de triomphe du Carrousel pour signaler la présence, au sommet de l'édifice, d'un char tiré par quatre chevaux (à l'origine, les chevaux de bronze de Constantin 1er ramenés d'Italie) conduits par "la Victoire" et "la Paix". Sur le char, il avait été initialement prévu d'installer la statue de l'Empereur, mais Napoléon s'opposera à sa mise en place, ne souhaitant pas voir le monument se transformer en un culte à sa personne.

Toujours dans le but avoué d'immortaliser à jamais les exploits de son armée, et de montrer au monde la grandeur de leur épopée, Napoléon va décider la construction d'un autre arc de triomphe, bien plus imposant celui-là. Son emplacement est déjà désigné, il s'agit de la butte de Chaillot, aboutissement naturel des Champs-Elysées. On ne pouvait choisir meilleur endroit que cette future place de l'Etoile où le soleil vient se coucher, le soir du solstice d'été, dans l'axe de ce qui deviendra la plus célèbre avenue du monde. Par son décret en date du 27 mars 1806, Napoléon retient définitivement les plans de l'architecte Jean-François Chalgrin et lui confie la réalisation de l'édifice. L'arc de triomphe de l'Etoile présentera des dimensions peu communes avec ses cinquante mètres de haut et ses quarante-cinq mètres de large. Les travaux débutent le 15 août 1806, en hommage à la naissance du plus grand des Français. Ils seront malheureusement stoppés en 1815 (on comprend pourquoi), mais reprendront en 1824, en pleine Restauration, sous la conduite de l'architecte Jean-Armand Raymond qui s'est fait un devoir de respecter le projet de son prédécesseur. En l'année 1830, l'ouvrage est enfin achevé. Cependant, les autorités attendent le 29 juillet 1836 pour l'inaugurer, et dans des conditions fort contestables (les Parisiens n'ont pas eu droit à la fête à laquelle ils auraient pu s'attendre). Néanmoins, l'arc de triomphe de l'Etoile va prendre toute sa dimension lorsque, le 15 décembre 1840, il verra passer sous sa voûte l'immense char funèbre transportant la dépouille du prisonnier de Sainte-Hélène.

À noter que, cinq ans plus tôt, cette même voûte reçut, gravés dans ses caissons, les noms de 660 généraux et maréchaux, et des batailles qui les couvrirent de gloire.

Toutefois, les arcs de triomphe ne sont pas les seuls ouvrages dus à la volonté de Napoléon. Ce dernier a, effectivement, de grands projets pour Paris qu'il souhaite élever au premier rang des capitales européennes. Aussi, plusieurs édifices vont voir le jour dans la Capitale, alliant souvent à leur technicité une esthétique parfaite, inspirée des architectures de l'antiquité.

Lorsqu'il accède à la fonction de 1er Consul, Napoléon Bonaparte fait un premier constat : Paris manque cruellement de ponts. Il en fera bâtir trois. Outre son désir d'améliorer la circulation des Parisiens, Napoléon veut mettre en pratique les nouvelles techniques, touchant principalement aux métaux, et s'assurer de la pérennité des ouvrages d'art (il veut du fer et du granit). C'est ainsi que naît le premier pont métallique : le pont des Arts, encore appelé la "passerelle des Arts", reliant le Louvre (muséum central des Arts) à l'Institut (palais des Beaux-Arts). Après avoir fait l'objet d'un décret consulaire au mois de mars 1801, ce pont, dont la réalisation a été confiée aux ingénieurs Cessart et Dillon, est achevé à la fin de l'année 1803. N'étant pas destinée au passage des véhicules lourds, la passerelle des Arts, avec ses côtés aménagés à l'aide de bancs et d'arbustes en pots, deviendra très vite l'un des lieux de promenade favoris des Parisiens (et même une fois la nuit tombée, puisque des lanternes ont été disposées à intervalle régulier tout le long de ses 175 mètres).

En 1802, le 1er Consul ordonne la construction d'un autre pont, toujours en métal, destiné à relier le faubourg Saint-Marcel au faubourg Saint-Antoine. Conçu par Beaupré et Becquey, l'ouvrage d'art en question doit présenter une longueur de 200 mètres pour une largeur de 22 mètres. Au mois de mars 1807, date de son achèvement, le pont d'Austerlitz (ainsi que l'Empereur le baptisa) offre au public une formidable impression de puissance, avec ses cinq arches de fonte. Pourtant, ce pont magnifique ne résistera pas aux affres du temps, et Napoléon III sera obligé de le faire reconstruire en pierre.

Dernier pont édifié sur ordre de l'Empereur : le pont d'Iéna (construit entre 1809 et 1813). En l'an 1807, il n'est plus question de réaliser un pont en fer. Cette fois, Napoléon veut un pont de pierre aux ornementations elles-mêmes sculptées dans ce noble matériau. Long de 157 mètres et large de 14 mètres, le pont d'Iéna donne sur le Champ-de-Mars où fut célébrée la fête de la Fédération. Œuvre de l'ingénieur Corneille Lamandé, il est toujours aujourd'hui l'un des plus beaux ponts de Paris. On peut notamment y admirer, sur ses piles, des aigles et autres couronnes de laurier de taille monumentale. Par contre, les statues équestres qui devaient être installées sur les piédestaux situés aux extrémités de chaque parapet, ne virent jamais le jour. La raison ? La chute de l'Empire en 1815. Il s'en fallut même de peu pour qu'à cette date (1815) le pont ne fût détruit, Blücher ayant demandé sa démolition, irrité qu'il était par ce nom, "Iéna", qui lui rappelait de si mauvais souvenirs.

 

Autre préoccupation de Napoléon : les canaux. Lorsqu'il arrive au pouvoir, à la fin de l'année 1799, Napoléon Bonaparte doit se rendre à une évidence : notre exceptionnel réseau fluvial n'a nullement été mis en valeur avec seulement 1.000 km de canaux. Et Paris, qui manque d'eau de façon récurrente, pourrait voir, avec la réalisation d'un canal, ses problèmes enfin résolus. Napoléon lance donc un vaste programme de canaux dans toute la France. En 1802, il ordonne le percement du canal de l'Ourcq (108 km de long), qui sera suivi par la construction du canal d'Ille-et-Rance (décidée en 1804) et de bien d'autres encore. Mais en 1814, bien peu de canaux sont achevés, faute de moyens (la guerre continuelle imposée par les ennemis de la France ayant vidé les caisses de l'Etat).

 

D'autres créations ou améliorations sont à porter au crédit de Napoléon, comme le réseau routier de la France qui fut considérablement agrandi sous son règne, mais il n'est guère possible d'en parler ici. De plus, par l'énumération de tout ce qui vient d'être dit, la démonstration est déjà de taille et suffit largement à justifier les lauriers posés par tout un peuple sur la tête d'un homme qui mérita le plus au monde le titre d'Empereur.


L'œuvre civile de Napoléon reste un modèle du genre et n'a pas d'analogie dans l'histoire. Par son caractère intemporel, résolument tourné vers l'avenir, elle a traversé les siècles sans encombre et demeure un exemple à suivre aux yeux des nations de la Terre.


Pascal Cazottes
, FINS

 

 

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