NAPOLÉON ET LES ANIMAUXPar Pascal Cazottes, FINS
Quand on compulse l’immense littérature consacrée à Napoléon 1 er, on s’aperçoit que bien peu d’auteurs ont mentionné, pour ne pas dire seulement « évoqué », les rapports que ce dernier entretenait avec les animaux. Au mieux, considèrent-ils que l’Empereur éprouvait de l’indifférence à leur égard. En fait, il n’en est rien, et l’on peut même avancer qu’il les a véritablement aimés.
Ainsi en est-il des blasons de Mortier et de Murat, sur lesquels le cheval figure en bonne place, ou encore de l’emblème de Masséna, dont la devise « VICTOR ET FIDELIS » apparaît très clairement dans la description de ses armes : « D’or à la Victoire ailée de carnation, tenant d’une main une palme et de l’autre une couronne d’olivier, le tout de sinople, accompagnée en pointe d’un chien couché de sable ; au chef de gueules semé d’étoiles d’argent. » En ce qui concerne les animaux dits « sauvages », l’Empereur avait parfois l’occasion de les côtoyer à la Malmaison ou lors de parties de chasses dictées par sa fonction impériale. Bien que le but de ces tristes journées fut de tuer du gibier, on ne peut pas dire que Napoléon causa directement la mort de beaucoup de ces créatures de la forêt, ratant le plus souvent sa cible. Du reste, il s’ennuyait prodigieusement lors de ces distractions « royales », ainsi que nous le rappelle Constant, son valet de chambre, dans ses « Mémoires intimes de Napoléon 1 er » : « L’Empereur, comme on l’a dit ailleurs, ne prenait du plaisir de la chasse qu’autant qu’il en fallait pour se conformer aux exigences de l’usage qui font de ce royal exercice un accompagnement nécessaire du trône et de la couronne. Pourtant je l’ai vu quelquefois s’y livrer assez longtemps pour faire croire qu’il ne s’y ennuyait pas. Il chassa un jour dans la forêt de Rambouillet depuis six heures du matin jusqu’à huit heures du soir ; c’était un cerf qui avait causé cette excursion extraordinaire et je me rappelle qu’on revint même sans l’avoir forcé. Dans une des chasses impériales de Rambouillet, à laquelle assistait l’impératrice Joséphine, un cerf poursuivi par les chasseurs vint se jeter sous la voiture de l’impératrice. Cet asile ne le trahit pas, car sa Majesté, touchée des larmes du pauvre animal, demanda sa grâce à l’Empereur. Le cerf fut épargné, et la bonne Joséphine lui attacha elle-même autour du cou un collier d’argent, qui devait attester sa délivrance et le protéger contre les attaques de tous les chasseurs. »
Napoléon et les chevaux
Lorsque l’on sait que Napoléon passa plus de temps à cheval que dans son lit, son intérêt pour l’espèce équine apparaît comme bien naturel. Il appréciait les belles montures, et particulièrement les chevaux arabes qu’il voulait « entiers » (autrement dit « non castrés »). C’est, bien entendu, pendant la campagne d’Egypte que l’occasion lui fut donnée d’admirer ces magnifiques destriers, pleins de fougue et de prestance. Mais, encore une fois, laissons la parole à Constant, témoin privilégié de la vie de l’Empereur : « Sa Majesté tenait beaucoup à ce que ses chevaux fussent très beaux, et dans les dernières années de son règne elle ne montait que des chevaux arabes. Il y eut quelques-uns de ces nobles animaux que l’empereur affectionna, entre autres la Styrie, qu’il montait au Saint-Bernard et à Marengo. Après cette dernière campagne, il voulut que son favori finit sa vie dans le luxe du repos. Marengo et le grand Saint-Bernard étaient déjà une carrière assez bien remplie. L’Empereur eut aussi pendant quelques années un cheval arabe d’un rare instinct, et qui lui plaisait beaucoup. Tout le temps qu’il attendait son cavalier, il eût été difficile de lui découvrir la moindre grâce ; mais dès qu’il entendait les tambours battre aux champs, ce qui annonçait la présence de Sa Majesté, il se redressait avec fierté, agitait sa tête en tous sens, battait du pied la terre, et jusqu’au moment où l’Empereur en descendait, son cheval était le plus beau qu’on eût pu voir (il s’agissait d’un cheval à la robe grise du nom de « Wagram », NdlA) ».
A la vue du prélat, Napoléon dit tout bas à Jardin : « N’est-ce pas l’évêque ? » Le piqueur, qui ne voyait pas l’évêque, et qui ne s’occupait que du cheval qu’il tenait, lui répondit : « Non, Sire, c’est Soliman. – Je te demande si ce n’est pas l’évêque ? – Je vous assure, Sire, que vous l’avez monté au dernier relais. » Napoléon ne put s’empêcher de rire du quiproquo, en se rappelant qu’il avait un cheval appelé effectivement l’Evêque.
N’oubliant pas son armée, Napoléon dota celle-ci d’une impressionnante cavalerie dont les effectifs ne cessèrent de grandir jusqu’à la fatidique campagne de Russie. Ayant compris l’atout majeur que représentait l’emploi du cheval, surtout dans la guerre de mouvement qu’il affectionnait tant, l’Empereur partit à la rencontre de l’ennemi, en 1805, avec quelques 15.000 cavaliers. Après avoir montré leur efficacité à Austerlitz, les centaures impériaux furent multipliés par deux durant la campagne de 1806. Entre le 7 octobre et le 7 novembre de cette année-là, la cavalerie de la Grande Armée livra dix-sept combats et se permit même de prendre une place forte (Stettin). L’année suivante, la gloire fut une nouvelle fois au rendez-vous pour les cavaliers de Napoléon, dont le nombre incroyable atteignait les 80.000 hommes. A Eylau, les quatre-vingts escadrons de Murat rétablirent une situation particulièrement périlleuse et participèrent de façon déterminante à la victoire. Cependant, les chevaux payèrent un lourd tribu lors de cette confrontation. C’est d’ailleurs au cours de ce carnage que périt la jument de Marbot, laquelle eut droit à quelques lignes dans les mémoires de celui qui allait devenir pair de France. Mais écoutons plutôt son incroyable histoire. Alors que le 14 e de ligne était sur le point d’être anéanti, Napoléon envoya le capitaine Marbot, aide de camp d’Augereau, communiquer l’ordre de se replier au brave régiment. Grâce à la rapidité de sa jument Lisette, Marbot parvint jusqu’au carré, après avoir échappé aux cosaques et à une pluie de projectiles. Le colonel du 14 e ayant péri, c’est au chef de bataillon Daussy que Marbot délivra son message. Mais celui-ci lui fit remarquer qu’il n’était plus temps de battre en retraite, une colonne russe s’apprêtant à fondre sur eux, cette dernière n’étant plus qu’à cent mètres de distance. Daussy demanda, par contre, à Marbot de transmettre à l’Empereur les adieux du régiment, ainsi que l’aigle qu’il lui était désormais impossible de défendre. Marbot n’avait pas plus tôt saisi l’emblème sacré qu’un boulet vint lui arracher son chapeau, provoquant une forte commotion chez le capitaine : « Un des nombreux boulets que nous lançaient les Russes traversa la corne de derrière de mon chapeau. La commotion fut d’autant plus terrible que mon chapeau, étant retenu par une forte courroie de cuir fixée sous le menton, offrait plus de résistance au coup. Je fus comme anéanti, mais ne tombai pas de cheval. Le sang me coulait par le nez, les oreilles et même par les yeux. Néanmoins, j’entendais encore, je voyais, je comprenais et conservais toutes mes facultés intellectuelles, bien que mes membres fussent paralysés au point qu’il m’était impossible de remuer un seul doigt. Cependant, la colonne d’infanterie russe que nous venions d’apercevoir abordait le monticule ; c’étaient des grenadiers, dont les bonnets garnis de métal avaient la forme de mitres. Ces hommes, gorgés d’eau-de-vie, et en nombre infiniment supérieur, se jetèrent avec furie sur les faibles débris de l’ infortuné 14 e …. Néanmoins nos braves Français se défendirent vaillamment avec leurs baïonnettes, et lorsque le carré eut été enfoncé, ils se groupèrent en plusieurs pelotons et soutinrent fort longtemps ce combat disproportionné… Non seulement on se battait autour de moi, ce qui m’exposait aux coups de baïonnette, mais un officier russe, à la figure atroce, faisait de constants efforts pour me percer de son épée… Parmi les Français qui s’étaient adossés au flanc gauche de ma jument, se trouvait un fourrier que je connaissais pour l’avoir vu souvent chez le maréchal dont il copiait les états de situation. Cet homme, attaqué et blessé par plusieurs grenadiers ennemis, tomba sous le ventre de Lisette et saisissait ma jambe pour tâcher de se relever, lorsqu’un grenadier russe, dont l’ivresse rendait les pas fort incertains, ayant voulu l’achever en lui perçant la poitrine, perdit l’équilibre, et la pointe de sa baïonnette mal dirigée vint s’égarer dans mon manteau gonflé par le vent. Le Russe, voyant que je ne tombais pas, laissa le fourrier pour me porter une infinité de coups d’abord inutiles, mais dont l’un, m’atteignant enfin, traversa mon bras gauche, dont je sentis avec un plaisir affreux couler le sang tout chaud…
Conscient des ravages causés par la guerre, Napoléon prend plusieurs mesures pour conserver à l’armée un nombre suffisant de chevaux de qualité. Parmi ces mesures, notons la signature, au mois de juillet 1806, d’un décret portant sur la création d’un certain nombre de dépôts dits « d’étalons » sur le territoire français. Les plus beaux spécimens chevalins se trouvent ainsi réunis en des lieux spécialement conçus pour les recevoir, de manière à pérenniser les races équines. Au fil des ans, de nombreux haras verront le jour, dont les plus grands compteront jusqu’à plus de quarante étalons français. Au nombre de ces grands haras, se trouve le Haras impérial de Rodez, lequel voit le jour en l’année 1809 (il fête, cette année, son bicentenaire) et vient s’installer dans l’ancienne chartreuse de la ville. Autre mesure destinée à pallier au déficit chronique des chevaux : l’Empereur confie le recrutement des montures, dès 1807, à des dépôts généraux chargés d’acquérir les bêtes nécessaires. Leur travail s’effectue dans des départements ou des régions bien ciblés, en fonction des besoins de la cavalerie. Par exemple, les chevaux affectés aux dragons ou aux cuirassiers seront choisis dans le Calvados ou la Manche, là où les animaux sont plus lourds et plus robustes. A contrario, les chevaux destinés aux hussards, et recherchés pour leur fougue et leur rapidité, seront achetés dans le Nord, les Pyrénées ou encore la Bretagne. Egalement sensible au sort des chevaux de sa cavalerie, lesquels périront presque entièrement suite à la désastreuse campagne de Russie (sur 70.000 équidés entrés sur le territoire russe, seulement 3.000 parviendront à regagner le Niémen. Au cours de la retraite, il en mourait des centaines chaque nuit [selon le 29 e bulletin]), Napoléon fait créer des dépôts spécialisés dont la vocation est d’accueillir les chevaux malades et/ou fatigués. Supposés y trouver du repos, des soins et suffisamment de nourriture, les équidés aux états de service irréprochables y sont, en fait, laissés dans des conditions d’hygiène déplorables, propices à la propagation des maladies. Le problème est que la réglementation mise en place n’y est nullement respectée. Et l’on retrouve le même problème dans la plupart des régiments en campagne où les cavaliers, bien souvent eux-mêmes épuisés, ne prennent plus la peine d’appliquer les nombreux textes réglementaires relatifs aux soins et aux rations nécessaires. Bien entendu, il y a des vétérinaires pour vérifier l’état de santé des chevaux, mais ceux-ci sont tout simplement débordés par leur tâche insurmontable. Comment, en effet, assumer convenablement ses fonctions lorsque l’on doit s’occuper d’un millier de chevaux ? Autre ennemi du vétérinaire : le chef d’escadron qui, en temps de guerre, a bien d’autres chats à fouetter. Là encore, Napoléon essaiera d’améliorer les choses en faisant doubler le nombre des vétérinaires. En 1813, et en pleine campagne de Saxe, l’Empereur fait créer, en France, de nouvelles écoles vétérinaires. Parmi elles, nous noterons celles de Lyon et d’Alfort qui connaîtront une grande prospérité. En 1815, les effectifs de la cavalerie française seront remontés pour connaître leurs dernières heures de gloire, sur le Mont-Saint-Jean, dans des charges aussi brillantes qu’inutiles. Le dernier exploit de la cavalerie impériale, et même de toute l’armée, revient aux dragons d’Exelmans, lesquels culbuteront la cavalerie prussienne à Rocquencourt.
Napoléon et les chiens
Une fois de plus, c’est Constant qui nous rappelle ce fait par la relation d’une affaire qui aurait pu tourner bien mal : « Le concierge de la Malmaison, qui avait toute la confiance de ses maîtres, entre autres moyens de défense et de surveillance imaginés par lui, pour mettre la demeure et la personne du premier Consul à l’abri d’un coup de main, avait fait dresser pour la garde du château plusieurs chiens énormes, au nombre desquels se trouvaient deux très beaux chiens de Terre-Neuve. On travaillait sans cesse aux embellissements de la Malmaison, une foule d’ouvriers y passaient les nuits, et l’on avait grand soin de les avertir de ne pas s’aventurer seuls dehors. Une nuit que quelques-uns des chiens de garde étaient avec les ouvriers dans l’intérieur du château et se laissaient caresser par eux, leur douceur apparente inspira à un de ces hommes assez de courage ou plutôt d’imprudence pour qu’il ne craignît pas de sortir ; il crut même ne pouvoir mieux faire, pour éviter tout danger, que de se mettre sous la protection d’un de ces terribles animaux. Il en prit donc un avec lui, et ils passèrent très amicalement ensemble le seuil de la porte ; mais à peine furent-ils dehors, que le chien s’élança sur son malheureux compagnon et le renversa ; les cris du pauvre ouvrier réveillèrent plusieurs gens de service, et l’on courut à son secours ; il était temps, car le chien le tenait terrassé et lui serrait cruellement la gorge ; on le releva grièvement blessé. Madame Bonaparte, qui apprit cet accident, fit soigner jusqu’à parfaite guérison celui qui avait manqué d’être victime, et lui donna une forte gratification, en lui recommandant plus de prudence à l’avenir. »
Enfin, lorsque l’on sait que Napoléon avait emporté avec lui, dans son exil à l’île d’Elbe, un magnifique Berger des Abruzzes, on peut être persuadé qu’il appréciait véritablement la gent canine. Il en fut de même pour ses soldats qui voyaient dans les chiens adoptés par les régiments de véritables compagnons, toujours prêts à les réconforter de leurs misères par quelques affectueux coups de langue. Napoléon, lui-même, eut droit aux sollicitudes de l’un de ces braves chiens, venu le consoler alors qu’il pleurait la perte de son ami Duroc. Néanmoins, ces canidés, recherchés pour leur affection, surent également montrer des qualités de bravoure qui n’avaient rien à envier à celles du plus preux des soldats.
Mais il eut beau crier « au drapeau ! », personne ne l’entendit, excepté Moustache. Aussitôt, celui-ci se précipita, au milieu des balles et de la mitraille, pour porter secours au porte-drapeau qui, mortellement blessé, finit par s’écrouler, tout en serrant contre lui le précieux drapeau du régiment. D’un bond, Moustache se jeta sur le corps du malheureux soldat et fit face aux Russes, en aboyant furieusement. Les baïonnettes ennemies étaient déjà sur lui, lorsqu’il fut miraculeusement sauvé par une fusillade qui sema le chaos chez l’ennemi. Ne pouvant plus rien pour le porte-drapeau, Moustache s’employa, par contre, à sauver le drapeau dont il saisit la hampe à pleine gueule. Il dut fournir des efforts surhumains (si l’on peut dire) pour dégager le drapeau dont l’étoffe était restée coincée sous le corps du soldat. Le tissu finit par se déchirer et Moustache put s’élancer vers les lignes françaises, rapportant fièrement dans sa gueule les lambeaux déchiquetés de l’Aigle. Il n’avait plus que quelques mètres à parcourir pour rejoindre les Français, au moment où une balle ennemie l’atteignit et lui fracassa une patte. Le combat s’étant quelque peu déplacé, des soldats français eurent l’occasion de venir à son aide. Ils le retrouvèrent allongé et sans force, mais tenant toujours dans la gueule la hampe du drapeau. En récompense de sa bravoure, on lui prodigua les meilleurs soins et il fut décoré par le maréchal Lannes en personne. Sur son collier trôna, désormais, une belle médaille d’argent sur laquelle avait été inscrit, d’un côté : « Moustache, chien français. Qu’il soit toujours respecté comme un brave. », et, sur l’autre face : « A la bataille d’Austerlitz, il eut la patte cassée en sauvant le drapeau de son régiment ». Moustache fut même présenté à l’Empereur, et, pour l’occasion, on lui apprit le salut militaire en soulevant une patte à hauteur de l’oreille. Si l’histoire de Moustache est parvenue jusqu’à nous, à grands renforts de détails, n’oublions pas ces autres chiens valeureux, certes plus anonymes, mais ayant tout autant mérité de la patrie. Ainsi en est-il de Patte-Blanche qui eut, tout comme Moustache, l’honneur de sauver un drapeau, celui du 116 e de ligne, lors d’une bataille au Portugal, ou encore de Moffino, lequel participa à toute la campagne de Russie, d’un bout à l’autre. Et songeons un instant à tous ces kilomètres et à toutes ces privations qui furent son lot de chaque jour de cette terrible campagne. A côté de ces « chiens de régiments », d’autres canidés eurent droit aux faveurs de l’armée : les chiens de l’Hospice du Grand-Saint-Bernard. Lors de la seconde campagne d’Italie, le premier Consul, réitérant l’exploit d’Hannibal, fit franchir les Alpes à son armée. Mais cette traversée, par le col du Grand-Saint-Bernard, fut loin d’être aisée, et plusieurs soldats français ne durent la vie qu’au dévouement des chiens de l’hospice, ainsi que nous le rappelle l’incontournable Constant : « De jeunes soldats qui s’étaient égarés dans les neiges avaient été découverts, presque morts de froid, par les chiens des religieux, et transportés à l’hospice, où ils avaient reçu tous les soins imaginables, et s’étaient vus promptement rendre à la vie. Le premier Consul fit témoigner aux bons pères sa reconnaissance d’une charité si active et si généreuse. » Jean-Roch Coignet, alors simple soldat au moment du passage des Alpes, a, lui-aussi, remarqué la bonté des chanoines et de leurs chiens. Il nous livre un témoignage quelque peu similaire à celui de Constant : « Nous arrivâmes avec des fatigues inouïes au pied du couvent. La montée qui y aboutit est fort rapide, et là nous vîmes que des troupes nombreuses avaient passé avant nous. Le chemin était frayé et l’on avait formé des espèces de marches pour monter jusqu’à l’hospice. Nous y entrâmes, et nous y déposâmes nos trois pièces de canon. Nous fûmes reçus par ces hommes dévoués à l’humanité, qui passent leur vie à secourir les malheureux égarés dans la montagne ou entraînés par les avalanches. Ils nous donnèrent du pain, du fromage de gruyère, du vin. Ils nous installèrent dans de grands corridors très larges, enfin ils firent pour nous tout ce qui dépendait d’eux. En les quittant nous leur serrions la main, et nous embrassions leurs chiens, qui à leur tour nous caressaient comme s’ils nous eussent connus de longue date. Pour moi je ne peux trouver, dans ma faible intelligence, d’expression assez forte pour témoigner la vénération que je porte à ces hommes de Dieu. »
Pour finir, notons à simple titre anecdotique que l’un des plus prestigieux régiments d’infanterie de ligne, le 132 e, celui-là même dont un bataillon s’était battu seul à Rosnay l’Hôpital, le 2 février 1814, contre huit bataillons bavarois, et les avait finalement culbutés, gagnant ainsi, pour le régiment tout entier, le droit d’inscrire sur les plis du drapeau la devise « UN CONTRE HUIT », est réapparu le 1 er juillet 1977 sous l’appellation « 132 e Groupe Cynophile de l’Armée de Terre ». Simple coïncidence ou hommage délibéré ? Toujours est-il que cette devise salue la mémoire de tous ces chiens-soldats qui ont enfin, et officiellement, obtenu leur place au sein de l’armée.
Pascal Cazottes, FINS
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