DE LA CAMPAGNE DE FRANCE À L'ÎLE D'ELBE:

LE COLONEL CAMPBELL

Par Christophe BOURACHOT, FINS,
Médaille d’Honneur des Compagnons de  la SNI

 

 

La postérité à conservé le nom du colonel Sir Neil Campbell (1776-1827),  par ses fonctions de commissaire anglais chargé de la surveillance de l’Empereur à l’île d’Elbe. Le 15 avril 1814, à Fontainebleau, il fait partie des commissaires étrangers présentés à l’Empereur.


La fuite de Napoléon de son exil elbois restera pour Campbell le drame de sa vie. Il est absent de son poste lors de cet événement historique : parti dès le 16 février 1815 à Livourne, pour un voyage diplomatique et galant (il allait retrouver sa maîtresse, une aristocrate italienne). Persuadé que Napoléon ne songe qu’à mener une existence tranquille, il ne pourra que constater à son retour à Portoferraio, l’envol de l’Aigle et entrer dans une colère noire : « Plus tard, j’ai appris qu’après le départ de la petite flotte [celle de Napoléon], la corvette anglaise qui avait à bord le colonel Campbell était venue à Porto-Ferrajo [Portoferraio]. Le colonel, ayant été informé de ce qui s’était passé, s’était transporté immédiatement chez les princesses [Madame Mère et Pauline], et, devant elles, il avait exhalé sa mauvaise humeur dans les termes les plus inconvenants, tant contre l’Empereur que contre Leurs Altesses. On a rapporté qu’ayant son mouchoir à la main, il l’avait déchiré avec les dents et que ce qui l’avait le plus exaspéré, c’était le calme avec lequel Madame Mère lui avait répondu. Il était au désespoir que son active surveillance lui eût été mise si fort en défaut », écrit le mameluck Ali dans ses « Souvenirs ».

Campbell, figure à demi-caché, sur le tableau des « Adieux de Fontainebleau » (par Horace Vernet) en uniforme rouge un bandeau noir lui enserrant la tête, levant son chapeau de la main droite.


Il fut blessé accidentellement par deux cosaques, le prenant pour un officier français, le 25 mars 1814.

Voici un passage contenu dans son « Journal » (édition d’A. Pichot) : « ... La veille du 25 mars, une lettre interceptée de l'Empereur à l'Impératrice avait décidé le mouvement des armées alliées sur Paris, et plusieurs détachements français furent surpris d'être attaqués par leur avant-garde. Un de ces détachements (5.000 hommes d'infanterie et d'artillerie) escortait un grand convoi de munitions et de rations de pain venant de Paris sous les ordres du général Pacthaud [Pacthod]. Après une énergique résistance, ce détachement, accablé par le nombre, s'arrêta en manifestant l'intention de se rendre, ou du moins c'est ainsi que le colonel Campbell interpréta son mouvement d'ensemble. Mais les Russes l'interprétant tout autrement, le combat allait recommencer. Le colonel Campbell s'avança vers les premiers rangs Français et leur représenta que, s'ils continuaient leur feu, ils risquaient d'être tous massacrés, les Russes recevant des renforts formidables. Un cosaque, le voyant apostropher ainsi les Français comme s'il leur donnait des ordres, le prit pour un de leurs officiers, et fondant sur lui le renversa d'un coup de lance dont le fer pénétra dans la poitrine. Un autre survint et lui asséna un coup de sabre sur la tête, quoiqu'il criât «  Anglisky polkonick ! «  (« Colonel Anglais ! »). Un troisième cosaque allait achever le blessé, lorsqu'un officier russe vint le sauver, mais il ne fut relevé de terre que sanglant et évanoui dans les bras d'un sergent russe attaché particulièrement à sa personne et qui, malheureusement, avait été envoyé par lui à l'arrière-garde pour porter un message à un des généraux des armées Alliées. Les blessures du Colonel Campbell le retinrent à La Fère et il ne rentra à Paris que le 9 avril, neuf jours après la reddition de cette ville.


Le colonel Campbell apprit le 14 avril 1814 que Lord Castlereagh (secrétaire d’État britannique aux affaires étrangères) l'avait désigné pour accompagner Napoléon jusqu'à sa nouvelle résidence. Il accepta volontiers cette mission malgré l'avis du docteur Chricton qui soignait ses blessures. Il partit le 16 pour Fontainebleau avec M. Planta, le secrétaire du Ministre... ». Ajoutons que Campbell participa à la campagne d’Espagne (Fuentes de Onoro, Almeida, Ciudad-Rodrigo, Salamanque), à celle d’Allemagne de 1813 (Lützen, Bautzen, siège de Dantzig). En 1814, il est présent au début de la bataille de Brienne ; puis à Troyes, Méry-sur-Seine, Nogent-sur-Seine, Arcis-sur-Aube. Campbell capture à Fère-Champenoise le général Pacthod, cité plus haut.  Enfin, le colonel Campbell est présent à la bataille de Waterloo, mais pas en service. Il finira sa vie en tant que colonel du «Royal Africain », gouverneur et commandant en chef de la Sierra-Léone.

 

 

Sources :


« Napoleon at Fontainebleau and Elba, being a Journal of occurrences in 1814-1815. With notes of conversations by the late Major-General Sir Neil Campbell…”, London, John Murray, Albemarle Street, 1869, 398 pages.


Il est à souhaiter qu’un jour le public francophone puisse lire dans la langue de Molière, l’intégralité de la toute première version parue en 1869 à Londres (chez John Murray), sous les auspices du neveu de l’auteur. A l’issue de cet ouvrage qui tient beaucoup d’une étude biographique, on trouve le « Journal » du colonel Campbell qui va du 9 avril 1814 au 1er avril 1815.

« Napoléon à l’île d’Elbe. Journal du Colonel Sir Neil Campbell. Complété par divers documents », in « Revue Britannique », 1870 (mai, juin, juillet et août).


Elle constitue la première édition en français ; mais fragmentaire, des souvenirs du colonel anglais, mise-en-ordre par Amédée Pichot, Rédacteur de la « Revue Britannique ». Ce même littérateur publiera en 1873 une version plus complète, mais toujours non intégrale, sous la forme d’un volume, et intitulé : « Napoléon à l’île d’Elbe. Chronique des événements de 1814 et de 1815. D’après le Journal du Colonel Sir Neil Campbell, le Journal d’un détenu et autres documents inédits peu connus pour servir à l’histoire du Premier Empire et de la Restauration. Recueilli par Amédée Pichot », Paris, E. Dentu, Éditeur-Revue Britannique, 1873.