HANAU

Par Pascal Cazottes, FINS

 

Après le désastreux dénouement de Leipzig, Napoléon s’arrête à Erfurt, du 23 au 25 octobre 1813, afin de réorganiser les débris de la Grande Armée. Un triste constat se fait rapidement jour : les effectifs de l’armée impériale ont fondu comme neige au soleil. Sur les 170.000 soldats qui formaient les rangs des célèbres phalanges, au début du mois d’octobre, il ne reste plus que 110.000 hommes. Et encore ce nombre doit-il être réduit, considérant que près du tiers des « unités combattantes » est composé de traînards, pour la plupart sans armes et sans commandement.

Dans ces conditions, il ne faut plus songer qu’à regagner la France au plus vite, afin de sauver ce qui reste de la Grande Armée. Ce à quoi l’Empereur va s’employer, mettant toute son énergie dans ce repli salvateur. A Erfurt, il a choisi la route du retour. Celle-ci passera par Gelnhausen, Hanau, Francfort et Mayence. Dans cette dernière ville, un fleuve mythique, chargé d’espoir, puisqu’il ouvre la porte de la mère patrie, restera à franchir : le Rhin.

Dans le même temps, la Confédération du même nom achève de se désagréger. Après la trahison des Saxons, c’est au tour des Bavarois de passer à l’ennemi. Le général bavarois Charles-Philippe de Wrède, naguère comblé des bienfaits de l’Empereur et chargé de contenir le corps autrichien du Prince de Reuss, joint ses troupes à celles des coalisés et se fait fort de barrer toute voie de retraite à l’armée française. Sachant la Grande Armée affaiblie et poursuivie par quelques 200.000 soldats alliés, il pense que la seule vue de ses forces (50.000 austro-bavarois) suffira à anéantir le moral de nos troupes et à leur faire déposer les armes. De Wrède a déjà décidé du lieu où il compte stopper les Français : ce sera Hanau, petite place forte située au confluent de la Kinzig et du Main.

Le 26 octobre au matin, ce qui reste de la Grande Armée s’est mis en marche. A l’avant ont pris place le 2e corps de cavalerie de Sébastiani et la cavalerie légère de la Garde commandée par Lefebvre-Desnouettes. Ils sont suivis par les corps d’armée de Victor et de Macdonald. Viennent ensuite les vestiges des 6 e, 5 e et 3 e corps, avec Marmont à leur tête, les divisions Durutte et Semélé (uniques restes des 7e et 16e corps), l’Empereur accompagné de sa vieille garde, la grosse cavalerie de la Garde et le 1er corps de cavalerie placés sous le commandement de Nansouty, et la réserve d’artillerie. Beaucoup plus loin, soit à deux jours de marche, et formant l’arrière-garde, nous trouvons le 4e corps de Bertrand, accompagné de la division Guilleminot et du 4e corps de cavalerie, le 3e corps de cavalerie d’Arrighi et les divisions de jeune garde sous les ordres d’Oudinot et de Mortier.

A lire cet énoncé, à s’imaginer les « corps d’armée » et les « divisions » en marche, on se représente, sans grande difficulté, des masses considérables de soldats que rien ne semble pouvoir arrêter. En fait, il n’en est rien, car les corps d’armée n’ont plus de corps que le nom. Ainsi, le 2e corps de cavalerie de Sébastiani, censé regrouper trois divisions (19 régiments !), ne peut aligner que 3.000 sabres. Et ce qui est vrai pour les corps d’armée, l’est également pour les divisions. Le lendemain, 27 octobre, cette situation va encore s’aggraver avec la défection de la division Wurtembergeoise qui quitte les rangs du 4e corps de Bertrand. Pourtant, tout espoir n’est pas perdu, car parmi les troupes qui s’avancent, se trouvent des hommes de la plus grande valeur. La Garde Impériale est, en effet, bel et bien là, prête à faire honneur à sa réputation « d’immortelle ».

 

Le 28 octobre au matin, une brigade de cavalerie légère, avant-garde de l’armée du général de Wrède, s’empare d’Hanau sans coup férir. Le 29, elle est rejointe par le reste de l’armée austro-bavaroise qui va aussitôt prendre les positions qui lui ont été assignées par son généralissime. Quatre divisions d’infanterie (deux bavaroises et deux autrichiennes), totalisant quelques quarante bataillons, se mettent en ordre de bataille avec une centaine de pièces d’artillerie. La plupart des fantassins sont disposés le dos à la rivière Kinzig, ainsi que les cinquante escadrons composant les deux divisions de cavalerie austro-bavaroise. Ce faisant, de Wrède a renouvelé l’erreur commise par Bennigsen à la bataille de Friedland, ce qui risque de lui coûter cher avec un adversaire déterminé à passer coûte que coûte. A ce dispositif, sont venus s’ajouter des partisans et des cosaques. Placés à la gauche ennemie, ils représentent un effectif d’environ vingt escadrons.

 

Dans la nuit du 29 au 30, Napoléon, qui a fait halte au château d’Isembourg, s’attend à trouver de Wrède devant Hanau. L’Empereur, dont les vaillants soldats viennent d’effectuer une marche de cinquante lieues en seulement quatre jours, élabore avec ses maréchaux son plan de bataille. A deux heures du matin, celui-ci est fin prêt et doit aboutir au dégagement de la route de Francfort. La partie risque, cependant, d’être serrée, car Napoléon n’a avec lui que 17.000 hommes tout au plus. Ne pouvant compter sur Marmont et Bertrand, encore fort éloignés, il devra s’en remettre aux 4.000 cavaliers de Sébastiani et Lefebvre-Desnouettes, aux 5.000 fantassins de Macdonald et Victor, aux 4.000 grenadiers et chasseurs de la vieille garde (commandés par Friant et Curial), aux 3.000 cavaliers de Nansouty et à la réserve d’artillerie de Drouot.

 

A huit heures, le jour est levé. Les hostilités débutent sous un ciel plombé qui laisse tomber quelques flocons de neige mêlés à la pluie. En avant de Hanau, se trouve la forêt de Lamboi, où l’ennemi a disposé quelques milliers de tirailleurs. La première action de la bataille consistera donc à les en déloger. Macdonald est le premier à pénétrer dans les bois, entraînant à sa suite les 3.000 voltigeurs et fusiliers de la division Charpentier. Les balles sifflent tout autour d’eux, mais il en faut plus pour arrêter la progression des Français qui commencent à déloger peu à peu leurs adversaires. Bientôt rejoints par Victor et les 2.000 hommes de Dubreton, les troupes de Macdonald parviennent à faire reculer les tirailleurs bavarois jusqu’à la lisière de la forêt. Poussés par les soldats de Victor, les tirailleurs autrichiens connaissent bientôt le même sort et se voient forcés de rallier le gros de leurs troupes.

Les fantassins français s’apprêtent maintenant à déboucher de la forêt, suivis par la cavalerie de Sébastiani. Mais la mitraille vomie par quatre-vingts canons et le feu nourri de l’infanterie austro-bavaroise interdisent toute sortie des bois. Informé, à treize heures, de cette situation, Napoléon vient constater par lui-même le déploiement ennemi. Ayant choisi comme poste d’observation un point situé à la limite des bois, l’Empereur s’expose ainsi au tir ennemi, faisant frémir le brave Drouot qui n’a de cesse de supplier son souverain de se retirer. Restant impassible aux boulets de canon qui viennent fracasser les branches des arbres situées juste au-dessus de sa tête, Napoléon se contente de répondre qu’il lui faut bien voir le dispositif austro-bavarois. Et c’est pendant cette observation, au cours de laquelle il peut constater que l’ennemi présente son dos à une rivière, que l’Empereur a ces mots à l’égard du général de Wrède : « Pauvre de Wrède, j’ai pu le faire comte, je n’ai pas pu le faire général ». Ayant replié sa lorgnette, Napoléon ajoute aussitôt : « Allons ! il nous faut passer sur le ventre de messieurs les Bavarois, puisqu’ils prétendent nous barrer le passage. »

Drouot ayant repéré un chemin d’exploitation permettant d’amener de l’artillerie jusqu’à l’orée du bois sans trop se faire repérer, il élabore avec l’Empereur un plan qui verra s’aligner jusqu’à cinquante bouches à feu, destinées à donner le change à l’ennemi. Et afin de protéger cette batterie, Napoléon lui adjoint deux bataillons d’infanterie de la vielle garde, un bataillon de chasseurs à pied et un bataillon de grenadiers, également appelés à devenir le fer de lance de l’attaque de l’infanterie française. A ses fidèles grognards qui se préparent à prendre part au combat, l’Empereur leur délivre ces quelques paroles d’encouragement : « N’oubliez pas que sous Louis XIV, ici même, à cette place, les gardes françaises éprouvèrent un violent échec et furent précipitées dans le fleuve. Faites en sorte que l’ennemi éprouve aujourd’hui le même sort et que la France soit vengée ! »

Les canons français, mis en place en un temps record, déversent bientôt un déluge de fer et de feu sur l’artillerie austro-bavaroise, alors que la cavalerie de Lefebvre-Desnouettes vient se positionner sur leur droite, afin de contenir, dans un premier temps, les partisans russes et autrichiens. Plus à gauche, la grosse cavalerie occupe, avec le reste de l’infanterie de la Garde, la route de Gelnhausen, prête à fondre sur l’ennemi au moindre signe de l’Empereur. Quant aux hommes de Macdonald et de Victor, formant le centre et l’aile gauche de l’armée française, ils attendent également leur heure pour passer à l’action.

Le duel d’artillerie dure jusqu’à quinze heures, moment fatidique pour l’armée du général de Wrède où l’impensable se produit : son artillerie n’a plus de munitions ! Le généralissime des coalisés, aveuglé par la certitude d’une victoire à bon compte, a effectivement négligé l’approvisionnement de ses troupes. Afin de dissimuler le repli de sa batterie, de Wrède n’a d’autre choix que celui de lancer sa cavalerie à l’assaut des canons de la Garde.

Plus de 7.000 cavaliers austro-bavarois s’élancent donc dans la plaine, sabre au clair. Devant cette masse qui fond sur eux, nos canonniers, qui en ont vu d’autres, conservent tout leur sang-froid. Et c’est à la dernière minute, lorsque la cavalerie ennemie se trouve à cinquante pas, qu’ils se décident enfin à faire tonner leurs pièces. S’ensuit un épouvantable carnage dans les rangs des Bavarois qui chargeaient en tête. Cependant, plusieurs centaines de cavaliers ennemis parviennent jusqu’à la batterie française, obligeant nos braves canonniers à se défendre, la carabine à la main. Drouot, lui-même, a sorti son épée et se bat vaillamment contre un officier de chevau-légers bavarois. Interviennent alors la cavalerie lourde de Nansouty et la cavalerie légère de Sébastiani. Leur élan est véritablement irrésistible et aucune force sur cette terre ne semble pouvoir les arrêter. La cavalerie ennemie est ramenée tout entière, le sabre dans les reins. Et c'est au
tour de l’infanterie austro-bavaroise de faire les frais de la charge française. Il faut les voir, les dragons et grenadiers à cheval de la Garde, se couvrir de gloire, de même que les 400 gardes d’honneur du 3e régiment de la brigade Lafferière.

Dans la foulée, les deux bataillons de vieille garde ont suivi. Malgré la faiblesse de leurs effectifs, ils ne tardent pas à accomplir des prodiges. Dans une telle débauche d’héroïsme, il est difficile de repérer les plus courageux. Néanmoins, le général Cambronne et le chef de bataillon Albert parviennent à se faire remarquer, à l’instar de leur subordonné, le capitaine Godard, qui réussit l’exploit de culbuter plusieurs bataillons bavarois avec seulement deux compagnies. A inscrire également au panthéon des braves les chasseurs Mère et Molert qui prirent, chacun, un drapeau à l’ennemi, et le chasseur Paroume qui alla, seul, s’emparer du fanon d’un guide au beau milieu d’un bataillon bavarois !

Dans ses mémoires, le commandant Denis-Charles Parquin nous rappelle cet épisode glorieux pour les armes françaises :

« Une ferme, sur la gauche de la route, en plaine, était vigoureusement défendue par les Bavarois qui y étaient retranchés derrière les murs… L’Empereur fit appeler le général Cambronne :

- Combien avez-vous de chasseurs à pied de la Vieille-Garde ? dit-il.

- Sire, dix-huit cents.

- Vous allez vous mettre à leur tête et forcer la ferme où les Bavarois sont au nombre de dix-mille hommes. Je vous donne deux heures pour cette opération.

Le brave Cambronne, en une heure, avait délogé les Bavarois. Il n’avait pas tiré un coup de fusil et avait franchement abordé à la baïonnette les Bavarois qui n’attendirent pas les Ruches à miel, nom que l’ennemi donnait aux bonnets d’oursin des grenadiers et chasseurs de la Vieille-Garde. Ces soldats d’élite répandaient la terreur partout où ils passaient. »

Pendant que les cavaliers austro-bavarois essayent de se rallier derrière la ligne des cosaques, Drouot en profite pour faire avancer ses pièces, ajoutant encore au désarroi de l’infanterie ennemie. Afin de dégager ses fantassins, de Wrède envoie, une nouvelle fois, sa cavalerie à l’attaque, mais la cavalerie de la Garde la sabre avant même qu’elle ait pu atteindre la batterie de Drouot. Cette fois, nos cavaliers infligent à leurs adversaires une punition si terrible que la cavalerie alliée sera dans l’incapacité totale de reprendre part à la bataille. Un officier des grenadiers à cheval fait état de ces terribles combats dans une lettre, en date du 2 novembre, adressée à sa tendre amie : « Le 30 du même mois, près de Hanau, les autrichiens et bavarois réunis ont osé de se présenter sur notre passage. La cavalerie de la Garde, les grenadiers en tête ont culbuté tout ce qui s’est présenté et je me suis grandement vengé du mal qu’ils avaient voulu me faire 15 jours avant. Mon bonnet a été un peu entamé d’un coup de sabre, plusieurs me sont tombés sur les bras sans couper seulement mon habit. Ma pauvre Diana qui m’a rendu bien des services a été moins heureuse, elle a eu le nez fendu d’un coup de sabre. Ce ne sera rien et cela ne m’a pas empêché de la monter depuis ce moment… »

Bataille de Hanau

Partout sur le front, les coalisés sont bousculés. A dix-sept heures, de Wrède n’a plus qu’une seule décision à prendre : ordonner la retraite. Cependant, il ne souhaite pas abandonner complètement le champ de bataille, de manière à pouvoir intercepter l’arrière-garde française lors de son passage. Aussi, se contente-t-il de faire traverser la Kinzig à ses troupes, avec pour mission de tenir Hanau coûte que coûte. La manœuvre de repli à réaliser étant particulièrement délicate, il envoie les divisions Bach et Beckers à l’assaut des soldats de Macdonald et de Victor dans le seul but de faire diversion. Cette démarche n’est pas sans remporter quelque succès, mais, à Neuhof, les coalisés sont stoppés par deux bataillons de la vieille garde commandés par Friant. A dix-neuf heures, la bataille est consommée, la victoire est française. Les cosaques ont été dispersés par les cavaliers de Lefebvre-Desnouettes, tandis que le reste de l’armée alliée est parvenu à se rassembler du côté de Lehrof. Hanau est toujours au pouvoir de l’ennemi, mais la route de Francfort est dégagée, désormais tenue par la cavalerie d’Exelmans. 11.000 coalisés gisent sur le terrain, alors que les pertes françaises ne s’élèvent qu’à 3.000 hommes. Mais au nombre des morts français figure le célèbre Guindey, celui-là même qui porta un coup de pointe mortel au prince Louis de Prusse.

L’heure est venue pour la Grande Armée de prendre quelque repos, mais pas pour très longtemps.

 

Le 31 octobre, à deux heures du matin, Marmont, dont les troupes sont arrivées la veille au soir, rouvre les hostilités en faisant bombarder Hanau. L’Empereur l’a chargé d’occuper la ville afin de protéger le passage de l’arrière-garde. A la faveur de l’obscurité, et sous un déluge de feu, les Autrichiens, qui occupaient la cité, évacuent Hanau par la porte de Nuremberg. La place est désormais libre.

Au petit matin, la Grande Armée reprend sa route, laissant le soin à Marmont et à Bertrand, nouvellement arrivé, de contenir l’ennemi qui ne manquera pas d’essayer de prendre sa revanche.

A neuf heures, Marmont, contre toute attente, passe à l’offensive. Ce n’est pas qu’il espère culbuter un adversaire bien supérieur en nombre, mais, par cette manœuvre, il va donner à Bertrand le temps nécessaire pour mettre en place son 4e corps. D’abord surpris par une telle attaque, les coalisés reculent jusqu’aux rives du Main. Ils ne tardent cependant pas à se ressaisir et à prendre à leur compte l’initiative de l’attaque. Devant les masses qui s’avancent vers lui, Marmont est forcé de rétrograder. Son repli s’effectue sans précipitation, toujours dans le souci de gagner de précieuses minutes pour Bertrand. Ce dernier ayant terminé, à midi, de disposer ses hommes, Marmont peut, à son tour, quitter le champ de bataille et s’engager, avec ce qui lui reste de troupes, sur la route de Francfort.

 

Bertrand, désormais seul et ne pouvant compter que sur 2.500 soldats, s’apprête à recevoir le choc d’un assaut mené par quelques 25.000 austro-bavarois. Il a placé la division Fontanelli dans Hanau, tandis que la division Guilleminot est chargée d’interdire le pont de Lamboi à l’aide de douze pièces d’artillerie. La division Morand, quant à elle, se tient en réserve, protégeant l’accès à la route de Francfort.

Il est quatorze heures lorsque de Wrède se rend compte qu’il n’a plus affaire qu’à un faible parti. A dix contre un, il est certain d’écraser son adversaire et lance aussitôt une attaque générale. Ses deux objectifs sont la ville de Hanau et le pont de Lamboi. Une heure plus tard, la ligne de front s’embrase. Au pont de Lamboi, la division Guilleminot a fort à faire, ayant en face d’elle la division Beckers et deux régiments d’infanterie soutenus par trente-deux bouches à feu et une importante réserve de cavalerie. A Hanau, la situation n’est pas moins critique, de Wrède s’étant lui-même placé à la tête de six bataillons autrichiens, suivis par le régiment de hussards autrichiens Szekler.

L’infanterie bavaroise s’est jetée sur le pont de Lamboi, mais chacun de ses assauts reste infructueux. Les baïonnettes françaises présentent un rempart infranchissable aux Bavarois qui sont finalement repoussés ou précipités dans la rivière. Le feu de part et d’autre a été si violent que les longerons du pont se sont enflammés et ont fini par céder sous le poids des fantassins bavarois, ces derniers ayant laissé deux cents des leurs aux mains des Français.

A Hanau, les Autrichiens sont parvenus à pénétrer dans la ville. Dans les rues de la cité, les Italiens de Fontanelli sont très vite submergés par le nombre, mais ne cèdent du terrain que pas à pas. Ils sont néanmoins repoussés jusqu’à l’extrémité nord-ouest de la ville, et semblent bien incapables d’empêcher les Autrichiens de franchir le pont qui enjambe la Kinzig à cet endroit. Progressant inexorablement, la colonne autrichienne a déjà pris pied sur le pont et s’apprête à traverser au moment même où l’artillerie de Morand, située sur l’autre rive, entre en action et la prend pour cible. Les pertes dans les rangs autrichiens sont énormes, obligeant les coalisés à ralentir, pour ne pas dire stopper, leur action. De Wrède essaye d’encourager ses troupes, mais le voilà touché au ventre par une balle française. Grièvement blessé, il est emporté à l’arrière et bientôt suivi par toute l’infanterie autrichienne. Le dernier pont sur la Kinzig est en flammes, interdisant désormais aux alliés tout accès à la rive droite. Ainsi s’achève la deuxième bataille de Hanau. Elle aura coûté de 1.500 à 2.000 hommes aux coalisés.

 

A dix-neuf heures, Bertrand peut se retirer sur la route de Francfort, avec la satisfaction du devoir accompli.

 

Les deux journées de Hanau furent particulièrement meurtrières, tenant davantage du carnage et faisant dire à Gérard : « nos canons libres enfin de courir sur ce chemin de Mayence, y trouvèrent tant de cadavres qu’ils roulaient dans une boue de chair humaine. »

 

Le 4 novembre 1813, la Grande Armée arrivait enfin à Mayence, mais avec des effectifs encore diminués. Ainsi qu’en a témoigné le lieutenant Jolyet, du 14e léger, division Charpentier : « certains régiments de notre corps d’armée n’avaient pas dix hommes. » Or, ce manque d’hommes allait s’avérer particulièrement problématique pour la prochaine campagne, la plus importante que Napoléon eut à faire : la Campagne de France.

 

Pascal Cazottes, FINS

 

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